‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 102 sur 134 · AUX AMIS DE DEMAIN · texte numérisé non relu

AUX AMIS DE DEMAIN

A partir de ce jour et pour une durée de quelques mois. Demain suspend sa publication. Il prend cette décision en toute indépendance, assuré qu'elle sera comprise. Ses amis, dont le nombre s'est sans cesse accru, forment une invincible légion d'âmes droites et désintéressées. Ils lui ont prouvé, par une fidélité dont nulle calomnie n'a pu venir à bout et par une collaboration de jour en jour plus active, leur attachement à son œuvre de loyauté chrétienne. Après les derniers événements, les intentions et les idées des catholiques les plus sincères ont été à tel point obscurcies et méconnues, qu'il lui paraît nécessaire d'attendre que le calme se soit rétabli pour pouvoir continuer son labeur en dehors de toute préoccupation étrangère. Cherchant uniquement la vérité. Demain refuse de s'abaisser à des polémiques irritantes et vaines. Ce sacrifice fait à la paix des âmes aussi bien qu'à la probité intellectuelle, c'est uniquement pour obéir à sa conscience et en pleine liberté, sans qu'il ait été demandé, encore moins imposé par personne, que Demain l'accomplit. L'œuvre souveraine du temps est plus rapide que jamais. Quand le moment tout prochain de se remettre au travail sera venu, c'est avec le concours de tous ceux qui croient que la religion du Christ n'a pas de pires ennemis que le mensonge et l'esprit de secte, que Demain reprend sa lâche.

Nous ne croyons pas qu'en disant des rédacteurs de Demain qu'ils sont les adeptes de cet ensemble de doctrines auquel il a été donné le nom de « modernisme » il ait été de façon exacte tenu compte de la position qu'ils ont prise avec tant de netteté et de loyauté.

Quant à r « École de Lyon », si Ecole de Lyon il y a, nous ne

penseur même lisait avec intérêt cette revue qui, en défendant la religion dégagée de tout mercantilisme, de toute superstition, de toute bigoterie, défendait en

savons comment elle aurait pu mériter les suspicions des autorités ecclésiastiques.

Les personnalités bien diverses que de loin quelques-uns ont cru pouvoir rattacher entre elles sous ce vocable trop solennel ne professent pas, sur les questions brûlantes du moment, un sentiment unanime.

Pour la plupart elles appartiennent tout simplement au groupe des catholiques libéraux, mais, catholiques avant tout, c*est de tout cœur et sans arrière-pensée qu elles sont soumises à TÉglise.

A lire la note du moniteur archiépiscopal il semble bien que celui qui Ta écrit fait grief aux rédacteurs de Demain et aux autres personnalités visées moins iK)arleurs propres actes que pour ce qui venait d'en être dit par V Acacia, revue maçonnique ; et cependant, en toute équité les hommes ne sont responsables que de leur propre conduite et non des commentaires qu'elle peut susciter de la part d'autrui.

Pourquoi, au surplus, faire un crime à des catholiques de la sympathie qu'ils éveilleraient chez quelques-uns des ennemis du catholicisme.

Le témoignage d'un adversaire bien au contraire, est souvent plus impartial et plus précieux que celui d'un ami ; il est injuste de penser toujours que les incrédules sont de mauvaise foi et que partant leurs félicitations sont déshonorantes pour un croyant.

On sait d'ailleurs tempérer parfois avec un certain opportunisme la rigueur de ce principe.

Lorsque le Saint abbé Rambaud mourut et que, par une faveur toute exceptionnelle, l'archevêque de Lyon présida en personne les obsèques de ce héros de la charité chrétienne, les feuilles pieuses se réjouirent bruyamment de ce que Ton avait vu confondus dans le cortège funèbre des gens de toute confession, des librespenseurs déterminés et l'anarchiste Sébastien Faure lui-même,

Loin de faire un grief à la mémoire vénérée de ce prêtre selon

somme le plus noble idéal. Eh bien, Demain ne parait plus^ Demain meurt, Demain est mort. Je ne sais rien de plus pénible que cette abdication de publicistes au cœur pur, à Tesprit élevé, qui espéraient amener TEglise de Rome à la compréhension des nécessités modernes, et qui la trouvent plus irréductible, plus hostile que jamais à tout progrès scientifique. Car enfin c'est bien la science, toujours, qu'elle condamne. Le Syllabus ne s'occupe que d'histoire et d'exégèse, et c'est pour défendre à tout savant catholiques d'outrepasser les limites assignées par les Pères et par l'Eglise elle-même » !

Dans son dernier numéro, Demain insère le Syllabus, mais en y ajoutant une note critique où il est dit : t II convient de remarquer que la publication de ce décret exégét4que coïncide avec l'introduction dans notre enseignement public de l'histoire critique des religions et spécialement des origines chrétiennes ». Evidemment, Rome s'est alarmée de ce genre d'études et, comme toujours en pareil cas, elle condamne et proscrit, ce Si ce décret est appliqué, ajoute la note de Demain, .on ne tardera pas à être convaincu, même à Rome, de la nécessité d'abandonner certaines de ces prohibitions si l'on ne veut pas être acculé à une dangereuse impasse ». Tel est le

le cœur de Jésus, de cette sympathie des indifférents, des adversaires et des pires ennemis de l'Eglise, ils en tirèrent avec raison avantage et la trouvèrent fort honorable pour la religion dont il avait été le ministre.

Cet exemple, s41 en était besoin, montrerait une fois de plus que la logique n a rien à voir avec les polémiques politiques ou religieuses .

Est-ce que les hommes qui ont le plus reproché aux dreyfusards de tirer argument de l'opinion unanime de l'étranger ne sont pas les mêmes qui, un peu plus tard, s'armaient judicieusement de cette même opinion de l'étranger pour stigmatiser les lois de combat proposées contre les catholiques ?

chant du cygne d'une revue catholique qui s'était fondée avec l'ardent désir de sauver la religion en la dégageant de l'esprit moyenâgeux qui l'isole de la pensée moderne. Si la revue Demain dépose la plume, c'est parce que c'était Rome qu'elle voulait convaincre et qu'elle voit maintenant qu'elle perdait son encre et sa peine. Les intellectuels catholiques qu'elle avait groupés se retirent sous leur tente en disant : « Tant pis » !

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