I.'KGLISE et I.E LinKUAI.lSME
hop <1(> catholiques, c'est ainsi la Ilcvolulioii cIlc-mr-iiH* ; c'est l'esprit révolulionnaire dont, avec toutes ses exajjéralions en sens opposé, avec ses thèses éjjalenieiil outrées et ahsolues, le uéo-ulliamonlatiisine n'est en somme ipie la contre-partie. I/un olIVe en cpichpio sorte l'ima«re renversée de l'antre, et tous deux semblent se rélléchir en se déformant, tant, à travers leurs diver'jences, ils se corresjjondenl et se re|)roduisent. A bien des éjjards ou |)()urrail dire (pi'ils |)rocèdent l'un de l'antre. Kn tout cas ils s'exaltent, ils s'exajjèrenl, ils se suriAcilcnl reei|)ro- (|uement par leurs nmlni'ls excès et leurs mutuelles j)rovocalions. Cela est surtout sensible en France, dans le pa^s (jui, depuis cent ans, a eu le triste honneur de servir à la fois de j)atrie aux thèses les pins extrêmes.
S'il est faux (pie les catboliipies soient rivés au droit divin et a la monarchie absolue, il n'est pas moins taux (|ue le catholicisme soit falalement attaché aux iormes aristocratiques et oj)posé à la démocratie. Pour avoir elle-nième une constitution hiérarchique, l'Mfjlise n'est pas obligée d'imposer la même organisation à la société civile. Tocqueville, il est vrai, nous parait aller trop loin, lorsqu'il semble regarder le catiiolicismc comme la plus démocratique ou la plus favorable
à la démocratie de toutes les confessions chrétiennes, parce que l'Kglise romaine courbe toutes les intelligences sous la même foi et la même autoiilé. Nous ne saurions suivre Tocqueville jusque-là. Nous ne voyons pas par quelle pente cachée le catholicisme incline plus rapidement à la démocratie; mais nous découvrons encore moins ce qui lui défend de s'y plier. Il ne nous échappe pas assurément que la hiérarcliie romaine et la démocratie européenne sont aujourd'hui en guerre; mais cette guerre bientôt séculaire, ce n'est pas l'Église qui l'a déclarée, c'est la Révolution. Ce que l'Kglise redoute, ce qu'elle combat dans la démocratie moderne, ce n'est pas la démocratie elle-même, ce n'est ni l'égalité ni la fraternité, c'est l'esprit de la démocratie contemporaine, ses passions, ses convoitises, ses instincts antireligieux, ses appétits de domination.
Faut-il rappeler qu'il n'en a pas toujours été de même ? qu'au moyen âge, à l'époque du plus grand ascendant de Rome, on a vu dans les communes d'Italie et ailleurs , à Florence notamment, des démocraties catholiques et des démocraties extrêmes? L'Kglise ne les a jamais excommuniées. A s'en tenir au dogme, l'épiscopat pourrait répéter à la fin du dix-neuvième
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siècle les inslriiclions de Pie \ II, alors encore évèque, à ses ouailles des Romagnes : Soyez bons chrétiens, et vous serez bons démocrates. Et cela n'était pas seulement un lan^ja^je de circonstance ; le principe démocralicpie, dans le sens élevé du mol, l'é^jalité vérilable et la véritable fraternité sont trop conformes à l'esprit du christianisme pour (pie la foi chrétienne n'en facilite pas la pratique. Kn dépit de leurs inimitiés présentes, le christianisme seul était peutêtre capable d'assurer les destinées de la démocratie moderne en la défendant de ses deux principaux vices, l'envie et la présoniplion. Dans ce laborieux passage d'un état social à un autre, audessus des abimes ouverts sous les pas des nations contemporaines, la religion ollrait encore à la démocratie ce dont elle avait le plus besoin, un garde-fou contre le vertige des hauteurs '.
En résumé, aucunes divergences de principes ne sauraient obliger un catholique à se mettre en dehors du droit nouveau et à s'exiler lui-même
' Parmi les ratlinli(|iics qui ont cm à la nécessité de l'accord de la religion et de la démocratie, il en est un que nous ne saurions nous dispenser de citer. C'est Balmès, le grand docteur espagnol, mort quelques mois après la révolution de I8V8. On a retrouvé de lui, à ce sujet, un écrit posthume fort curieux, publié dans la Xouceile Ilevue, en 188:3.
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de la liberté. Il peut, en conscience, prendre place au large banquet où tous sont conviés. S'ils éprouvent des scrupules, s ils trouvent dans notre société le mal égal ou supérieur au bien, les catholiques ont la ressource de distinguer entre les libertés publiques et la Révolution, sans même être les seuls à se perniellre une pareille distinction. Ils peuvent séparer les principes ou les erreurs de la Révolution de ses effets pratiques, admettre les uns sans adhérer aux autres. Le (listifujuo n'est-il ])as le procédé habituel des théologiens? En vain leur objeclerail-on qu'en bonne logique ils sont mal fondés à repousser les principes en acceptant les résultats, ces derniers sont un fait qu'il faut subir bon gré, mal gré, un tait que tout homme clairvoyant est contraint de regarder comme acquis et inévitable, alors même qu'il en serait le plus choqué et blessé. N'est-ce pas là, en réalité, devant notre société moderne, en face de l'ascendant croissant de la démocralie , le sentiment de beaucoup d'hounnes de notre temps : catholiques, protestants, Israélites, libres penseurs?
Il faut prendre garde, du reste, de g'exagérer vu semblable matière l'autorité de la logique et la valeur des considérations abstraites. La logique ou l'illogisme, dans la sphère politique