‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 88 sur 134 · LES ANTÉCÉDENTS DE LA SÉPARATION EN FRANGE · texte numérisé non relu

LES ANTÉCÉDENTS DE LA SÉPARATION EN FRANGE

Depuis lepoque où Philippe le Bel s'était appuyé à la fois sur le parlement et sur le clergé, pour résister aux prétentions de la papauté jusqu'à Theure où la proclamation de l'infaillibilité papale par le concile du Vatican acheva de détruire tout vestige d'indépendance spirituelle au sein de la catholicité, la France, tout en se laissant dire « la fille atnée de TÉglise d, n'admit jamais l'autorité des papes, sauf dans une mesure étroitement déterminée par les lois du pays

La Révolution française se trouva placée devant ce dilemne : accorder à l'Église la liberté dans le droit commun ou lui maintenir une situation privilégiée en échange de certaines garanties de civisme. La Constituante choisit malheureusement la seconde alternative. On connaît suffisamment Téchec de la tentative pour imposer au clergé le serment constitutionnel. Les troubles qui s'ensuivirent amenèrent la suppression complète du culte dans toute la France.

Cependant la population, malgré les apparences, était restée catholique. Aussi, lorsque après la Terreur et le Directoire, Bonaparte assuma le pouvoir, il se trouva en face du problème religieux à résoudre. Du premier coup d'œil, il vit le parti qu'il pouvait tirer, pour son despotisme, d une alliance avec l'Église

Tel était le Concordat dont la disparition met aujourd'hui l'Église en larmes. Le pape Pie VII se soumit à tout. Mais au fond, l'Église n'accepta jamais le Concordat qu'avec l'espérance de s'en faire une arme pour asservir l'Etat. La brouille ne tarda pas à intervenir entre Napoléon,

tragediante, et Pie VII, comediante. Celui-ci fut enlevé de Rome et enfermé à Savone ; les évèques récalcitrants furent exilés et même déportés ; des centaines d'ecclésiastiques jetés en prison ; dans notre propre pays, tous les séminaristes de Gand enrôlés du jour au lendemain dans un régiment de dragons et envoyés à la frontière.

L'Eglise profita largement de la réaction qui suivit la chute de Napoléon. Les Jésuites, qui s'étaient solidement réinstallés en France, dominèrent le roi, la cour, les ministres et même le Parlement, du moins les premières législatures qualifiées d^ introuvables

Sous le gouvernement de Louis-Philippe, les catholiques commencèrent par réclamer l'autonomie de l'Eglise au nom même des principes du libéralisme. Quand Montalembert et ses amis — qui y allaient de bonne foi — s'aperçurent qu'ils ne pouvaient obtenir l'abolition des restrictions à Tindépendance de l'Eglise basées sur le Concordat, ils s'en allèrent grossir l'opposition qui finit par emporter la monarchie de Juillet. La seconde république fut acclamée par le clergé qui entonna à Tenvi le salivant fac rempublicam et aspergea d'eau bénite, à les en faire mourir, les arbres de la liberté

On a soutenu que la guerre de 1870 se rattachait à un plan de l'Empereur pour rentrer en grâce près des catholiques. Ce qu'il y a de certain, c'est que le maintien d'un corps d'occupation à Rome empêcha l'Italie de payer à la France sa dette de reconnaissance, en lui apportant son alliance pour tenir tête à la Prusse.

Vint alors la troisième république qui, pendant cinq ans, resta tout entière entre les mains des cléricaux. Un de leurs écrivains, M. Léon Chaine, le constatait mélancoliquement en ces termes, quelques années plus tard.

Quand on songe que de 187 1 à 1875, les catholiques étaient maîtres de tous les postes de l'Etat, depuis celui du président de la République jusqu'à ceux des gardes champêtres ; que Tarmée des fonctionnaires

zélés de tout grade était à leurs ordres, de quelles fautes, de quelles maladresses ne faut- il pas qu'ils aient été coupables pour s'être fait expulser, jusqu'au dernier, du pouvoir que les circonstances leur avaient donné et dont ils occupaient toutes les avenues 1.

La campagne de vingt ans, qui aboutit à la séparation de l'Eglise et de TEtat, peut se diviser en trois périodes.

Les cléricaux de plus en plus exaspérés — malgré les conseils de prudence que leur prodiguait (officiellement, du moins, car, moins heureux que Frère-Orban, le gouvernement français ignorait ce qui leur était conseillé absolulamente secreto) — les cléricaux avaient fait alliance avec tous les ennemis intérieurs de la République, à commencer par un César de café-concert, lequel, n'eût été Tintervention opportune du Sénat, eût peut-être livré la France à tous les pêcheurs en eau trouble. Vint alors Taffaire Dreyfus qui, avec ses dossiers secrets, ses faux et ses autres ignominies, acheva de partager la France en deux camps: d'une part les cléricaux qui avait, dans un but politique, accepté la solidarité de toute cette fange ; d'autre part, le reste de la nation qui désormais voyait clairement ce qu'il pouvait attendre du cléricalisme . . . La croisade contre la République était surtout dirigée par les congrégations religieuses qui se sentaient menacées dans leur existence, en particulier les Jésuites et un Ordre nouveaux, les Assomptionnistes. Les journaux dont ces derniers inondaient le pays rural, ne parlaient rien moins que de mettre la France à feu et à sang, pour la débarrasser des pillards, des bandits, des Francs-Maçons qui la gouvernaient. C'était Tâge d'or de Léo Taxil et de sa grotesque campagne qui aurait tué ses promoteurs si le ridicule pouvait encore tuer en France.

Il ne faut pas être surpris si ce furent les congrégations qui subirent les premiers coups

Là se serait peut-être bornée l'action anticléricale du gouvernement sans les imprudences et les provocations du nouveau pape. Les faits qui ont amené le dépôt du projet de loi Qur la séparation, par le ministère Rouvier- Clemenceau, sont trop rapprochés de nous pour qu'il soit nécessaire de les rappeler

GOBLET d'AlVIKLLA.

Le Soir {Paris), 5 février 1907.

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