‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 87 sur 134 · U ÉCOLE DE LYON · texte numérisé non relu

U ÉCOLE DE LYON

Un des derniers numéros de la revue littéraire Le Censeur consacrait une étude à a l'esprit nouveau dans le catholicisme. » Cet esprit nouveau est indéniable : livres, articles, conférences nous fournissent mille occasions pour une de le constater... et d'y applaudir. Trop longtemps, en effet, à la « pensée laïque », dont on mène si grand tapage, nous ne sûmes opposer qu'une apologétique d'édification. Mais voici que nous assistons enfin à une rénovation complète et sans doute- féconde de la pensée catholique.

Comment regretter assez que nous devions à des incroyants tels ouvrages essentiels : au libre-penseur E. Havet, les Origines du Christianisme, au luthérien Harnack, VEssence du Christianisme y à un prêtre évadé M. Hébert, L'Evolution de la foi catholique, au théologien protestant P. Sabatier, la Philosophie de la religion, — tous livres remarquables d'ailleurs. Comment ne pas

déplorer que des sciences nouvelles et aussi importantes que rhistoire des religions ou la psychologie religieuse aient pu se constituer en dehors du courant de la pensée chrétienne contemporaine? Car il ne suffît pas de gémir sur le malheur des temps I Tandis que nos adversaires renouvelaient leurs armes, les moyens défensifs que nous leur opposions répondaient aux objections d'il y a soixante ans. Or la pensée religieuse est toujours plus ou moins en fonction de la pensée scientifique et philosophique. Il n y a pas de cloisons étanches dans le domaine intellectuel.

On pourrait d'ailleurs rappeler aux traditionnalistes effarouchés que le sens de l'adaptation a toujours été un organe essentiel de la vitalité de TEglise. Il est peu de a preuves » plus impressionnantes que cette souplesse à se dépouiller des formes périmées, cette idonéité merveilleuse à revêtir les armures nouvelles. En se proclamant éternelle, l'Eglise n'affirme-t-elle pas son caractère de perpétuelle actualité ? Et, pour elle, ne serait-ce pas déchoir que de s'attacher trop fortement à quelque lambeau delà durée? La pensée chrétienne absorba successivement la mentalité hébraïque, la culture gréco-romaine, la philosophie alexandrine, l'aristotélisme, s'assimila même certains éléments de la païenne Renaissance (les papes Médicis) et l'hérétique Réforme (contre-réformation catholique et concile de Trente). Comment donc s'étonner des infiltrations actuelles de la pensée moderne dans la mentalité catholique, et comment aussi les condamner?

C'est ce qu'a fort bien indiqué M. Léon Chaine dans son retentissant ouvrage : les Catholiques français et leurs difficultés actuelles au chapitre de a La Timidité intellectuelle des catholiques y>. M. Léon Chaine est un des plus notoires représentants du catholicisme libéral de VEàole de Lyon. A Lyon, en effet, a germé et s'est épanouie en floraison magnifique la bonne semence qu'y jetait voilà dix ans la parole d'Ollé-Laprune, en ce discours sur la

« Virilité intellectuelle » (Lyon 1896), où Téminent philosophe appelait de ses vœux « l'accord de toutes les intelligences sensées et droites, de toutes les volontés honnêtes et bonnes sans esprit de parti, sans rien qui rappelle ou qui sente les vues étroites et mesquines, les défiances injustes... car la vérité est conciliante ». Et à Lyon, depuis, des généreux penseurs et d'excellents chrétiens ont tenté cette fusion que révèrent les plus nobles esprits, de Bossuet à Léon XIII, qu'instaura naguère M^' Ireland au congrès des religions, et dont Paris empruntait récemment l'idée à Lyon en la Revue catholique des Eglises et la <r Société d'études religieuses ». C'est ce dont on se convaincra en lisant les ouvrages de M. Joseph Serre sur la Religion de l'esprit large, de M. l'abbé Brugerette sur les Orientations actuelles de la pensée religieuse à Lyon et sur les Morales indépendantes et la Morale é^angilique (essai de synthèse chrétienne), comme aussi l'organe de V Ecole de Lyon, la vaillante revue catholique Demain, que dirige avec tant de courage et de talent M. Pierre Jay.

Mais ce n'est pas seulement sur le terrain dogmatique que l'Ecole de Lyon a cherché à abaisser les barrières confessionnelles; elles s'est attachée en outre à faire tomber certaines préventions assez justifiées des noncatholiques, en s'attaquant à la cause même de ces préventions : conceptions politiques trop rétrogrades de certains catholiques, abus dans la dévotion, etc. « L'une des erreurs les plus fâcheuses — disait en 1901 le regretté Brunetière — qui aient été commises dans le courant du siècle qui vient de finir, c'est bien d^avoir essayé d'organiser le catholicisme en parti ; ce qui semble l'abaisser au niveau des institutions purement humaines, » Contre ces conceptions rétrogrades, que dénonçait déjà Montalembert, M. Léon Chaine a chargé vigoureusement, si vigoureusement même qu'il a peut-être dépassé le but et manqué

de logique ; tout en nous prêchant le sang-froid politique, lui-même prend violemment parti et dans un sens trop avancé. Quant à Tabus ridicule des « dévotions particulières ]», il n'a pas trouvé de censeurs plus spirituels et d'ailleurs plus orthodoxes que MM. Léon Ghaine et Bruge. rette .

Ce dernier représente dignement notre Auvergne au sein de V École de Lyon^ dont on retrouverait d'ailleurs chez nous une ramifîcation bien caractérisée c Les Haines contemporaines » (j'épargne la modestie de leur éminent auteur) procèdent du même esprit évangélique qui anime l'Ecole lyonnaise; et n'est-ce pas un de nos compatriotes, M. l'abbé Sertillanges, qui prononça les paroles les plus hardiment philosophiques dans la sensationnelle polémique sur les dogmes instituée par la Quinzaine il y a un an?

Qu'est-ce qu'un dogme ? Les dogmes évoluent-ils, comme l'ont cru Vincent de Lérins et Saint-Thomas, Mœller et Newman? Leur valeur est-elle métaphysique ou simplement morale ? Constituent-ils lessence de la religion ? Que faut-il entendre par 1' ce inspiration » dans les livres saints ? etc.. Autant de questions dont la nouvelle apologétique fait en quelque sorte les « prœambula fidei ». Ce point de vue philosophique est un signe des temps, et du meilleur augure pour cette « refonte delà mentalité catholique » que demandent MM. Imbart de la Tour et Victor Giraud dans leurs ouvrages récents. « Des conditions d'une renaissance religieuse et sociale en France » et « Anticléricalisme et catholicisme », et qu'appellent avec eux tous les catholiques éclairés, conscients d'un oc écart de plusieurs siècles entre la mentalité catholique et la mentalité contemporaine ». ce II y a dans toute erreur une âme de vérité » a dit Spencer, et Ollé-Laprune : « Le meilleur moyen de réfuter l'erreur est de montrer qu'elle est l'abus d'une vérité ». Enrichissons donc, sans l'altérer, le contenu

des formules religieuses, nous souvenant que la religion ne s'identifie avec aucune doctrine contingente, mais s'en sert et les dépasse, parce que son objet dépasse celui de toute science proprement dite, cet objet étant le mystère du monde, qui aboutit au mystère de Dieu (1).

Jacques Langlois.

(i) M. Gabriel Hanotaux, membre de l'Académie française, ancien ministre des affaires étrangères, terminait en ces termes une étude sur un sujet semblable, intitulée : « la crise religieuse » que le /our/ia{ publiait en tête de son numéro du i5 octobre 1906 :

« Personne, au dehors de l'Eglise, n'est qualifié, il est vrai, pour lui donner de tels avertissements : aussi est-ce auprès des siens qu'elle est en mesure de les recueillir. Saura-t-on les entendre ?

Hier encore, VOsserçatore Romano qualifiait de « suppliquecomplot » la lettre d'un groupe de catholiques à Pie X. On y voit la main de M. Paul Sabatier et on y croit reconnaître « l'intrigue protestante ». Qualifiera-t-on de même les initiatives beaucoup plus réservées, il est vrai, mais bien fortes encore, de Demain^ de la Semaine Sociale, les discours de M. Imbart de la Tour, les écrits de M. Pierre Jay, de M. Laberthonnière et de tant d'autres? On a condamné l'abbé Loisy, on a condamné Fogazzaro dont II Santo tentait, dans la forme romanesque, d'indiquer les voies nouvelles. Va-t-on condamner également toute cette intéressante école de Lyon avec les patrons illustres qu'elle s'est donnés ? Va-t-on condamner l'étonnant programme néo-catholique de M. Kralik... Où s'arrêtera-ton?

C'est un monde qui se lève, une aurore qui enflamme le ciel, ignis ardens. Pense-t-on qu'il suffira d'un geste pour l'éteindre ou la refouler/^ Ou bien, un esprit de sagesse, de prévision et de prudence n'aidera-t-il pas à la naissance des jours futurs dans la concorde et dans la paix ?

« Gabriel Hanotaux t>

La Petite G^ero^rf^ (Bordeaux), 26 janvier 1907.

LE SÉNATEUR FOGAZZARO

Un membre éminent du Parlement italien, M. le sénateur Fogazzaro, est actuellement un de nos conférenciers les plus fêtés

M. le sénateur Fogazzaro est une des plus nobles figures de Tltalie contemporaine. Il se rattache, par les liens d'une étroite parenté intellectuelle et morale, à cette illustre lignée d'écrivains, de penseurs, d'hommes d'État qui donna aux Italiens du Risorgimento un Massimo d'Azeglio, un Silvio Pellico, un Hicasoli, un Carducci

Mon hôte, vers la fin d'une belle journée d'hiver, tout ennoblie parla candeur immaculée des neiges alpestres, me montra, tout près de sa maison, la villa Guiccioli, muette et comme endormie parmi la verdure fanée des myrtes. Il me rappela ces vers d'Alfred de Musset :

Lorsque le grand Byron allait quitter Ravenne

Ce souvenir de Byron et de la comtesse Guiccioli invita M. Fogazzaro à m'ex poser ses vues sur l'avenir de la littérature

— Il faudrait parvenir à réconcilier l'art avec la beauté morale, la religion avec la science, les pères de l'Église avec le libre examen, saint Augustin et Darwin... Ce qu'il nous faut, c'est un art véritablement humain...

A ce moment, le soleil couchant illuminait de pourpre, de mauve et de carmin la pointe du mont Sumano. Un

voile de brumes bleuâtres descendait, avec la nuit tombante, sur les vallées de Cadore et de Bassano.

La Petite Gironde du 15 juillet dernier rendait justice par la plume généreuse et spirituelle de notre collaborateur M. Albert Robert, a un certain nombre de catholiques français qui, dans la crise de conscience dont la France fut secouée à la fin du siècle dernier et dans les premières années du siècle nouveau, honorèrent leurs convictions sincères en se rangeant résolument du côté du droit, de la justice, de la vérité. Nous leur devons, disait M, Albert Robert après Tarrèt de la Cour de cassation, à l'heure des sanctions nécessaires, nous leur devons « un salut respectueux d. C'étaient : M. Paul VioUet, membre de l'Institut ; M. Hervé de Kérohant, M. Saint-René Taillandier, M. Léon Chaine, MM. les abbés Brugerette, Pierre Vignot, Martinet, Jean VioUet, Pichot, Frémont. Ces hommes honorables et courageux ne craignirent point de braver toutes sortes d'anathèmes en réclamant la révision d'un procès inique, côte à côte avec les Scheurer-Kestner, les Zola, les Picquart, les Trarieux et « cet admirable Grimaux qui eut la douce fermeté d'un saint ». Les autorités ecclésiastiques, qui auraient dû se souvenir, en cette occasion, des préceptes de l'Evangile, furent sévères pour ces honnêtes gens. M. le sénateur Fogazzaro est de leur famille : aussi, son dernier livre, qui s'intitule précisément II Santo [le Saint), et qui est un chef-d'œuvre de libéralisme, — vient d'être censuré par la congrégation de l'Index.

Après son séjour à Paris, où les hommages de l'élite intelligente l'ont dédommagé largement des taquineries de quelques fanatiques peu habitués sans doute aux devoirs de l'hospitalité. M. Fogazzaro doit se rendre à Lyon, où il exposera, dans une grande conférence, son beau programme d'idéalisme démocratique. Il rencontrera là-bas un milieu très favorable à ce libre-échange d'idées

et de sentiments qui, depuis quelques années, est utile en même temps à l'amitié de deux grands peuples et au double progrès des Lettres italiennes et des Lettres françaises.

Gaston Dbsghamps.

Cet article a été reproduit par le Républicain d'Orléans, du 30 janvier et le Dimanche du 3 février.

Le Siècle (Paris), 31 janvier 1906.

Après deux années d'existence, la petite Ecole de Lyon résolut de se donner un organe qui répandrait ses doctrines, défendrait ses tendances et, sans doute, pourrait rendre les plus grands services à TEglise, dans la situation difficile où elle se trouve présentement.

Les initiateurs de Tidée paraissent avoir été M. Léon Chaîne, M. Brugerette et M. Pierre Jay. Celui-ci est le directeur d'un grand journal de Lyon, le Salut Public, d'ailleurs écrivain détalent, d'une foi robuste et, qualité qui le rend aussi respectable à la hiérarchie catholique, neveu de l'archevêque actuel de Bourges, et parent du dernier évêque de Valence.

En homme prudent, M. Pierre Jay, qui devait, plus tard personnifier l'œuvre nouvelle, résolut de ne pas fonder un journal quotidien de doctrine et de combat, ni une revue mensuelle ou bimensuelle, aux livraisons encombrantes et lourdes. La France compte déjà des uns et des autres en trop grand nombre. Il se décida donc à copier, d'aussi près que possible, comme exécution matérielle et dispositions, la revue hebdomadaire anglaise, imitation qui a déjà été

— Mm —

réalisée chez nous par V Européen et le Courrier européen.

Enfin, les fondateurs de la nouvelle revue prirent le parti de ne s'adresser ni à la foule, ni à Télite, mais, dirent-ils, à « un public indépendant et franc, qu'il s'agit de dégager de la masse où il gtt émietté, épars, inconscient de sa force et de son nombre, faute d'un énergique organe de ralliement, à l'aide duquel il puisse se compter y>. Ils pensaient recruter leurs lecteurs surtout dans le jeune clergé, dans l'Université, chez les jeunes représentants de la haute bourgeoisie laborieuse, parmi le jeune monde des affaires et des carrières libérales.

Ils firent appel à deux genres de collaborateurs, d'abord les écrivains politiques et religieux les plus goûtés du public libre, puis les représentants les plus dignes d'être écoutés de tout le monde qui pense et agit, mais n'écrit pas. Ceux-ci, à défaut d'articles, donneraient des conseils. Ils parvinrent ainsi à élaborer une très intéressante liste de patronage et de collaboration dans laquelle on relevait les noms suivants :

Pour la France : les abbés Birot, J. Brugerette, Henri Brémond, Hemmer, Klein, Laberthonnière, Turmel, MM. Bureau, Chénon, Georges Picot, Anatole Leroy- Beaulieu, Emmanuel Rivière, Sangnier, Paul Violiet et le vicomte Melchior de Vogué ;

Pour ritalie : les abbés Murri et Minocchi, le P. Senn^ria, le sénateur Fogazzaro, M. Vitali; Pour l'Angleterre : le baron de Hûgel ; Pour l'Allemagne : les abbés Ehrard, Saueret Schell; Pour la Suisse : l'abbé Carry et les PP. Rose et Al^ed Roussel.

l^a presse catholique libérale, en Allemagne, en Aï^S^^"" terre, en Belgique, en Hollande, en Italie accueillit ^^^^ faveur la publication du nouveau périodique. Chez nous, l^ Journal des Débats lui souhaita la bienvenue en repro-

- Ixki -

duisant des extraits d'un bel article de M. Anatole Leroy- Beau lieu. La Reifue du Clergé français, la Justice sociale saluèrent avec plaisir ce frère d'avant-garde

Le 18 novembre, la Civilta catholica^ la grande revue des jésuites, qui est souvent inspirée directement par le Saint-Siège, étudiait longuement le programme et deux articles publiés dans le premier numéro de Demain . . .

La conclusion était celle-ci ?

Demain nous parait être Torgane d'un parti dangereux, dont la place parmi les novateurs est à l'extrême gauche du prétendu réformisme catholique.

V Univers et la Vérité française se trouvèrent d'accord pour reproduire ce réquisitoire

Dans une note publiée par sa Semaine religieuse, Tarchevêque de Bourges condamna également les tendances du nouveau périodique.

Pendant ce temps-là, quelques collaborateurs étaient forcés, par ordre supérieur, de se retirer de la rédaction. Pour cacher ces défections imposées, la direction a supprimée partir du cinquième numéro, la liste de collaboration.

Une telle opposition n'est point nouvelle dans l'histoire ecclésiastique. Lamennais avait fondé un journal qui s'appelait l'Avenir. Pour une institution qui, depuis le quatorzième siècle, ne cesse de décliner, le titre seul était importun. L'idéal de l'Eglise est en arrière. C'est le passé. Ne pouvant le ressusciter, elle s'efforce du moins de prolonger le moment présent, Taujourd'hui, et de retarder le plus possible demain, c'est-à-dire la fatale suite de l'évolution et de la transformation perpétuelles. Aussi, la hiérarchie de 1832 condamne telle l'Avenir et son illustre fondateur.

En 1901, l'abbé Murri résolut de fonder, à Rome, un bon journal, qu'il se proposa, lui aussi, d'appeler, Demain.

La curie le fit promptement sombrer. Au commencement de 1902, Murri reprit son œuvre en l'adoucissant ; ce n'était plus le Demain général et absolu, si redoutable à la présente hiérarchie catholique, ce fut // Domani d'Italia, un petit demain particulariste et modeste. La curie le tua avec autant d'empressement. Et n'était-ce pas compréhensible? Le Demain de l'Italie sera certainement dérangeant pour la papauté, et, par conséquent, pour la vieille Eglise toute entière.

L'Avenir de Lamennais et les Demain de Murri ont vécu chacun un an. Combien de temps durera le Demain de Lyon?

Quand il fut fondé, il semblait que son sort se renfermât dans un dilemme. La nouvelle revue serait fidèle ou non à son programme. Si elle y mentait, elle devait avoir la permission de durer, et de durer malgré sa tache originelle, d*autant plus longuement qu'elle y mentirait davantage. Si elle l'accomplissait, elle devait être supprimée promptement, bien qu'il fût plus difficile à l'Index d'opérer avec les Picot, les Leroy-Beaulieu, et les de Vogué qu'avec un simple abbé Sifflet. La condamnation de M. Paul Viollet a cependant montré que l'obstacle n'est pas insurmontable

Ce nouveau journal durera peut-être plus longtemps que ceux de Lamennais et de Murri. Il ne constitue pas un inutile recommencement d'expériences déjà censurées : c'est une tentative reprise dans des conditions toujours difficiles, mais nouvelles. Là est son intérêt et peut-être son influence sera-t-elle considérable.

L'épiscopat semble la redouter beaucoup.

Deux fois, au mois de juillet et de septembre 1907, le cardinal Coullié a défendu formellementet solennellement la lecture de Demain à tous les séminaristes de son diocèse. Elle a été également interdite dans la plupart des séminaires d'Italie et de Sicile. Défense d'y écrire fut encore

portée, le 28 novembre 1906, à tous les professeurs de rinstitut catholique de Paris, par rassemblée générale des archevêques et évêques protecteurs de cet institut. Ils prièrent le cardinal Richard qui accepta, de notifier cette décision aux intéressés (1) , . . .

Vettius (pseudonyme deTabbé Houtiw).

(i) Nous avons plusieurs fois protesté déjà contre la part qui nous était de temps à autre attribuée dans la fondation de la Grande Revue qui se publie à Lyon et qui a conquis en France et hors de France une place si considérable dès ses pi'emiers numéros. Demain est la grande œuvre de Pierre Jay.

Cet éminent publiciste a rectifié quelques-unes des assertions de Vettius par une lettre qui a paru dans le Siècle du 5 février suivant et dont voici la teneur :

« Monsieur le Directeur,

« Veuillez me permettre de rectifier, dans les colonnes de votre honorable journal, quelques-unes des inexactitudes de fait qui se sont glissées dans l'article que votre collaborateur Vettius a bien voulu consacrer à la revue Demain,

« A une heure particulièrement difficile, il importe que chacun assume et précise, avec toute la loyauté désirable, ses responsabilités personnelles. C'est à ce titre, et à nul autre, que je crois démon devoir de venir déclarer ici: i*» que D^/nai/i n*est l'émanation ni l'organe d'aucun groupe, d'aucune école et notamment d'aucune école de Lyon ; a° qu'il a été fondé de ma propre initiative et que si je n'ai jamais prétendu incarner cette œuvre, dans ma modeste personne, elle n'a cependant pas eu, depuis son premier numéro jusqu'à ce jour d'autre direction que la mienne ; 3° que le principal collaborateur de Demain a été, depuis le début, M. Auguste Cholat, rédacteur en chef, auquel, étant donnés sa personnalité et son dévouement, la plus large initiative a été et ne pouvait pas ne point être laissée. — Et cela, afin qu'il n'y ait de coniusion ni dans les idées, ni dans les personnes, mêmes les plus respectables.

« Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'assurance de mes sentiments empressés et distingués.

« Pierre Jay ».

Dernière Heure (Bruxelles), 3 février 1907.

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