A PROPOS DE PIE X
Dès le lendemain de Texaltation du Cardinal Sarto sur la chaire de Pierre, nous écrivions qu'il ne fallait pas s'attendre à voir le nouveau Pontife encourager ceux qui désireraient une sorte de quasi évolution dans le dogme, mais nous ne nous attendions pas à ce que les représentants des doctrines hyperconservatrices obtinssent une aussi forte influence sous le règne de ce pape qu'à certains signes on croyait imbu d'idées plus modernes. Il arrive parfois que les jours ne sont pas tels que ce qu'avait semblé prédire leur aurore, et l'aube d'un pontificat ne donne pas toujours l'idée des actes qui en marqueront le cours. On l'a vu pour Pie IX dont l'avènement fut salué des acclamations enthousiastes de tout ce qu'il y avait de libéral dans l'Italie et dans le monde.
Le Pape actuellement régnant a cependant ordonné et même obtenu malgré les efforts persistants de son entourage, des réformes sérieuses dans l'étiquette surannée du Vatican et dans l'administration financière de l'Eglise. De ces réformes il faut lui être reconnaissant.
Image vivante de son Maître, Pie X avait commencé à prêcher chaque dimanche dans la Cour de saint Damase aux pauvres gens du Transtévère sur les paraboles évangéliques. Il ne catéchise plus la foule sous cette forme simple et touchante depuis que ses prélats domestiques ont vu dans cet acte, si éminemment apostolique, des inconvénients que nous n'avons pas compris ; mais Fancien et populaire patriarche de Venise garde sous la tiare assez de simplicité chrétienne dans son cœur de prêtre pour ne pas permettre que l'on proclame que le Pape est tout»
Il n'est pas bon de penser, de parler et d'agir autour du Vicaire du Christ comme s'il devait absorber toute la chrétienté dans son auguste personne.
Il ne faut pas que l'on puisse dire, reprenant le vers de Racine, que tous les catholiques, laïques, humbles clercs, hauts prélats.
Sont tous devant ses yeux comme s'ils n^étaient pas . Non, le Pape n'est pas toute l'Eglise, le Pape n'est pas l'Eglise.
C'est là une affirmation de bon sens, elle est orthodoxe, et ce n'est pas elle qui nous ferait suspecter de nous être laissé surprendre par une théologie entamée du virus moderniste. Il n'est même pas besoin d'être « moderne » pour proclamer cette évidence.
Il suffirait d'être au contraire traditionna liste, car c'est l'idée de cette monstrueuse omnipotence papale qui serait une innovation dans TEglise catholique que le vieux catéchisme appelle « FÂssemblée de tous les fidèles ».
Nous ne méconnaissons certes pas la majestueuse grandeur et la providentielle pérennité de la papauté, bien au contraire, nous nous approprierions de tout cœur sur cette divine Institution ce mot bien connu de l'historien protestant Macaulay. « Il se peut que dans quelques siècles un voyageur debout sur la dernière arche encore subsistante du pont de Londres, contemple de là les ruines désertes de ce qui aura été dans un temps la plus grande ville du monde. Je ne sais si la Providence destine mon pays à ces vicissitudes : et je sais cependant que môme alors la Papauté sera debout comme aujourd'hui ».
Nous croyons que Pie X tout opposé qu'il soit aux témérités d'exégèse, mais resté plébéien dans le sens chrétien que l'on pourrait donner à ce mot, accentuera encore les réformes qu'a rendues nécessaires le recrutement trop aristocratique de laPrélature romaine et de la diplomatie papale sous les précédents Pontificats. Les réformes par lui accomplies en faciliteront, en appelleront d'autres, qui verront le jour sous ces successsurs.
Il faut espérer que ceux-ci seront élus par un Conclave libéré de toute contrainte extérieure et que l'on ne reverra plus le scandale d'une nouvelle « Exclusive ». L'exercice de cette prérogative surannée n'a pas provoqué, de la part du Sacré-Collège, aux droits souverains duquel elle attentait, la protestation que l'on aurait espérée. Le Veto de Sa Majesté apostolique était aussi peu respectueux que possible pour le Saint-Esprit que l'on dit présent au Conclave, il était, dans tous les cas, offensant au premier chef pour les cardinaux électeurs et l'on aurait compris qu'il rencontrât dans leur rang une résistance bien plus énergique. Et quoi, cette brutale intervention d'un empereur allemand dans Télection du Chef Suprême de l'Eglise ne constitue-t-elle pas l'ingérence la plus
— SyS —
formelle du laïcisme dans le domaine des choses ecclésiastiques ? Comment n'a-t-elle pas soulevé plus d'indignations de la part de ceux (nous parlons de M. Grousseau et de ses amis) qui devaient voir plus tard, dans le projet des associations cultuelles, la périlleuse intrusion des laïques dans l'administration du sanctuaire .
Sachons nous censurer nous-mêmes.
Attitude des catholiques lors de la confection des inventaires.
D'aucuns trouveront peut-être que nous avons fait trop large la part de la responsabilité des catholiques dans les persécutions qu'il subissent. C'est en effet, la mélhode toute opposée qui est en usage chez la plupart de nos coreligionnaires.
Et cependant, pourquoi s'étonner que nous soyons plus douloureusement affectés de nos propres fautes que de celles d'autrui, des fautes des nôtres que de celles de nos adversaires ? Ne souffronsnous pas davantage et avec raison du mal commis par les membres de noire famille, que du mal commis par des personnes qui lui sont étrangères ? NVst-il pas à la fois plus digne et plus profitable de reconnaître ses torts et d'essayer de ne plus s'en rendre coupable que de céder à la facile tentation de les nier pour ne pas avoir à les déplorer.
Vous êtes plus durs, nous dira-t-on, pour les fautes de vos amis que pour les crimes de vos adversaires. Mais ne le voit-on pas ? Les fautes que nous commettons, nous catholiques, causent souvent beaucoup plus de mal au catholicisme que les crimes perpétrés contre lui.
11 n'est d'ailleurs pas vrai que nous réservions toutes nos critiques à nos coreligionnaires pour n éprouver que mansuétude à l'égard de leurs persécuteurs.
Non, autant que qui que ce soit, nous réprouvons de toutes nos forces les injures faites à la liberté religieuse qui est la plus précieuse de toutes, mais, nous ne pouvons nous empêcher de le remarquer, lorsque des athées, des incroyants malmènent les catholiques, ils ne pèchent que contre des hommes et c'est contre Dieu lui-même que nous péchons, nous, catholiques, quand nous qui croyons en lui, nous compromettons sa cause en jetant son saint nom dans des bagarres purement politiques. Lorsque nous
couvrons du manteau de la religion nos ambitions, nos intérêts et nos haines, nous sommes aussi* irréligieux que possible.
Mais tout en professant que pour le maintien des sociétés il faut le respect de Tordre légal, nous n'avons pas une telle superstition de la légalité que nous ne comprenions la légitimité de certaines révoltes. Le fameux aphorisme tout chrétien « il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes » est en somme la plus nette et la plus glorieuse revendication des droits de la conscience individuelle.
Ainsi que le disait Pierre Jay dans un de ses bulletins au style incisif et concis qui préfacent si magistralement chaque numéro de sa revue hebdomadaire « tout acte révolutionnaire n'est pas illégitime et il peut venir un moment où il devient nécessaire de planter là l'Etat, ses règlements et ses lois pour se renfermer, comme en une forteresse, dans la liberté réelle et vécue » {Demain, i4 décembre 1906).
Nous n'approuvons pas pour cela tout ce qui a été fait, de notre côté, lors de la confection des inventaires que l'on sait ; sur plusieurs points du territoire, nos temples ont été plus profanés que défendus par les fidèles.
Des gens qui ont excusé ou qui ont même pu voir avec sympathie la violence des foules exaspérées bravement opposées à la force employée par les agents du pouvoir n'ont pu cependant considérer sans douleur certaines manœuvres auxquelles n'ont, hélas I pas manqué les encouragements de feuilles dont le souci tout apparent est de soutenir les intérêts sacrés de la religion catholique.
Que l'on ne nous reproche pas la citation suivante, le présent volume, nous l'avons dit, veut n'être qu'un recueil de documents.
L'envoyé spécial du Gaulois, journal judeo-antisémite, lui télégraphiait de Champels le aa novembre 1906 ce qui suit :
« Dans l'Église ce ne sont partout que pièges et trappes
bien tendus. Il faut s'avancer avec la plus grande prudence et cette prudence n'est pas observée par le commissaire spécial qui, au cours de l'inventaire, s'aventure sur une passerelle par laquelle il veut atteindre le clocher. A peine a-t-il mis les pieds sur cette passerelle qu'un craquement sinistre se fait entendre, suivi d'un bruit formidable et d'un cri de douleur. La planche sciée au milieu simplement fixée par deux petits clous, a cédé, entraînant le
commissaire spécial qui exécute, tête en avant, un saut périlleux de quatre mètres.
t On se précipite, M. Redon gît sur les dalles du Maître- Autel très grièvement blessé à la tête. Un médecin-major mandé prodigue les premiers soins au blessé qui, la tête entourée de bandages, est transporté à la voiture d'ambulance ».
Ce morceau de prose sauvage, ce reportage de cannibales n'a pas besoin de commentaires.
Nous ne demandons pas, nous le répétons, que des catholiques qui se croient injustement molestés se laissent mener avec la docilité de moutons conduits à Tabattoir, mais il nous est difflcile de blâmer la résistance loyale de braves gens, quelque énergique que cette résistance puisse être, il nous paraît honnête, il nous paraît chrétien de flétrir cette odieuse et lâche organisation de traquenards et de chausse-trapes dans les églises du Bon Dieu.
Sous le ministère Clemenceau, nous n'avons pas vu comme sous le ministère Combes, les ours employés à la défense de nos sanctuaires ainsi que le fait a eu lieu à Monjoie, petite commune de TAriège, (Voir le numéro de V Illustration du 3i mars 1906) et cela a fait dire plaisamment à Tun des membres les plus éminents de rinstitut, M. Louis Havet, croyons-nous, que « dans Tintervalle des deux séries d'inventaires, les ours seuls avaient gagné en sagesse». Tout de même, nous avons assisté à trop de spectacles à celui qui fut donné à Champels.
Ceux qui excitèrent les fidèles à ces sortes de manifestations ou tout au moins qui applaudirent trop, étaient évidemment des partisans convaincus de ce que Ton a appelé « Politique du pire », « Politique de Gribouille » qui consiste à se jeter à Teau pour ne pas se mouiller, et dont, après tant d'expérience malheureuses, on devrait bien être désabusé. 11 y avait déjà du temps de Boileau de ces catholiques bataillards et ce sont eux sûrement qui lui inspirèrent les vers plaisants mais injustes de son poème héroïcomique :
Pour soutenir tes droits que le Ciel autorise Abîme tout plutôt ; c'est Tesprit de TEglise.
L'auteur du Lutrin confondait lui aussi cléricalisme et catholicisme.
Au plus fort des incidents tumultueux provoqués par ces inven-
taires, nous avons entendu à Lyon un congréganiste et non des moindres se vanter publiquement d'avoir, la veille même à Paris, exhorté la jeunesse catholique à s'armer de matraques et de revolvers pour se défendre (!) contre les agents du fisc.
lie Révérend Père avait Thabit religieux mais l'esprit guerrier.
Quand des catholiques élèvent de telles critiques au grand scandale de plusieurs des leurs, ils font là œuvre de conscience et de raison et Ton ne doit pas les accuser de dénigrement systématique.
Motifs (Tespérer
D'ailleurs, au milieu des événements qui se précipitent et qui nous pressent nous sommes bien éloignés de ne voir que des motifs de récriminer et de gémir. Non I de ce terrain labouré par le soc rude et douloureux de la persécution peuvent sortir des germes d'espérance et une moisson de réalités bienfaisantes.
Au milieu des tristesses actuelles que l'on ne se console pas de voir, parce que Ton est de ceux qui les ont prévues, il est plus d'un symptôme consolant, telle l'union immédiate qui s'est faite sur les questions essentielles entre tous les catholiques, évéques, prêtres, laïques, à quelque école qu'ils appartinssent et quelles que fussent les nuances plus ou moins accentuées qui les distinguassent par ailleurs.
Il est bien des catholiques encore animés d'un courageux et vivifiant optimisme.
En 1904, alors que des nuages de tempête s'amoncelaient de plus en plus sur Thorizon, le P. Antonin Eymieu, au cœur d'apôtre, à Tàme vraiment sacerdotale, qui est l'un des quelques religieux de son ordre auxquels vont les sympathies intellectuelles des libéraux de tous les partis, terminait le livre éloquent qu'il venait d'écrire sous le titre de ; Païens, par ces lignes empreintes d'une foi indéfectible dans les destinées immortelles de l'Eglise dans notre pays :
€ Je sais les maux de mon temps, ils sont immenses; je vois les signes de mort, mais je crois à la vie. D autres peuples sont morts de la gangrène qui nous ronge, le nôtre vivra et je salue les signes d'espoir.
« Libre à ceux qni le veulent de ne pas espérer.
« Moi, en face de ce xx* siècle qui menace d'être à son début si tyranniquement dur pour tout ce que j*aime, si odieusement injuste pour mes droits d'homme et de Français, moi qui, demain peut-être serai un proscrit, j'espère. Amen ».
Non, tout n*est pas perdu parce que TEtat s'est séparé yiolemment de l'Eglise.
Nous avons tous récriminé contre cette Séparation de l'Eglise et de l'Etat qui nous a été imposée, mais il est une séparation qu'il est en notre pouvoir à tous d'éviter, c'est notre propre et personnelle séparation d'avec l'Eglise. Y songeons-nous suffisamment ?
Trop souvent, et dans des vues qui ont semblé d'un ordre tout politique, nous nous sommes plaints de ce que les libre penseurs voulaient déchristianiser la France. Veillons donc à nous christianiser de plus en plus nous-mêmes et nous aurons rempli le plus important, le plus religieux de nos devoirs.
L'une des premières paroles de Pie X, après son exaltation sur la chaire de Pierre, a été qu'il fallait restaurer toutes choses dans le Christ, instaurare omnia in Christo, nous obéirons à cette solennelle recommandation en travaillant à instaurer le Christ surtout en nous-mêmes.
Contre Vultramonianisme. — Vers V Avenir,
M. le sénateur Gourju qui a pris la part brillante que l'on sait dans la défense de nos libertés religieuses et dont on connaît le catholicisme de bon aloi a, au cours de la discussion de la seconde loi Briand, fait entendre des affirmations qui corroborent singulièrement plusieurs de celles que nous venons d'émettre.
Du remarquable discours qu'il a prononcé devant la Chambre haute à cette occasion nous détachons le court passage que voici :
« Quand tout à l'heure, Messieurs, une interruption m'a empêché de suivre immédiatement mon idée, j'en étais arrivé à vous dire que dans mes explications sur chacun des trois faits diplomatiques qui ont ensuite servi de prétexte pour la rupture du concordat j'avais, sans aucune hésitation, reconnu, pour ce qui me regarde et sans avoir la prétention d'engager l'opinion de personne autre, que sur chacun de ces trois points, la curie ponti-
ficale avait commis des erreurs, de véritables fautes. Je les ai expliquées, j'ai dit en quoi ces erreurs m' apparaissaient évidentes et, autant qu'il est permis à un particulier même parlementaire de critiquer les actes diplomatiques d'un pouvoir aussi considérable, je les ai résolument critiquéd ».
Ce qu'avait dit, ce qu'avait répété l'honorable sénateur du Rhône, M. Edouard Aynard et les autres députés catholiques du groupe progressiste de la Chambre l'avaient, eux aussi, déclaré loyalement à la Tribune du Palais Bourbon.
Tous n'avaient fait que se conformer à la doctrine bien française de nos anciens parlementaires .
Le duc d'Audiffred-Pasquier, dont le nouvel académicien, M. Ribot, était si digne de prononcer l'éloge sous la coupole de l'Institut, appartenait également à cette belle et fière école.
Ce grand libéral, partisan de la monarchie de Juillet, avait également, ainsi que diraient quelques-uns comme « orléanisé » son catholicisme (et l'expression serait à plus d'un point de vue tout à fait impropre) ; sa foi très sincère était teintée d'un peu de gallicanisme ; et il doit y avoir un certain gallicanisme qui n'est pas blâmable. « Cela le choquait, a dit son successeur à l'Académie, que l'Église de France attendit une inspiration, un mot d'ordre de Rome, non dans les questions de doctrines, mais dans les questions de discipline et pour la conduite de toutes les affaires ».
Il aurait facilement repris pour son propre compte les paroles d'Etienne Pasquier : « Je veux qu'on sache que je respecte et honore le Saint-Siège, à la vieille manière gauloise et ainsi qu'on fait nos ancêtres. Et qui le pratique autrement, je ne l'estime ni bon français, ni bon catholique. »
Ce que pensait ce Chrétien un peu « à la Port-Royal », d'autres le pensent aussi et ils voudraient que les .Evêques pussent concilier leur juste souci de ce qu'ils doivent au Saint-Siège avec la noble indépendance qui est leur légitime apanage en leur qualité de successeurs sinon de Pierre, au moins des autres apôtres.
Nous ne saurions mieux conclure qu'en citant les lignes réconfortantes par lesquelles l'abbé Naudet, dans son dernier article de 1906, salue l'aurore de l'année nouvelle. Le Directeur de la Justice Sociale n'est pas de « l'Église gémissante » et de plus il sait bien
que selon la forte parole de Bossuet « quand Dieu efface c'est qu'il s'apprête à écrire ».
« Laissons passer le Ûot, dit-il, il emportera beaucoup de choses. Les unes qui devraient finir et dont il nous débarrassera ; d'autres sur lesquelles nous aurons à pleurer mais qu'un flot i*amènera en vertu de la mystérieuse attirance des choses que nous aurons su conserver avec soin.
« L'heure est venue, sachons-le dire, où notre Église commence à jeter du lest et à se débarrasser d'une foule d'impedimenta qui alourdissaient sa marche et nuisaient à sa vie. Ce travail nécessaire nous ne l'aurions probablement jamais fait de nous-mêmes ; Dieu y a pourvu. L'opération est plus rude, elle sera plus salutaire ».
A la séance du i5 janvier, le digne et excellent abbé Lemire(*),
(*) Nous croyons instructif de reproduire ici quelques lignes du discours prononcé par Tabbé Lemire à la séance de la Chambre des députés le 4 novembre 1907 : Il s'agissait de la cause des prêtres âgés et infirmes et ce jour là le député d'Hazbrouck remporta encore un de ces succès qu'il doit à Tuniverselle et respectueuse sympathie dont les députés républicains entourent ce vrai prêtre de Jésus-Christ.
M. Lehire. —
Eh bien, oui ! j'ai Tutopie de la légalité (ires bien ! ires bien ! à gauche) et si c'en
I est réellement une, reconnaissez qu'elle est bien proche des exigences de la cons-
I cience. Il m'en coûte d'être hors la loi de mon pays, et je suis très peiné de ce
; que — comme vous l'avez dit, Monsieur le Ministre, avec une émotion qui n'égale
pas notre douleur, car cette douleur ne vient pas d'un incident passager et parle-
j menlaire, elle tient à des causes plus profondes — je suis très peiné de cette
existence précaire et misérable que nous devons traîner, n'étant que des passants
dans nos églises et des mendiants dans nos presbytères.
Mais quand je trouve le moyen de faire rentrer une catégorie quelconque de nos prêtres dans le cadre de l'une quelconque des lois françaises, je recommande cette I existence légale, cette expérience d'une loi de mon pays. (Applaudissements à gauche, —
! Mouvements divers,)
Une des choses qui m'ont souvent attristé, c'est qu'après une condamnation première des cultuelles, on s'en soit tenu là ; c'est qu'on n'ait pas, en France, comme dans d'autres pays, cherché dès le lendemain une solution plus acceptable. Quand on casse la ruche d'un essaim d'abeilles, il en faut une autre.
J'ai été peiné — pourquoi le taire P — que l'épiscopat français, après la déroute momentanée qui a suivi la condamnation de son premier arrangement, de son projet de canoniques légales, n'ait pas présenté à qui de droit d'autres combinaisons et
politique avisé autant que sincère, dont les avis si autorisés auraient dû être mieux écoutés, faisait, lui aussi, entendre du haut de la tribune française de fortes paroles d'encouragement et un appel éloquent à la paix, à la concorde et à l'espérance.
Le même jour, les Évêques de France, usant, pour la troisième fois en quelques mois, du droit si précieux de réunion dont ils avaient été privés depuis plus d'un siècle, ouvraient leur troisième assemblée plénière et prenaient des résolutions qui, longtemps n'ont pas été connues du public. (Dieu veuille que ces grandes réunions de l'épiscopat français si longtemps désirées ne viennent
quUl n*ait pas eu la noble et patriotique ténacité de dire : (f Oui, nous ferons, pour le bien de la France, cet effort inlassable d'offrir jusqu'au bout, à notre chef de Rome, des légalités nouvelles, si les premières ne lui ont pas paru satisfaisantes ». (Applaudissements à gauche ^ à V extrême gauche et sur divers bancs au centre).
Je reconnais qu'il était très difficile à celui qui était loin de nous et sous les jeux de qui tombaient des journaux de France où notre loi était plus ou moins dénaturée (Nouveaux et vifs applaudissements sur les mêmes bancs), je reconnais quUl est souverainement difficile pour tout le monde, lorsqu'on a affaire à des juristes qui, de part et d'autre, se disputent sur un texte, de juger h. distance ce qui convient le mieux, même lorsqu'on est très bien intentionné et lorsqu'on n'a en vue que le bien public. Il ne faut pas déplacer les responsabilités. Il ne laut pas prêter à l'autorité religieuse des intentions qu'elle n'a pas. Le pape est, avant tout, un honnête homme qui n'a en vue que le bien de l'Église et qui fait son devoir. Beaucoup de ceux qui se plaignent auraient dû le renseigner plus et mieux. Mais c'est fini. A l'heure actuelle l'obéissance est notre devoir. Nous le remplirons. {Mouvement divers).
Ne confondez pas, Messieurs, des questions de foi avec des questions de discipline. Dans les questions de foi il j a l'infaillibilité . Dans les questions de discipline il y a l'autorité. Le pape me demande d'obéir, j'obéis comme un simple soldat en face de son colonel; je ne raisonne pas, je ne suis pas un hervéiste de l'Eglise. Je dis ce que je pense ; et je crois que mes paroles en ce moment n'ont rien de contraire h une vérité quelconque. Il n'y a pas un homme de ce câté (la droite) qui puisse se lever pour dire que j'outrepasse les limites delà vérité.
A Vextrême gauche. — Vos amis de droite gardent le silence.
M. Lbuirb. — Justement ; il n'y a rien à objecter Je dis ce qui est vrai. Je parle en simple député, n'ayant pas de responsabilité au point de vue ecclésiastique, car je ne suis ici envoyé par personne de la hiérarchie ; je ne suis pas le représentant du clergé. Aucun évoque ne m'a donné le mandat d'apporter ici des solutions et je n'avais pas à recevoir de mandat semblable (applaudissements à gauche et à Vextrême gauche}^ parce que comme tous mes collègues de la Chambre, je tiens mon pouvoir et mon devoir de mes électeurs, et d'eux seuls. (Nouveaux applaudissements.) (Journal officiel, 5 novembre 1907.)
pas un jour ou l'autre éveiller les sasceptibilités ombrageuses de la cause romaine !).
Bien des catholiques ont été étonnés de voir tenir dans les salons du château d*un partioulier très riche ces solennelles assises qui auraient semblé mieux à leur place sous les voûtes glorieuses de Notre-Dame de Paris ou dans un des nombreux édifices publics que la religion a consacrés, mais ils ont bien pensé qu'il ne fallait point voir là de la part des prélats assemblés une tendance à accepter trop facilement pour notre pays ce «( culte privé » que l'abbé Lemire venait de dénoncer à la tribune de la Chambre comme une calamité nationale.
Si Ton n'a pas su de suite le résultat des délibérations de ce grand corps épiscopal de la France catholique, on a cependant pu lire l'adresse que les Cardinaux Archevêques et Evoques réunis ont, au cours de leurs séances, envoyé à Pie X et Ton y a vu avec une satisfaction légitime cette affirmation dont tous ont dû comprendre l'importance « en fait historique comme en droit divin, c'est assez au Pape de confirmer ses frères sans les absorber ».
Dans le même temps lesÉvêques protecteurs de l'Institut catholique de Paris nommait le libéral et universitaire abbé Baudrillart recteur, en remplacement de Monseigneur Péchenard récemment promu à TÉvêché de Soissons. Le choix de cet ancien normalien, digne successeur de Monseigneur d'Hulst, a été accueilli avec une vive sympathie dans l'Église et hors de l'Église, par tous ceux qu'anime l'esprit de conciliation qui est aujourd'hui si nécessaire. On voudrait bien espérer que le nouveau recteur de l'Institut n'aura pas à en conduire le deuil, car avec un tel chef et avec des maîtres comme Paul Bureau, les abbés Félix Klein, Piat et Lejay, le Père Sertillanges et tant d'autres, il mérite de vivre.
De plus, ces Facultés Catholiques sont une Liberté et il est si triste de voir une Liberté mourir.
Une année ne s'était pas écoulée depuis son retentissant discours de Lyon que M^' Lacroix donnait sa démission d'évéque de Tarentaise.
A la date du la octobre 1907 il priait le Pape d'agréer cette démission par une lettre qui débutait ainsi :
Très Saint-Père,
Au sortir d'une retraite pendant laquelle j*ai réfléchi et prié de mon mieux, agissant sous la seule inspiration de ma conscience et sans y avoir été sollicité par qui que ce soit» je viens prier Votre Sainteté d*agréer ma démission d'évèque de Tarentaise.
Bien que je n*aie encore que cinquante deux ans, ma santé s^accommode de moins en moins du climat rigoureux et des longs hivers de la région des Alpes, Sous Faction de la neige, la faiblesse croissante de ma vue est devenue une infirmité. Enfin je souffre d'un mal organique qui peut amener le brusque déclin de mes forces.
Dans ces conditions, il me parait plus sage de renoncer à des fonctions toujours laborieuses par elles-mêmes, mais qui dans nos montagi^es exigent plus qu'ailleurs une grande vigueur physique.
M«' Lacroix adressa au clergé et aux fidèles de son diocèse, pour leur notifier sa démission une lettre dont les principaux passages ont fait le tour de la presse et que nous avons trouvé in extenso dans le numéro du i" novembre 1907 de ce Bulletin religieux du diocèse de Tarentaise dont la collection des six dernières années ofire un si captivant intérêt.
Voici quelques lignes de ce document que Ton pourrait appeler le testament savoyard du docte et libéral prélat. Il donne en termes touchants des conseils dont d*autres que ses prêtres, dont d*autres que ses fidèles pourront également retirer grand profit :
Vous m'êtes témoins, mes bien chers Frères et vous surtout, mes chers Messieurs, que je n'ai rien négligé pour que la bourrasque dévastatrice expirât au seuil de notre bien-aimée Tarentaise. Tout ce qu'il était humainement possible de fairet je crois l'avoir tenté : je n'ai même pas reculé devant certaines initiatives, que plusieurs jugeaient téméraires pour sauver nos Établissements religieux, ainsi que les fondations pieuses dont nous étions redevables à la foi et à la générosité de vos ancêtres.
Hélas 1 vous le savez, mes efforts ont été impuissants. Par déférence pour le désir formel du Saint-Siège, et pour ne rien faire qui parût rompre l'unité d'action adoptée par TÉpiscopat, j'ai dissous, comme c'était mon devoir, cette Société Saint- Sigismond qui devait être notre unique planche de salut et qui, dès le premier jour, avait éveillé, en France et à l'étranger, de si chaudes sympathies ; mais aussitôt le sacrifice accompli, les catastrophes se sont produites, emportant pêle-mêle, comme dans une rafale de mort, l'Évêché, les Séminaires, les menses, les bénéfices-eures, en un mot tout ce que nous étions habitués à regarder comme les organes indispensables de la vie catholique dans ce Diocèse.
De ces jours de deuil, j*ai gardé, au fond du cœur, une incurable tristesse, celle d*un père de famille, qui aurait été contraint d'assister, les bras croisés, à l'anéantissement du patrimoine de ses enfants.
Si, après ce retour sur le passé, j'envisage l'avenir, je ne puis m'empécher d'admirer et presque d'envier la noble et haute mission que vous avez à remplir à l'égard du peuple qui vous est confié. Mon successeur vous exposera, avec l'autorité de sa fonction, comment il entend que vous compreniez votre ministère sacerdotal, et je suis sur que vous vous conformerez, de tout point, à ses instructions. Mais en attendant qu'il vous fasse le portrait du prêtre idéal, tel du moins qu'il l'aura conçu, laissez-moi vous dire, moi qui vous connais bien et qui vous parle déjà avec le désintéressement de quelqu'un qui ne sera bientôt plus votre chef, laissez- moi vous dire, avec la plus ardente conviction, sinon avec éloquence, qu'il ne faut plus espérer le retour à ces temps; réputés plus heureux, où le prêtre exerçait une sorte de pieuse dictature sur ces ouailles et où celles-ci avaient une foi aveugle en sa parole. Ces temps sont finis et il est probable qu'on ne les reverra jamais plus, du moins en France. A.près les bouleversements auxquels nous avons assisté, et dont la série n'en est pas close, ce n'est plus uniquement par voie d'autorité que le prêtre pourra et devra transmettre son enseignement. Un changement radical s'est produit dans les habitudes intellectuelles de nos contemporains ; ils ne veulent plus être traités comme des enfants, mais comme des hommes. Or, suivant le mot profond du philosophe de Bonald, on mène les enfants par la raison d'autorité ; mais les hommes ne se laissent conduire que par l'autorité de la raison. Dès lors, il faudra que le prêtre, à sa qualité de ministre de Dieu, joigne désormais le prestige de ''ascendant que donne une bonne éducation, une solide culture intellectuelle et aussi cette loyauté du caractère qui est aujourd'hui prisée comme la première des vertus sociales. Après tout, c'est par vous, mes chers Messieurs, et par vous seuls, que les fidèles connaissent la religion du Christ. C'est à travers votre personne, si chétive qu'elle soit, c'est à travers vos paroles et vos actes que transparaissent, pour eux, les grandes vérités religieuses ; faites donc en sorte qu'en vous fréquentant, qu'en vous entendant parler, qu'en vous voyant agir, ils aient une haute idée du Dieu que vous représentez, de l'Église dont vous êtes les ministres.
Depuis de longues années, depuis un siècle et demi peut-être, et en expiation d'erreurs et de fautes anciennes, le Clergé de France est considéré, dans son propre pajs, comme un groupe de parias, comme une caste à part, fermée à tout progrès, à toute lumière venue du dehors, hostile en principe à toutes les aspirations de leurs contemporains. Disons le mot tout net : le clergé n'est pas populaire et c'est à cette impopularité, soigneusement entretenue et exagérée à dessein par les ennemis du christianisme, qu'il doit d'avoir été délogé de la plupart de ses positions et d'avoir essuyé tant de défaites.
Eh 1 bien, mes chers Messieurs, il faut travailler de toutes vos forces à reconquérir pour vous et dans chacune de vos paroisses cette popularité perdue. Il y a parmi vous assez de ressources en dévouement, en zèle pastoral, en intelligence, en talents de toutes sortes, pour que vous puissiez y réussir et que vous gagniez à nouveau le cœur du peuple par le rayonnement des services que vous lui aurez rendus. Entre
le gros de la nation et nous, hommes d'Église, il existe un malentendu formidable, inquiétant même, parce qu'il met en péril les destinées du pays : On dirait deux armées qui, en face Tune de Tautre, se mesurent du regard, Tarme au pied, et prêtes à en venir aux mains. Appliquez-vous, Messieurs, à dissiper ce malentendu, et à réconcilier ces deux moitiés de la nation que les circonstances ont séparées, mais qui devraient se rapprocher sous Tétendard tutélaire du Christ Rédempteur. AUez-donc, d'un pas alerte et jojeux, et la main amicalement tendue^ allez à ces frères égarés, dont Tàme a été rachetée comme la vôtre par le sang du Christ; allez à ces travailleurs des villes et des champs qui semblent avoir peur de votre soutane et montrez-leur que, sous ce vêtement dont la forme un peu archaïque les étonne, se cache un cœur qui leur est passionnément dévoué. Allez enfin à ceux qui, par leur savoir, leur rang social et les emplois qu'ils occupent, sont Télile dirigeante de la Patrie. Sous prétexte de réserver au peuple toutes les ressources de Tapostolat, on a peut-être trop négligé ces hommes qui sont les maîtres de l'opinion et qui disposent d'une influence prépondérante, dans Tordre politique comme dans l'ordre intellectuel. Prouvez -leur, par votre propre exemple, que le catholicisme intelligemment compris n'est Tennemi d'aucune science ni d'aucun progrès, que l'enseignement du Christ favorise, au contraire, le libre et harmonieux épanouissement de tout ce qu'il y a de grand, de noble et de beau dans la nature humaine.
Mes chers Messieurs, je vous demande de vous souvenir de moi dans vos prières ; je le demande à tous mes prêtres, à ceux surtout qui sont mes fils de prédilection parce que je les ai engendrés au sacerdoce. Je le demande enfin aux vaillantes Sœurs de Saint-Joseph dont la piété, le dévouement et l'inépuisable charité ont si souvent provoqué mon édification et ma reconnaissance. Tous, prêtres, religieuses et personnes pieuses, vous voudrez bien appeler sur moi les miséricordes divines, afin que le Souverain Juge me pardonne les erreurs de mon administration, et que, durant les jours qui me restent à vivre, je puis.se encore, dans la mesure de mes faibles forces, me consacrer aux nobles besognes de l'apostolat et travailler utilement à la pacification religieuse de notre cher pays de France 1
-}* Lucien Lacroix Eoéque démissionnaire de Tarentaise,
L'Ëvêque de Tarentaise n*a donné sa démission que de son siège, il demeure écrivain et orateur et nous sommes sûrs qu'en défendant par la plume et par la parole les idées qui lui restent chères, en continuant à travailler comme il Fa promis « à la pacification religieuse » en notre cher pays de France, il rendra encore d'éminents services à l'Eglise catholique comme à la patrie française.
Lo Spettatore (Direttore Principe Scipione Borghese, Deputato al Parlamento), Rome, 7 octobre 1906.
LA NUOVA ORIENTAZIONE DEI CATTOLICl FRANCESI
Or non èmolto tempo, scrivevamo a proposito delTenciclica ponctifica <c Gravissimo officii », riportandone un brano : « ... cosi il Vaticano sconfessa le mené di colore che in Francia hanno fatto del caltolicismo il mezzo di peruenire per i nazionalisti^ e sconfessa quelle forme di clericalismoy che tentavano di minare^ con gli antisemiti, la mala fede e Vodio pratigiano^ te istituzioni repubblicane i>.
Non sarà dunque senza intéresse per i nostri lettori che noi ci occupiamo ancora una volta délia trasformazione dei cattolici francesi, forse di un piccolo nucleo di esi che — è noto — fa capo alla rivista religiosa il Demain e dal cenacolo lionese sembra or mai trovar proseliti in tutta la Francia cattolica.
L'anticlericalismo francese — già lo dicemmo — non è frutto tanto di odio religioso e di furia iconoclasta, quanto di nécessita imprescindibile perla salvezza délia repubblica. Poichè questo ibrido connubio cattolico- nazionalista-milisarista-antisemita che posté sognare il rovesciamento o almeno Tindebolimento délie istituzioni republicane, era il gronde nemico, Tidra multiforme e molteplece che bisognava combattere ed abbattere. E del damno ch'esso arrecô basta, incroUabile monumento di cecitâ partigiana e di perversità innominabile, TafTare Dreyfus architettato, montato, sostenuto ad oltranza con ogni mezzo e con ogni arma e dal quale la repubblica è saputa uscire vittoriosa per un prodigio. Ed oggi ancora
ï Action Française tenta con un appelio al paese di rinfocolare gli odii perché tutto il maie delPinfausta campagna non vada perduto. E con scopi diuersi ma con simili armi combatterono, contro la giustizia e contro Tinnocenza, nationalisti e clericali, dal Gaulois alla Croix.
Ecco dunque il signifîcato profondo e importantissimo del movimento cattolico innovatore irancese, il quale tende a mettere in luce corne possano gli spiriti liberi e non vili essere cattolici e republicani, vedere oltri il giro ristretto di idée vecchie e torbide, partecipare con anima sincera alla vita nazionale, non ostentando uno chauvinisme intransigente ed ingiusto ma giudicanno ed operando fuori di ogni formula dottrinario e d'ogni imposizione settaria.
Cosi il riformismo religioso in Francia è unito imprescindibilmente — come in Italia — al riformismo cattolico-politico.
A Milano per boccadel Conte Tommaso Gallarati-Scotti i demo-cristiani proclamarano la loro indispendenza politica dalla curia romana liberandosi da ogni fraternità con il clericalismo di nuovo o di antico stampo ; a Lione i nuovi combattent! del Demain prendono a due mani il loro coraggio e si fanno d'un tratto solidati con i proclamatori dei diritti delFSQ, come ieri anche più coraggiosamente, affrontando tutta Topinione contraria dei loro correligionarii si schieravano dalla giustizia, proclamandosi dreyfusard!.
Dal cenacolo politico-religioso-riformista del Demain esce in fatti il signor Léon Chaine con il suo libro Les catholiques français et leur difficultés actuelles libro che ha avuto Tonore délia discussione non solamente a Lione e in Francia, ma in Inghilterra, in Germania ovunque Tevolversi del fenomeno politico-religioso susciti un vero interesse e che è giunto in poco tempo al suo ottavo migliaio. E lacconglienza fatta a Lione ed in Francia a
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contro ogni progresse scientifico e lo spirito rétrograde con il quale furono accolte le scoperte faite nelFordine naturale, Terrore grandissimo di cercare nella bibbia ciô che non vi era e ciô che non poteva esservi — dice presse a poco il signer Léon Chaine — sohe Tesponente délia timidezza intellettuale di una parte dei cattolici.
Sotte il rispette religiese Topera dunque del signer Léon Chaine accéda da presse con tutta Topera de' riformisti — da Loisy e Denis, al Tyrrel, al Fonsegrive — di questi opérai intellettuali che più hanne lavorato alTedifîcaziene di quel punie che puô unire due regioni per se slesse ostili e troppe iselate (inora: il paese délia scienza e quelle délia fede.
Ë bene a proposite di Mgr d'Hulst, une di questi rari spiriti che seppere essere (ilesofî, teelogi ed esegeti ad un tempo, Tabale Brugerette in un sue nolevole studio religiese, cembattendo la massima meschina : a Non salvezza fueri délia Ghiesa » citava il giudizio di Gondal : « Si puô in lutta conscienza e con lutte Tenore, essere caltolico a Roma, protestante a Berline, ortodesso a Mesca, musulmane alla Mecca, bramanista a Calcutta e buddhista a Yedde ».
E' questo il rilorno al vero principie crisliane cui inferma Tidea che la morte di Cristio valesse non per un solo popolo ma per tutti gli uomini si che la quesliene spiriluale délia salute non puô essere ridetta a una quesliene di geografia e di etnegrafia.
F' ladichiarazienedi Voltaire apena mulala nelle intenzieni forse, che Tauloredi Religion fa prenunziare a Zaïre : c( Troppe bene io lo vedo : le cure che si prendono délia neslra infanzia — formane i nostri sentimenti, i nestri senlimenti, i nestri cestumi, la neslra fede ; — se io fessi slala presse il Gange, sarei slata schiava dei faisi dei, — cristiana a Parigi, musulmanain questi luoghi d.
Ne mililarisli, ne nazionalisti, ne antisemiti, mapatrioti
nel senso vero e più aînpio délia parola ; non schiavi di un feticismo supertizioso e monstruoso, ma fedeli — nel cattolicismo — alla legge di Gristo quale esci dalla bocca del (igliuolo delFuGmo : ecco i postulati deî nuovi cattolici di Francia de' quali è Tesponente più alto e più espressivo il libro del signor Léon Chaine.
E noi a punto abbiamo voluto parlare di questa libro, non con uno scopo di far conoscere ai nostri lettori una novità bibliografîca — e non lo è infatti Topera del signor Léon Chaine. Ma per studiare e per indicare ai nostri lettori unaltrolato, un'altra fase dello svolgersi del pensiero religioso che finora non ha mai cosî universalmente agitate le anime come nell'ora présente.
Poi che il cattolicismo e per esso la Chiesa, come un instituto il quale non spostandosi dal suo centro primo di gravita ha attraversato un periodo di diciannove secoli deve necessariamente portare con se molto di buono che fu fatto a traverso cosî lunga vita a trascinare anche con se errori gravissimi, tutti quelli di altri instituti che soggiacquero ai tempi rinnovati. L'ora présente sembra un punto fermo a questo cammino, la barriera che la Chièsa e i suoi proseliti non potranno abbatere per varcarla se non siano in possesso diarminuove. Ë'spezzare leantiche lance e fondar nuove armi nel bronzo vanno a punto sognando i nuovi cattolici di ogni paese.
La Chiesa deve evolversi or mai : si evolverà. V'ha chi ha voluto chiamare questo présente un periodo di decadenza per la Chiesa. Maggiore esattezza sarebbe stata dirlo un periodo di transizione. E a punto noi crediamo — sia per levolversi del fenomeno religioso, sia per Tevolversi di quello politico in seno alla Chiesa — che taie idea sia stata in mente del Collegio dei Cardinali elegendosuccessore di Leone XIII, Pio X. Poi che se fosse salito al trono pontificale un Papa tropo fautoredi idée nuove uno scisma avrebbe potuto dichiararsi. E se anche fosse stato eletto
un pontefice che aile idée di Pio X avesse accoppiato un fervido spirito di battaglia, si sarebbe verificato un aresto neila via présente, gravissimo perle sue conseguenze. Ma il pontificato di Pio X è forse il pontificato di transizione, di battaglia esterna, di stasi interna, dopo il quale la via nuova sarà tracciata.
L'avvenire délia Chiesa cattolica starà dunque nel cammino che un nuovo pontificato saprà compîere o no su questa via tracciata.
Sarebbe sogno puérile il pensare che un istituto antichissimo potesse escire a nuova esistenza cosi d'un tratto, senza un lungo e maturoperiodo di preparazione, di tentativiy d'insuccessi.
L'Ai^enir Bourguignon (Beaune), 21 octobre 1906.
L'AFFAIRE DREYFUS ET L'ÉGLISE
La patriotique campagne entreprise par MM. Charles Maurraset Henri Vaugeois au cri de ralliement de : a Vive la France I » nous a fourni le sujet d'un précédent article.
Nous avons voulu surtout souligner le caractère nettement et particulièrement national àe cette manifestation, et faire ressortir le bel exemple d'énergie que V Action Française nous a donné dans cette circonstance.
Depuis huit jours, ce mouvement de protestation s'est accentué. L'Eclair le constate en ces termes :
Tous les partis y viennent avec leurs drapeaux variés, parce qu'ils sentent tous qu'ils ont affaire à un grand ennemi commun. C'est ainsi
que Ton s^unirait le jour où les Prussiens seraient à la frontière. Le vrai est que l'on marche, ici, contre les Prussiens de Tintérieur.
Plus loin, V Eclair précise plus rigoureusement, plus énergiquement, encore la signification de cette protestation et ajoute en parlant de T Affaire Dreyfus :
Nous en rappelons la mémoire pour qu'elle soit vivace et cuisante, et inoubliable, jusqu'au jour de la réparation. Quand les choses auront repris leur équilibre, quand les honnêtes gens ne seront plus des parias, quand le patriotisme ne sera plus le péché originel des hommes d'État, quand on aura cessé d'un même mouvement la persécution des croyances et l'humiliation du drapeau, — ce jour-là, non un autre jour — nous serons les premiers à tendre i tous, et mêmes aux pires égarés, la coupe d'un oubli loyal, généreux et profond. D'ici là, la plus cruelle vérité demeure un révulsif utile ; la plus dure justice conserve une incomparable puissance de réveil national. . .
L'allure de cette « note de la Rédaction » du journal de M. Judet nous prouve une fois de plus que l'Affaire Dreyfus a été, est et restera Tun des faits les plus considérables et les plus troublants de l'histoire contemporaine.
Dreyfusards et antidreyfusards sont et resteront longtemps encore d'irréductibles adversaires : c'est un peu, du reste, l'histoire des partis bien tranchés.
Il suffit de toucher de près ou de loin à ces questions toujours d'une actualité brûlante, pour éveiller immédiatement l'attention d'une catégorie de lecteurs et secouer leur somnolence. L'article n'est plus alors le soporifique d'après-déjeuner, il devient aiguillon ; il fait balle, il porte...
Les lettres que nous ont values nos réflexions parues dans le numéro de r Avenir Bourguignon du 12 octobre dernier, nous fournissent, en ce qui nous concerne, un nouveau témoignage de cet état persistant d'agitation, d'aigreÙFetde division des esprits en France, relativement à l'affaire Dreyfus.
L'un des chefs les plus en vue des catholiques dits
libéraux^ nous écrit longuement à ce sujet, pour nous soumettre d'ailleurs avec une parfaite courtoisie, les observations que notre article lui a suggérées.
Qu'il nous suffise de dire pour le moment, que notre honorable correspondant, fut Tun des membres les plus actifs et les plus autorisés du groupe de catholiques qui prirent parti pour Dreyfus avec MM. Paul Viollet, de Tlnstitut, Hervé de Kérohant, rédacteur en chef du Soleil, Féray Bugeaud-d'Isly, Quincampoix, le baron de Lourmel, Saint-René Taillandier, les abbés Frémont. Brugerette, Grosjean, Pierre Vignot, Jean Viollet, Martinet, le père Maumus, dominicain et ami de Waldeck-Rousseau, le chef d'école des catholiques libéraux en question, fonda un comité en vue de la révision du procès Dreyfus.
Voici les passages essentiels de la lettre visée plus haut :
Monsieur
Je viens de lire votre numéro du 12 octobre.
Il vous semble donc impossible que Ton puisse être catholique et croire à rinnocence de Dreyfus !
Gela m'a donné l'irrésistible envie de vous adresser un livre : Les catholiques français et leurs difficultés actuelles !
Ce que je ne comprends pas moi, c'est comment, ma qualité de catholique pourrait m'empêcher d'être Dreyfusard.
Ce livre dont Tauteur n'est autre que M. Léon Chaine, avoué au tribunal civil de Lyon semble bien contenir toute la pensée de notre correspondant occasionnel.
Les questions qui s'y trouvent traitées, (du militarisme — du nationalisme. — Les femmes et la politique — antisémitisme — les catholiques et le bon vieux temps. — Timidité intellectuelle de certains catholiques. Le christianisme social et les conservateurs. La loi du 1*' juillet et les a Dreyfusards ». Du clergé séculier et des congrégations, etc.,) se pelotonnent toutes autour de l'affaire Dreyfus.
Le temps nous a manqué pour prendre une connaissance approfondie de ce livre. Nous ne sommes donc point encore en mesure d'en faire une critique consciencieuse, ferme et précise. Nous y reviendrons.
La perspective d'étudier Thistoire de la persécution religieuse en France depuis 1880, avec Dreyfus comme clef de voûte, n'est point pour nous déplaire.
Il y a déjà quelque temps que nous avions l'intention de nous expliquer sur les tendances sociales singulières de certains abbés démocrates. L'occasion se présente : saisissons-la !
M. Emmanuel Glaser, dans le numéro du Figaro, du 21 septembre 1904, nous donne en quelques mots un aperçu de la thèse de M. Léon Chaine :
Les catholiques doivent faire leur meâ culpâ, ils sont en grande partie les auteurs des maux qui les accablent ; mais il n*y a rien là qui puisse justifier la persécution religieuse à laquelle nous assistons en ce moment^ cette < révocation de TÉdit de Nantes à rebours. »
Parmi les fautes des catholiques, la plus grande de toutes, la moins pardonnable selon M. Chaine, c'est leur attitude dans r Affaire qui divisa si cruellement la France.
N'avions-nous point raison d'écrire que la situation personnelle de Dreyfus n'était qu'un incident dans cet effroyable drame ?
Oui r Affaire la terrible Affaire synthétise et concrète l'histoire de la persécution religieuse contre les catholiques de France depuis vingt-six ans.
Nous connaissons aujourd'hui les grandes lignes du drame et ses conséquences maltresses. Seule, la personnalité vraie des acteurs de cette extraordinaire mise en scène reste à peu près ignorée pour nous.
Mais n'anticipons pas, réservons cette démonstration pour la bonne bouche. C'est par là, que nous finirons : nous remonterons des effets à la cause.
La question ainsi posée, nous n'hésitons pas à répondre à M. Léon Chaîne : Non, Monsieur^ on ne peut pas être dreyfusard et catholique /, car être dreyfusard c*est avoir voulu et vouloir encore chasser le Christ de l'âme de la France, c'est passer du côté du bourreau, du côté de la Force d'Etat la plus ténébreuse, la plus machiavélique» la plus formidable qu'ont ait jamais vue, contre l'Evangile et le droit ; c'est unir ses énergies intellectuelles et morales, aux volontés dévoyées et perverses des Juifs, à la politique perfide, astucieuse et cruelle des pharisiens et les docteurs de la loi ; c'est mêler sa voix à la clameur infernale qui retentit il y a 1900 ans dans le prétoire de Pilate :
Nous voulons délivrer Barabas, cest Barabas qu'il nous faut ! clament à leur tour et à leur façon les catho^ liques prétendus libéraux, unis plus ou moins franchement à ceux qui ont adopté pour programme social : Ni Dieu, ni Maître !
Quant à l'attitude de l'Eglise dans TAflaire Dreyfus, elle aurait dû provoquer l'admiration des dreyfusards euxmêmes !
Les seules paroles qui aient été prononcées ou écrites publiquement à ce sujet, soit par le petit clergé, soit par la hiérarchie catholique romaine, sont sortie de la bouche des prêtres, cités plus haut. Elles furent dites en faveur de Dreyfus !
Nous ne faisons, du reste, aucune difficulté de reconnaître ici, que ces messieurs ont encore perdu là une belle occasion de se taire.
Contentons-nous pour aujourd'hui de ces considérations préliminaires. Nous apporterons toute notre conscience professionnelle, toute notre sincérité à l'étude qui va suivre.
La religion catholique, surtout en l'espèce, n'a rien à redouter de la vérité.
Cette vérité, nous la voulons assise sur les principes de la liberté alliée à l'autorité et à l'ordre, et éclairée par les faits.
Charles Marc.
Osservatore cattolicOy Direction abbé Verchesi (Milan), 25 octobre 1906.
Ci perviene da Parigi una nuova edizione del libro di Leone Chaine : Les Catholiques français et leurs difficultés actuelles {Siorck, Paris). Di questro libro che ebbe un vero successo, si è occupato a suo tempo uno dei nostri distinti collaboratori : non ripeteremo quindi il già detto ; diremo soltanto che Leone Chaine è quello che si dice un cattolico dreifusardo, espressione che al di là delle Alpi ha un signifîcato tutto particolare. Egli ebbe il felice pensiero di raccogliere nell' edizione che annunziamo tutti gli articoli più importanti — e sono moltiss mi e diversissimi — che commantarono il suo libro, in Francia, Germania, Inghilterra, Italia ecc. sotto questo punto di vista, il libro del Chaine acquista un valore spéciale e resta corne indice di una situazione, e di una mentalité molto intéressante.
U Avenir Bourguignon {Beeiune), 28 octobre 1906.
L'AFFAIRE DREYFUS ET L EGLISE
Dans deux précédents articles, nous avons fait la part de l'actualité en entretenant nos lecteurs de la récent et énergique campagne de l^ Action française.
Par ricochet et nous plaçant à un point de vue spécial, nous avons posé les bases d'une modeste mais consciencieuse étude sur l'Affaire Dreyfus.
Cette discussion ne laisse pas que de nous inspirer quelque répugnance.
Tous les catholiques auraient voulu oublier l'angoissant cauchemar. Qui ne Ta pas voulu ?
Nous n'ignorons point, d'autre part, qu'une étude de ce genre n'est guère faite pour le cadre de ce journal.
Cependant, dirons-nous à nos amis : V Affaire n'est-elle pas comme le centre, la synthèse de toutes les phases de la persécution religieuse en France depuis trente ans? n'est-elle point la maîtresse poutre de la République?
Poser ces questions, c'est les résoudre pour ceux de nos lecteurs qui ne subissent point la tyrannie de l'opinion.
D'autres n'ont ni le temps, ni la faculté de se documenter. Pourquoi ne pas le faire pour eux?
Documentation et prolixité sont souvent synonymes en journalisme; en histoire et en philosophie, non.
Les grandes pensées viennent du cœur sans doute, mais les faits contiennent des idées et sont une excellente base pour nos convictions religieuses, sociales et politiques.
Les mots et les boutades transposées sur les différents modes de l'actualité passent et s'envolent. Réunissons, Platon et Aristote : Tun prie, Tautre raisonne ; tous deux sont arrivés sinon à l'amour, du moins à la connaissance de Dieu
Saisissons donc le taureau par les cornes, disséquons, désarticulons cette affaire Dreyfus. Décomposons cette synthèse pour la reconstituer et la retrouver dans notre conclusion.
Des accusations d'intolérance, de manque de sens politique, de maladresse, voire même de complicité ont été portées par des catholiques libéraux, prêtres au latques.
par des protestants, par des juifs contre TEglise, en ce qui concerne Taffaire Dreyfus. Sont-elles fondées?
Commençons parcelles des catholiques.
Nous les prenons dans le livre déjà cité, de M. Léon Chaîne^ livre plein d'idées généreuses, écrit avec talent, mais rempli selon nous, d'exagérations fort regrettables, Dreyfus suggestionne et hypnotise Fauteur :
Lisez plutôt cet extrait d'une lettre de M. Léon Chaine à Monseigneur Tarchevèque de Lyon. Cette lettre est du 27 novembre 1901.
• . . Si les catholiques souffrent dans notre pays, n'est-ce pas un peu parce qu'ils ont commis de lourdes fautes ?
Voici où je voudrais en venir :
N'avons-nous pas à nous reprocher notre attitude inintelligente et coupable dans cette trop fameuse affaire du capitaine Dreyfus qui n'est certes pas terminée? Et ne peut-on pas voir dans ce qui se passe aujourd'hui, l'expiation de la conduite tenue dans cette solennelle circonstance, par l'immense majorité des catholiques français ?. . .
Plus loin M. Léon Chaine ajoute :
La liberté, l'enseignement, cette admirable conquête des Dupanloup, des Montalembert, des Falloux ; voilà peut-être, ce que nous auront coûté encore les pusillanimité et l'aveuglement par nous montrés dans cette néfaste affaire qui a poussé d'un même côté tout ce qui était antilibéral ou réactionnaire ! ! ! dans notre pays.
Tout cela, à cause de Dreyfus et pour lui ! C'est cher! Autre forme d'accusation. Elle émane de l'un des journalistes les plus distingués du Figaro M. J. de N... parlait en ces termes sur les bords de la mer, en septembre 1899 de TAfifaire Dreyfus, à l'un des avocats catholiques les plus brillants de la région du Sud-Ouest :
Le Saint-Père, les Évêques et les chefs de congrégation n'ont pas voulu intervenir en faveur de Dreyfus, les Juifs vengeront terriblement leur coreligionaire. Rappelez- vous, celte parole de Dreyfus :
Ma race se vengera sur la vôtre
Toutes les congrégations y passeront I Le concordat sera dénoncé et rÉglise violemment persécutée. Attendez-vous au chambardement annoncé par Reinach !
Nous n'avons pas à savoir de quels moyens disposait en l'espèce M. J. de N... pour prédire d'une façon aussi précise à cette époque, ious ces futurs contingents. Il appartenait à la rédaction du Figaro : c'était un renseigné. Retenons simplement ses paroles.
Maintenant, passons en Amérique, et chez les protestants. On jugera de quel côté se trouvaient le mensonge et la violence.
L* Aurore^ Torgane des protestants français du Canada, dans son numéro du 20 juillet, salue ainsi la décision de la Cour de Cassation.
La déclaration de l'innocence de Dreyfus, donne encore une fameuse tape à la hiérarchie catholique romaine qui a joué un rôle si ignoble dans cette infâme affaire. Le clergé doit rougir de honte et viendra peut-être à apprendre la leçon que Dieu règne, qu'il est au-dessus des Évèques, des cardinaux et du pape et qu'il administre la justice. Suppression des ordres religieux, séparation de l'Église et de l'État, réhabilitation de Dreyfus, il n'en faudrait pas plus pour faire mourir le bon vieux pape dont l'existence est déjà si triste. Et pourtant ce n'est que le commencement de la débâcle cléricale en France, nous allons voir les choses plus extraordinaires encore, car Dieu règne.
Les vitupérations des juifs sont contenues dans les Archives Israélites et dans les grands journaux à leur solde.
Clemenceau a été incontestablement Tavocat le plus hardi, le plus retors, le plus habile de Dreyfus. Chaque article dans l'Aurore, de cet impie augmenté d'un rare dialecticien, faisait coup double : une partie servait de bouclier à Dreyfus, Tautre visait en pleine poitrine le Pape, les évêques et les prêtres.
Voilà les accusations portées contre TEglise. Dans un prochain article nous les pèserons, ces accusations ; si
nous rencontrons les outres gonflées de mensonges et de basses méchancetés de la libre-pensée, nous les crèverons. Les serpents du Bloc et des sectes sortent partout de leurs trous. Le moment est venu pour eux de se montrer. Ils se dressent sur leurs queues, ils sifflent et lancent leur venin.
Laissons-les siffler ! Le Christ règne ; la Vierge, que juifs, protestants, et catholiques-protestants, font ou laissent insulter, leur aplatira de nouveau la tète, mais quand nous l'aurons mérité par notre esprit de sacrifice. La vérité est plus forte que Terreur. L'amour est plus fort que la haine et la haine est une exhalaison de ces lieux de ténèbres, de ces tanières à mots de passe et de semestre où Ton complote contre Tâme de la France et où Ton forge -des fers à la liberté !
Charles Marc.
U Avenir du Tonkin (Hanoï) [Tonkin] 4 novembre 1906.
COURRIER DÉ HAISOI
En ces jours de Toussaint et des morts, le culte du souvenir s'avive chez ceux qui ont encore au cœur les vertus ataviques léguées par plusieurs générations d'ancêtres.
Dussé-je être traité, une fois de plus, de calotin, j'avoue que je ne comprends aucunement la haine portée par quelques-uns à l'église catholique.
Beaucoup doivent partager mon opinion, car nombreux furent les fidèles se pressant dans la basilique en ces prémices de novembre.
Le peuple de France est ennemi de la persécution et les lois actuelles auront pour but d'unir nombre de citoyens
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qui, indifférents hier, se grouperont désormais auprès des prêtres, dans l'unique but de protester contre la tyrannie des hommes au pouvoir.
Il nous semble que le premier bienfait de la République devait être la liberté pour tous, sans exception.
En outre, on devrait savoir plus de gré de toute une vie, donnée au dévouement, à ces hommes qui ont abandonné leur propre famille pour être de celle de tbus,^ui ont fait le sacrifice de leur indépendance, des douceurs du foyer domestique et, dans bien des cas, de leur existence.
La plupart sont bienveillants, serviables, modestes ; leur situation le plus souvent très médiocre ne devrait pas faire d'envieux, puisque ceux qu'ils secourent si charitablement sont parfois moins pauvres qu'eux.
Ainsi qu'on peut en juger, voici un portrait du curé qui n'est pas flatté, mais ressemblant. D'où vient donc cet acharnement contre un homme méritant une respectueuse sympathie, la cure étant plus près de la chaumière que du château.
M. LéonChaineva nous rapprendre.
De plus francs adversaires avouent loyalement que s^ils abhorrent les prêtres et les religieux, c'est qu'ils abhorrent l'Église dont ils sont les représentants et les vigilants défenseurs. Ceux-là voudraient abattre les croix qui bornent nos chemins ou qui sont plantées au milieu de nos carrefours ; ils voudraient étouffer la voix du bronze béni qui s'envole du clocher de nos églises de village ou des tours de nos vieilles cathédrales et qui parsème la terre de pensées, de prières^ de consolations et d'espérance.
Ils ne sont émus ni par les notes profondes d'un glas funèbre, ni par le tintement ailé d'un Angélus.
Nous ne savons plus quel auteur s'est demandé ce qu'aurait ressenti Pj thagore à l'audition des appels de nos clochers chrétiens, lui qui s'arrêtait pensif devant les échoppes des forgerons pour entendre le bruit du métal battu en cadence, le son du fer frappé par le fer.
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La haine de la religion catholique s'étend jusqu'à la tenue de ses ministres, et le port de l'habit ecclésiastique est considéré par quelques sectaires comme une provocation. Cependant la soutane du prêtre est, avec la robe du magistrat, tout ce qui nous reste du costun\e antique et de la noble toge romaine. La façon dont sont drapés les moines dans leurs manteaux ou dans leurs chapes n'est pas non plus sans poésie ni sans grandeur.
Quand nous croisons dans nos rues ou sur nos places la robe de bure du disciple de saint François, le costume blanc des enfants de saint Dominique, non seulement nous pouvons emporter de cette rencontre une bonne pensée ou un enseignement, mais en éprouver aussi une joie d'artiste. A voir ces costumes qu'on dirait descendus d'une verrière de cathédrale, il nous semble qu'un morceau du moyen âge traverse brusquement les prosaïques préoccupations delà vie moderne.
C'est parfaitement exact, mais allez donc faire entendre raison à des gens qui tombent en épilepsie rien qu'en apercevant une soutane ou une cornette et rêvent de transformer nos cathédrales en salles de bal et concerts.
Peut-être s'apercevront-ils à leurs dépens qu'il y a des limites qu'on ne saurait franchir et que les catholiques doivent pouvoir pénétrer aussi librement dans leurs églises que les juifs dans leurs synagogues, les protestants dans leurs temples, les annamites dans leurs pagodes, les musulmans dans leurs mosquées et les francs-maçons dans leurs loges (1).
Henri Laumônier.
(i) M. Henri Laumônier rédacteur en chef de VAçenirdu Tonkin est « Président de l'Association de la Presse française d'Extrême- Orient. »
L Avenir Bourguignon (Beaune),.16 novembre 1906.
L'AFFAIRE DREYFUS ET L'ÉGLISE
Nous avons résumé dans un article précédent, les différentes accusations portées contre l'Eglise relativement à Taffaire Dreyfus.
Discutons et pesons maintenant les griefs accumulés contre Elle à ce sujet, et derrière Elle, contre les congrégations et la plupart des catholiques français.
Pour plus de concision, de clarté et de méthode, nous allons donner à cette discussion la forme d'un modeste problème. Ce problème comprendra deux questions principales.
La première portera sur la situation de Dreyfus au regard de la loi et des tribunaux français.
La voici :
Un officier d'État-major, nommé Dreyfus, appartenant à T Armée' française, est accusé par ses chefs immédiats, soldats comme lui et autant que lui, d'avoir livré à l'Allemagne des plans de mobilisation, des pièces secrètes intéressant au premier chef la défense nationale. Le même officier, en dehors de toute préoccupation religieuse ou politique, sur la production de preuves matérielles qui paraissent rationnelles, indiscutables et concluantes, est reconnu coupable des faits graves qui pèsent sur lui. En conséquence, il est condamné à la dégradation militaire ; cet affront le plus sanglant que Ton puisse infliger à un soldat, est subi par Dreyfus le 5 janvier 1 896 . Cette dégradation est suivie d'une déportation dans Vile du Diable.
Soit à Saint-Martin-de-Ré, soit à la Guyane, Di-eyfus est l'objet d'attentions très spéciales. Rien ne lui manque. C'est un détenu de haute marque.
A la suite d'une campagne de presse dans les Deux Mondes, le
condamné revient en France. Traduit devant un nouveau conseil de guerre à Rennes, il est de nouveau reconnu coupable du crime de trahison. Le Président de la République le gracie. Dreyfus accepte cette grâce. L'accusé est libre. Il veut s'installer à Paris. M. de Rothschild lui-même le repousse et refuse de lui louer une habitation.
Tous les ministres de la guerre qui se succèdent depuis 1894 jusqu'au général André, viennent affirmer qu'en leur âme et conscience, Dreyfus est coupable.
Le dossier de l'accusé est passé au crible par un officier aussi remarquablement intelligent que loyal et sûr de jugement, le capitaine Cuignet. Ce dernier découvre un faux, que l'on appelle le faux Henry, destiné, paraît-il, dans l'esprit de son auteur à remplacer le bordereau livré par Dreyfus, dont la publication pouvait mettre en cause l'empereur d'Allemagne lui-même et, partant, créer un casas belli.
Le colonel Henry, soldat de carrière, être de droiture, sorti des rangs du peuple, comme sa femme du reste, est trouvé mort dans une cellule du Mont-Valérien. On dit qu'il s'est suicidé. Ce n'est pas prouvé. Mais l'accusation qui pèse sur Dreyfus, au témoignage écrit et verbal du capitaine Cuignet qui veut la vérité, rien que la vérité, mais toute la vérité, reste tout entière, écrasante.
Le déporté de l'île du Diable dispose d'énormes influences de presse ; ses amis sont en majorité au gouvernement; ils sont le gouvernement. Une demande en revision du procès Dreyfus est déposé devant la cour de cassation.
Après cinq années, coupées de deux tentatives avortées de réhabilitation par la Chambre des députés; après des remplacements assez curieusement opportuns de magistrats ou de conseillers de la Cour suprême, soupçonnés d'être défavorables à la cause chère à MM. Jaurès et de Pressensé, Dreyfus est réhabilité, réintégré dans un régiment d'artillerie avec le grade de chef d'escadron.
a Nous avons réussi, chantent triomphalement les amis du gracié ; c'est la meilleure preuve de l'innocence de notre martyr. »
— M Vous avez réussi, nous vous connaissions de vieille date, leur répondent les adversaires de Dreyfus, c'est la meilleure preuve de la culpabilité de votre créature. »
Et, de la sorte, dreyfusards fanatiques et antidreyfusards de conviction et d'instinct, parce que Français avant tout, demeurent également irréductibles.
Eh bien ! demandons-nous à M. Léon Chaîne, l'auteur du livre déjà cité dans ce journal, dans les divers procès de Dreyfus, la hiérarchie catholique romaine, TEglise, qui était liée de puissance à puissance avec le gouvernement français^ dans le but de faciliter Texercice de la religion catholique dans notre nation, devait-elle intervenir en faveur de Dreyfus, pouvait-elle influer sur les décisions des conseils de guerre ou sur celles de la Cour suprême ?
De plus, peut-on trouver trace d'une intervention quelconque de la part de TEglise contre Dreyfus ?
M. Léon Chaîne répond oui; nous n'hésitons pas à répondre : non !
Voyons, poser ces questions, n'est-ce point les résoudre ?
Les autres puissances européennes, qui accréditent cependant des attachés militaires chez nous, ont-elles pris officiellement Dreyfus sous leur protection ?
Une immixtion quelconque dans nos affaires intérieures de leur part en cette circonstance, n*eût-elle pas été une grave dérogation, aux règles fondamentales des hautes convenances diplomatiques ?
Faisons une concession aux dreyfusards impénitents. L'Eglise, leur dirons-nous, aurait voulu intervenir qu'elle ne l'aurait pas pu. Le concordat la mettait dans l'impossibilité d'exécuter une volonté en ce sens, car ici nous devons considérer Dreyfus pour Dreyfus, Dreyfus, officier français, au regard de la loi, sans nous occuper si cet officier est juif, catholique, protestant, bouddhiste ou mahométan.
Mais même pour vouloir intervenir, l'Eglise ne se devait-elle point d'éclairer sa volonté ?
L'Eglise est avant tout une conscience. Or, de quels éléments de connaissance pouvait-elle disposer en l'espèce?
Le Saint-Père pouvait-il demander la communication
du dossier de Dreyfus ? Le possédant, pouvait-il l'étudier?
Vous ne voyez point le Pape mêlé à cette question délicate et si spéciale du bordereau, du canon de 120 millimètres !
Quelle bonne aubaine pour la mauvaise foi des plus fermes amis de Dreyfus, les impies et les sectaires du Bloc ! Le pape s'occupant d'affaires d'espionnage, mais c'était la France livrée par Rome à TAllemagne ; c'était pour les badauds du Bloc et d'ailleurs, avec quelques apparences de vraisemblance, habilement cuisinées, c'était la porte ouverte à toutes les accusations infâmes, à toutes les vilenies qui traînent sans fondement dans la presse radicale et radicale-socialiste, toutes les fois que les maîtres de cette presse se sentent devinés et se trouvent démasqués par le Saint-Père dans leurs projets de haine antichrétienne.
L'Eglise a ignoré Dreyfus. Sa réserve vis-à-vis de ce bourgeois, s'est inspirée d'une profonde sagesse.
Et puis, n'a-t-elle pas eu des raisons plus immédiates d'intervenir auprès des tribunaux français? L'affaire du frère Flamidien a bien passionné l'opinion. Mais ce frère était un humble, donc, raca ! Torturons-le moralement se sont dit certains énergumènes. Improvisons des scènes macabres pour dérouter la raison de cet être qui n'est qu'un frère, une sorte de sujet à chagrin, à expériences. Nous n'avons pas à nous gêner ; crachons, bavons sur cette soutane ! Que c'est bon, de faire souffrir un moine, un curé ! Que c'est démocratique ! surtout quand la tâche est rendue facile par l'étonnante timidité de certains supérieurs ou de certains évêques !...
II y a deux ans — et c'est un exemple entre cent, — un vénérable curé doyen de la région du Sud-Ouest, dénoncé par cinq vauriens de sa commune dont le maire, pour faits immoraux, est incarcéré, menotte sous les yeux de ses paroissiens exaspérés contre les casseroles biocardes. On
lui inflige soixante jours de prison préventive, malgré ses cheveux blancs, en plein hiver, dans une cellule glacée, ouverte à tous les vents. Son innocence éclate comme la lumière de midi ruisselle !
Le pape et les évèques ont-ils plaidé la cause de ces accusés, de ces innocents, de ces martyrs authentiques aussi catholiques que Dreyfus, plus isolés^ plus pauvres que lui?...
La liste est longue. Il y en a eu d'autres, car il n'y a rien d'aussi savamment et diaboliquement féroce qu'un sans- Dieu doublé d'un renégat.
L'attitude de TEglise dans l'affaire Dreyfus a été irréprochable, l'Eglise aime la France, car c'est elle qui Ta baptisée, notre patrie avec Clovis par Glotilde, et c'est encore elle qui l'a régénérée parla vierge lorraine, malgré Cauchon .
Charles Marc.
Le Peuple {Lille), 1" décembre 1906.
L'idée-mère de ce livre de M. Léon Chaine est celle-ci : Les catholiques de France souffrent, mais c'est de leur faute. Qu'ils se frappent la poitrine et qu'ils avouent leurs erreurs. Leurs erreurs sont : leur attitude inintelligente et coupable dans l'affaire Dreyfus à la libération duquel ils n'ont pas travaillé ; leur militarisme exagéré; leur antisémitisme farouche; leur amour excessif pour certaines dévotions nouvelles ; leur indifférence pour les réformes sociales^ etc., etc.
On avouera que voilà un examen de conscience complet. Cette longue énumération de crimes commis va évidemment nous en donner Thorreur, outre qu'un péché avoué est à moitié pardonné. C'est ce que pense M. Léon Chaine; autrement, catholique, aurait-il composé son livre?
Et pourtant nous devons le lui avouer : son livre laisse plutôt une impression de tristesse et il engendre une certaine répulsion pour le catholicisme qui laisse se perpétrer chez les siens tant d'horreurs et d'erreurs.
Ajoutez qu'en réfléchissant après la lecture d'un livre si chargé, on trouve que le développement exagéré donné aux fautes des catholiques d'une part, et d'autre part le peu d'espace réservé à ceux qui parmi eux furent vraiment loyaux, libres, sociaux, républicains et démocrates et sauvèrent ainsi l'honneur et la doctrine, constituent une faute de goût et rendent fausse la thèse soutenue.
Je rêve pour M. Léon Chaine un autre livre d'où il éliminerait toute la partie critiquante et critiquaillante, tout ce genre antic\\x\ nous déplaît tant à nous ouvriers, et où il raconterait, plus longuement alors, les efforts et les idées — toujours conformes à l'esprit de l'Eglise — des vrais libéraux de notre pays en face des problèmes actuels. Ce livre-là serait profondément vrai et extrêmement bienfaisant.
Rivista di Cultura (Directeur dom Romolo Murri), (Rome) i*' décembre 1906.