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LES JETS D'EAUX

A Annai db Lorbe.

Des lunaires jardins qu^a fleuris la Saint-Jean Un sanglot continu monte vers les terrasses Où nous vivons ce soir nos rêves divergents : Toi ton amour, moi la Vierge de Samothrace.

Ce sont tous les jets d'eaux du vieux perc endormi Qui veillent avec nous dans la nuit solitaire ; La nuit douce a calmé toute voix qui gémit : Mais les jets d'eaux cabrés n'ont pas voulu se taire.

Lançant un rire égal en défi aux détresses, Dans la sérénité d'un jet toujours pareil, Naguère, comme un paon vaniteux se redresse, Us s'épanouissaient en gerbe au clair soleil !

Si bien que j'avais cru leur grand geste orgueilleux Au centre des bassins rigides où nous bûmes. Et que vains de monter si haut dans le ciel bleu Us agitaient sans fin leur panache d'écume.

Mais voici que le rire en sanglot s'est mué : Eux qui semblaient chanter ont des accents qui prient. Et nos cœurs sont tous deux dans Tombre remués Gomme par des appels lointains de voix amies.

Parce que simplement les étoiles sont belles Ils se sont épuises dans un rut sidéral A vouloir approcher les étoiles réelles Dont les bassins portaient le reflet idéal .

Ah, je sais votre mal, vous, les jets d'eaux, mes frères 1 Je sais pourquoi vos cris sont montés jusqu'à nous, Sont montés éperdus aux terrasses de pierres Où nous rêvions, assis, les mains sur nos genoux.

Vous ne savez do^ic pas, ô mes frères dolents, Que d'un mur éternel vos forces sont cloîtrées En un point où s'écrase à iamais votre élan Gomme des moucherons aux vitres éclairées.

En vain s'efforcera de croître votre tige, Nul de vous n'atteindra les régions divines. Car vous choisirez toujours d'un semblable vertige. Vous que chacun regarde et qu'aucun ne devine.

C'est le vieux rêve humain d'escalader les cieux,

Le rêve des Titans et de Babel la Haute,

A.fin de devenir puissant comme les dieux :

Et chaque homme à son tour commet l'ancienne faute.

Mais les jets d'eaux, comme des cierges en prière, D'un impossible élan montent vers le mystère, Et, beaux dans la ferveur de leur geste hautain, Malgré l'éther immense et l'effort des bourrasques, Eperdûment tendus vers Vinfini lointain, Pleurent de retomber dans la froideur des vasques.

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