‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuelles. Du militarisme, Du nationalisme, Les femmes et la politique. Anthisémitisme. Les catholiques et le bon vieux temps. Timidité intellectuelle de certains catholiques. L'abus des dévotions nouvelles. Le christianisme social et les conversateurs. La loi du 1er juillet 1901 et les "Dreyfusards". Du clergé séculier et des congrégations. Etc., etc. Articles, comptes rendus, notices bibliographiquesChapitre 99 sur 134 · UNE GRISE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

UNE GRISE RELIGIEUSE

Il se fait depuis quelques années un mouvement remarquable au sein du monde catholique. On y réclame plus de liberté, plus de lumière, plus d'espace. Il ne s'agit pas d'une révolution, mais d'une évolution, ce qui est tout autre chose. Une révolte ne se produirait que si Rome se montrait sourde aux revendications les plus légitimes. N'annonçait-on pas dernièrement la création d'une puissante association de catholiques qui, tout en protestant de

leur obéissance au Saint-Siège, réclament Tabolition de rindex ou/ tout au moins, le droit pour Técrivain con* damné de défendre son œuvre et de se justifier? En Italie comme en France, certaines condamnations prononcées par le Vatican, soit qu'il s'agisse des ouvrages de Fogazzarro, esprit pieux cependant, soit des travaux d'exégèse de Tabbé Loisy, « érudit de première valeur », selon l'expression d'un journal catholique belge, le XX""* Siècle, ces condamnations, disons-nous, ont causé parmi les catholiques intellectuels une vive émotion et, ajoutons-le, une profonde tristesse. Ils n'est pas douteux, en effet que l'Eglise s'expose gravement en refusant de marcher avec le siècle et en persistant à imposer comme l'expression de la vérité révélée des symboles qui sont l'œuvre périssable des hommes.

Il vient de paraître à Paris, à la librairie Pion, un livre écrit par un catholique, M. Marcel Rifaux, et intitulé : Les Conditions du retour au Catholicismey dans lequel on trouvera l'exposé aussi intéressant qu'impartial delà crise que traverse le catholicisme. C'est une enquête philosophique et religieuse à laquelle ont collaboré des laïcs et des ecclésiastiques tels que le vicomte d'Adhémar, Tabbé Brugerette, M. Georges Fonsegrive, l'abbé Girodon, le D' Mazel, le P. Maumus, l'abbé Laberthonnière et vingt autres.

« Malheureusement, dit l'auteur, si l'histoire nous montre qu'il y a eu des papes capables de remettre énergiquement dans le courant le catholicisme dévié, elle nous montre aussi que, trop souvent, c'est sous la pression des événements extérieurs que la réforme tardive, hélas ! s'effectue. Ainsi s'opéra-t-elle trop tard au seizième siècle. J'espère qu'au vingtième siècle, nous y serons à temps, mais il n'y a plus un moment à perdre. y>

Ceux qui liront le livre de M. Marcel Rifaux, s'assure-

ront que nous n'avons pas choisi nos extraits. Ils y trouveront des pages témoignant d'une rare indépendance d'esprit de M. Sertîllanges, professeur de philosophie à rinstitut catholique de Paris; Tabbé Laberthonnière, Tabbé Naudet et d'autres. La crise comme le constate o: un prêtre romain », n'existe pas seulement en France. « En Italie, avoue ce prêtre, les jeunes gens cultivés ne sont plus avec nous... Pour dénouer la crise, il n'y a qu'un moyen : renouveler parmi nous l'esprit de TEvangile. Aujourd'hui, comme du temps de Jésus, c'est la lettre qui nous tue ; ce sont les traditiones hominum qui nous suffoquent. Les éléments historiques et accidentels se sont soudés pendant des siècles avec les éléments éternels. Les pharisiens et les scribes (il y en a toujours dans la société religieuse) sont devenus les gardiens du bloc ; leur devise est : a tout ou rien. » Autrement dit, il faudrait débarrasser le catholicisme de ses éléments parasitaires, des scories dont ils s'est souillé durant sa course à travers les siècles, des champignons vénéneux qui, selon l'expression de M. Léon Ghaine, ont poussé sur la croix. Il faut en éliminer les petites idolâtries, les boutiques à miracles, ces autels multiples qu'un mercantilisme éhonté transforme en comptoirs, il faut surtout, comme l'écrivait M^'Mignot, archevêque d'Albi, que la religion cesse d'être un symbole cristallisé^ une doctrine stéréotypée dans ses rites et ses dévotions, pour devenir « une réalité vivante quitransforme les esprits et les cœurs. »

Sancho.

La Petite République (Paris), 18 juillet 1907.

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