‹ Les catholiques libérauxChapitre 26 sur 52 · I.KGLISK ET LE 1.1 H É II A l.l S M E. U · texte numérisé non relu

I.KGLISK ET LE 1.1 H É II A l.l S M E. U

part des catlioli(iues, de ne pas pousser aussi loin leurs conquêtes, de s'en tenir strictement à la liberté, on lépudiaut tout ce (|ui avait l'air d'un privilège. A cet égard, la loi de 1850, connue plus tard, bien qu'à un moindre degré, la loi sur l'enseignement supérieur de 1873, était pour les catholiques un triomphe trop complet pour être longtemps toléré du pouvoir civil. Plusieurs articles étaient une sorte d'imprudence de la part de ceux qui les avaient fait insérer; l'ensemble de la loi risquait d'en être tôt ou tard compromis. Telle était, par exemple, la place prépondérante faite au clergé dans les conseils de l'instruction publique, que la loi, du reste, avait le mérite de rendre électils. Telle était surtout la dispense de diplôme accordée aux congréganisles. l ne telle inégalité ne pouvait se concevoir que pour une période de transition. Le privilège de la lettre d'obédience était trop maniléste pour être longtemps accepté; ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'il ait duré trente ans.

Cependant, les débats de la grande conmiission de 1849 montrent que les auteurs de la loi se sont gardés d'abuser de tous leurs avantages. Si, sur plusieurs points, pour les collèges des Jésuites^ par exemple, et les congrégations non autorisées, ils ont exigé de l'État et de l'Université plus qu'on

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ne voulait d'abord leur accorder, sur d'autres, ils ont eu le bon esprit de refuser les dangereux présents qu'on leur offrait. C'est ainsi que Thiers, effrayé des tendances de nombreux instituteurs qu'il appelait « des anticurés, des curés de l'athéisme ou du socialisme 5? , Thiers se déclarait prêt à livrer au clergé tout l'enseignement primaire. Il eût volontiers abandonné le peuple aux prêtres et aux Frères pour conserver à l'Université la bourgeoisie avec l'enseignement secondaire. Dupanloup et Montalembert repoussèrent le monopole qu'on leur proposait, préférant à un privilège aussi exorbitant la liberté de l'instruction secondaire.

Pour juger avec équité la loi de 1850, il ne faut pas oublier non plus qu'elle a été bientôt modifiée et déformée par l'Empire. On a trop souvent confondu l'œuvre de M. Fortoul avec celle de M. de Falloux. C'est à M. Fortoul et à l'Empire qui revient l'asservissement de l'Université, comme c'est à eux que remonte la mutilation des études par la suppression de la classe de philosophie ' .

Une chose certaine, c'est que cette loi de 1850,

' Si les attaques de certaines feuilles religieuses contre renseignement philosophique de l'Université purent scriir de prétexte à cette suppression, Mgr Oupanloup la combattit au Conseil supérieur de l'instruction publique.

l'église et le LinLKALISME. U'.»

dont le principal avantage était de substiliuM- la concurrence au monopole, devait rester la plus favorable à T^glise cpie les catholiques aient connue dans ce siècle. Ils n'en reverront assurément jamais de pareille en France. Or, cette loi qui nous semble si propice aux intérêts religieux, les catholiques furent loin d'en être tous satisfaits. Plusieurs, et non des moins écoulés, la trouvèrent insulTisante, nuisible même. Celle charte d'émancipation de renseignement, ainsi i\ue l'appelait un sénateur catholique ', devint le point de départ de la scission du parti calholique. On croirait qu'elle n'eût dû èlrc combattue (juc parles avocats de la démocratie ou par les défenseurs des droits de l'Etat. Nullement, elle compta parmi ses plus ardents adversaires la principale feuille religieuse, V Univers. Il est vrai que, près de certains libéraux de 1830, tels que M. de Rénmsat, cette opposition ne fut pas étrangère au succès de la loi, en rassurant les hommes inquiets des prétentions ultramontaines. u Les attaques de V Univers nous ont valu cinquante voix 5? , me disait à ce propos M. deFalloux -.

' Discours de M. Clicsnelon,'] en mai 1880.

- C'est du reste à l'occasion de la liberté d'cnsei<jnenicnt que s'étaient manifestées, dès avant 1848, les premières diverjjences publiques des catholiques. Vi'nicers avait déjà, en 1847, pris

Celte loi qui, d'après la gauche, livrait la France à l'Kglise et aux Jésuites, l'organe le plus répandu des catholiques la déclarait «une déception, une défaillance de la raison et de la conscience, un pacte avec le mal, une monstrueuse alliance des ministres de Satan avec ceux du Christ » . Quelui reprochaientlesintransigeantsde droite? Ils lui faisaient au fond le même procès que les démocrates de gauche, tant il est vrai que les partis extrêmes ont même esprit et même méthode! Ils lui reprochaient de rompre l'unité morale de la France, réclamant l'unité religieuse comme d'autres l'unité nationale, prétendant jeter les générations dans un moule uniforme et mettre sans partage la main sur les âmes. Ils accusaient M. de Falloux d'avoir sacrifié les principes et proclamé le dogme de l'indifférence religieuse. Ils s'élevaient en particulier contre le droit d'inspection de l'Ftat, réduit pourtant au minimum, lis allaient jusqu'à s'irriter de la présence des évêquesau milieu des «incrédules» du conseil de l'instruction puhlique '.

M. Diipnnloiip à partie pour ses concessions aux univers! laircs et il l'Klaf. (Lacuaxge, t. I, p. 41V-4I5.)

' Il est curieux de voir comment celte loi, objet de tant de ro<]rets depuis son abrogation , est encore appréciée aujourd'hui dans le même camp. Voili comment s'exprime à ce sujet lin des écrivains les plus en vue de l'Univers, M. l'abbé May-

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Rien ne trouvait grâce devant l'incurable déliance des purs, ni la loi, ni ses auteurs, ni M, de Falloux, ni Montalenibert, ni M. Dupanloup, que, daus sa correspondance, Louis leuillot si«jnalait comnie le mauvais génie de Montaleinbert. Bien plus, le Père de Ravignan, qui, en cela, comme d'babitude, marcbait d'accord avec M. Dupanloup, se vit dénoncer à Rome, auprès du général des Jésuites, comme un des lauteurs de ce projet de loi scbismatique, pour avoir apportéaux fils de Voltaire le scandaleux concours des fils de Loyola '. il ne liilhit rien inoiiLs (pie rintervenlion directe du \ atican et du nonce, sur la demande d'un grand nombre d'évèques, pour

nard : » Les auteurs de la loi se placèrent sur le terrain du droit commun et de^libertës publiques, et non du droit spi-cial et de raulorilé de l'Kj'Jisc. — L'I'jjjlise était sculerni'nt adtriise à partajjor le monopole avec IKtat et ILnivcrsité, i|ui d'ailleurs lui faisaient la part petite et soumise. A l'Ktat et à l'Université la présidence dans tous les conseils, présidence sur tous les membres, même sur les évèques, ce (|ui était déjA le triomphe du laïrisme A l'Ktiit et à l'Lniiersité l'aulorieation et la suricillance dos coiléjjes libres, le clioix des livres et des méthodes, la collation des grades, en un mot tout le souverain domaine : c'était l'Ktat eiiseijjnant au-dessus de l'Kglise enseignante ! ; Va m. l'abbé Maynard termine en nous apprenant que pour M;;r Pie, son évè;|ue, i tout cela était le triomphe de l'Elat-Dieu, tout cela paraissait athée et panthéiste» . Mgr Dupanloup et M, Lagrange, son historien (1884), p. 62-63.

* Vie du Père de Ravignan, par le Père de Po.vlevoy, t. II, cbap. XX.

faire taire l'opposition de la feuille ultramonlaine. Si grande que se montre, dans tous les camps, la déraison des partis, rarement on a vu un pareil aveuglement. Durant les longs mois pendant lesquels le sort en fut suspendu, la loi de ce siècle la plus favorable à l'Eglise coûta à ses défenseurs presque autant d'efforts à Rome qu'à Paris '.

Les chefs politiques et religieux du parti catholique, que Thiers devait bientôt appeler le parti des ingrats, étaient navrés de ce qu'ils appelaient la folie effroyable de V Univers. « Ce journal, écrivait AI. Dupanloup en 1849, est une plaie vive au sein de l'Eglise de France. Il y a déjà fait de grands maux, il en prépare de plus grands encore; vous le verrez si on ne l'arrête pas. » Et quelques mois plus tard, en février 1850 : « Je le répète, c'est une plaie qui sera bientôt inguérissable. Il y faudrait immédiatement un coup décisif, mais qui ose quelque chose? » Avec un tel journal, en 1801, ajoutait l'évèque d'Orléans, le concordat était impossible ^.

' Voyez, par exemple, la Vie de MgrOupanloiip^ par l'abbé Lagraxgk, t. I, p. 510-511.

- Leîtros de Mgr Dupanloup à la princesse B..., 15 scplenibro 1S49, 25 février et 29 mars 1850. i A l'heure où je parle, lit-on dans une de ces lettres, non-seulement sur la loi de l'enseignement, loi admirable qui peut seule sauver la France, mais sur la lettre du président, sur les conciles, le

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La plaie, ainsi que s'exprimait Mgr Dupanloup récemment nommé évèque, allait devenir chaque jour plus large et plus profonde, l ne loi qui semblait consacrer le triomphe de leurs communs efforts durant quiuze ans avait, pour plus d'une génération, brisé le faisceau des forces catholiques, u J'ai vu, disait Montalemberl, j'ai vu se dissoudre l'armée que j'avais formée pendant vingt années de luttes. » 11 voyait, en elfet, son plus brillant lieutenant, à la tète du gros de ses troupes, abandonner le terrain où ilsavaient combattu ensemble, et, malgré un dernier elfort j)0ur les y ramener, il n'y devait jamais parvenir. La rupture devait bientôt devenir détinifive. L Univers, qui n'avait pas reculé devant elle, allait prendre soin de l'accentuer. AL Veuillot se félicitait d'en avoir pris l'initiative. Il écrivait alors à un prélat de ses amis ci qu'il fallait au plus vite diviser le parti catholique pour en sauver quelque chose et éviter qu'il ne tombât tout entier sur la

journal en ([urstion pousse à la guerre, à la violence. Il veut forcer XI. de F. (Falloux) à se retirer, celui sur lequel la paix de l'Europe repose en ce moment, et qui est un homme incomparable en tous points. > — Et plus loin : i J'apprends à l'instant que M de F... est gravement malade. Il est sorti vainqueur de la lutte contre le président, mais il en mourra peutêtre. C'est une horreur de voir des catholiques tuer leur sauveur comme on tue celui-là ! > (Lettre du 15 septembre 1849.)

question religieuse dans les bras de l'Université, sur la question politique dans le jeu du conservatorisme bourgeois, représenté par M. Thiers ' jj . Ce qui blessait particulièrement le directeur de V Univers, c'était en effet de voir des catholiques donner la main à Thiers et à leurs anciens adversaires, qui, pour lui, demeuraient toujours des révolutionnaires aussi bien que des incrédules. Au lieu de se demander en lionnne politique pour qui était le principal profit d'une pareille alliance, le fougueux polémiste la condamnait comme une faiblesse ou une duperie, reprochant à AI. Thiers de " garder tous ses vieux et mauvais sentiments 5) , se refusant à traiter <.^ comme l'espérance de la religion 55 un homme « qui voulait fortifier le parti des révolutionnaires contents et repus, dont il était le chef, d'un corps de gendarmes en soutane à cause de l'insuffisance manifeste des autres ^ « . Dans sa répulsion pour tous les compromis d'où était sortie la loi, qu'il qualifiait de manque de foi, le chef des intransigeants se vantait de s'être oj)posé à l'entrée au ministère de l'homme politique auquel, plus qu'à tout autre, les catholiques devaient la liberté d'en-

1 Lettre inédite de M. Louis V'euillot W Mgr Rendu, évèque d'Annecy, 2 août 184-9. V/oy. plus bas l'.^ppendice, p. 289. * Lettre à Algr Rendu, éiêque d'Annecy.

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seignement et la restauration du trône pontifical, accusant M. de Falloux de n'être pas « un catholique avant tout 5> , et lui disputant, pour le transférer au futur allié de Cavour, le mérite devant l'Kglise de l'expédition de Rome '.

On voit par ces lettres privées, mieux encore que par l'aigre |)oléniique de la presse, combien graves étaient les dissentiments qui séparaient les catholiques. Ceux qui avaient le plus fait pourl'Kglise, ceux auxquels la religion et la papauté devaient leur triomphe de 1849 et 1850, allaient bientôt se voir dénoncer publiquement comme leurs plus dangereux ennemis. Désormais les fidèles et le clergé allaient se trouver partagés « en deux canq)s en conflit sous le même dra-

• c Je n'ai jamais compté sur lui (M. de Falloux). Quoique chrétien plein de ferveur, il n'a jamais été des nôtres, ce que nous appelons un catlioli([ue avant tout, il l'a cru, et beaueoup d'autres comme lui; il le croit encore peut-être. Moi, je ne m'y suis point trompé, et j'étais si fixé sur ce point, avant le 10 décembre 1848, que j'ai beaucoup insisté, dans un conseil quia été tenu entre nous, pour qu'il n'entrât pas au ministère. Ma vraie raison, que je n'ai point osé dire, était qu'il laisserait nos idées à la porte. Il n'y a point manqué. C'est un homme d'accommodement, de transaction et d'afTaires, avec beaucoup plus d'ambition qu'il ne suppose en avoir. M. Dupanloup de même. Ce n'est pas M. de Falloux, comme on le pense, qui a rétabli le Pape, c'est le président, qui a mis dans toute cette affaire une volonté inflexible et beaucoup de cccur, etc. i (Lettre à Myr Rendu, évèque d'.Annccy, 2 août 1849.)

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peau ' » . Toute l'histoire du parti catholique depuis 1850 n'est plus qu'une longue guerre civile, et, dans cette guerre envenimée par les ressentiments et les rancunes de toutes les luttes intestines, les libéraux et les politiques devaient avoir le chagrin de voir la faction adverse perdre par ses témérités, ou compromettre par ses folles provocations, tout ce qu'ils avaient conquis par vingt ans de sagesse.

• M. DE Falloux, le Parti catholique.

CHAIMTRK I\

Coinmcnl s'aclièvo et s'acccnliic la scission des catholiques. — L'opposition à la loi de ISôU reprise d'une manièri' détournée à propos des classiques. — Le coup d'Etat et l'Empire. Applaudissements de la presse religieuse à la confiscation des libertés publiijues. Apulo<jie de l'absolutisme au nom de l'Evunjjile. — Protestation de Muntalembert après une courte défaillance. — Lc-s anciens cliefs parlementaires des catholiques rejetés dans l'opposition.

Quand, avec rassenliinent public du clergé et des catholiques, Monlaleiubert levenditjuait à la tribune la liberté de TKylise au nom des libertés modernes , ses adversaires ne se faisaient pas faute de l'accuser d'être dupe de son inexpérience. Des hommes plus mûrs ou plus prévoyants pouvaient, lui répondait-on, sans cesser d'être libéraux, se croire tenus de refuser ou de marchander une liberté qui, une fois acquise et complète, serait déniée, comme un péril ou comme un crime, à tous ceux qui n'acceptent pas le joug de l'orthodoxie. '; Je regimbais alors

avec une bonne foi indignée, écrivait plus tard l'orateur désabusé, contre ce que je croyais une calomnie sans prétexte et sans excuse. Je suis obligé de reconnaître que l'objection de mes contradicteurs était fondée, et que leur appréhension a été cruellement vérifiée '. »

Cette objection, l'éternelle objection opposée aux « cléricaux » chaque fois qu'ils osent se réclamer de la liberté, il suffit de l'apparition d'un maître , qui semblait promettre un protecteur , pour que la j)resse religieuse se hùtàt do la justifier avec une impudente ingénuité. On comprend la tristesse et l'irritalion des hommes qui s'étaient pour ainsi dire portés garants de la sincérité de leurs coreligionnaires. Xon-seulement ils se voyaient abandonnés de leurs soldats, mais ils voyaient les déserteurs leur enlever la seule arme qui put leur permettre de vaincre, la confiance publique dans leur bonne foi. Devant une défection qui les réduisait pour longtemps à l'impuissance, les catholiques pour lesquels la liberté n'avait pas seulement été un déguisement tinrent à prouver qu'ils n'étaient pas « complices de cette duplicité; que, s'ils n'avaient pas, eux aussi, jeté le masque, c'est qu'ils n'en avaient

' MoMALEMBKiiT, OEitcres Complètes ^ Avant-propos, p. xxxi'.

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