‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 70 sur 134 · LA RÉHABILITATION DE DREYFUS · texte numérisé non relu

LA RÉHABILITATION DE DREYFUS

Grand banquet populaire au Palais d'Eté

La grande manifestation organisée par la section lyonnaise de la Ligue des droits de l'homme et du citoyen a

attiré hier soir, au Palais d'Kté, une affluence considérable.

Nos lecteurs connaissent déjà, parles communications que nous en avons faites, le but poursuivi par les organisateurs de ce banquet populaire. Il s'agissait « de fêter le triomphe du droit et de la justice et Tarrêt récent de la Cour de cassation réhabilitant Alfred Dreyfus ».

Cette réhabilitation est pour la Ligue des droits de rhomme et du citoyen le couronnement de toute une campagne active dans laquelle chacun de ses membres n'a eu d autre idéal que celui de la vérité et de la justice.

Aussi ce dernier acte du drame poignant qui a passionné le monde entier, devait-il être marqué par une fête inoubliable, par la section lyonnaise de la grande ligue.

C'est ce qu'ont pensé avec raison les organisateurs du banquet qui a eu lieu hier soir.

On nous saura gré de les citer tout particulièrement

C'est d'abord le président général de la Ligue M. Francis de Pressensé, député du Rhône : on sait avec quelle ténacité et quelle intelligence, l'orateur prestigieux qui est en lui a mis sa vaillante et courageuse parole au service de toutes les idées généreuses et émancipatrices.

C'est M. Raphaël Lépine, président d'honneur de la section lyonnaise, le distingué professeur de la Faculté de médecine, qui déjà en maintes circonstances, dans sa longue et brillante carrière, a toujours eu à cœur de mettre son talent et son influence au service de la cause de tous les faibles et de tous les oppiimés.

C'est M. Jean Appleton, président actif de cette section lyonnaise, dont il est l'âme vibrante et l'initiateur fécond. On se souvient que le jeune professeur à la Faculté de droit, a su mettre naguère, au-dessus de tout intérêt personnel et mesquin, et dans des circonstances particu-

lièrement critiques, son idéal de juriste et de défenseur enthousiaste de l'équité.

Citons encore le jeune secrétaire général de la section lyonnaise. M. le D' Jean Lépine, qui dans de multiples conférences, a travaillé à la propagation de toutes les idées de progrès avec cette foi ardente et sincère, qui s'allie chez lui, également à un grand talent oratoire.

Faut-il encore ajouter les noms de M. Fochier, viceprésident: Paul Valayer, Debiesse, trésorier; grâce auxquels put se fonder et prospérer dans notre ville la section lyonnaise de la Ligue.

Dans la vaste salle des fêtes du Palais d'Eté, un banquet de sept cents convives est servi. Il est présidé par M. Edouard Herriot, maire de Lyon.

A l'heure des toasts, le secrétaire de la Ligue, M. Jean Lépine, rappelant le souvenir de Trarieux, qui vint à Lyon il y a sept ans, lit une lettre de regrets et d'excuses du président, M. F. de Pressensé, et de M. Mathias Morhardt qui regrette, lui aussi, de ne pouvoir s'associer au banquet de la section lyonnaise.

M. Jean Appleton se lève, au milieu des ovations de la salle. Les paroles qui lui ont été adressées font ému.

Il remercie tous ceux qui ont répondu à l'appel de la Ligue et particulièrement le maire de Lyon, qui est non seulement un hommes de lettres, mais encore et surtout un homme de bien.

Il rappelle les circonstances si tristes du procès Zola et les comparée la sérénité des grands débats qui ont eu lieu devant la Gourde cassation, il rappelle les autres grands disparus, ScheurerKestner, Trarieux, dont les bustes vont être placés dans les couloirs du Sénat.

fi Le criminel en chef Mercier, pourra bientôt passer avec

son profil d'oiseau de proie sous le reproche de ces regards de pierre. »

Il parle du nationalisme, né de TaiTaire Dreyfus, et de ces capitaines Fracasse du patriotisme commercial qui parcouraient la France Tinjure à la bouche, l'escarcelle pleine.

Mais il ne veut pas oublier les quelques représentants d'opinions opposées, Tabbé Pichot, Tabbé Brugerette, Léon Chaîne qui ont fait cause commune avec nous.

Il salue enfin le nom du général Picquart et évoque le souvenir de la séance du congrès de la Ligue où a été entendu Tancien colonel.

Des hourrahs répétés saluent ce magnifique discours (1).

(i) Nous sommes heureux de pouvoir donner plus loin quelques passages du magistral discours de M. Jean Appleton. (Voir à la fin du volume : « extraits de Livres et Brochures »).

L'éminent président de la Section de Lyon de la Ligue Française pour la Défense des Droits de V Homme et du Citoyen s'y est montré penseur profond autant qu'harmonieux poète.

Ce discours qui avait été sténographié a été publié en brochure au mois d'octobre 1906 el cela avec d'autant plus d'à-propos qu'à celte même époque une association dite V Action Française recouvrait les mars de la ville de Lyon et des autres villes de France d'immenses affiches de protestation contre l'arrêt du la juillet précédent qui venait enfin de venger la conscience publique si longtemps outragée,

Nous trouvons dans le Progrès de Lyon du i4 octobre 1906 le texte de l'éloquent ordre du jour qui fut voté à cette occasion précisément par la section Lyonnaise de la Ligue des Droits de l'Homme que M. Jean Appleton préside avec tant d'autorité.

Page 1