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L'ENCYCLIQUE PASCENDI DU 8 SEPTEMBRE

Nous tenons à éprouver à l'égard de l'encyclique du Souverain Pontife les sentiments dont doit être animé tout sincère catholique.

Il ne nous viendrait d'ailleurs pas à l'idée de rompre des lances en faveur des doctrines dites « modernistes ». La philosophie de Kant est loin de nous être familière et l'agnoticisme comme l'immanentisme ont beaucoup de secrets pour nous. C'est à de plus qualifiés et de plus instruits que revient le soin de s'élever à ces hautes spéculations de la théologie et de la philosophie.

Non, nous ne nous sentons pas la force d'escalader les sommets et de côtoyer les abîmes, tel le voyageur, qui craint d'être pris de vertige, se refuse à approcher de trop près les précipices.

Les doléances respectueuses que, de ci de là, nous avons fait entendre sont infiniment plus modestes et elles ne sauraient porter ombrage aux défenseurs les plus farouches d'une stricte ortho-

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doxie ; car on peut, par exemple, trouver plus que regrettable la différence existante entre les somptueuses cérémonies organisées pour les riches et les sommaires formalités rapidement expédiées pour les pauvres à Toccasion des mariages et enterrements, sans risquer, pour cela, de se voir taxé d'hérésie. En effet, cette échelle mobile établie, pour fixer le nombre des prières et leur apparat, d'après le prix dont on les paie est intolérable dans TEglise du Christ et n'a rien de commun, bien au contraire, avec sa morale et avec ses dogmes. Nous pouvons aussi protester contre bien d'autres abus encore, tout en nous inclinant avec docilité devant le dogme.

Nous n'en tenons pas moins au catholicisme par les fibres même les plus ténues et les plus secrètes de tout notre être, nous en sommes tout empreint, nous l'avons dans le sang et dans les moelles ; il est en nous comme le ciment qui pénètre et qui soutient toutes les pierres de l'édifice. Aussi comprenons-nous bien les larmes de sang que certains ont répandues quand, pour eux, des drames douloureux de la conscience se sont dénoués par leur exode de l'Eglise, S'il en est qui abandonnent telle ou telle croyance traditionnelle ou qui, même, se séparent de leurs frères d'un esprit ferme et sans regret, il en est d'autres pour lesquels ces sortes de rupture sont un cruel, un épouvantable déchirement. Nous avons connu des prêtres victimes de ces crises intellectuelles et dans l'âme desquels la foi était morte, ils nous rappelaient lamentablement l'autel dénudé, le temple dévasté du Vendredi- Saint, la plupart conservaient au surplus la douloureuse nostalgie des rites et des croyances abandonnées.

Nous avons lu l'encyclique en toute simplicité et sans chercher à nous persuader que cette lettre adressée du Vatican à tout l'univers catholique ne comporte 'pas le terrible privillège de l'infaillibilité. Nous savons cependant que l'on ne doit pas affirmer sa « non-errabilité » pour chacun de ses détails, pour chacune de ses phrases et qu'elle ne peut s'imposer à notre esprit que lorsqu'elle affirme une définition dogmatique. Ainsi, bien qu'il soit écrit dans le document pontifical que les causes éloignées des « erreurs modernistes y> se réduisent à deuxy la curiosité et l'orgueil, nous ne pouvons pas ne pas penser que sans curiosité il n'y a pas de savoir possible et nous supposons bien que ce n'est pas le légitime

sentiment de la dignité de la personne humaine qui est appelé : orgueil.

Peut-être y a-t-il bien un juste milieu entre les modernistes et les moyenagistes ?

Quoiqu'il en soit, nous nous garderions bien de subtiliser et d'équivoquer, et c'est de tout cœur que nous nous soumettons au magistère religieux de la Sainte Eglise.

Mais ces durs sacrifices faits à une foi qui nous est chère et à laquelle nous tenons plus qu'à la vie, nous nous croyons permis après nous être ainsi courbé sous ce que nous voyons de divin dans les enseignements de l'Eglise, de regarder d'un œil plus libre ce qu'il y a d'humain dans la façon dont, cette fois encore, ces enseignements ont été accueillis parmi nous.

Il est arrivé pour les adhésions données à TEncyclique du i6 septembre 1907 ce qui était advenu pour celles données au récent Syllabus. Beaucoup de celles que nous avons vu reproduites dans la presse ont manqué de simplicité.

Une première adresse en termes plus qu'ampoulés a d'abord été publiée, d'autres du même style ont aussitôt suivi et cela de si « moutonnière » façon que ceux-mémes qui sont le plus attachés a \unu8 pastor ont trouvé qu'elle faisait trop penser à Vunas ovile .

Si ces tendances fâcheuses s'accentuaient encore, les adresses au Père commun des fidèles tomberaient bientôt dans une terminologie que Ton pourrait qualifier de thibétaine, car le plus infime des bonzes prosterné aux pieds du grand Lamma ne doit pas l'aduler en des termes bien différents de ceux dont plusieurs dignitaires de l'Eglise ont cru qu'ils pouvaient ne servir sans manquer à leur dignité d'homme, à leur honneur de chrétien.

Le pape, même depuis le dernier concile du Vatican, n'est pas un Vice-Dieu, il demeure le Vicaire de Jésus-Christ et certainement il ne peut aimer que ses frères dans l'Episcopat ou que ses fils, les simples fidèles, se croient obligés de lui tenir un pareil langage.

La soumission la plus complète à l'autorité légitime, le respect ^e plus religieux des fonctions sacrées dont est revêtu le pape sont des sentiments d'homme libre, il ne faut pas les exprimer avec une âme et des paroles d'esclaves.

M. Julien de Narfon, au cours d*un article très intéressant paru dans le Journal de Genève du 4 novembre 1907 « souhaite avec ardeur qu'aucun catholique libéral, parmi ceux du moins qui acceptent renseignement officiel de TÉglise romaine tel qu'il a été défiai infailliblement par les conciles, » ne cède à la tentation du schisme en suite de l'encyclique de Pie X.

Voici les principaux points de l'argumentation de M. de Narfon :

« J'estime que les catholiques libéraux ont le devoir, et parce qu'ils sont catholiques et parce qu'ils sont libéraux, de rester dans le sein de l'Église, nonobstant les encycliques qui condamnent leurs doctrines particulières ou refoulent leurs aspirations et édictent contre eux des mesures draconiennes. Les encycliques passent, et je ne veux pas dire que ce ne soient pas des documents très vénérables, mais enfin elles n'expriment, pour l'ordinaire, que l'orientation doctrinale d'un pontificat, elles ne sont point irrévocables, et combien de ces documents, mêmes signés des papes beaucoup plus grands que Pie X et peut-êlre presque aussi grands que Léon XIII, n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt purement historique, à moins qu'ils ne soient tombés dans l'oubli le plus profond ! Les encycliques passent, mais l'Église demeure...

« Les temps, d'ailleurs, sont heureusement passés ou il pouvait suffire d'une encyclique pour détacher un Lamennais de la foi catholique. Le génial auteur de V Essai sur F Indifférence aurait probablement gardé cette foi, malgré l'encyclique Mirari pos, s'il avait été moins ultramontain, et s'il s'était donc cru le droit, en restant catholique de bouche, d'esprit et de cœur, d'avoir raison, dans une controverse où l'infaillibilité doctrinale n'était pas et ne pouvait même pas être en cause, contre Grégoire XVI.

« Au contraire de Lamennais, les modernistes que Tencyclique Pascendi vient de condamner croient pouvoir et devoir rester dans l'Église, j»

Beaucoup regrettent que le P. Hyacinthe Loyson n'ait pas gardé cette attitude. Depuis sa rupture avec l'Église, il a évolué beaucoup. Mais au moment oii, en plein triomphe, il descendait de

la chaire de Notre-Dame, ses opinions sur beaucoup de points ne différaient pas sensiblement de celles de M«' Darboy, archevêque de Paris, de M»' Donnet, archevêque de Bordeaux, de quelques autres prélats et notamment de celles du grand archevêque Strossmayer dont il demeura l'ami jusqu'à la fin. Pour servir rÉglise, le mieux est de rester dans l'Église.

Le Lyon Républicain^ 13 décembre 1905.

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