‹ Les catholiques libérauxChapitre 21 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Orifjiiips (lu mouvement catholique libi-ral : la révolution de Juillet. — L'abbô de La Mcnnais et l'Avenir. — Ultramontanisme et libéralisme. — Les collaborateurs de La Alcnnais : Lacordaire et Monfalembert. — Ce qui faisait la nouveauté des doctrines de l'Avenir. — Son intelligence des conditions faites à la religion par la société moderne. — Influence des exemples de la Belgique et do l'Irlande. — Efforts pour dégager l'Église de toute solidarité avec le royalisme. — Témérités de VAvetiir; il demande la séparation de l'Eglise et de l'Etat. — Opposition de l'épiscopat. — Appel à Rome. — Encyclique Mirari vos et condamnation des doctrines de l'Avenir.

Le grand promoteur de ce mouvement, le plus remarquable qui ait agile les catholiques depuis la Révolulion, l'ut l'abbé Félicilé de La Meuuais ' . C'était alors l'homme le plus influent du clergé français, ou mieux du clergé catholique. Aucune autorité, en dehors de Rome, n'eut pu balancer la sienne. La liberté, nouvelle venue chez eux,

' Xous écrivons ce nom comme l'écrivait alors le fulurauteur des Paroles d'itu croyant, avant qu'il eût imaginé de signer Laniennais.

l'kgi.ise et le libéralisme. -9

n'eût pu se présonler aux fidèles sous un plus puissant patronajje. Par une rencontre peutêtre inexplicable à toute autre époque et avec tout autre liouime, le prêtre qui se cliar<jeait de l'introduire au milieu des catholiques passait, aux yeux de tous, pour un de ses adversaires déclarés. Des deux tâches auxquelles son génie s'était jusque-là consacré, aucune ne paraissait appeler l'auteur de VEssai sur i'hulijférence à une pareille entreprise; ni l'apologiste de la foi contre la raison, ni l'apôtre de l'ultramontanisine contre les tendances gallicanes ne semblait préparé à cette nouvelle vocation. On l'eût cru voué en toutes choses au culte de l'autorité.

Homme d'initiative avant tout , prédestiné par tempérament à frayer des routes en sens divers, La Mennais a eu la rare et périlleuse fortune d'être à la fois et pi*esque sitniillanémeiit le princij)al jiropagateur de l'ultramonlanisme religieux et du libéralisme politique parmi les catholiques de France et du nord des Alpes. De lui, de son agreste domaine breton de la Chesnaie, sont sortis les deux courants qui, depuis plus d'un demi-siècle, se disputent les catholiques , pareils à deux fleuves descendus de la même montagne , qui , en s'écartant de leur source, couleraient en sens inverse.

80 LES CATHOLIQLES LIBÉRALX.

Chez le La Mennais de 1830 et chez ses amis, le libéralisme politique et l'ultramontanisme théologique, loin d'être en opposition, allaient de front, s'appuyant mutuellement, l'un confiné dans l'ordre temporel, l'autre dans l'ordre spirituel. Le libéralisme de La Mennais provenait même en partie de son ullramontanisme ; il lui avait d'abord été suggéré par les résistances opposées il sa propagande ultramontaine, par ses colères contre les préférences gallicanes de la royauté et des ministres de la Reslauralion.

Après avoir préconisé en politique, au profit de la monarchie légitime, les principes absolus qu'il soutenait en religion au profit de la pajiaulé, il s'était peu à peu détaché du royalisme et des Bourbons; il avait distingué la sphère de la foi de la sphère des intérêts temporels et découvert qu'il n'était pas obligé d'appliquer à toutes deux les mêmes solutions. Par défiance des princes et des gouvernements, peut-être aussi par un vague sentiment de la secrète rivalité des deux pouvoirs, alors même qu'ils semblent le plus intimement associés , le chef de l'ultramoufanismo s'était, à la grande surprise de ses admirateurs, brusquement retourné vers la liberté.

Toujours est-il que, pour commencer cette évolulion, l'ancien rédacteur du Drapeau hlanc

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