‹ Les catholiques libérauxChapitre 11 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le catholicisme est-il absolument incompatible avec les libertés modernes? — La question no saurait être tranchée à l'aide de textes et d'autorités. — L'Eglise romaine n'a pas été la seule opposée à la liberté de penser et à la liberté des cultes. — Lonjjne intolérance des diverses confessions protestantes. — Kilialion de la liberté politique et de la liberté reliyieuse ; celte dernière est hislori(]u('Miei)t la plus récente. — Comment les sectes protestantes y ont acquiescé. — Raisons qui, en dehors même de son principe, ont empêché l'Kylisc romaine de se faire aussi vite aux libertés modernes.

On se rappelle les premiers promoteurs, les plus illustres champions de cette réconciliation entre l'antique Eglise et l'orgueilleuse société moderne. Jamais, à aucune époque, cause plus noble ne fut délendue par de plus nobles esprits : les Montalembert , les Lacordaire , les Dupanloup, les Ozanam, les Gralry, les Cochin, pour ne parler que des morts, hommes dont, éloge rare, la vie lut d'accord avec les doctrines et que l'âge mur trouva fidèles aux rêves de la jeunesse; orateurs ou écrivains dont, mérite peut-être plus

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rare encore, le caractère demeura supérieur au talent et l'âme aux fpuvies. Que d'ardeur, (jue d'enthousiasme, que de généreuses illusions ! et aussi, d'un bout à l'autre de leur route, que de déboires, que de publics mécomptes et de secrètes tristesses ! Déceptions presque é{jales des deux côtés entre lesquels ils cherchaient un rapprochement ; déceptions de la j)art des nombreux catholiques qui les renient, qui leur reprochent comme une trahison leurs avances à l'esprit du siècle, qui, les accusant de « vouloir combler rabîme entre la vérité et l'erreur - , ne leur épargnent ni insulte ni soupçon, et mettent tout en œuvre pour les faire réprouver de cette Eglise dont ils n'ont d'autre ambition que de servir la cause. Déceptions non moindres et non moins cuisantes du côté des libéraux et des défenseurs attitrés de la société moderne, qui, eux aussi, se font souvent un devoir de les répudier, qui, non contents de repousser leur concours, mettent en doute leur bonne foi, les taxent d'hypocrites manœuvres, allant jusqu'à les dénoncer comme les pires ennemis de la société moderne et leur dénier le droit de prononcer le nom de liberté. En faut-il croire ces désaveux partis des deux camps opposés? Les hommes qui se flattaient de réunir la religion et la liberté étaient-ils victimes

d'une incurable illusion, jouet des trompeurs mirages d'un cœur altéré et d'une imagination lasse? Entre le catholicisme et les idées modernes y a-t-il un gouffre si profond que rien ne le puisse remplir? L'Eglise du Christ et la société issue de 1789 sont-elles fatalement vouées à une guerre sans fin, et l'antagonisme entre elles est-il si naturel que tout rêve de paix doive leur sembler à toutes deux chimère ou duperie?

Cette question, que la présomption de l'esprit de parti a coutume de trancher si lestement, est trop complexe pour que nous prétendions la débattre à fond, et trop importante pour que nous songions à l'esquiver. Xous pourrons, du reste, y revenir plus tard. Ce qui nous intéresse surtout ici, c'est la manière dont elle se présente aux chrétiens, aux croyants désireux d'être à la fois de leur Eglise et de leur temps, de rester citoyens sans cesser d'être catholiques.

Et d'abord, avant d'entrer dans le vif de la question, on nous permettra une remarque en quelque sorte préjudicielle. Parmi les catholiques comme parmi les incrédules (pii, pour des raisons contraires, soutiennent l'incompatibilité absolue de l'Église romaine et des libertés modernes, il est un mode de démonstration fort en vogue, que beaucoup considèrent comme

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