A TRAVERS LE MONDE CATHOLIQUE
A PROPOS DU LIVRE les CuthoUques français et leurs diffi. cultes actuelles.
Une nouvelle édition a été récemment publiée d'un livre qui fit grand bruit lorsqu'il parut sous ce titre : Les Catholiques français et leurs difficultés actuelles. L'auteur, M. Léon Chaine est lui même un catholique bien connu à
Lyon pour ses idées libérales, On ne peut ce^ ^^\^ ^^3 toucï^»"^ ver toutes, et il faut faire beaucoup de rése ^^^^ jsn^ ^^^ les questions traitées et les opinions émi^^^^^^j'aute^J* ouvrage. Il est juste, toutefois, de reconnaître y^^ ^^^^^té est sincère et veut le bien. Il est seulement mC^^ éhoU^^^^' qu'il ne le suppose au rôle de conseiller des c^^ ^^^i il parce que sa compétence en plusieurs matière ^q^ s'occupe n'est pas très grande et aussi à cau^^ jf^ esprit de parti, libéral dans le bon sens tant qu'ont 1 .( mais enfin esprit de parti, qui l'aveugle souvent» ^" fait au moins mal voir les hommes et les choses de M autre côté.
Selon lui, les catholiques de France doivent se frapf^^ la poitrine et dire franchement de ce qui leur arrive : /^ culpâ. lis sont pour une grande part les auteurs des vùd^ qu'ils souffrent à l'heure présente. Ils ont attiré t\]/ mêmes la foudre qui a éclaté sur leurs tètes. II n'y ari^ là d'ailleurs qui justifie la persécution religieuse dont no^^ sommes témoins, cette révocation de Védit de Nantes c^ rebours, qui causera des maux incalculables à la nation, maux qui favoriseront toutes les entreprises des ennemis de la France.
Assurément, il y a du vrai dans ces réflexions de M. Léon Chaine et, naguère, M. le comte Albert de Mun, puis M*' Ricard, évêque d'AngouIème, conseillaient également aux catholiques d'examiner leur conscience et de se reprocher quelques fautes. Le vénéré cardinal Richard, archevêque de Paris, écrivait dans sa dernière lettre pastorale :
« Faisons tous un retour sérieux dans notre vie ; n avonsnous pas notre part de responsabilité dans les épreuves de l'heure présente ? On ne saurait se dissimuler que la foi ne se soit aflFaiblie dans beaucoup d'âmes, que le naturalisme n'ait envahi la société contemporaine. Ne se laisset-on pas entraîner par une vie molle et facile ? Ne redoute-
t-on pas la mortification et la pénitence ? Entendons-nous au fond du cœur la parole que notre Divin Mattre prononça au commencement de son ministère : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume de Dieu leur appartient! Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés ! Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu !
Nous conjurons nos chers diocésains de se livrer généreusement à la grâce de Notre-Seigneur, nous conjurons les familles chrétiennes de reprendre généreusement les habitudes sérieuses de la vie, de sacrifier le luxe aux œuvres de charité, de renoncer aux fêtes mondaines ][>.
Mais ces très justes accusations diffèrent de celles de Fauteur du livre dont nous parlons. Pour lui, la grande, la plus grande faute des catholiques français est d'avoir été antidreyfusards. A cette accusation, il faut répondre que ce n'est pas comme catholiques mais comme Français, que la plupart ont été opposés à Dreyfus, qu'ils croyaient coupable de trahison. S'ils ont cru cela sur la foi des militaires, il est assez singulier de leur en vouloir. En effet, ces militaires sont qualifiés pour connaître des accusations de ce qui concerne leur état, comme les avoués, les avocats, les médecins, etc., dans leur partie.
Du reste, TafTaire Dreyfus n'a été qu'un prétexte pour persécuter les catholiques. A défaut de celui-là, les francsmaçons en auraient trouvé un autre. Les chefs de l'église catholique ont laissé parfaitement libres les fidèles de croire ou de ne pas croire à la culpabilité de Dreyfus, et la preuve, c'est que M. Léon Chaine et quelques autres ont été dreyfusards.
Dans ce livre, où tant de questions sont agitées, il règne une certaine confusion et les lieux communs abondent.
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Certaines remarques sur la Cour pontificale prouvent que l'auteur n'est pas fort au courant des choses de Home. Une de ses réflexions fait songera la boutade du P. Didon, écrivant qu'un jour le Pape se promenait seul dans les rues, vêtu comme un ciergyman et sans plus de façons. Il ne parait pas que cette réforme doive se réaliser de si tôt. Aucune personne sensée ne le regrettera. En un mot, le livre de M. Léon Chaine est plein de bonnes intentions, mais aussi de maladresses et de naïvetés, du milieu desquelles surnagent un petit nombre de réflexions justes et de sages conseils, dont les catholiques peuvent faire leur profit (1).
(i) La Vera Roma publie parfois sur les choses de France des articles écrits en langue française. Sur la manchette de cet organe éminemment religieux se lisent deux devises ; la première : instaurare omnia in Christo la seconde (dont le sens profond est à méditer) salutem ex ininUcis nostris.
Nous sommes d'autant plus touché de la bienveillance et des ménagements apportés par le grand journal romain dans ses critiques qu'il est àT « extrême droite » du catholicisme. L'article qui sait celui dans lequel notre livre est si courtoisement apprécié est intitulé : // trionfo délia S, Casa di Loreto contro Vincredulita e Vipercritica.
L'Union Libérale (Dinan), 9 décembre 1906.
L'abbé Jehan de Bonnefoy n^est pas de ceux qui
désespèrent et ont déjà « jeté bas les armes. » Il ne veat pas suivre non plus ces fanatiques incapables de rien apprendre et de rien oublier ». Il luttera comme c'est son a devoir de catholique », mais il luttera à sa façon, mettant tout son espoir dans l'emploi d'une <k tactique plus avisée et plus <r digne. i> Que faire? lui demande un ami! et il répond : et faire, dès maintenant, le contraire de ce que nous avons fait jusqu'à ce « jour. » Et l'abbé Jehan de Bonnefoy, avec une grande vigueur, dénonce les erreurs dont les catholiques sont inconsciemment le jouet. Les catholiques croient représenter la force du nombre et «f monopoliser la force de la vertu. » La vérité est qu'ils ne représentent qu'une minorité et qu'ils ne sont ni plus ni moins vertueux que le commun des mortels.
€ Ils se dénomment le parti des honnêtes gens », écrit Tabbé de Bonnefoy ; « ils ont créé comme une France dans la France... Tout ce qu'ils font est bien. Que d'autres fassent identiquement la même chose, mais ailleurs et en dehors de leur patronage, ce sera très mal. » Brutal, mais bien juste !
Avec Gambetta, Tauteur des Leçons de la défaite crie : « Le cléricalisme voilà a Tennemi » et voudrait que l'on en revint à la véritable doctrine du Christ, à la véritable doctrine du « premier des anticléricaux »
Mais bornons là nos citations. Tout est à lire dans ce petit livre, écrit sans passion, avec le seul souci de faire oeuvre utile et sincère. L'ouvrage de l'abbé Jehan de Bonnefoy est le digne pendant de cet autre ouvrage, si courageux aussi, et que nos lecteurs connaissent : Les Catho-
ligues français et leurs difficultés actuelles, de Léon Chaine. Ah I s'il n'y avait jamais eu en France que des catholiques comme ceux-là... !
J. Peigné.
Le Temps (Paris), i6 décembre 1906.