‹ Les catholiques français et leurs difficultés actuellesChapitre 4 sur 11 · IT'V · texte numérisé non relu

IT'V

Les Catholiques et la Liberté

La facilité avec laquelle beaucoup de catholiques ont accepté, les yeux fermés, les histoires à dormir debout inventées par quelques officiers de l' Etatmajor, appelle certaines réflexions. Dans quelques années on se demandera par quel phénomène de contagion intellectuelle des gens sensés ont pu suivre sans en sourire les- mille péripéties grotesques de cette instruction judiciaire menée avec des procédés de roman-feuilleton que n'aurait pas désavoués Timagination fertile d'un Ponson du Terrail.

Vous vous souvenez des histoires de la dame voilée, du document libérateur, des lunettes bleues de du Paty de Clam, de la fausse barbe de Gribelin ; vous vous rappelez la terreur que simulaient les généraux à l'entrebâillement de leur dossier. Il aurait pu s'en envoler une pièce redoutable qui aurait porté dans aes pUs une déclaration de guerre^ Il n'y a pas longtemps, M. Hugues Le RouXj dont on con-

naît la fertile imagination, a pu dire gravement et sans faire rire qu'il possédait, enfermée dans une cassette qu'il lui était interdit d'ouvrir avant vingtcinq ans, la vérité sur l'afifaire Dreyfus. Cette amusante déclaration a été classée parmi les faits qui viennent à chaque instant apporter la dernière preuve de la culpabilité du traître deux fois condamné ..... Vous coinnaissez la suite du cliché .

Quand on pense que les gens à qui de pareilles niaiseries n'ont pas fait hausser les épaules sont les mêmes, pour la plupart, que ceux qui ont ajouté foi à la longue fumisterie de Diana Vaughan, aux funambulesques révélations du repenti Léo Taxil, à l'apparition du diable avec ses cornes dans les loges de francs-maçons, il est bien permis de se demander s'il n'y a pas quelques réformes a introduire dans des méthodes d'éducation et d'enseignement qui ont été assez inefficaces pour que des esprits préparés par elles restent à ce point dénués de sens critique et nous offrent un spectacle aussi lamentable et humiliant pour la raison humaine.

Des hommes d'une certaine culture intellectuelle n'ont évidemment pas accepté certaines choses dites pour les foules. Ces hommes, cependant, n'ont pas toujours su se défendre contre l'habitude invétérée qu'ils avaient de croire à la presque infaillibilité des autorités sociales. Ils ont apporté dans le domaine politique la soumission à laquelle ils sont accoutumés dans le domaine religieux»

Certains établissements congréganistes, certains

séminaires, au lieu de nourrir la jeunesse catholique de la moelle des lions, comme dit l'Ecriture, n'ontils pas pris l'habitude de lui prodiguer on ne sait quelle doucereuse confiture intellectuelle qui n'est pas faite, certes, pour lui donner la fermeté et la robustesse du véritable esprit chrétien ? Ne fait-on pas ainsi plus de crédules que de croyants ?

C'est ainsi que quelques-uns de nos maîtres semblent trop souvent redouter la vérité historique. Espèrent-ils donc pouvoir la maintenir éternellement sous le boisseau ? En la dissimulant, ils prennent à la fois la plus imprudente et la plus inutile des précautions et, sans le savoir, ils sèment ainsi eux-mêmes de la graine de libres penseurs. Certains de leurs élèves, souvent les plus brillants, s'aperçoivent plus tard de ces dissimulations coupables et même de quelques contre-vérités intentionnellement enseignées sans doute ; ils deviennent alors des incrédules et parfois même les adversaires les plus haineux et les plus redoutables de nos croyances.

On a pu compter jusqu'à sept élèves des congrégations religieuses dans le ministère Waldeck- Rousseau. Tout le monde sait que le chef actuel du gouvernement a noji seulement été élevé sur les genoux de l'Eglise, mais qu'il a porté plusieurs années la soutane, et quelle soutane ! Celle des Assomptionnistes ! Nous ne sommes pas de ceux qui lui reprochons de l'avoir quittée, car du jour où il n'a plus eu la foi, il n'a fait qu'accomplir son devoir en abandonnant la carrière ecclésiastique.

Mais ce que nous pouvons demander à ceux qui, comme ils le disent eux-mêmes, « s'évadent » du sacerdoce ou simplement de la croyance religieuse, c'est de se montrer du moins plus réservés, du jour où ils avouent par là s'être déjà trompés une fois ; ce que nous pouvons exiger d'eux, c'est plus de tolérance pour des opinions qui furent longtemps les leurs, plus d'indulgence pour « des chimères et des erreurs » auxquelles ils ont cru, et surtout moins de haine pour ceux dont ils ont été les frères. Le poètechansonnier avait exprimé le vœu

Qu'on puisse aller même à la messe.

Ainsi le veut la liberté.

Il est déplaisant que ce soit ceux qui l'ont dite qui le plus souvent veulent empêcher les autres d'y aller.

Nous avons eu l'occasion d'approcher un prêtre qui avait abandonné l'autel et, bien que nous ne nous reconnaissions pas le droit de le juger et de scruter sa conscience, son attitude était telle que l'on ne pouvait mettre cette désertion sur le compte de scrupules d'un ordre métaphysique. Nous éprouvions pour lui une profonde pitié à laquelle ne se mêlait aucun sentiment d'irrespect, car celui qui a reçu l'onction sainte est, aux yeux des croyants, prêtre pour l'éternité ; prêtre mauvais il n'en demeure pas moins prêtre ; ses mains indignes restent sacerdotales et peuvent encore faire descendre du ciel et notre Dieu et son pardon.

Nous n'avons donc aucune haine contre ceux qui déposent une soutane de prêtre ou une robe de reli-

gieux que, pour des raisons diverses, ils ne peuvent plus supporter ; nous ne pouvons pas désapprouver ceux d'entre eux qui agissent ainsi parce qu'ils ne croient plus. Mais nous avons bien le droit de leur demander à tous de nous laisser libres de nous agenouiller dans le temple qu'ils ont déserté.

Par les portes de nos lycées, entend-on dire, sortent bien des indifférents et des sceptiques ; par celles de certains de nos collèges religieux sortent de dangereux sectaires et parfois aussi de terribles controversistes. Tel qui, avec des instituteurs libéraux , serait resté chrétien ou , tout au plus , fût devenu sceptique, parce qu'il a eu des maîtres d'une foi trop étroite, a été pris de sentiments plus farouches ou même a passé irrité dans le camp de ceux que nous flétrissons du nom de renégats.

Sébastien Faure, le fougueux athée que l'on sait, fut l'un des meilleurs élèves des pères Jésuites. Renan et tant d'autres ennemis de Jésus-Christ ont été élevés à l'ombre du sanctuaire. Urbain Gohier, logicien au talent implacable et terrible, qui nous a porté de si rudes coups, a été élevé dans un établissement dirigé par des prêtres, les mêmes d'ailleurs qui avaient présidé auparavant à l'éducation d'Anatole France , de ce doux et de ce sceptique que l'affaire Dreyfus a fait descendre de sa tour d'ivoire pour le jeter violent et furieux dans le tumulte de la place publique, de cet Anatole France, ouvrier incomparable de notre langue, écrivain délicieux et charmant, d'un si délicat atticisme, et qui est bien

l'un de ceux dont il a été dit que la beauté païenne de TAcropole leur avait caché les splendeurs plus sévères du Golgotha.

Qui saura jamais dans quelle mesure ces belles intelligences ont été détournées du christianisme par les moyens mêmes dont on s'est servi pour le leur enseigner ?

Certes, on n'allait pas jusqu'à leur dire que Torquemada fut brûlé par les juifs. Mais que d'équivoques, que de réticences, que de coupables atténuations dans les récits qui leur furent faits par exemple de cette institution criminelle qui se nomme l'Inquisition !

Avec quelle grandeur cruelle et tragique ne se dresse pas sur le fond sombre de l'Espagne de Philippe II, la vision de ce moine fanatique, dont la longue robe blanche est tachée du sang répandu et comme roussie aux flammes de ses épouvantables auto-da-fé ! C'est en effet du nom d'acte de foi « auto-da-fé », que fut baptisée l'œuvre abominable du bûcher.

Il est permis de dire,' nous le savons, que l'Inquisition fut une institution plus monarchique que religieuse, qu'établie sous le prétexte de défendre l'intégrité de la foi elle servit surtout à dépouiller hérétiques et juifs de leurs biens au profit du trésor royal. C'est en effet dans ce dernier ordre d'idées que sa Majesté très catholique rendit un édit fameux dont on appréciera au point de vue fiscal les ingénieuses dispositions : ordre était donné aux juifs de

sortir d'Espagne sous peine de mort et de confiscation de leurs biens ; mais, en même temps, défense leur était faite d'emporter ni or ni argent.

II serait injuste, toutefois, de ne pas rappeler les protestations énergiques qfue firent entendre contre de telles horreurs Sixte IV, Innocent VIII, Boniface VMI. Avant eux saint Grégoire le Grand avait dit : « C'est une prédication nouvelle et inouïe que d'exiger la foi par des supplices ».

Quoi qu'il en soit, au lieu de chercher à excuser par les mœurs du temps ou toutes autres mauvaises raisons des attentats aussi monstrueux commis contre la conscience humaine et plus encore contre la majesté des lois divines, les catholiques devraient être les premiers à les flétrir des colères d'une sainte indignation.

Le maniaque dont la folie homicide a couvert l'Espagne de tant de bûchers ne déshonore pas la grande famille de saint Dominique, non plus que l'Eglise sur le tronc toujours verdoyant de laquelle a poussé, comme un glorieux rameau, l'ordre aujourd'hui plus de six fois séculaire des Frères Prêcheurs.

Les Dominicains, s'ils ont Thomas de Torqiiemada, peuvent par contre se glorifier de Thomas d'Aquin, d'Albert le Grand, de Lacordaire et de toute une légion de saints et d'apôtres (1).

(1) Thomas d'Aquin et Albert le Grand ont été mis au nombre des saints, nous ne savons si les héroïaues

Quelle suave et grande figure que celle, de ce Thomas d'Aquin, « l'Ange de l'Ecole », qui fut le flambeau vivant de son siècle et des siècles écoulés

depuis. Sa vaste intelligence philosophique égale celle d'Aristote ; et les ailes d'une foi faite d'amour et de lumière l'ont élevé à des hauteurs auxquelles n'avait pu prétendre aucun des génies de l'anti »quité.

Rendons également hommage à Albert le Grande encyclopédie vivante de toutes les connaissances de son temps, dont l'éloquence attirait aux pieds de sa chaire à la vieille université de Paris toute la jeunesse studieuse de l'Europe, et dont on peut dire qu'il fut de ceux qui ont fait reculer les bornes du savoir humain.

Mais puisque notre intention est surtout de saluer ici la hberté, arrêtons nos regards sur la belle figure du père Lacordaire, moine ardent dans la grande âme duquel vibrèrent toutes les passions légitimes, toutes les pensées généreuses du siècle qui vient de finir.

(( Né démocrate et nourri dans les idées républi-.

vertus du Père Lacordaire lui feront décerner un jour Jes honneurs de la canonisation ; mais, s'il existe un lieu où vraiment soient recueillies les cendres des hommes illustres auxquels la patrie est reconnaissante, la pla*ce de ce grand citoyen n'est-elle pas marquée dans ce panthéon désectarisé qui devrait être ouvert à tous ceux qui ont honoré le ^lays par la beauté de leur caractère, l'importance de leurs services et l'éclatante supériorité de leur génie ?

caines (1), écrit de lui Montalembert son compagnon d'armes, il a comprimé de bonne heure sans l'éteindre jamais cette lave révolutionnaire, qui, de

(1) Cet aristocrate de la pensée était socialement un démoicrate ; plébéien jusque dans les moelles, républicain de principe, il polissait les conséquences de ses conceptions jusqu'aux limites exigées par la logique. Il est intéressant à ce point de vue de reproduire quelques lignes du discours de Mgr Touchet auquel nous revenons plus loin :

« Lacordaire ne voulait pas changer le monde ; il voulait le continuer. Il le prenait tel qu'il le trouvait en France en 1789 : « Une époque ! plus qu'une date », a dit de Maistre. Il l'acceptait là tout entier. De la « Déclaration des Droits », il faisait sa « bonne nouvelle )) politique.

« Or, voici : il croyait s'apercevoir que le mouvement de 1789 attendait son développement logique, qu'il était à l'état d'argument, qu'il n'avait guère profité qu'à la bourgeoisie; et alors tout son être plébéien sursautait, s'indignait; l'esprit de ces Gracques dont il a souvent parlé l'agitait, et se tournant vers ceux qu'il accusait de Tavortement partiel d'une entreprise magnanime, — tout en reconnaissant leur qualité, — il leur criait : « Qu'avez-vous fait pour le corps du peuple ? Qu'avez-vous fait pour son âme ?....»

Conclusions : il appelait l'ère d'une justice plus large et plus effective. Avec ses coUaboTateurs de l'Avenir il en étudiait fiévreusement les lois. Il s'émouvait sur toute solution d'économiste secoura-. ble à la détresse des masses. Le salaire de l'ouvrier, les heures de son travail et de son repos, son aisance, la salubrité de ses demeures, la ilioralité de sa famille, la brutalité des règlements qui empêchaient les artisans de s'entendre le passionnaient; et en compagnie de Lamennais, de Chateaubriand, de Lamartine, (c des cœurs de poète et des esprits de haut vol », itispectaxit 1 horizon, il prophétisait l'apjDroche des jours inévitables.

temps à autre, faisait explosion dans sa parole, non plus pour semer la ruine et l'effroi, mais pour illuminer la nuit d'alentour. Devenu chrétien , catholique, prêtre et religieux, il ne trahit aucun des instincts légitimes, aucune des généreuses convictions de sa jeunesse... Il a été à coup sûr, dans l'Eglise, la personnification la plus éclatante de cet esprit nouveau que les chrétiens sont impérieusement condamnés à accepter et à employer, sous peine de laissar la vérité désarmée et enchaînée sur des rives oubliées. »

Ecoutons maintenant Lacordaire lui-même :

(( Oui, catholiques, entendez-le bien : si vous voulez la liberté pour vous, il vous faut la vouloir pour tous les hommes et sous tous les cieux. Si vous ne la demandez que pour vous, on ne vous l'accordera jamais : donnez-la où vous êtes les maîtres , afin qu'on vous la donne où vous êtes esclaves (1). »

A l'autre pôle de l'opinion catholique, Louis Veuille t commettait, dit-on, cette boutade cynique : « Nous vous demandons la liberté au nom de vos principes, nous vous la refusons au nom des nôtres. » Mais Louis Veuillot était de ceux dont l'Eglise pourrait dire : « Seigneur, protège-moi de mes amis ». Il était

(1) Nous empruntons ces deux dernières citations du Père Lacordaire à un très éloquent article du Salut Public de Lyon, intitulé (( Un Moine libéral » et dû à la plume alerte et vigoureuse de M. Pierre Jay, écrivain très distingué qui s'est déjà fait une belle renommée dans la Presse périodique et dans le monde des Lettres.

de la race de ceux dont Lacordaire parlait en ces termes : « L'Eglise eut alors pour défenseur des hommes maladroits, ceux qui outrent les fautes en croyant les rendre fortes, et qui, avec les meilleures intentions de tout sauver, perdraient Dieu lui-même, s'il pouvait être perdu. »

Pour ces catholiques sectaires, l'Inquisition, qui a failli transformer les plus belles provinces de l'Espagne en un vaste charnier, fut une institution légitime puisque suivant eux elle a conservé, au delà des Pyrénées, l'intégrité de la foi qui est le plus grand bien des peuples. Peut-on confondre ainsi les plus belles doctrines avec les plus abjectes aberrations ?

Ce sont les mêmes raisons qui poussent les mêmes gens à glorifier la révocation de l'édit de Nantes, parjure royal qui contraignit nombre d'excellents Français à abandonner leur patrie. Le vieil époux de M"' de Maintenon aurait, à ce prix, maintenu l'unité morale et religieuse du royaume. Quel que puisse être le résultat cherché, c'est l'estimer trop cher que vouloir l'acheter au prix de la moindre injustice ! Vaijies raisons que ces prétendues raisons d'Etat ! Les accepter docilement c'est absoudre toutes les tyranmes,/excuser toutes les capitulations de conscience et préparer des générations pour de futures et ignominieuses servitudes !

De telles doctrines trouvèrent toujours en Lacordaire un adversaire implacable. Il ne demandait pas de privilège pour l'Eglise ; il ne voulait que le droit

commun pour la vérité ; il attendait tout de la liberté.

Lorsque, en habit blanc, il revint prendre possession de la chaire de Notre-Dame, on sait quelles difficultés il lui fallut surmonter pour y paraître avec le costume de son ordre. Sous Louis XVIII, voltairien, mais roi de droit divin quand même, sous le très pieux et très scrupuleux Charles X,sous Louis-Philippe enfin, le port de l'habit monacal était absolument interdit dans la France chrétienne. Il y eut donc des pourparlers sans nombre entre le gouvernement, l'archevêché de Paris et le P. Lacordaire avant que celui-ci fût autorisé à se montrer, non pas dans les rues mais dans une église, revêtu de la robe des enfants de saint Dominique.

Le P. Lacordaire put enfin se présenter au tout- Paris de 1843, sceptique, incroyant et frondeur avec l'habit des grands inquisiteurs d'Espagne. Mais lorsque, montrant de la main à la foule son froc blanc, il s'écria avec une religieuse fierté : <( Je suis une liberté », il y eut comme un frémissement de stupeur et d'admiration dans cette mer humaine dont les flots battaient les piUers de Notre-Dame. ^ En gravissant ainsi les marches de cette chaire illustre entre toutes, le grand orateur sacré semblait monter à l'assaut d'une nouvelle Ba'^tille. C'est par la brèche qu'il y a si vaillamment et si brillamment ouverte qu'ont passé depuis ses frères, les religieux de toutes les autres congrégations.

Le P. Lacordaire, entré désormais dans l'histoire, n'est pas mort tout entier. Ses Conférences du col-

lège Stanislas (1) et de Notre-Dame ont chaque année des milliers de lecteurs et il possède ainsi, du fond de sa tombe, un auditoire immortel.

Le 12 mai 1902, une foule où se pressaient toutes

(1) Le collège Stanislas, fondé le 15 août 1804 par trois eoclésiastiques, a eu la belle carrière que tout le monde connaît. Des succès trop retentissants lui suscitèrent des envieux et attirèrent contre lui la foudre qui tombe souvent sur les sommets. Les directeurs de l'établissement sont des prêtres qui, comme on le sait, font appel, pour donner l'enseignement à leurs élèves, aux agrégés de l'Université. M. de Lagarde avait formulé sur lui ce jugement ; c( Le collège Stanislas est destiné, selon moi, à réunir tous les avantages des institutions chrétiennes libres et de nos grands établissements publics. L'idée de son institution est excellente ».

Voici en quels termes M. Maurice Faure, député de la Drôme, a, dans la séance parlementaire du 9 mars 1902, appelé contre cet établissement catholique les coups du bras séculier :

(( La vérité c'est que le collège Stanislas est surtout une institution politico-religieuse poursuivant, sous le couvert de l'Université, par l'action combinée des maîtres congréganistes et des professeurs de l'Etat, des desseins politiques dont Tobjet principal est la formation intellectuelle et morale de l'état-major cqnservateur et tclérical ».

Les protestations indignées et si éloquentes de M. Aynard ne purent empêcher la Chambre d'émettre un vote sectaire qui fut comme le prélude de mesures regrettées par tous les amis de la liberté.

Le collège Stanislas, sous la législation antérieure à 1850, fut, avec le collège de Jully et le collège d'Oullins, Tun des trois premiers établissements auxquels des Ordonnances royales conférèrent le privilège, si envié alors, de plein exercice.

les élites, était réunie pour rendre hommage à la grande mémoire de Lacordaire et pour entendre son panégyrique au pied même de la chaire où il avait eu ses plus beaux triomphes. Aux premiers rangs de cette noble assemblée, on remarquait les représentants de l'Académie française, « la Compagnie la plus illustre qui soit au monde pour sa culture d'esprit et ses traditions d'indépendance ».

Voici en quels tenues Mgr Touchet, désigné par son beau talent oratoire pour louer le héros de cette solennité, parla du grand apôtre chrétien dont le rêve fut de réconcilier la religion et la liberté :

« Dans la pénurie et la contradiction, dans l'hostilité des Pouvoirs et la confiance des peuples, il fonda huit maisons, se suscita mie légion de flls et créa un tiers-ordre. Les disciples ont marché sur les traces du maître ; ils ont hérité de sa popularité et de son éloquence ; moines, ils passent pour ne pas vivre en mésintelligence avec le siècle, prêcheurs, ils sont l'honneur de la chaire française. Ils n'ont jamais cessé de tenir école de théologie à Notre- Dame. Ils ont donné à Lacordaire cette gloire, que l'Eglise doit le tenir pour un patriarche. »

Hélas ! l'esprit large et tolérant de l'illustre dominicain n'a point assez pénétré l'âme de nos coreligionnaires. Mais n'est-ce pas parce que nous avons été infidèles aux principes directeurs de sa vie, que nous en serons bientôt réduits à pleurer sur les ruines du grand édifice religieux qu'il avait voulu élever en France ?

Cette grande voix descendue au tombeau ne fait plus vibrer d'assemblées frémissantes mais il n'est point trop tard pour lui demander encore des enseignements. Il nous semble, pour notre part, l'entendre encore aujourd'hui : « Catholiques, catholiques ! vous avez laissé sans protestations voiler la statue de la Justice, ne vous étonnez donc pas de voir renverser celle de la Liberté ! » (Is).

(1) Le P. SertiUange, des Frères Prêcheurs, professeur de philosophie morale à l'Institut catholique de Paris, vient de publier ichez Lecoffre et sous ce titre : Nos vrais ennemis, un ouvrage dont le Sillon du 25 octobre 1902 nous donne une analyse très intéressante.

Pour le savant Dominicain, nos grands dangers nationaux qui, à certaines époques, purent venir du dehors, nous menacent maintenant du dedans. Il existe des haines religieuses dues pour une grande part à des torts réciproques. <( La science, dit-il, se montra frondeuse, hostile même ; les hommes religieux se montrèrent boudeurs et conservateurs à l'excès. De là, querelle. Dans le domaine des faits il y eut égale malencontre. La fa^on regrettable dont la religion se trouva mêlée aux luttes politiques, son inféodation aux partis, la maladresse ou l'égoïsme de quelques-uns de ses défenseurs, les circonstances malheureuses qui la désignèrent aux yeux prévenus ou peu clairvoyants comme la cause de mécomptes et de souffrances où elle n'était pour rien ; . . . . c'était assez pour expliquer déjà bien des luttes. »

L'Éducation historique des catholiques

Revenons à la vérité historique sur laquelle des mains que Ton croit prudentes jettent des voiles, d'ailleurs transparents, qui ne peuvent subsister toujours.

Il est de grands jeunes gens, élevés dans certaines facultés catholiques, qui ne se doutent pas qu'il y eut un pape élu à dix-huit ans (Jean XII, 955-964), un autre, à douze ans (Benoît IX, 1033-1048) (1).

(1) Benoît IX, de la famille Gonti de Tusculum, neveu de Jean XX et de Benoît VIII, ses prédécesseurs, règne, de janvier 1033 à fin 1044; il reprend l'exercice du pouvoir pontifical, du 10 mars 1045 au 1®' mai 1045, il abdique de nouveau, pour essayer de s'emparer une troisième fois du pouvoir, le 8 novembre 1047. Il abdique enfin définitivement, le 17 juillet 1048 et se retire à l'abbaye de Grotta Ferrata.

Son successeur, le 153® pape, fut Grégoire VI, de la famille Giaziani, archiprêtre du Latran. Il abdiqua au

Vous ne pouvez déchirer les annales de Thistoire ni en effacer les pages qui ne vous plaisent pas. Le mieux est donc de ne pas cacher à vos élèves des faits qu'ils apprendront toujours plus tard ; mais alors ils pourront penser que si vous les leur avez si soigneusement dissimulés, c'est que vous les estimiez vous-mêmes en contradiction avec la foi et destructeurs de la doctrine catholique. Apprenez-leur et expliquez-leur ces grands événements ; ce sera à la fois plus habile et plus honnête. Ils seront mieux préparés ainsi aux contradictions et aux luttes qu'ils auront à soutenir contre les autres ou contre eux-mêmes. C'est les désarmer avant le combat que

concile tenu à Sutri, reconnaissant avoir acheté le souverain pontificat. Il avait gouverné deux ans et huit mois. Il vint s'enfermer au monastère de Cluny où il mourut et où il fut enseveli.

Ces renseignements sont extraits de V Annuaire pontifical catholique de Mgr Albert Battandier (V® année ; année 1902, édité à la Maison de la Bonne Presse, 5, Tue Bayard, Paris), au chapitre intitulé: Les Papes par ordre chronologique.

Entre la mention contcernant Grégoire VI et celle qui est relative à Clément II (154® pape, connu auparavant sous le nom de Suidger, archevêque de Bamberg, désigné à Sutri par Henri III, intronisé à Rome le 25 décembre 1046) Mgr Albert Battandier dit dans sa chronologie papale : c( Vacance, cinq jours. Schisme de Sylvestre III, qui n'était pas pire que les pontifes légitimes dont il usurpait l'autorité. »

La parfaite connaissance de ces faits et de beaucoup d'autres qui viendraient à l'appui de notre thèse n'a pas ébranlé du tout la foi du savant prélat, pas plus qu'elle n'ébranle la nôtre.

de leur donner sur ces divers points une instruction à dessein tronquée et tout à fait insuffisante.

Ils doivent pouvoir raisonner sur ce qu'il y a eu de douloureux et de lamentable dans la longue histoire de la papauté ; ils doivent en connaître les hontes indéniables comme les glorieuses splendeurs.

Nous ne reviendrons pas sur les conflits dont nous vous avons déjà parlé et qui se sont élevés pendant toute la durée du moyen âge entre

Ces deux moitiés de Dieu, le pape et l'empereur.

Du IX® au X® siècle, se place ce que l'on appelle l'âge de fer de la papauté. Les princes et les seigneurs des villes voisines de Rome se disputaient, comme leur domaine propre, le siège pontifical et ils installaient dans la chaire de saint Pierre des hommes tout à fait indignes. D'autres fois, c'était l'empereur qui nommait les papes lui-même ou les confirmait quand ils avaient été élus par le clergé et le peuple de Rome. On sait qu'il convoquait et qu'il présidait des conciles et qu'au besoin il créait des antipapes.

C'est ainsi que la barque insubmersible de Pierre était sans cesse ballottée entre deux courants et deux écueils, entre les farouches porteurs de globe du Saint-Empire et les seigneurs féodaux de l'Italie, nobles bandits installés au Gapitole.

On ne peut ignorer combien étaient déplorables 'es mœurs de pontifes ainsi imposés, celles de leur triste entourage et d'une grande partie du clergé de

ces époques. Quand un pape était vertueux, c'était alors les évêques et les moines qui refusaient d'être ramenés par lui aux observances de la morale chrétienne.

Il fallut l'arrivée de Grégoire V et du pape français Sylvestre II, le savant le plus illustre de son époque, pour rendre, pendant un certain temps, sa dignité au souverain pontificat et, au clei^é de la péninsule, des habitudes plus conformes à l'état rehgieux. Ce fut le concile de Latran (1059) qui régla enfin la procédure des élections pontificales désormais réservées au collège des cardinaux. Que de conclaves, toutefois, d'où le Saint-Esprit paraît s'être manifestement absenté !

Qui ne connaît les abominations dont Alexandre VI souilla le siège apostolique, sans parvenir d'ailleurs à le faire crouler sous le poids de ses ignominies ?

Pourquoi donc essayer inutilement de cacher ces choses ? Est-ce qu'elles diminuent la force des motifs de crédibihté sur lesquels repose notre foi ? Est-ce qu'elles infirment le moins du monde les preuves morales ou historiques de la divinité de N.-S. J.-G. ? Et pourtant que de jeunes esprits dont la foi a chancelé du jour où ils s'aperçurent qu'il y avait de mauvais prêtres ! Mais est-ce que ces défaillances individuelles diminuent la portée de la doctrine, peuvent-elles même enlever un iota à l'Evangile, arracher un article à notre credo ? Arrière donc toutes ces timidités dangereuses et peu

loyales. Disons bien haut que ce n'est là que le vêtement humain de TEghse divine et qu'il ne faut pas s'étonner si ce vêtement a parfois été souillé.

Ces événements honteux que certains esprits pusillanimes cherchent à dissimuler, ne constituentils pas, au contraire, la preuve éclatante de l'assistance du Christ qui s'il a promis d'ailleurs l'infaillibilité à l'Eglise n'a nullement assuré à ses ministres l'impeccabilité.

Les chrétiens d'alors avaient la forte intuition de cette évidence, et les crimes personnels des pontifes n'enlevaient rien à leurs yeux de leur formidable puissance spirituelle.

Les imagiers, les sculpteurs et les peintres de ces âges de foi ne se faisaient point scrupule de flageller les défauts et les vices des membres du clergé, quelle que fût leur place dans la hiérarchie sacrée.

C'est ainsi que, sur les porches de maintes fameuses cathédrales, se trouvent sculptées des scènes du jugement dernier où l'on voit, parmi la troupe grimaçante des damnés, des têtes ornées de mitres et même de tiares.

On sait également que dans l'inunortel Jugement dernier, de la chapelle Sixtine, Michel-Ange a fait figurer au nombre des démons certain cardinal, son ennemi intime. On connaît à ce sujet la réponse plaisante que fit le Pape au prince de l'Eglise venu pour lui demander de faire modifier sur ce point l'œuvre du génial mais vindicatif artiste : « Le successeur de saint Pierre a une grande puissance

sur la terre et dans les deux où, selon la promesse divine, il peut lier et délier, mais son autorité est nulle aux enfers. »

Ces graves considérations rappellent à notre esprit, par un rapprochement d'idées assez singulier, le souvenir familier d'un des meilleurs contes de Boccace.

Un riche marchand de draps de Paris, le bonhomme Giannoto, fait tant d'effort pour convertir à la rehgion chrétienne un 'de ses confrères, le juif Abraham que ce dernier finit par dire à son ami: « Me voilà prêt à me faire chrétien, mais il faut auparavant que j'aille à Rome pour voir celui qui est le vicaire de Dieu sur la terre. » Giannoto fut épouvanté à l'idée de ce que l'Hébreu allait trouver dans la capitale du papisme. Abraham fit le voyage dont ne l'avait pu détourner son ami et à son retour il lui dit : « Je veux être chrétien comme toi. Ces gens de là-bas font tout ce qu'ils peuvent pour perdre la religion chrétienne et, si elle subsiste, si, loin de s'affaiWir, son empire augmente, il n'y a que l'Esprit-Saint qui puisse faire un tel miracle. » Quelques jours après le bon Giannoto mena son ami Abraham à Notre - Dame et pria les clercs de lui conférer le baptême.

Cette tiare terrible et évocatrice de tant d'épouvantes qu'a portée Borgia abritait un cerveau qui n'a pas commis une seule faute théologique. Pas une erreur de doctrine dans ses décisions pontificales, prises entre deux orgies, rien dans le recueil

souvent fouillé de son buUaire qui ait pu infirmer par avance la définition de l'infaillibilité papale, proclamée quatre siècles après son orageux passage sur le siège apostolique.

Si parmi nos adversaires, quelques-uns se déclarent peu touchés de voir tant de sens théologique à un homme qui eût si peu de sens moral, nous répondrons qu'il faut bien peu réfléchir pour ne pas voir là un des caractères les plus mystérieux et les plus surprenants de la vie de l'Eglise dans le monde.

A ce point de vue, peut-être nouveau pour certaines consciences timorées, l'histoire véritable de Boi^a est d'une édification plus haute que bien des vies de saints.

Ce phénomène religieux et historique a sans doute été étudié à l'occasion de la discussion du dogme de Tinfaillibilité, promulgué dans le concile du Vatican ouvert en 1870, et qui n'a pas encore été clos.

Le grand évêque Dupanloup, le père Gratry, de nombreux évêques d'Allemagne et toutes les personnalités libérales étaient opposés à une promulgation qu'ils estimaient inopportune. Ils trouvaient sans doute que nous avons assez de peine à nous élever vers les choses célestes et que c'était semer sur la route de l'Eglise de nouveaux obstacles. Quoi qu'il en soit, la pensée du pape mystique qui gouvernait alors l'Eglise l'emporta sur celle des politiques qui, comme ils en avaient le droit, firent à la promulgation dii nouveau dogme l'opposition acharnée dont on se souvient.

Nous n'avons pas été, quant à nous, jusqu'à partî^er la douloureuse émotion des catholiques qui, quelques années auparavant, pariaient du décret alors futur comme de la plus grande inso' lence qui se soit encore autorisée du nom de Jésus- Christ.

Nous comprenons encore bien moins ceux qui se sont séparés de l'Eglise au lendemain de la décision du concile. Outre que l'infaillibilté papale, telle qu'elle a été définie, est tout à fait différente de l'idée que beaucoup de gens s'en font, conunent admettre que ceux qui ont toujours ciu à l'infaillibilité des conciles puissent sérieusement éprouver unei répugnance intellectuelle à admettre celle des papes ?

A un point de vue purement humain, il n'est pas plus logique de croire à l'infaillibilité d'une assemblée qu'à celle d'une personnalité unique. Ces deux propositions sont également absurdes car, philosophiquement, il n'y pas de degré dans l'absurde. Ils admettaient déjà un mystère ceux qui croyaient que des hommes pouvant isolément se tromper ne le Douvaient plus dès qu'ils étaient réunis.

it donc été fout au moins inconséquents avec ïiêmes ceux qui firent alors, en Suisse et en lagne, le schisme dit des vieux catholiques.

lelques mots encore au sujet des méticuleuses iutions avec lesquelles est distribuée dans cers de nos écoles religieuses la vérité historique. est toujours pour obéir à un même ordre de

préoccupations qu'on y donne une notion insuffisante de l'organisation et de la vie même de la primitive Eglise. Sans admettre que l'autorité ecclésiastique d'alors n'eût rien de commun avec la Papauté actuelle, il faut bien reconnaître que si l'Eglise universelle eut toujours un chef, son autorité ne s'est pas toujours exercée avec la même ampleur et dans le^ formes que l'on a vues depuis.

Pendant près de deux siècles les associations de fidèles se gouvernèrent elles-mêmes ; les diverses Eglises élisaient leurs propres pasteurs et les rapports qu'elles avaient entre elles consistaient surtout en échanges de lettres et de visites, en envois d'aumônes.

Les Eglises de Jérusalem, d'Antioche et d'Ephèse, presque autant que celle de Rome, exerçaient une sorte de primauté morale du fait qu'elles eurent pour fondateurs les apôtres ou leurs disciples immédiats. Le rapide accroissement des fidèles, les nouvelles conditions de vie rendirent nécessaires des changements de forme, ime constitution un peu différente du sacerdoce et une centraUsation de la hiérarchie qui devait de siècle en siècle devenir plus forte.

La vie extérieure de l'Eglise ne pouvait être la même après la chute des faux dieux du Capilole que lorsque les persécutions impériales obligeaient les chrétiens à se cacher dans les cata combes. Le catholicisme qui a son origine dans le cénacle des Onze tenu à Jérusalem cinquante jours

après la résurrection du Christ, son fondateur, ne pouvait rester figé dans une sorte de presque paralysie constitutionnelle. Tous les naturels accroissements du catholicisme se trouvaient donc en germe dans TEgUse, dès son premier jour, comme tout le chêne se trouve dans le gland minuscule dont il va sortir.

Qui dit immuable ne veut pas dire immobile. Le perpétuel mouvement de l'Eglise n'a rien qui puisse nous choquer puisqu'il en est de même dans tous les corps où circule la vie.

Pourquoi serions-nous scandalisés d'apprendre que jusqu'au concile de Nicée (325), il y eut des diacres, des prêtres et même des évêques mariés, que la confession auriculaire ne date pas du tout des temps apostohques et que ce fut seulement le concile de Latran (1215) qui imposa au fidèle de confesser seul à son propre prêtre au moins une fois l'an tous ses péchés, organisa la confession sacramentelle et la communion pascale telles qu'elles ont été pratiquées depuis.

Que de fois n'entend-on pas certaines gens se prévaloir de cette marche ascendante de l'Eghse pour soutenir qu'elle n'est plus l'Eglise du Christ.

Nous avons bien toujours cependant le même symbole, le même décalogue, le même évangile !

Il ne faut donc voir dans les modifications indéniables survenues dans certaines formes que le développement normal des institutions apostoliques qui, à travers les temps, n'en restent pas moins

quant au fond identiques à elles-mêmes ; mais il est absurde et inutile de vouloir les dissimuler. Au lieu de leur donner leur explication rationnelle, pourquoi essayer de les passer sous silence ou même avoir l'imprudence de les contester ?

I>e certaines dévotions nouvelles

Il s'est rencontré, et la rencontre est plus instructive que fortuite, que la plupart des idées exprimées dans les pages précédentes sont généralement communes aux catholiques qui ont pris dans la question d'où le pays est sorti divisé une attitude différente de celle de la plupart de leurs coreligionnaires. Les catholiques « dreyfusards » ont été à quelques exceptions près les catholiques libéraux.

Cela est si vrai que le Comité catholique "pour la défense du droit, fondé à l'occasion de l'affaire Dreyfus, s'est aussi préoccupé des différentes questions dont nous avons déjà parlé et de quelques autres qui vont encore solliciter notre attention. D a étendu son champ d'action à tout ce qui intéresse la dignité de l'homme et a porté sa sollicitude sur des points qui ne paraissent pas, à première vue, entrer dans la pensée qui a présidé à sa création.

Nous lisons, en effet, dans le discours prononcé

le 7 avril 1899 par M. Paul VioUet, président de ce comité :

« Un militaire dont tout démontre rinnocence, un juif , a été condamné. Un autre militaire , un catholique , le colonel Picquart , est accusé ; cet accusé a droit à toute notre admiration. Il est rhonneur de Tarmée. Voilà, Messieurs, au point de vue de la crise actuelle, la pensée commune qui a rapproché, qui a uni très étroitement les membres du comité.

(( Mais il y a plus : le jour où ils ont pu échanger leurs pensées en des conversations suivies, ils ont vite constaté qu'ils se rencontraient aussi sur un autre terrain : ils sont tous en effet de cette école catholique qui sait allier T amour de la religion au culte des libertés... »

Tel est bien le double courant de préoccupations du Comité.

Aussi , dans les bulletins de cette organisation libérale et dreyfusarde (nous sommes bien obligés de nous servir de ce mot forgé sur l'enclume des derniers événements) nous voyons côte à côte : 1° Une protestation contre le projet de loi d'am: nistie ; 2** Une circulaire aux délégués sénatoriaux pour les dissuader de donner leurs voix au général Mercier, alors sous le coup d'une constatation accablante pour son honneur, sous le coup surtout des aveux qui lui avaient été arrachés ; 3** Une répudiation de toute solidarité avec certaines feuilles religieuses ou soi-disant catholiques ; 4** Une lettre

au président du conseil des ministres en faveur des fonctionnaires molestés à cause de l'éducation qu'ils font donner à leurs enfants ; 5** Enfin, une lettre aux cardinaux et évêque^s de France sur des formes nouvelles de dévotion à certains saints.

Puisque ce dernier desideratum met sur notre chemin la question de cas dangereuses nouveautés du culte de « dulie' », nous ne résisterons pas à la tentatio(n de dire ce que nous en pensons.

Tout le monde, hélas ! a entendu parler de la spécialité qu'a saint Expédit de s'occuper des choses pressées ; ne trouvez-vous pas imbécile cette dévotion fondée sur un mauvais calembour ? (Le jeu de mots n'est pas meilleur qui a fait penser que sainte Claire était la patronne toute désignée à laquelle il fallait s'adresser pour conserver une vue menacée.)

Nous avouons ne rien connaître de l'existence de saint Expédit. Les vies des saints ne doivent pas d'ailleurs être toutes bonnes à hre ; aussi, ne vaudrait-il pas mieux ignorer ce que le pieux biographe raconte de la toute première enfance de l'un deux ; s'il fallait en croire son naïf récit, ce nouveau-né poussa si loin la précocité dans l'esprit de pénitence et la soumission aux commandements de l'Eglise qu'il refusait obstinément, dit-on, de prendre le sein de sa nourrice les vendredi et samedi de chaque isemaine? Hâtons-nous de proclamer le nom du jeune héros de cette stupéfiante histoire : il s'agit de saint Nicolas, évêque de Myre, dont l'Eglise célèbre la fête le 6 décembre.

Ce n'est pas M. Joly, chef de la nouvelle école hagiographique, qui aurait mis notre crédulité à une aussi rude épreuve. Et pourtant, cette légende que nous nous refusons à qualifier de pieuse a été recueillie dans des ouvrages et par des auteurs dignes de respect.

II est des gens qui ne se contentent pas de dénaturer le culte des saints et des saintes ou de farcir de détails burlesques leur histoire ; ils en inventent. C'est le cas pour sainte Etoupie que vous ne trouverez mentionnée dans aucim calendrier. Voici, à ce sujet, l'histoire qui nous a été contée par un prêtre fort distingué et bien digne de la vénération qu'il inspire à tous les habitants de sa petite paroisse rurale du Châlonnais :

Il y a près de cinquante ans, alors qu'il n'était que simple vicaire nouvellement arrivé dans une petite paroisse de la Bresse, il ne fut pas peu surpris un beau matin de s'entendre demander par une bonne femme de l'endroit une messe en l'honneur de sainte Etoupie dont la haute intervention devait défendre les « étoupes » du maïs des atteintes des rats. Ce fut inutilement qu'il essaya de faire comprendre à sa paroissienne que cette sainte, qui n'existait pas, ne pouvait protéger sa récolte contre les rongeurs. La bonne paysanne lui répondit d'un air entendu : « Vous êtes trop jeune. Monsieur le Vicaire, pour connaître tous les saints du paradis. » Vo-z-êtes trop zeunei, mousu lou vicaire, por cougnidtre tui leus saints du paradis.

\ Ceci se passait dans le diocèse d'Autun à la tête

j duquel devait se trouver plus tard le cardinal Perraud, Tun des évêques les plus intellectuels de la chrétienté.

Nul n'ignore en quel honteux marchandage le culte voué à saint Antoine de Padoue a dégénéré. C'est la dévotion de donnant donnant. En échange de la promesse d'une récompense honnête, on lui demande de vous faire retrouver son parapluie, sa bourse ou tout autre objet perdu ; on implore de lui, toujours moyennant finances, la réussite d'opérations commerciales, le succès d'examens bien ou mal préparés, la location d'une ferme, un avancement avantageux. On dit même qu'on présente au bon saint, qui doit en être scandalisé, des requêtes bien plus saugrenues. Peu se soucient d'obtenir des grâces spirituelles. A tous ses solliciteurs, le grand thaumaturge devrait bien, par un miracle vraiment « spirituel », envoyer un peu de jugement dont ils ont tant besoin et qu'ils solUcitent si peu. « Il n'y a qu'une chose que vous ne demandez pas à saint Antoine de Padoue, disait un bon curé à ses ouailles, c'est le bon sens ».

I Ces entreprises procurent, paraît-il, à des œuvres

j très intéressantes de grosses sommes d'argent. I Mais, dans la guerre que l'on doit faire à de pai relies pratiques qui constituent un paganisme grossier, on ne saurait s'arrêter à ces considérations de gros sous et il faut savoir s'élever à une plus grande hauteur de vue.

11 n'est pas jusqu'au culte rendu à saint Joseph, l'humble charpentier de Nazareth devenu le Protecteur de l'Eglise Universelle, qui n'ait été profané par ce mercantilisme grossier. Ce sont des grâces temporelles que l'om implore de sa puissante protection et qudles grâces ! Voici ce qu'on lit dans le Propagateur de la dévotion à saint Joseph, fascicule de février 1899, page 76 :

« Une pauvre religieuse, molestée et persécutée par son curé, s'est adressée à saint Joseph, le priant de procurer au saint homme un changement avantageux de poste, qui la délivrerait d'une tyrannie devenue insupportable... La chose était difficile, le curé n'étant pas précisément de ceux que les paroisses se disputent... Le bon saint Joseph s'y est pris d'une autre manière : une belle bronchite est survenue ; le curé, bien confessé, bien administré, s'en est allé en l'autre monde... et la pauvre petite sœur Claire, en égrenant pour lui son rosaire, ne manque pas de dire aprè^^ chaque Gloria Patri : « Merci, ô mon bon saint Joseph ! »

Est-ce là adorer le Très Haut « en esprit et en vérité » ?

On compte, hélas ! plusieurs dizaines de ces journaux qui servent cette pâture ridicule à des milliers de naïfs lecteurs. Si les bonnes gens qui dévorent une aussi piètre littérature ont absolument besoin d'avoir devant les yeux du papier imprimé, ne feraient-ils pas mieux de se plonger dans la lecture de la Cuisinière bourgeoise ?

Les auteurs de pareilles élucubrations ont bien mal compris, bien mal traduit le beati pauperes spiritu du sublime Sermon sur la montagne. Ils croient évidemment que le Maître a ordonne d'êti'e pauvre d'esprit alors qu'il ne nous a recommandé que l'esprit de pauvreté.

De nombreux évêques ont protesté contre ces pratiques absurdes et contre la presse moins pieuse qu'imbécile qui les entretient. Dans une des brochures publiées par le Comité catholique pour la défense du droit se trouvent relatés des blâmes énergiques extraits de Semaines religieuses de divers diocèses et notamment le suivant :

(( Il n'est pas moral de faire passer sous les yeux des fidèles des confidences capables de pervertir chez eux le sens de l'humilité et de l'humanité : telle la lettre d'une religieuse qui commence une neuvaine à saint Joseph et à saint Antoine jle Padoue pour obtenir le changement de son curé et qui attribue la maladie dont mourut ce pauvre ecclésiastique à ladite neuvaine. Le Propagateur fait également une œuvre doublement antichrétienne en racontant des inepties de ce genre à ses lecteurs et en les inscrivant sous la rubrique : grâces spirituelles. » [Semaine catholique de Saint-Flour, 12 juillet 1900, n'28, p. 330-331.)

Que faire ? Sourire de ces puériles niaiseries, s'indigner de cette odieuse profanation, ou simplement s'étonner du degré que peut atteindre l'humaine bêtise ? Nous croyons, nous, qu'il faut dé-

noncer sans pitié ces inepties criminelles. Le Christ fut miséricordieux à tous les pécheurs. Il ne fit éclater sa colère que contre les vendeurs du temple.

Arrière donc ce trafic de faveurs temporelles demandées contre argent . comptant à tel ou tel saint dont on a spécialisé l'emploi au paradis ; arrière toutes ces petites dévotions, végétations parasitaires qui ont poussé comme des champignons vénéneux sur le grand arbre de la Croix. Toutes ces petites niaii^eries auraient singulièrement répugné aux] contemporains du grand Pascal, chrétiens sohdes, à la forte santé intellectuelle.

Ils devaient également, ces chrétiens-là, se faire une tout autre idée de la prière, qui est surtout un acte d'adoration et qui ne doit pas être transformé en im simple instrument de mendicité. Nous comprenons qu'un enfant demande au bon Dieu, le samedi soir, qu'il fasse beau temps le dimanche, mais nous admettons moins que des postulats de cette nature soient présentés à la Divinité par de grandes personnes. Si, d'une façon générale, le peuple chrétien peut implorer de Dieu un temps favorable aux récoltes de la terre, comme il le prie de lui donner son pain quotidien, nous éprouvons déjà une certaine gêne quand nous voyons ordonner, après quelques jours de sécheresse sur telle ou telle partie du territoire, la récitation de V Or émus ad pluviam petehdam. Des esprits mal faits peuvent penser qu'avant de demander cette pluie miraculeuse certains curés, sans être sceptiques,. doivent

être un peu tentés de consulter l'état de leur baromètre.

Dans un de ses derniers numéros, le Sillon, de M. Marc Sanguier, ce vaillant journal de jeunes qui (( vont au vrai avec toute leur âme » rappelait quelques lignes très curieuses d'Auguste Comte, l'un des esprits qui ont le plus modifié la pensée contemporaine et dont la formidable influence se fera sentir bien longtemps encore sur les générations à venir. Voilà ce qu'écrivait sur la prière le grand philosophe que certaines bonnes âmes ont pris pour l'Antéchrist :

« Une grossière appréciation représente aujourd'hui cet usage religieux comme inséparable des intérêts chimériques qui l'inspirèrent aux premiers hommes. Mais la systématisation catholique tendit toujours à l'en dégager... Depuis saint Augustin, toutes les âmes pures ont senti... que prier peut n'être pas demander. A mesure que prévaudra la vraie théorie de la nature humaine, on concevra mieux cette haute fonction... et, dans l'état normal de rhmnanité, la prière, purifiée de tout calcul personnel, sera, selon sa vraie destination morale, une solennelle effusion, individuelle ou collective, des sentiments généreux, toujours liés aux vues générales... Le positivisme en prescrira la pratique journalière comme propre à combattre les impulsions égoïstes et les idées étroites qui inspirent ordinairement la vie active. » .

Ne sommes-nous pas obligés de reconnaître que

celui qu'on a appelé le père du positivisme avait en écrivant ces lignes une conception bien plus haute et bien plus juste de la prière que nombre de bons chrétiens, à l'anthropomorphisme vraiment par trop indécrottable ? (1).

Que l'on ne se méprenne pas sur notre pensée : nous croyons, avec tous les cathoUques, à l'action constante et directe de la Providence sur les peuples et sur les individus, et si nous sourions de ceux qui importunent le Ciel pour obtenir de lui le gain d'un billet à la loterie ou toute autre faveur'âe ce genre, si nous protestons contre ces petites dévotions au moyen desquelles certaines âmes naïves ou mercantiles cherchent à intéresser les saints du paradis au succès de leurs petites affaires, nous reconnaissons qu'il est légitime, naturel et juste de demander la protection de Dieu dans toutes les circonstances de la vie.

n est ridicule, disions-nous plus haut, de compter sur l'intervention de saint Antoine de Padoue pour obtenir, contre le versement de quelques pièces de monnaie ayant cours, le succès d'examens bien ou

(1) Nous serait-il permis aussi de souhaiter que Ton veillât davantage à écarter de certains centres de pèlerinages très fréquentés un industrialisme par trop caractérisé ? Il est des lieux privilégiés où la prière semble avoir des ailes et qui risqueraient d'être envahis par le prosaïsme grossier et profanateur d'un commerce poussé à l'outrance ; il faudrait alors, aux invocations déjà en usage, ajouter celle-ci : <( Notre- Dame de X..., délivrez-nous des vendeurs du temple, w

mal préparés. Nous connaissons un père de famille dont les idées sont conformes aux nôtres qui, à la veille d'un concours important que devait subir son fils, lui avait écrit, à ce sujet, une longue lettre pleine de recommandations techniques, terminée par le conseil de faire au dernier moment une courte et fervente prière. Il ne trouvait nullement déplacée dans une circonstance en somme grave pour Tavenir de ce jeunei homme cette élévation de son âme vers Dieu.

Voici la réponse ni pie ni impie qu'il en reçut : « A cetta époque de l'année, un souffle de dévotion passe sur les collèges de Paris. Je ne peux m'empêcher de songer à la satire intitulée — des Prières — où Juvénal raille les vœux ridicules que font les mortels, « celui-ci demande la fortune, celui-là les honneurs ; eh ! malheureux, demande donc à la divinité un cœur pur et une âme tranquille. ))

« Des candidats qui, durant l'année, dormaient ou lisaient des journaux à la chapelle deviennent subitement pieux. Demander à passer, c'est demander la préférence sur un certain nombre d'autres candidats. Comment accorder tant de pétitions contradictoires. Seront-ce ceux qui auront le mieux prié qui seront exaucés ? Mais si ceux qui ont le ^ieux prié ne sont pas ceux qui ont le plus travaillé ou qui sont les plus forts, quelle injustice ! Il vaut mieux tout laisser aux mains des hommes. S'il y a des injustices, ils en seront responsables. Et

puis il est bien audacieux de vouloir un miracle pour monsieur un Tel. »

Mais prévoyant l'éventualité toujours possible d'un échec, ce prudent candidat à la licence citait dans le texte, avec une coquetterie d'helléniste permise à son' âge, ces vers d' Ajax qpi'il jugeait de nature à lui concilier, en cas d'accident, toutes les indulgences paternelles :

yy^vov yavovra twv aptŒTSL(ù''J ccrep

(ov auTo; ecrp^et orsyavov sxtTiksiaç pLsycfy j

« Et quel visage m outrerai- je aux yeux de mon père Télamon ? Comment supportera-t-il que je me présente devant lui nu et sans les récompenses réservées aux meilleurs, récompenses dont il eut une glande et glorieuse couronne. »

Ce jeune homme avait auparavant rencontré des personnes excellentes et même fort intelligentes qui, lors d'épreuves scolaires plus modestes, lui avaient conseillé, comme un moyen presque infaillible de réussite, de porter sur là peau, le jour de l'examen, des reliques insignes et précieuses de saint Joseph de Cupertino.

Ainsi, ces personnes dont la pieuse simplicité s'allie à un esprit très vif, très alerte et même à ime instruction poussée fort loin, n'avaient pas craint de recommander à un jeune candidat cette pratique bizarre, proche parente du fétichisme grossier qui sévit parmi les nègres de l'Afrique centrale !

rv

Les très respectables chrétiennes qui ont une telle confiance dans le port d'une relique ou prétendue relique de saint Joseph de Cupertino pour inspirer de la bonne latinité à un faible en thèmes et pour écarter de sa plrnne la honte des solécismes iet des barbarismes, ont évidemment des âmes simplistes et sont forcément dénuées de tout esprit critique.

Aussi, dans la crise que l'opinion française vient de traverser étaient-elles, de fort bonne foi et de toul cœur, contre ceux quei l'on a appelés les « intellectuels ». Comment en eût-il été autrement ?

C'est un usage ancien et consacré par l'EgUse que celui qui consiste à vénérer les reliques. Nous serions inclinés à penser toutefois que ce culte répond plus à un sentiment humain qu'à un sentiment purement religieux. Tous nous aimons à conserver des objets qui ont appartenu aux êtres que nous avons aimés et qui ne sont plus. Nous trouvons aussi salutaire et touchant le respect que l'Eglise témoigne au corps du chrétien lors des funérailles. Mais il convient de ne pas pousser trop loin le culte de ce qui n'est plus que matière.

Aussi, comprenons-nous fort bien le trouble apporté dans certaines âmes par les honneurs rendus aux reliques ou prétendues reliques de tel ou tel saint et croyons-nous aussi qu'on ne saurait entourer de trop de discrétion de pareils hommages.

C'est pourquoi, lorsqu'il s'agit par exemple de l'authenticité de telle ou telle relique, sommes-nous

moins froissés d'un peu de scepticisme que de trop de crédulité. On sait que si l'on mettait bout à bout toutes les reliques « authentiques » de saint Jacques de Compostelle vénérées en Espagne,le célèbre thaumaturge aurait été plus grand et plus gros que le clocher des cathédrales de Burgos ou de Tolède ; le nombre de ses doigts, notamment, s'il fallait en croire ses reliquaires, aurait été considérable. Sans être suspect d'irrévérence, il serait donc permis de supposer qu'au nombre de ces doigts proposés à la vénération pubUque, quelques-uns pourraient bien avoir appartenu à des mains qui furent plus habituées, au pays de tra los montes, à tenir l'escopette du brigand qu'à feuilleter le bréviaire ou à égrener des chapelets.

On ne doit pas ignorer non plus que si l'on réunissait tous les fragments de la «' vraie Croix » qui sont vénérés de par le monde,il y aurait assez de bois pour construire plusieurs frégates de haut bord. Il n'est pas jusqu'aux tuniques de N.-S. J.-C, que nous ne trouvions trop nombreuses et depuis trop longtemps conservées. Consolons-nous donc, une bonne foi, de ce que les habits du Maître aient été perdus ou détruits, et veillons à ce que son esprit demeure parmi nous.

D'une façon générale, les marques de piété données à des choses matérielles et, notamment pour les corps, à ce qui n'est plus que phosphate de chaux ou poussière, nous paraissent d'un ordre bien peu spirituel.

Le culte des sépultures, d'ailleurs universel, est certes touchant, mais il est bien moins rationnel que sentimental. Nous connaissons des chrétiens qui vivent beaucoup par la pensée avec leurs morts et qui n'éprouvent pas le besoin, quand ils prient pour eux, d'aller s'agenouiller sur leurs tombeaux, qui ne portent guère leurs pas dans l'enceinte de nos nécropoles et qui, cependant, sont à ce point obsédés du désir de revoir un jour leurs chers disparus qu'ils sont comme effrayés du vague silence qui semble régner sur ce point dans les évangiles.

Timidité intellectuelle de certains

catholiques

La défiance instinctive que certains catholiques ont montré à l'égard de tout progrès scientifique et r esprit rétrograde avec lequel ils ont envisagé les découvertes faites dans l'ordre naturel ne pouvaient qu'inciter les incrédules à exploiter ce progrès et ces découvertes contre nos croyances.

La grande erreur a été notamment de voir dans ]a bible et ce qui ne pouvait y être et ce qui n'y était pas. La bible, tout inspirée qu'elle soit, n'est pas un traité d'astronomie ni de sciences naturelles. Elle donne de hautes leçons de morale, elle révèle des vérités d'ordre spirituel et métaphysique dans le langage que pouvaient parler et comprendre les hommes du temps.

On a triomphé bruyamment de certaines découvertes récentes, parce qu'elles ont fait cesser quelques contradictions qui semblaient exister entre elle et la science.

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