CHRONIQUE
... M. Anatole France a fort bien marqué quelle avait été la chimère du consul, capable d'imaginer, au début du XIX® siècle, qu'une Eglise gallicane pouvait exister ou revivre. Cent ans plus tard, l'hypothèse est plus invraisemblable encore, après la déclaration d'infaillibilité, et l'installation dans tous les diocèses des ordres réguliers, surveillants de ces surveillants que sont les évèques.
Une fois seulement, au cours du siècle dernier, les catholiques français — tentèrent de méconnaître les directions du Saint-Siège. Ils furent mal inspirés, parce qu'ils avaient manqué de la finesse et de la prévoyance qui né
faisaient pas défaut au pontife d'alors. C*est lorsqu'ils combattirent cette politique de ralliement qui séduisit tant de bons et naïfs républicains, et qui insuffla Tesprit nouveau à Texcellent Spuller. Cette politique adroite, si elle avait été suivie avec unanimité et prudence par les catholiques, leur aurait sans contredit livré la direction de la République. Ce fut Tépoque où quelques catholiques français prièrent pour la conversion du pape, et où une dame riche et généreuse, citée par M. Léon Chaine, et qui avait rhabitude de donner au denier de Saint-Pierre 10.000 francs annuels, les déposa à la Caisse des Dépôts et Consignations, pour qu'ils ne fussent remis qu'au successeur de Léon XIII, de « ce pauvre Léon XIII », comme dit encore M. le baron de Mandat Grancey dans son livre Le Clergé français et le Concordat
Marcel Colliers
Le Lotus Bleu, Revue théosophique française (Paris), 27 décembre 1905.
L'ouvrage ci-dessus désigné n'est certes pas nouveau puisqu'il a paru pour la première fois en 1902, mais il est actuellement réédité et à son huitième mille, ce qui témoigne assurément de son succès. Loin, par état, des agitations passionnées du moment, nous n'avions pas encore lu ce livre lorsque des amis nous Ton fait récemment adresser. Nous en avons dès lors pris connaissance et n'avons pas tardé à reconnaître combien justifié était le succès intervenu. C'est, en effet, un éloquent aperçu de partie, au moins, des causes qui ont généré oc les difficultés actuelles des Catholiques français ». L'auteur est
lui-même un Catholique notoirement sincère et dévoué ; il est aussi des plus éclairés, ce qui différencie singulièrement sa manière de celle communément vécue dans son parti. La preuve en est que le présent livre a rencontré moins d^approbation dans le clergé romain que parmi les libre-penseurs de toutes nuances et le fait ne donne que plus de valeur à la thèse soutenue. Nombre des idées de ce livre sont, en effet, aussi hardies que bien exprimées, et, nous dirons même que théosophiques, bien que Tauteur ne s'en réclame nullement, telles celles où il admet que rhomme est toujours, et en n'importe quel ordre de choses, plus ou moins responsable des difficultés qu'il éprouve.
Après avoir ainsi témoigné de l'estime en laquelle nous tenons le livre, nous ne l'analyserons pas davantage et nous renverrons simplement à sa lecture les personnes désireuses de le connaître davantage. Mais nous esquisserons notre sentiment sur son idée maîtresse — la recherche du remède aux dites difficultés — en élargissant aussi quelque peu la situation visée.
Les Catholiques français se disent opprimés dans leurs libertés et semblent annoncer une prochaine résistance. D'autre part, les maîtres temporels du jour assurent que c'est au nom même de la liberté qu'ils agissent et ils ne paraissent pas vouloir changer de manière de faire. C'est donc en perspective de regrettables conflits moraux et peut-être même matériels aussi dont le premier résultat sera de diminuer l'unité de la nation, sans profit assuré pour Tune quelconque des causes en présence. Voici cependant une solution de principe dont l'application eût vraisemblablement différencié les choses, c'eût été — et c'est encore — de la part de qui de droit, mais particulièrement de la presse, de faciliter simplement l'émission des idées générales susceptibles d'éclairer les esprits, intérieurement aussi bien qu'extérieurement, c'est-à-dire
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de donner la connaissance des lois naturelles qui régissent véritablement les hommes et les sociétés afin àe permettre de marcher en accord avec ces lois et non à leur encontre, La théosophie moderne'contient une expression de ces lois ; elle ne demande qu'à être connue pour faire ensuite, lentement mais sûrement, son office pacificateur et harmonisateur, en toute liberté pour tous et avec violence pour personne. Quelle est donc la fatalité qui tient encore éloignés de sa prise en considération tant de sincères, intelligents et généreux esprits dans notre pays? — Le Karma, sans doute, de ce dernier. Puisse-t-il s'épuiser au plus tôt pour faire succéder, à la simple analyse des choses représentée par le livre qui est l'occasion de ces lignes et aux suites surtout du conflit présagé, une ère au contraire de recueillement, de reconstitution et de véritable progrès.
D. A. Gourmes.
Demain (Lyon), 29 décembre 1905.
... En ce temps querelleur et divisé qui est le nôtre, apporter des paroles de raison et de paix n'est pas « le moyen de conquérir des approbations et des sympathies », c'est pourtant, aux yeux des sincères et des clairvoyants, le seul moyen de servir l'Eglise a selon Tesprit du Maître ». De cette conviction soutenue par un beau talent de parole est sorti un livre dont le grand mérite est de propager dans un monde trop épris de solutions radicales les théories pacifiantes dont nos amis, MM. Anatole Leroy- Beaulieu, Paul VioIIet, Léon Chaine, Hippolyte Hemmer, Quincampoix, furent les premiers apôtres... L'abbé Planeix constate que, chez les disciples de l'Evangile, la
yiolencejes discordes et la faveur des haines ont altéré les mœurs chrétiennes. Comment relever le niveau de cette mentalité et de cette moralité inférieures ? c Les catholiques, répond M. Planeix, doivent éclairer les anticléricaux, leur rendre justice et les aimer. »
0 Seculo (Lisbonne), 31 décembre 1905.
Poucos livros teem tido em França um successo como este. Em pouco tempo, no meio de polemicas apaixonadas, accusado pela Croir de dreyfusista o seu auctor, Léon Chaine, defendido pelos jornaes liberaes independentes e pelos republicanos que julgam que a religiâo se pôde e deve adaptar a todas as formas de governo, este livro, de que jâ estâo publicadas duas edicdes, n'um curto lapso de tempo, è um dos mais audaciosos dos ultimos tempos. N'elle estuda abertamente, sem desanimos e zem receios, as mais importantes questôes relativas ao actual estado e situaçao de politica e da religiâo em França.
A thèse que o sr. Léon Chaine demonstra, n'uma linguagem encantadora e convincente, é esta : « Os catholicos deuem confessar a sua mea culpa^ porque, em grande parte, sâo os auctores de todas as perseguiçôes que os acabrunham : no emtanto, nada pôde justificar a perseguiçâo a que foram votados e que tanto mal causarâo à França ».
E' de notar que Léon Chaine é um catholico praticante,
homem honrado a quem os mais retintos nacionalistas nada teem que assacar.
Reprova a attitude des catholicos por nâo terem um sentimento de piedale, uma voz de justiça na questâo Dreyfus. Insurge-se por outro lado contra os que combatem as congregaçOes religiosas. E'um livro de alto valor moral, cujos exemplares du !•* et 2.* ediçâo agradecemos ao valente polemista.
V Acacia (Paris), 31 décembre 1905.