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SYLLABUS DE PIE X

La Congi'égation du SaintrOfBee a, à la date du 3 juillet 1907 sous la signature de M»' Polombelli notaire de la S. L R. U., rendu un décret dit lamentabili sane exitu que l'on a appelé le Sy lia bus de Pie X. Il condamne soixante-cinq articles des propositions qui se rattachent à l'interprétation des écritures et des évangiles, aux sacrements, à la doctrine de l'autorité de l'Eglise.

Tous les catholiques, comme ils le devaient, ont accueilli avec le respect auquel il a droit ce document qui émane de l'une des plus puissantes congrégations romaines et qui est revêtu de l'approbation pontificale.

Au lieu de toucher, comme le Syllabus de Pie IX, à toutes les questions d'histoire, de philosophie et de politique, celui de Pie X traite surtout de sujets religieux et notamment de questions d'exé-

gèse, aussi n'aurons-nous pas la présomption de donner sur lui une opinion personnelle. Si nous ne savons pas comment les Paul Violiet de l'avenir le commenteront, le discuteront pour faire comprendre à nos neveux (pielle est au juste sa valeur et sa portée, nous sommes d'ores et déjà heureux de constater que les canonistes et les théologiens dont la compétence est reconnue déclarent que ce document si grave qu'il soit n'a pas du tout le caractère que des fanatiques et des courtisans] ont tout d'abord voulu lui donner. On ne peut même dire si les propositions qui y sont : « réprouvées et proscrites » le sont comme formellement hérétiques ou bien téméraires ou seulement offensives des oreilles pies. Ce qui est certain c'est que le Souverain Pontife n'a pas engagé sa prérogative suprême dans cette décision solennelle mais non infaillible.

On attendait avec une vive impatience en France et ailleurs ce qui allait en être dit par M»' Mignot, le théologien de notre épiscopat. La Semaine Religieuse^ d'Albi, qui suivit la publication du décret du Saint-Office portait en tête de son numéro sous le titre de « Communications officielles de l'Archevêché », la note suivante :

« M«' TArchevéque s'empresse de porter à la connaissance du clergé et des fidèles l'important décret Lamentabili sane exitu récemment publié par le Saint-Office.

Bien que ce document ne nous ait pas encore été communiqué officiellement par la secrétairerie d'Etat du Vatican, le texte nous en étant connu par les journaux avec des garanties suffisantes d'authenticité, Sa Grandeur ne veut pas tarder davantage à le promulguer dans le diocèse.

Nous n'accompagnerons aujourd'hui d'aucun commentaire un enseignement qui se suffit par sa clarté et par sa force, et qui s'impose tout d'abord à l'attention recueillie et docile de tous les enfants de l'Eglise.

Nous le recevrons avec respect, nous y chercherons unanimement la sauvegarde de notre foi ; nous en ferons le constant repère de notre pensée dans nos études personnelles et dans nos luttes contre les erreurs du dehors.

Notre clergé, dont nous ne saurions trop louer l'attachement à

la pureté et à Tintégrité des doctrines, trouvera dans ce document, qui vise toutes les controverses de ce temps, un puissant encouragement aux fortes études religieuses, dont la nécessité lui sera ainsi une fois de plus démontrée. Si le décret Lamentabili est un guide sûr pour la défense de la foi, il est aussi un témoin de la variété, de la subtilité et de la précision que revêtent autour de nous les attaques du doute, et il nous rappelle avec autorité l'obligation où nous sommes de nous mettre en mesure d'y répondre par une connaissance approfondie des origines chrétiennes, de l'exégèse biblique et de la théologie.

Nul d'entre nos prêtres ne se méprendra sur la grave portée du document. C'est à tort qu'on l'a appelé un Syllabns, si l'on prétend l'assimiler par là au Syllabus de 1864. Celui-ci était un mémorandum, annexé à l'Encyclique Qaantà cura, d'erreurs signalées ou condamnées dans divers écrits pontificaux de nature et d'autorité variées. Le décret Lamentabili est un document d'une espèce très différente. C'est un décret de la Sacrée Congrégation de l'Inquisition, rendu par cette Congrégation dans l'accomplissement habituel et régulier de sa fonction propre, qui est d'exercer dans l'Eglise une sorte de police doctrinale, en notant où en réprouvant les erreurs qui menacent d'altérer la foi.

Les jugements ainsi portés appartiennent au magistère de l'Eglise. Ils n'engagent, il est vrai, ni l'infaillibilité personnelle et incommunicable du Souverain-Pontife, ni celle de l'Eglise ellemême; mais après les définitions pontificales ex cathedra et les décisious des Conciles, ils constituent l'expression la plus autorisée et la plus solennelle de l'enseignement ecclésiastique. Ils empruntent une particulière autorité de ce qu'ils sont émis avec l'assentiment et la confirmation de Sa Sainteté,

On remarquera que le présent décret ne renferme aucune indication de personne. Il formule en soixante-cinq propositions doctrinales — dont il est possible que beaucoup n'aient jamais été explicitement soutenues par un écrivain catholique - - les principales erreurs ou opinions dangereuses sous lesquelles se dissimule le naturalisme contemporain et contre lesquelles il était opportun de prémunir les fidèles. Il marque ainsi une sage limite aux écarts de la pensée religieuse, prévient ou dissipe les équivoques, et, sans prétendre trancher le 5 problèmes critiques ou théologiques

dont au contraire il reconnaît l'existence, indique le sens de foi dans lequel ces problèmes doivent être résolus. Il suffit de prendre la contradictoire de la proposition condamnée pour être en possession de la véritable orientation doctrinale.

C'est donc un acte de haute sérénité et de paternelle sagesse, en même temps que de ferme et indiscutable autorité. Loin d'arrêter l'essor que la science religieuse a pris depuis quelques années, il la stimulera en affermissant ses voies et en ouvrant un vaste champ à son activité. Ainsi accroit-il envers le Souverain Pontife qui l'a ordonné notre respectueuse et filiale gratitude ».

De ce commentaire très révérencieux de M»' Mignot il est réconfortant de retenir que les soixante-cinq propositions condamnées ne le sont pas par un jugement engageant « l'infaillibilité personnelle et incommunicable du Souverain Pontife (ou) celle de l'Eglise elle-même ».

Il n'est donc pas besoin de remarquer comme on l'a inutilement fait, que la Congrégation responsable de ce décret est précisément celle qui au xvii« siècle a condamné les géniales découvertes de Copernic et de Galilée et qui tout récemment proclamait l'authenticité du verset dit « des trois témoins ».

Mais, hélas, il a bien fallu constater comme une sorte de concurrence et de surenchère dans la façon dont, à l'occasion de ce décret, certains personnages constitués en dignité dans l'Eglise ont adressé au Pape l'expression de leur soumission doctrinale ; des pontifes et des fidèles commirent des outrances regrettables dans la forme qu'ils donnèrent à leur bruyante adhésion à ces enseignements venus de Rome.

M^' Turinaz envoya à Pie X une adresse qui débutait en ces termes dithyrambiques.

« Très Saint Père. C'est un hymne de reconnaissance et d'admiration que je voudrais faire parvenir jusqu'à votre Sainteté, après la lecture des propositions que vous frappez de votre autorité suprême. Ce grand acte du Docteur universel et infaillible est un acte nécessaire de lumière et de salut d

L'enthousiaste prélat n'a garde de faire remarquer qu'il a luimême « dénoncé et combattu dès leur première manifestation »

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toutes ces erreurs condamnées. « Pardonnez, Très Saint Père, ajoute-t«il, ces témoignages de sa joie et de sa gratitude à un Bvêque qui a tant souffert et qui soufire tant des épreuves de l'Eglise

Du temps de Bossuet et de Fénelon ou seulement du temps de M^' Darboy, un évéque de Nancy aurait mis plus de mesure, plus de discrétion dans Texpression de ses sentiments de déférence à regard du Pape. II aurait su tenir au chef de TEglise un langage qui aurait été à la fois et très respectueux et très digne.

L'exemple, surtout lorsqu'il n*est pas bon, est contagieux ; aussi d'autres prélats et parmi eux certains des évoques nommés depuis la rupture du Concordat, crurent devoir faire monter aux pieds du Pontife revêtu de l'autorité suprême, l'assurance d'une admiration pieuse qui n'a pas paru à tous tout à fait désintéressée. Cela les fit irrespectueusement traiter d' « arrivistes » par quelques impies.

Il en est qui leur feraient un autre reproche, ce sont ceux qui savent que la servilité engendre la servitude.

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