‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 98 sur 134 · LE REVERS DE LA MEDAILLE · texte numérisé non relu

LE REVERS DE LA MEDAILLE

4 juillet 1907.

C'est de la médaille d'or remise samedi dernier au général Mercier que je veux parler. Les journaux nationalistes ont fait un beau tapage sur ce minuscule événement dont la renommée n'a guère dépassé d'autres limites que celles des cercles catholiques, ni secoué d'autres enthousiasmes que la claque des jeunes muscadins de l'Action royaliste. Mercier a versé des pleurs de crocodile sur cette

médaille destinée dans la pensée des partis sans nom à redorer son honneur perdu. Mercier a salué dans cette plaque nationaliste le plus beau jour de sa vie. Mais Témotion qui étreignait son cœur a fermé ses yeux sur les légendes écrites au revers de la précieuse médaille. J'en ai recueilli quelques-unes que je m'empresse de recommander à la bienveillante attention des lecteurs du Repu-hlicain du Gard, Le général Mercier ne pourra pas m*accuser de lui tirer dans le dos les classiques flèches du Parthe. Tout au plus serait*il tenté de me reprocher une trop grande fidélité à traduire la pensée de ses amis. Mes sources sont nationalistes et catholiques.

1** Sources nationalistes :

« Gasimir-Périer n'est pas responsable d'avoir fait entrer dans un cabinet ministériel une moa/^ comme Mercier... ce Ramollot delà guerre. .. ce général en carton peint... » Henri Roche fort {Intransigeant du 5 novembre 1894.)

— a N'est-ce pas que ce Mercier est bien vil ? » {Edouard Drumont^ Libre Parole du 6 novembre 1894),

2® Sources CATHOLIQUES

— « M. le général Mercier est sous le coup des accusations les plus graves. Tel d'entre les actes qui lui sont reprochés a été constaté par la plus haute juridiction du pays et avoué par lui-même en plein conseil de guerre à Rennes. Il n'est vraiment pas possible, Monsieur le délégué, que le département de la Loire-Inférieure envoie ce candidat au Sénat. » — Paul Viollet, président du Comité catholique pour la défense du droit, (Lettre aux délégués pour l'élection d'un sénateur dans la Loire-Inférieure, 23 janvier 1900).

— « Aceux qui nous reprochent d'attaquer l'armée, nous

répondrons ceci : Nous ne pensons pas Tattaquer en soutenant que ce que certains croient être son honneur n'est pas chose plus précieuse que la justice. Est-ce notre faute, si tant d'officiers ont tenu à se solidariser avec quelques camarades coupables, si les conservateurs ont tenu à faire cause commune avec les chefs militaires sr, entre eux tous, ils ont de leurs propres mains forgé des armes pour leurs adversaires, édifié enfin contre les institutions qu'ils voulaient défendre et contre les principes mêmes de l'ordre social dont ils croyaient se faire les champions, la plus formidable machine de guerre que les annales de l'histoire aient jamais enregistrée. — Léon Chaine {Les Catholiques français et leurs difficultés actuelles).

— « Supprimez la forfaiture du général Mercier suspendant en 1894 les garanties légales pour le capitaine Dreyfus et faisant condamner cet officier innocent au moyen de pièces ignorées de lui et de son avocat, oui, supprimez ce crime initial d'un chef de la justice militaire qui fait étrangler un accusé sans discussion, parce qu'il est juif, et vous n'avez plus d'affaire Dreyfus, par conséquent plus de lois de défense et d'action républicaine. Mercier est l'artisan inconscient de l'œuvre de désorganisation religieuse accomplie en ces dernières années. A lui seul cet incorrigible aura, en un certain sens, causé plus de mal à l'Eglise de France que tous les efforts réunis des librepenseurs pendant un siècle. » — Jehan de Bonnefoy : Les Leçons de la défaite {le Républicain, du Gard^ juin et juillet 1906).

— Sans Mercier point d'antimilitarisme : nous ne connaîtrions peut-être pas les mutineries qui affaiblissent de nos jours la discipline de l'armée française. Voilà le revers de la médaille d'or remise à l'ancien ministre de la guerre. Si le dolman étoile de ce général ne cachait pas une conscience aussi basse et une âme aussi perfide, il

aurait tressailli sous le poids de cette médaille d'or comme si elle était chargée de tous les mépris et de tous les crachats de la France écœurée.

L Italie (Rome), 9 juillet 1907.

QUEL EST, APRÈS LA DÉFAITE DU 30 JUIN LE DEVOIR DES CATHOLIQUES ITALIENS

M. LÉON CHAINE ET M. l'aBBÉ BRUGERETTB REPONDENT A CETTE QUESTION.

Expliquer la défaite subie par les catholiques le 30 juin, — comme Tout fait et continuent de le faire leurs journaux! plus ou moins officiels, — par un défaut d'organisation, c'est sciemment dénaturer la vérité.

L'organisation de V Unione Romana n'était pas parfaite; je ne le nie point; mais celle du bloc libéral ne valait guère mieux, si même elle n'était pire.

Il serait facile de corriger un vice d'organisation; malheureusement, la cause du désastre du 30 juin est bien autrement profonde et sérieuse.

Si les leçons de l'histoire ont quelque valeur, elle parait même irrémédiable.

Ce |ne sont point deux organisations qui se sont trouvées face à face. Ce sont deux mentalités ; l'une moderne, féconde, progressive parce qu'éprise de vérité et de clarté, l'autre rétrograde, impuissante et stérile parce qu'opposée à toute étude loyale.

La victoire est restée à la première; et l'antagonisme entre l'esprit catholique et l'esprit moderne qui, — ainsi

que récrivait M. Marcel Hébert à propos d'un des livres célèbres de l'auteur de la Crise du Clergé^ la Question biblique au XX^ siècle, qui a permis au Vatican de battre un record en condamnant, avant même qu'il n'ait paru, ce livre de M. l'abbé Houtin, — a n'acceptera plus aucun pharisaïsme », deviendra, de jour en jour, plus irréductible; à moins que le catholicisme qui, après n'avoir cessé pendant vingt siècles, d'évoluer, c'est-à-dire de vivre, immobilisé, figé, comme si sa sève était tarie, — cependant que le siècle poursuivait sa marche prodigieuse dans la voie du progrès, —r ne gagne le terrain perdu en s'adaptant résolument à l'âme moderne, et en renonçant à une politique qui, par le fait qu'elle ne réussit jamais, indique nettement qu'elles ne peut pas réussir.

Comment !

Des volumes ont été écrits pour répondre à cette question. Il me suffira donc d'y renvoyer les lecteurs, désireux d'éclairer leur religion, en leur recommandant de les lire et de les faire lire.

L'un est intitulé : Les Catholiques français et leurs difficultés actuelles^ l'autre : Les Leçons de la défaite.

Le premier a été écrit par M. Léon Chaîne, un catholique sans étroitesse ni passion sectaire, qui appartient à la famille des abbés Pichot, des Paul Viollet, pour éclairer ses coreligionnaires, au moment où ils s'engageaient dans la fausse route, qui les a conduits à la défaite.

Ge livre, rempli d'originalité, de pittoresque, de logique aussi, et surtout de documents et d'idées, car M. Léon Chaine est à la fois un écrivain hors de pair, un philosophe et un penseur profond, aurait pu les sauver. Son cri d'alarme ne fût pas entendu. La catastrophe est trop récente pour qu'il soit nécessaire de la rappeler.

Les catholiques italiens se sont, eux aussi, fourvoyés dans des impasses. Ils doiventbattre en retraite et réparer de lourdes fautes.

Aussi ce livre, dans lequel M. Léon Chaîne a passé en revue, avec un éloquent accent de loyauté, en des pages sincères, vibrantes et suggestives, qu'on ne parcourt pas sans émotion, tous les grands problèmes politiques et religieux de notre époque, est-il pour les catholiques italiens de la plus brûlante actualité.

Les Leçons de la défaite ont été publiées, par le docte et libéral abbé Brugerette après la débâcle électorale des catholiques français, le 6 et 20 mai 1906.

« Ces pages, bien que nées des circonstances, ont une importance générale avant tout ; si elles déchirent le voile» qui recouvre les fautes, elles apportent, du moins, l'espoir et le remède nécessaire au redressement des esprits et au relèvement des volontés », Lorsque les catholiques italiens les auront lues, ils connaîtront leur devoir et tourneront les yeux vers des horizons moins bornés .

Le Matin (Anvers) 16 juillet 1907.

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