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Tordre politique, administratif, social une initiative généreuse, une mesure libérale, qu'ils n'aient tournée en ridicule, quand elle était inévitable, ou dont ils ne se soient montrés les adversaires résolus quand elle avait chance d'être combattue avec succès. Ils ont accepté, avec une ostensible mauvaise humeur, toutes les lois qui ont eu pour but la protection des travailleurs.
C'est ainsi, par exemple, qu'ils ont accueilli avec moquerie jusqu'aux règlements qui obligent aujourd'hui les patrons à disposer des sièges dans leurs locaux, afin que les femmes qui y sont employées pussent s'asseoir aux heures de répit laissées par le public. Des patrons de grands magasins trouvaient bon, en effet, que des femmes restassent debout du matin au soir ; ils avaient la cruauté de leur défendre expressément de s'asseoir, même lorsqu'elles n'étaient pas occupées par les soins de la vente. €es pauvres abeilles qui font du miel pour les autres, toujours allant et venant , donnaient ainsi , à la grande satisfaction des patrons, un aspect plus want et plus animé à leur ruche travailleuse.
Ce sont les mêmes gens qui, transformés en moralistes imprévus, craignent toujours que la journée de travail des autres soit trop courte, sous le prétexte charitable que les ouvriers, hors de l'ateUer ou de l'usine, pourraient faire un mauvais emploi de leurs heures de repos.
Nous avons parlé plus haut du peu d'empressement de ces conservateurs à accepter les réformes
militaires. Nous pourrions en dire autant et plus, pour les réformes de l'ordre financier.
On l'a bien vu, lorsqu'il a été question de la mise^ en harmonie de notre justice militaire avec les principes du droit moderne, ou lorsqu'il s'est agi de modifier notre traditionnelle loi de finance, en vue de faire cesser cette vieille et criante injustice qui consiste à laisser retomber le poids des impôts sur les épaules les plus faibles.
A cet égard, comme à bien d'autres, l'attitude de nos députés à étiquette catholique nous a souvent stupéfié. Que n'ont-ils tous l'inépuisable bonté et la laideur de vues de cet évangélique abbé Lemire si apprécié, même de ses adversaires ; que n'ont-ils seulement la sereine philosophie pratique de l'abbé Gayraud, dont de récents événements ont mis encore en lumière et la modération et l'énergie !
Même attitude rétrograde chez eux, quand il s'agit d'envisager avec un peu d'humanité la répression d'un certain nombre de déUts. C'est ainsi que non seulement ils n'apprécient point suffisamment cette loi de miséricorde à laquelle un grand jurisconsulte doublé d'un parlementaire éminent a donné son nom, mais qu'ils combattirent naguère pour la plupart la proposition de M. le sénateur Bérenger. Et cependant , avec quel respect ne devrait - on pas saluer ces dispositions généreuses qui ont fait passer un souffle d'humanité dans notre code pénal trop imprégné de la rigueur excessive du droit romain.
C'est en dérision également qu'ils tournent cer-
tains jugements de M. Magnaud, le président du tribunal civil de Château-Thierry qui, échappant à un certain seorvilismie jurisprudentiel, a pensé que la jurisprudence ne doit pas rester perpétuellement un art d'imitation, et qui a rendu certaines décisions devant lesquelles tous les hommes de cœur auraient dû s'incliner.
N'y a-t-il pas enfin quelques réformes à introduire dans une législation qui autorise à poursuivre , comme malfaiteurs, de pauvres diables coupables de n'avoir ni feu ni heu, qui prohibe, au mépris de la loi divine et du droit naturel, les actes de <( mendicité » et qui fait ainsi du dénûment et de la pauvreté des déhts passibles de condamnations correctionnelles ? Parmi les gens que la justice des hommes condamne combien se trouvent à tort traités en coupables qui ne sont que des malheureux ou des malades. De crainte d'être m 1 compris pour ne pas savoir assez bien nous expUquer, nous ne dirons pas dans quelle mesure nous te^ouvons parfois du courage, de la logique et de la grandeur dans l'âme de certains révoltés.
Enfin, les conservateurs qui se prétendent catholiques ne devraient-ils pas être des premiers à réclamer l'abolition de la peine de mort, la suppression de cet odieux article 12, tache rouge qui ensanglante et déshonore encore notre Code pénal ?
La société, qui n'a peut-être pas le droit de punir mais qui a certainement le droit de se défendre, pourrait, sans péril aucun , renoncer à élever, sous
un ciel qu'elle remplit d'un Dieu de clémence , l'épouvantail d'ailleurs inutile de ses échafauds. La peine de mort n'est-elle pas encore plus antichrétienne qu'anti philosophique?
Aussi, comme l'on comprend la mauvaise humeur avec laquelle furent accueillis par les conservateurs français les enseignements si logiques et si humains de Léon XI'II ; comme l'on comprend la sourde et hypocrite opposition qui fut faite à une politique religieuse que seconde et que sert avec tant d'inflexibi- Uté et d'énergie le cardinal RampoUa, abhorré de nos réactionnaires !
De vieilles et respectables douairières par lesquelles les ordres de feu le comte de Chambord étaient vénérés beaucoup plus que mandements d'archevêque ou bulles du Saint-Siège, se montrèrent fort irrévérencieuses quand nous arrivèrent de Rome, il y a dix ans, ces fameuses directions enjoignant aux catholiques de France , dans l'intérêt supérieur de la religion,, d'accepter le régime politique que leur pays s'était librement donné.
On vit bien, en cette circonstance, à quoi les sentiments d'un certain parti politico-religieux servent de parade et de façade, quand certains gentilshommes dans leurs châteaux, quand les habitants d'aristocratiques demeures se donnèrent le mot d'ordre chevaleresque de ne plus alimenter de leurs libéralités relatives le denier de Saint-Pierre. Pour se venger du « républicanisme » du pape, on ne parlait rien moins, dans certains salons du noble faubourg, que de le mettre au « régime du pain sec ».
Faut-il s'étonner maintenant qu'avec un pareil état d'esprit, les conservateurs aient essuyé toutes les défaites sur le terrain politique et social ?
Quand on songe que, de 1871 à 1875, ils étaient les maîtres de tous les postes de l'Etat, depuis celui de président de la République jusqu'à celui de gardeohampêtre, que l'armée toujours zélée des fonctionnaires de tous grades était à leurs ordres, de quelles fautes, de quelles maladresses ne faut-il pas qu'ils . aient été coupables pour s'être fait expulser jus- . qu'au dernier du pouvoir que les circonstances leur avaient donné et dont ils occupaient toutes les avenues?
N'est-ce pas un des leurs, l'ancien préfet du Rhône, le « proconsul » Ducros, qui faisait placarder SUT les murs de sa satrapie des arrêtés prescrivant d'enlever les corps pour lesquels il devait être fait des funérailles civiles, à l'heure où les balayeurs nettoient la voirie de ses inmiondices !
Un des leurs encore, ce procureur général qui faisait poursuivre un journaliste coupable d'avoir écrit que le cheval du maréchal « avait le regard intelligent » !
Les conservateurs attentèrent ainsi à toutes les libertés. La liberté de la presse, que le premier Casimir-Périer appelait sous Louis-Philippe <( le palladium de toutes nos autres libertés » , fut leur première victime. Ils ne surent pas comprendre, en dépit de la fréquence d'une comparaison dont le sens aurait dû cependant finir par se graver en eux, que la
presse, comme la lance d'Achille, peut guérir ellemême les blessures qu'elle fait.
Et ces fautes étaient commises à l'heure où le duc de Broghe et le duc Decazes qui avaient été de grands libéraux étaient au pouvoir.
Que pouvait faire, en telle occurrence, le brave soldat que les hasards heureux de la bataille de Magenta et l'indulgence débonnaire de Napoléon III avaient fait maréchal et duc, et que les circonstances extraordinaires du moment venaient de hisser brusquement au rang suprême ?
Parti du premier principe social de la morale chrétienne, nous voici, par un vagabondage logique d'esprit, arrivé à des phénomènes tout à fait contemporains. Et nous ne saurions plus heureusement conclure de l'efficacité de la justice sociale, même à un point de vue purement humain, qu'en soulignant l'impuissance politique et la ruine morale des classes aristocratiques ou bourgeoises qui l'ont violée ou simplement méconnue ( 1 ) .
(1) Nous avons, au cours de ce chapitre et aUleurs, cité les noms • de plusieurs prêtres éminents -connus pour leurs opinions franchement et chrétiennement démocratiques. Il nous paraît juste de rendre également hommage ici, à M. Tabbé Garnier que son zèle apostolique et ses œuvres tout évangéliques ont rendu si populaire dans le monde des travailleurs français, particulièrement dans les quartiers ouvriers dé la capitale.
La loi du 1^^ juillet 1901 et les « dreyfusards »
Lors des incidents tumultueux que souleva, au mois de juillet dernier, l'exécution des décrets Combes, le Comité catholique pour la défense du Droit ne pouvait rester indifférent.
II publia l'appel suivant :
Paris, 21 juillet.
Le Comité catholique pour la défense du Droit, fidèle aux principes de 1789, dont il n'a cessé de réclamer l'application loyale, soit qu'il s'agît d'un juif illégalement et injustement condamné pour le crime d'un autre, soit qu'il s'agît de pères de famille empêchés, comme au temps de la révocation de l'Edit de Nantes, de donner à leurs enfants l'éducation de leur choix, soit, enfin, qu'il s'agît de religieux privés de droits que garantit à tous les Français la Dédamfen des Droits de V Homme' et du Citoyen, statut fondamental de la société moderne,
renouvelle aujourd'hui ses protestations antérieures et dénonce, comme contraire aux principes les plus certains de la justice et de T équité, la fermeture d'établissements catholiques auxquels plus de cent mille Français ont confié leurs enfants.
Aux termes des déclsurations expresses de M. Waldeck-Rousseau, ces établissements ne sont pas visés par la loi nouvelle. Si l'on prétend que l'auteur même de la loi en» a méconnu, à la face du pays, le sens vrai, si l'on veut que ce sens ait été trouvé, après coup, par le Conseil d'Etat (avis du 23 janvier 1902), on devra alors reconnaître que ces établissements ont été mis dans l'impossibilité de se conformer à la loi, les délais pour demander l'autorisation étant expirés (15 janvier 1902) lorsque apparut l'interprétation nouvelle (23 janvier).
Le Comité (1) convie tous les citoyens sincèrement
(1) Voici la liste des membres composant le Comité catholique pour la défense du Droit :
Auvard (Gaston),, ancien officier; Brette (Armand), publiciste ; Bureau (Paul) ; Chaîne (Léon), avoué à Lyon ; Chauvin (J.), professeur ; Féray Bugeaud d'Isly, officier en retraite ; Grosjean (abbé) ; Hervé de Kérohant ; Jorrand, ingénieur ; René de Kérallain Leroy-Dupré, trésorier du Comité, Paris, 5 (bis), rue du Cirque ; Lourmel (Baron de) ; Martinet (abbé) ; Marquis de Nadaillac, correspondant de l'Institut ; Pichot (abbé) ; Pinta (Camille), avocat ; Quincampoix, publiciste, secrétaire du Comité, Paris, 6, rue de Bagneux ; Rollet, avocat à Paris; Russacq (abbé); Saint- René Taillandier ; Viollet (Ed.), avocat à Paris ; VioUet (Paul), membre de l'Institut, pr<^sident du comité, Paris, rue Cuj.'i?, .").
libéraux à user du droit de pétition que leur confère la Constitution.
Il engage les intéressés à se pourvoir devant les tribunaux compétents après examen attentif de chaque situation.
Pour le Comité :
Léon Chaîne,