‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 45 sur 134 · L. Laberthonnière · texte numérisé non relu

L. Laberthonnière

Albert Leclère, professeur à l'Université de Berne. Alexandre Lefas, député d'Ile-et-Vilaine.

Anatole Leroy-Beaulieu, membre de l'Institut. Pierre Mandonnet, professeur à l'Université de Fribourg (Suisse). Georges Michelet, professeur à l'Institut catholique de Toulouse. SalvatoreMinocchi, professeur à l'Institut des Études supérieures

de Florence.

Romolo Murri, directeur de la Cultura Sociale, à Rome. x\ndré Pératé, conservateur des musées de Versailles. Georges Picot, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences

morales et politiques.

Camille Pinta.

Pierre de Quirielle, rédacteur du Journal des Débats. Le docteur Marcel Rifaux, Châlon sur-Saône.

— iio6 —

MM. William Rilter, à Munich.

Vincent Rose, professeur à l'Université de Fribourg (Suisse).

Alfred Roussel, professeur à l'Université de Fribourg (Suisse).

Marc Sangnier, président du Sillon.

Joseph Sauer, professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne).

Hermann Schell, professeur à l'Université de Wûrzburg (Allemagne).

Giovanni Semeria, de Gènes (Italie).

Joseph Serre.

A.-D. Sertillanges, professeur à l'Institut catholique de Paris.

Eugène Tavernier, rédacteur de ï Univers,

Max Turmann.

Joseph Tunnel, de Rennes.

E. Vacandardy aumônier du Lycée Corneille, à Rouen.

Paul VioUet, membre de l'Institut, professeur à l'École des Chartes.

Giulio Vitali, à Rome.

Le vicomte Melchior de Vogué, de l'Académie française.

W.-J. Williams, à Easlbourne (Angleterre).

Bertram C.-A. Windle, membre de la Société Royale de Londres, président de Queen's Collège, Cork (Irlande).

Il y a là-dedans quelques prêtres, notamment M. Félix Klein, qui, il y a quelques années, passa bien près de rexcommunication pour avoir traduit en français un livre américain sur le P. Heckertet TabbéBirot, vicaire-général de l'archevêque d'Albi ; on y trouve même, si nous ne nous trompons, un jésuite. M. Laberthonnière ; mais la majorité est formée de laïques. Tous sont des hommes distingués, quelques-uns même sont éminents ; par exemple MM. Anatole Leroy-Beaulieu et Viollet, membre de l'Institut, et Fogazzaro, sénateur italien.

C'est certainement de bonne foi que les auteurs de ce programme déclarent que la France catholique succombe beaucoup moins aux attaques de ses ennemis quaux défaillances et déformations qu'elle s'inflige à elle-même.

Par la c France catholique », il faut entendre la branche française de réglise catholique. Cette manière de parler de la France, de prendre la partie pour le tout, est un reste de la dialectique cléricale que les rédacteurs de Demain ont apprise dans leur jeunesse. De combien de Français ge compose-t-elle la ce France catholique » ?

Ce sont les hommes représentant le principe de liberté, principalement les Francs-Maçons qui ont lentement, patiemment modifié le milieu français ; si bien qu'aujourd'hui, selon les rédacteurs du programme de Demain^ l'Eglise n'y peut plus vivre et y meurt par excès d'oxygène.

Les catholiques libéraux d'aujourd'hui ne sont pas les premiers à s'apercevoir de cette situation, lis eurent, vers le premier tiers du xix* siècle, des prédécesseurs qui se groupèrent autour de Lamennais, et qui s'appelaient Lacordaire, Montalembert, Dupanloup, Falloux, Lavedan, le F.'. Bûchez, d'autres encore. Mais une telle situation leur fut faite que la plupart d'entre eux abandonnèrent leur mattre, et que, tout en continuant à déplorer la non-adaptabilitéde l'Eglise au milieu nouveau — ce qui leur valut la haine de leur coreligionnaires — ils furent condamnés à combattre pourempècher les transformations du milieu. Lacordaire employa la fin de sa vie à sertir les banalités et les absurdités théologiques dans un magnifique langage débité du haut de la chaire de Notre-Dame ou d'autres cathédrales ; Montalembert fut le principal protagoniste de la réaction à la tribune de l'Assemblée Législative de la Deuxième République ; Falloux et Dupanloup devinrent les auteurs de la loi qui porte le nom du premier, et qui, sous prétexte de liberté, livra presque l'enseignement secondaire au monopole des congrégations, plaçant l'instruction primaire sous la surveillance des curés. Dupan-

loup — qu'un sentiment fraternel aurait pu arrêter si ce que Ton raconte est vrai — devint l'adversaire acharné de Napoléon III lorsque celui-ci laissa diminuer le pouvoir temporel du Pape. Il retrouva son libéralisme pour lutter contre le dogme de Tinfaillibilité ; mais il ne tarda point à y souscrire. A TAssemblée Nationale du commencement de la Troisième République, il fut un des chefs de la réaction monarchique, et finit par un coup d'éclat en donnant sa démission de TAcadémie Française parce que celle-ci avait élu Littré. Il n'en fut pas moins tenu en suspicion jusqu'à la (In de sa vie par le Vatican, qui ne lui donna pas le chapeau de cardinal, etiesultramontains de France.

Le même sort n'attend-t-il point les nouveaux catholiques libéraux? Ne vont-ils pas être, eux aussi, tenus en suspicion et combattus parle Vatican et les ultramontains? Déjà, on parle de la mise à Vindex du livre de M. Léon Chaine, nonobstant les nombreuses adhésions, même épiscopales, qu'il a obtenues.

Ne seront-ils pas, d'autre part, obligés eux aussi, quoiqu'ils en veuillent aujourd'hui, de combattre à gauche, c'est-à-dire contre les ennemis extérieurs de l'Eglise, c'est-à-dire nous, les Maçons, plutôt qu'à droite, contre ceux qu'ils considèrent comme les ennemis de Tintérieur ? Il y a, dans toutes les collectivités engagées dans une lutte, des solidarités qui s'imposent, et qui obligent à faire cause commune avec des gens que l'on déteste d'autant plus qu'ils sont plus près de nous, rangés sous le même drapeau. Il le faut pour résister à l'ennemi commun. C'est encore là une loi de sociologie.

Nous pouvons, nous Francs-Maçons, qui ne sommes pas des libéraux de fraîche date, sourire en lisant le programme de Demain, et nous écrier avec bonne humeur : a Mais ces gens-là nous pillent effrontément ! » Les idées que les catholiques libéraux veulent réaliser sont une partie des nôtres. Ayant respiré l'air de Tambiance sociale que nous

avons créée, Tayant trouvé bon, convaincus d'ailleurs que l'ancien milieu ne saurait être rétabli, ils ont découvert la liberté qui était pour nous une vieille connaissance. Sans nous, sans nos œuvres, ils seraient restés des ultramontains comme d'autres. Nous devons cependant les féliciter, avec quelque indulgence, car tandis qu'eux progressaient sur le tard, d'autres restaient obstinémentten arrière.

Ils n'ont d'ailleurs découvert que la moitié de la liberté. Ils ont découvert la liberté politique et se montrent disposés à en user et à laisser les hommes d'autres religions ou même sans religion en user également. Ils se déclarent prêts à défendre cette liberté et même la Démocratie, qui voit ainsi accourir à elle, selon le mot du poète, des enfants qu'en son sein, elle n'a point portés. Ils se proclament enfin tolérants, socialistes même, et poussent leurs affirmations doctrinales sur ce dernier point, à un degré tel qu'ils reculeraient certainement, si l'on voulait les prendre au mot.

Nous croyons que ces hommes sont sincères et que c'est en pleine effusion du cœur qu'ils parlent. Reste à savoir ce qui subsistera de tous ces beaux sentiments, quand les hommes qui les éprouvent aujourd'hui seront mis au pied du mur de la pratique.

Mais, encore une fois, les créateurs de Demain n'ont découvert que la moitié de la liberté : la liberté de l'extérieur. Il leur reste à trouver l'autre moitié : la liberté de l'intérieur. Il est une remarque à faire^ c'est que les catholiques libéraux ; les G. Fonsegrive, les Georges Goyau, les Klein, les Chaine et quelques autres, — s'ils sont brillants ils ne sont point nombreux — affirment l'excellence de leur religion, mais n'entreprennent pas de la démontrer et restent absolument boutonnés sur ce point. Que si Ton essaie d'engager avec eux le fera propos de dogmes, ils se dérobent, déclarant qu'ils n'ont jamais eu l'idée d'examiner cette question, qu'ils se bornent à croire aux ensei-

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