‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 62 sur 134 · LES ÉLECTIONS DES 6 ET 20 MAI · texte numérisé non relu

LES ÉLECTIONS DES 6 ET 20 MAI

Étude du mouvement politique des huit dernières années. Action directe et action réflexe de l'Affaire Dreyfus. Grandeur et Décadence du Nationalisme.

Les succès obtenus par le Bloc républicain, aux scrutins des 6 et 20 mai derniers, ont attristé nos adversaires et surpris quelques-uns de nos amis. La Réaction nationaliste espérait que Taffaire des fiches maçonniques, la loi de séparation et les quelques rébellions qui avaient accompagné les inventaires détermineraient un courant

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rétrograde qui non seulement ramènerait au Parlement tous les députés d'opposition élus en 1902, mais augmenterait encore leurs troupes par de nouvelles recrues. Enfin, les grèves du 1" mai, habilement exploitées par la presse nationaliste, devaient encore accentuer ce mouvement de recul.

Entre ces deux grandes troupes, il y avait bien un petit régiment ^'hésitants, ballottés de Tune à l'autre, mais ne pouvant être un appoint sérieuxd'un côté comme de Tautre. C'était le régiment de ces catholiques dreyfusards dont M. Aynard était le type au Parlement.

Après avoir sauvé le ministère Waldeck-Rousseau en vue de TAffaire Dreyfus, ils auraient bien voulu renverser le ministère Combes, à cause de sa lutte anticléricale. Mais leurs efforts étaient vains, et ces malheureux avaient la triste fortune d'être houspillés par les deux camps. C'était eux, pourtant, qui, au point de vue conservateur et catholique, avaient eu la juste et claire vision de Tavenir. Il est incontestable que si les conservateurs, les catholiques avaient écouté le Figaro en 1897, le Soleil et l'Autorité en 1898, journaux alors dreyfusards, ils n'en seraient pas aujourd'hui, où ils en sont. Mais ce n'est pas d'hier que Jupiter aveugle ceux qu'il veut perdre.

La réaction ultramontaine a tort de nous accuser de sa défaite. Elle est elle-même l'auteur de son écrasement. Si le parti conservateur avait écouté, en 1897 et 1898, les Viollet, les Léon Chaine, les Hervé de Kerhoant et tant d'autres, il n'en serait pas où il en est. Le Figaro^ en commençant la campagne de revision, avait vu juste. Si ses lecteurs, si ses amis l'avaient suivi, l'Aff'aire Dreyfus, liquidée en quelques semaines, n'aurait jamais eu les conséquences politiques qu'elle a eues. Mais les conservateurs, dont l'intelligence politique est au-dessous de tout,

ont préféré emboîter le pas derrière MM. Drumont, Arthur Meyer, Judet et C". Ils peuvent voir aujourd'hui où cette aberration les a conduits.

Les Jules Lemaître, les Coppée, les Brunetière, les Jules Soury et autres ne voudront pas avouer qu'ils se sont trompés. Ils feront semblant d'ignorer la solution judiciaire de l'Affaire — M. Jules Soury Ta déjà écrit — et ainsi, ils achèveront eux-mêmes leur déroute, car ils laisseront le virus de l'Affaire dans le domaine politique, c'est-à-dire là où il sert à cimenter le Bloc. Or, la démocratie n'a marché et ne marchera qu'autant que le Bloc demeurera un et indivisible.

Armand Charpentier.

Le Phare de Calais (Calais), 10 juillet 1906.

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