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CHAPITRE VIII

La révolution de 18V8 et l'attitude des catholiques devant la république et la démocratie. — Popularité du clerfjé. — Réaction après les journées de juin, — Politique de M. de Montalemberl et de M. de Falloux. — Loi sur l'cnseijjnemcnl de 18ô0. — Son caractère. — Comment cette loi fut le point de départ de la scission des catholiques. — Exigences de la fraction la plus outrée. — C'est à elle que revient l'initiative de la scission.

La révolution de 1830 avait été en grande partie faite contre le clergé, celle de 1848 fut faite sinon pour lui, du moins à son profit. Quel changement en moins d'une génération! Le peuple qui, dix-sept ans plus tôt, saccageait l'Archevêché et poursuivait dans les rues le costume ecclésiastique, appelait le clergé à bénir ses frêles arbres de la liberté. La première Assemblée élue par le suffrage universel inscrivait le nom de Dieu au fronton de sa constitution républicaine. Les catholiques qui avaient donné à leurs coreligionnaires le mot d'ordre de liberté eussent pu

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s'attribuer le mérite de ce prompt revirement populaire. Ils recueillaient alors, avec le bénéfice de la froideur ou des onibrajjes que leur avait témoignés la monarchie de Juillet, le bénéfice de leur indépendance vis-à-vis de la royauté déchue.

lue autre raison avait rendu au clergé une popularité dont il était dès lors désaccoutumé, l'élection, en 1846, du pape Pic I\, qui, en quelques mois, était devenu « l'idole de l'Europe » . Dans la presse et dans les Parlements, dans les Chambres françaises spécialement, les hommes politi(jucs les plus divers, Thiers, Odilon llarrot, Lamartine, Guizot, avaient salué à l'envi, comme un desgrands faits du siècle, l'avènement d'un pontife que tous croyaient jaloux d'accomj)lir la réconciliation de l'Église et de la société moderne. Les actes et le langage du lutur pape du Sijllahus semblaient assurer au Vatican le triomphe des idées de liberté alors en vogue chez notre clergé, si bien que Monlalemhert pouvait réclamer pour les catholiques franrais l'honneur d'avoir été les précurseurs du Pape. Sous l'impulsion du généreux pontife qui, malheureusement, cédait plutôt aux entraînements d'une imagination vive qu'à une conviction raisonnée, les plus confiants voyaient déjà Rome convertie non- seulement à la liberté,

mais à la démocratie. « Passons aux Barbares et suivons Pie IX I » s'écriait, parlant de la démocratie déjà grondante, Ozanam, à la veille de 1848. Ainsi s'explique l'attitude des catholiques après le renversement du trône de Juillet.

Aucun parti n'était mieux préparé à profiter d'une révolution qu'ils n'avaient pas appelée, mais qui semble les avoir moins surpris que la plupart des vaincus ou des vainqueurs du jour. Libres, pour le plus grand nombre, de toute attache dynastique, ils se déclaraient, par la bouche de Alontalembert, « prêts à descendre dans l'arène, avec tous leurs concitoyens, j)Our revendiquer toutes les libertés politiques et sociales ' » . Ils étaient disposés à s'associer loyalement aux espérances et aux expériences de la nation. Comme la révolution de Février se montrait respectueuse de l'Église, ils pouvaient sans scrupules faire bon visage à la République. Les plus ardents, Ozanam et l'abbé Maret, depuis évêque de Sura, fondaient, sous la direction de Lacordaire, un journal républicain catholique, VEi'e notivelle, qui semblait reprendre le programme politique de V Avenir. VLnivers ne restait pas en arrière ; il était de ceux qui prêchaient

' Correspondant de février 1847. Alauireste publié par V Univers le 28 février 1848.

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que la démocratie n'était qu'une application du christianisme, et que la révolution de 1848 était l'avénenient de la pensée chrétienne dans le gouvernement de la société '. Tous étaient loin d'aller jusque-là ; mais la plupart parlaient le langage du temps, et, comme bien d autres, ils le parlaient avec la sincérité de l'illusion et l'espèce d'abandon confiant qui accompagne les premières semaines des révolutions. Les journées de juin vinrent bientôt, parmi eux comme dans le pays presque tout entier, décourager les optimistes, raviver les défiances contre la démocratie et faire prévaloir une politique de pessimisme et de résistance.

Au milieu du désarroi des partis et de l'effarement de l'opinion, les inquiétudes du pays don-

■ « La révolution de iS'^^S est une notification de la Providence, écrivait L. Veuillot. A la Facilité avec laquelle ces grandes choses s'accomplissent, il faut reconnaître que les temps étaient venus... Qui son;{c aujourd'hui en France à défendre la monarchie? (^iii peut y songer? L.a France croyait être monarchique, et elle est déjà républicaine... La monarchie succombe sons le poids de ses fautes... elle n'a plus aujourd'hui de partisans. Il n'y aura pas de meilleurs et de plus sincères républicains que les catholiques français. Parmi les principes sociaux qui viennent de triompher et qui vont se formuler en institutions, quels sont ceux que l'Eglise repousse? i etc. Article du 27 février 18i8, cité par Daniel Stkrx dans son Histoire de la révolution de 1848. Cf. M. Veuillot et les évêques de France, par l'abbé A.\saclt, p, 72-74.

naient aux défenseurs attitrés de l'Eglise un ascendant qui eût paru inouï quelques mois plus tôt. Leurs chefs surent le mettre à profit avec un singulier esprit politique. Parmi les plus jeunes députés de la fin du dernier règne, les catholiques avaient rencontré un homme d'Ktat de race, chez lequel un tact politique inné tenait Heu d'expérience, un homme d'un esprit à la fois fin et élevé, d'une éloquence nohle et simple, possédant à un haut degré la première qualité d'un homme de gou'^ernement, le sens pratique. Plus froid que Montalembert, qui était plutôt un agitateur qu'un chef de parti, moins accessible à l'engouement comme au découragement, M. de Falloux était par là même plus propre à la direction d'un gouvernement. Ce fut l'homme politique des catholiques; il avait l'avantage de n'avoir d'illusions ni sur les personnes ni sur les choses. Les catholiques les plus illustres, au dedans et au dehors des assemblées, étaient du reste d'accord. Si, en décembre 1848, M. de Falloux fit taire ses répugnances à entrer au ministère, ce ne fut que sur les instances, ou mieux sous la pression de Montalembert et deDupanloup '. Les rivalités de per-

' M. de Falloux en a fait lui-même le récit dans un chapitre détaché de ses Mémoires, sous ce titre : l'Èvéqiie d'Orléans.

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sonnes leur étaient absolument étrangères, ils no songeaient qu'à la défense de la cause commune, et ils étaient d'accord sur la tactique à suivre. A l'opinion publique, encore mal remise des terreurs de juin, à la société en péril, ils ofiVaient le secours de la seule force restée debout, la religion. Dans la confusion qui suivait la tempête, au lendemain de la secousse où l'Klat avait ciu périr, l«'ur voix fut entendue. Ils trouvèrent comme allié un de leurs plus redoutables adversaires de la veille, M. Thiers. La bourgeoisie sceptique avait, devant le décbaînenient j)opulaire, j)erdu l'assurance de son optimisme. Ainsi s'explique la loi sur l'enseignement de 1850. Pour les catholiques qui la provoquèrent, comme pour les politiques qui l'acceptèrent, ce fut avatit tout une loi de salut social.

Xous n'avons ici ni à étudier ni à juger celte loi fameuse. Nous pourrions pour cela renvoyer au jugement porté par un ancien universitaire, demeuré fidèle au principe de liberté '. Cette loi, que l'on a comparée à l'édit de Xantes et au concordat, était à bien des égards, tout comme le concordat et l'édit de Xantes, un compromis, un traité de paix après de longues hostilités. La

• Voyez Dieu, Pairie et Liberté, par M. Jules Simo.v.

guerre de vingt ans de TEglise et de l'Lniversité se terminait par un partage du territoire en litige, c'est-à-dire de renseignement. Aussi l'instrument diplomatique, la loi qui consacrait les conditions de cet accord, est-elle réellement sortie des négociations menées en dehors de la Chambre, dans la grande commission oii, sous la présidence et l'arbitrage de AI.Thiers, représentant les intérêts de l'Ktat, siégeaient les représentants de l'Eglise, tels que M. Dupanloup, et ceux de l'Université, tels que Cousin et Saint-Marc Girardin '. Delà les mérites etaussi les défauts, de là le fort elle faible de la loi de 1850. C'était un traité de paix entre deux puissances rivales en face d'un ennemi commun, et, comme il arrive de la plupart des traités, celui-là n'était sûr d'être respecté qu'autant (pie la force et les intérêts des deux parties contractantes resteraient à peu près dans la même relation. En pareil cas, un traité ou un acte législatif a d'autant plus de chances de durée qu'il paraît moins léonin, que les vainqueurs du jour s'y font concéder moins d'avantages. C'est malheureusement ce que, auxheuresdetriomplie, oublient presque toujours les partis ou les peuples. Il eût été peut-être plus politique, de la

' Voyez les Débats delà Commission de 1849, publiés par M. H. DE Lacombe.

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