‹ Les catholiques libérauxChapitre 20 sur 52 · L-ÉCI.ISE ET l.E 1.1 BKU A LIS ME · texte numérisé non relu

L-ÉCI.ISE ET l.E 1.1 BKU A LIS ME

Comme clic/ les r(>mai)ti(|iies, dont nous iif le."^ ra|)|>n)cli(ms ici (|in' pour les mieu.\ comprendre, chez les premiers callioliques libéraux, Tamour du passe, loin de rien avoir de sénile ou (le servile, uvail tpieltpie chose de jeune et de libre, presque d'insur^jé cl de révolutionnaire, (l'était j)our < ii\ un procédé d'émancipation <L'S rèjjles usées, des ignorances banales et des su- |)i'rslilions surannées du dix-huilième siècle. Ils |)relendaient bien moins ramener la France au moyen âge que ranVanchir de li tyrannie d'injustes dédains et de préjujjés vul;{aires.

Il n'est pas jusqu'à ruitramontanismc de ces ardents champions de la foi (|ui ne fût j)our eux, en un sens, une tentative et un sijjne (raliraiichissement. Ils se révoltaient contre les traditions, à leurs yeux étroites et mesquines, de VK- <]lise jjallicane, comme d'autres, autour d'eux, partaient en «juerre contre les traditions jjseudoclassiques.

On rejetait les maximes de 1()82 de même que les unités de l'ancien théâtre, et le jou;j de Bossuet avec celui de Boileau. On s'essayait à faire une sorte de renaissance catholique en remontant au moyen âge, conime, trois ou quatre siècles plus tôt, les humanistes avaient fait la renaissance païenne en remontant à l'antiquité ;

car, dans tous les domaines, un des procédés de rajeunissement de l'esprit humain, c'est d'opposer au passé de la veille un passé plus lointain. Personne peut-être, dans la première moitié du dix- neuvième siècle, n'a plus aimé le moyen âge et ne l'a mieux compris que le jeune chef du nouveau parti catholique, Alontalembert. Son introduction à la Vie de sainte Elisabeth de Hongrie, sorte d'idylle chrétienne, tout embaumée du parfum des gothiques légendes, est un hynme en l'honneur de l'art et de la poésie du treizième siècle. On sait qu'il fut, avec Victor Hugo, l'un des restaurateurs du goût de l'architecture ogivale, comme l'un des plus ardents défenseurs de nos antiquités nationales contre la pioche des bandes noires'. Alais, jusque chez ce fils des croisés , alors même qu'il lui semblait « être exilé » au sein de notre société, le vif sentiment de l'art naïf et mystique du passé n'étoulfait point les besoins et les aspirations de l'homme moderne, épris des luttes viriles de la parole et de la plume.

' Voyez le Vandalisme dans Farl, lettre de Montalembert à Victor Hugo. L'importance du rôle de Jlontalembert, à cet égard, nous semble avoir été fort bien remise en lumière par AI. Léon Gautier dans son introduction à l'édition illustrée de la Vie de sainte Elimbeth de Hongrie.

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Une (les choses, du reste, que Monlaleinbert, Ozanam et leurs amis estimaient le plus dans le moyen âge, c'étaient ses vieilles libertés, qu'ils se faisaient un devoir de déterrer sous les épais décombres de l'absolutisme royal. Ils sonij^eaient si peu à restaurer ces siècles de ténèbres, troj) dédaignés des uns, trop admirés des autres, (pie, dans leur première jeunesse, à V Avenue Lacordaire et Montalembert en prétendaient détruire les derniers restes parla sépaialion de ri']<j[lise et de l'Etat. Alors même qu'ils revinrent de ces idées extrêmes, ils se pi(|uèrent toujours de ne réclamer pour l'Eglise (jue la liberté, ce qui était la négation formelle des vieilles traditions et des notions mêmes du passé '.

Voir dans l'école catholique de 1830 une tentative déguisée de retour au moyen âge serait

' » Le gouvernement représeutulif, écrivait Montalembert, est né au moyen âge. Il est né de la combinaison naturelle des éléments qui constituaient la société à cette époque... Peut-on ressusciter les forces qui coutenaient alors le despotisme? iVon, car la Révolution en a fuit table rase, eu détruisant Ions les droits héréditaires et toutes les corporations, depuis longtemps minées, dénaturées et annulées par lamonarcliic triomphante. Et quand même on le pourrait, le voudrait-on? \ou, car ce serait reconstituer une société aristocratique, tout un ensemble de supériorités hiérarchiques et patrimoniales, chose qui répugne entre toutes à l'esprit moderne de la France, n Des intérêts catholiques au dix-neuvième siècle, ch. vin.

aussi faux que de n*y voir qu'une sorte de romantisme religieux. Chez ses premiers initiateurs, ce libéralisme catholique venait plus du cœur que de l'imagination, mais non moins de la tête que du cœur. Ce n'était pas seulement pour eux une affaire de sentiment, ni encore moins une affaire de lactique; ils étaient avant tout guidés par une nouvelle vue des besoins et des intérêts de l'Église, par la conscience des dangers que lui faisait courir la solidarité, tant prônée, du trône et de l'autel. Ils sentaient impérieusement l'urgence de réagir contre les spécieuses théories consacrées par les noms de Donald et de Maistre.

L'écroulement de la monarchie légitime, les éclats qui en étaient retombés sur l'Eglise et sur le clergé, leur avaient bruyamment révélé les périls de toute intimité du sacerdoce avec les princes et les rois. En face du pillage de l'Archevêché et du sac de Saint-Germain l'Auxerrois, les plus clairvoyants des catholiques avaient senti la nécessité de dénoncer les vieilles et compromettantes alliances , de séparer hautement les intérêts de la religion de ceux de la légitimité et de l'absolutisme monarchique; en un mot, selon l'expression de l'un d'eux, de " dégager la cause catholique de toute solida-

l'église et le libî:u.\lisme. t,

rité temporelle , de foule alliance politique ' 5 . Telle fut la mission (jue se donnèrent, en 1 830, La Mennais et ses jeunes disciples; tels furent le programme et le but de Wlrrnir, et si, depuis, le clergé et les représentants attitrés des catholiques s'en sont écartés, ils n'ont guère eu à s'en féliciter. Dans cette entreprise hardie, les rédacteurs deV.l venir ne s'arrêtèrent pas aux nécessités du moment; mais, h travers la fougue de leur polémique et en dépit même de leurs exagérations, ils déployèrent une singulière intelligence des tem|)s nouveaux. Ils eurent, sur la siliialion de l'i'lglise et le rôle de la religion dans le monde moderne, sur les conditions de son existence et de son activité, des clartés dont leurs fautes et leurs imprudences ne sauraient obscurcir l'éclat. Les premiers ils comprirent que , j)Our l'Eglise, la voie la j)lus sûre, comme la |)Ims honorable, était de renoncer à jamais à l'ajjpui du bras séculier pour « demander aux forces morales indépendantes ce qu'elle ne pouvait plus attendre d'une politique qui avait failli l'engloutir en s'abîmant si près d'elle ' )> .

" MoxTAi,KAiBBRT, Avant-propos de ses OEuvrcs, page 17. - M. DE Falloux, le Parti catholique, imprimé dans !c f. F"" de ses Discours et mélanfjes politiques.

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