‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 89 sur 134 · UNE ÉGLISE SANS CLIENTÈLE · texte numérisé non relu

UNE ÉGLISE SANS CLIENTÈLE

Je ne crois pas beaucoup au succès de la Chapelle apos tolique française, malgré toute la valeur que peuvent avoir l'archevêque américain Vilatte et Tabbé Roussin, Et la raison en est bien simple. Quand un magasin ouvre, quand un commerce se fonde, pour qu'il réussisse, pour qu'il prospère, pour qu'il fasse des affaires, il faut qu'il réponde aux besoins d'une clientèle

D'autre part, depuis quelque temps — oh, c'est bien simple depuis l'Affaire Dreyfus — les catholiques sont sidérés et sidérants de bêtise. M. Ed. Drumont, qui se paie leurs têtes dans les grandes largeurs, semble les avoir hypnotisés pour toujours et c'est d'un violon éternellement joyeux qu'il les conduit à l'abîme

Sans doute — car il faut toujours être juste — quelques rares catholiques ont conservé leur clairvoyance. Mais ceux-là furent les dreyfusards de 1898 ; ce sont les Léon Chaîne, les Paul Violet, les Brugerette, etc., etc.. Et à cet égard, je ne saurais trop recommander la lecture d'une brochure infiniment intéressante qui a pour titre : Les

Leçons de la défaite et pour auteur l'abbé Jean de Bonnefoy, bien connu à Lyon où il officie.

Il n'y a pas de danger que les Drumont,les Daudet (Léon) et les Barrés (Maurice) présentent cette brochure à Içurs lecteurs, car si poires soient ces derniers, ils (iniraient par écarquiller leurs mirettes et comprendre.

Bulletin du Parti Républicain Radical et Radical-Socialiste, organe officiel du comité exécutif (Paris), 9 février 1907.

Il n'y a rien de plus beau pour un adversaire

que de reconnaître ses erreurs, ou celles de son parti, et de les proclamer de bonne foi. C'est là un spectacle si rare qu'on ne saurait trop l'encourager et celui qui le donne mérite de notre part un salut pour le moins sympathique.

Tel est le cas d'un prêtre, Tabbé Jehan de Bonnefoy.

Arrivant à la crise actuelle dont souffre l'Eglise catholique en France, M. Fabbé Jehan de Bonnefoy rappelle la forte et belle parole adressée par M. Léon Chaine, au cours de l'Affaire Dreyfus, à ces catholiques qui, d'un cœur léger, prenaient parti pour le mensonge et l'iniquité contre la Justice et la Vérité :

« Catholiques, catholiques, vous avez laissé voiler la statue de la Justice, ne vous étonnez donc pas de voir renverser celle de la Liberté.. . »

C'était là un excellent conseil que les catholiques eussent bien fait de méditer, au lieu de chercher avec M. Charles Maurras, à faire sortir la Royauté du Nationalisme.

Et cependant, ainsi que je constate avec raison M. Jehan de Bonnefoy, c'est pour avoir laisser voiler la statue de la Justice que les catholiques en sont réduits, aujourd'hui, à se demander comment ils feront pour organiser leur culte. Sans Taffaire Dreyfus, la loi de séparation des Eglises et de TEtat n'eut pas été votée de sitôt.

Armand Charpentier.

Secrétaire du comité exécutif.

L Avenir Bourguignon (Beaune), 16 février 1907. L'AFFAIRE DREYFUS ET L'ÉGLISE

Il nous semble qu'il n'est point trop tard pour revenir à cette question. Elle restera encore longtemps à l'ordre du jour des préoccupations nationales les plus troublantes.

En voici, du reste, une autre preuve suggestive. Nous la trouvons dans les Annales de la Jeunesse laïque. Nos lecteurs doivent connaître l'importance sociale et politique de cet organe.

Dans le numéro du l" octobre 1906 nous y lisons :

Si Ton ne considère que le point de vue légal il est bien certain, que la fameuse Affaire a reçu le 1 3 juillet dernier, sa solution définitive. Mais il est incontestable aussi, qu'au double point de vue historique et politique, elle est encore loin d'être terminée...

Et plus loin :

L'un des premiers, j'ai démontré clairement que toute l'œuvre du Bloc, notamment la lutte contre les congrégations et la séparation des Eglises, était sortie de l'affaire Dreyfus. Quelques catholiques l'ont

compris comme moi : M. Léon Chaine el Tabbé Brugerette, pour ne . citer que ceux-là, considèrent MM. Edouard Drumont et Mercier comme les deux grands auteurs responsables de toutes les calamités qui fondent sur l'Eglise catholique de France.

Quelque regrettable que soit pour TEglise catholique la rupture du Concordat, sa situation n'était pas désespérée et pouvait même s'améliorer si une politique d'apaisement et de conciliation avait succédé aux luttes un peu vives de ces dernières années. Or, pour que Tapaisement pût se faire, il fallait que le parti nationaliste, vaincu aux dernières élections, acceptât sa défaite avec bonne grâce. Il fallait surtout que les chefs de ce parti, ceux qui sont responsables de tous les ennuis arrivés aux conservateurs et aux catholiques reconnaissent leur erreur.

Tout Torgueil insolent, le cynisme, le machiavélisme dreyfusards sont dans ces lignes.

C'est en somme, — sous une autre forme et — nous le concédons sans difficulté, dans un autre esprit, les mêmes appréciations, portées par M. Léon Chaine, dans sa lettre à un évèque déjà citée.

M. Léon Chaine préfère fréquenter chez MM. Ferdinand Buisson, Anatole France, Octave Mirbeau, etc., que chez Drumont et M. le Général Mercier : libre à lui !

Nous répétons que nous admettons son entière bonne foi.

Mais on peut être catholique, très bon catholique même et ne Timiter point en cela.

DrumontetM. leGénéral Mercier, ontrendu d'immenses services aux catholiques français.

Ce sont deux excellents professeurs d'énergie française. Ce sont deux caractères et deux hommes libres. Les Ferdinand Buisson et autres dreyfusards de marque du Bloc ont défendu le Veau d'or; ils ont livré leur liberté à la Secte, c'est-à-dire à la contre-Eglise, au contre-catholicisme.

La Secte leur a commandé une œuvre de haine — elle ne connaît que celles-là — ils ont marché.

Et quand ils voudront affirmer leur personnalité, intellectuelle, morale et sociale par des œuvres de concorde et de paix nationale, c'est-à-dire faire actes d'hommes et non de serfs et de valets, la Secte les brisera. Voilà la vérité! L'exemple des récents échecs de MM. Briand et Clemenceau est bien fait pour fortifier notre jugement sur ce point.

Aussi, notre observation doit-elle moins porter sur les personnages politiques plus ou moins représentatifs de telle ou telle doctrine en partie mensongère, que sur l'organisation systématique et graduellement serrée et osée du mal, parles sociétés secrètes. Or, l'affaire Dreyfus, d'essence luciférienne, est toute une révélation sur le fonctionnement et l'organisation de ce système pour ceux des nôtres qui ont une tête pour en user.

Ne vaut-il pas mieux faire servir de cette sorte nos facultés critiques et d'analyse, que de saturer nos conversations et nos habitudes, de folichonneries déprimantes, quand tout craque autour de nous ?

La citation empruntée aux Annales de la Jeunesse laïque prouve donc surabondamment l'opportunité de notre étude et nous fait tout naturellement rentrer en thèse.

Le cadre de ce journal nous oblige à nous contenter pour aujourd'hui de ces réflexions.

Nous avons prouvé déjà que l'Eglise qui est avant tout une conscience n'avait pas à intervenir dans 1' « Affaire Dreyfus » au regard dé la loi, devant les tribunaux français.

Nous verrons prochainement que l'Eglise n'avait pas à subir la tyrannie de l'opinion dreyfusarde, et qu'elle n'a pas subi davantage le courant de l'opinion contraire.

Ce sont deux aspects fort curieux de la question.

Ch. Marc.

La Revue catholique des Eglises (Paris), 28 février 1907.

Les Catholiques français et leurs difficultés actuelles. Par Léon Ghaine, i in-12, xv-412 pages. Paris, Storck.

Ceci est moins un livre, au sens ordinaire du mot, qu'une réunion d'articles, ou plutôt de notes sur le catholicisme français contemporain, tel qu'il est apparu en ces derniers temps à un « catholique dreyfusard . d M. Léon Chaine parle de ceux que a l'affaire Dreyfus a rendus enragés » ; il n'est certes pas de ceux-là, et pas une parole de haine ne lui échappe. Mais l'aiFaire l'a visiblement obsédé et l'obsède encore; elle lui fournit son angle de vision pour envisager toutes choses. L'apathie des catholiques en cette occasion, et leur refus obstiné d'y prendre part à titre de catholiques, l'ont consterné comme un malheur et irrité comme un problème et c'est bien un problème en effet. M. Léon Chaine ne songe pas à en chercher la solution dans ce respect a priori de l'autorité et cette crainte de substituer le libre examen individuel aux compétences officielles, que l'Eglise, a la grande école de respect, » a su imprimer dans l'âme de ses fidèles. Pour lui tout le mal est venu de ce que les catholiques ont été paralysés par les doctrines et des attitudes où ils ont compromis leur religion : militarisme, nationalisme chauvin, antisémitisme, misonéisme, conservatisme timide et étroit, etc. Et il part de là pour philosopher, ou plutôt pour dire son mot, vivant, alerte singulier parfois, mais toujours franc et énergique, sur les causes de nos faiblesses actuelles, et les déplorables méthodes où s'endorment et s'enlisent tant de chrétiens bien pensants.

A ce titre on ne saurait trop recommander la lecture de

ce « livre de bonne foi », ne fùt-il pas partout un livre de compétence indiscutable. M. Léon Chaine touche a trop de choses pour donner constamment l'impression de le faire avec autorité. Aussi bien n'a-t-il nullement l'intention de dogmatiser, mais bien de faire réfléchir et penser, — et il y arrive. Il l'en faut remercier.

Un appendice ajouté au livre marque l'accueil qu'il a reçu lors de sa première édition (en 1903)dans les journaux et les revues. Cet appendice n'est pas moins instructif que le livre lui-même, par le confirmatur qu'il apporte à un fait bien connu de tous ceux qui observent le mouvement des idées : les revues et les journaux rédigés par les ecclésiastiques ont généralement fait bon accueil à une mercuriale dont ils sembleraient avoir eu le droit ^e se blesser, tandis que la presse rédigée par les laïcs a été plutôt dure, on pourrait dire davantage, à l'initiative de M. Léon Chaine. Signe des temps vraiment que cette dictature religieuse de laïcs sans mandat ni compétence, défendant TEglise contre le laïcisme, s'improvisant maîtres d'orthodoxie, monopolisant jalousement les intérêts religieux, et réussissant presque à faire accepter leur journalisme comme le magistère ordinaire de l'Eglise.

E. Baudin.

Professeur de philosophie au Collège Stanislas Chargé de cours à Flnstitut catholique.

U Action (Paris), 2 mars 1907.

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