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jamais porté ;> . Aussi personne , dans aucun parti, ne se montra plus sévère que ces catholiques pour ce qu'ils appelaient le revirement effronté, l'éclatante palinodie de la presse religieuse. Jamais ils ne la lui ])ardonnèrent : ils tinrent par-dessus tout à ne pas laisser oublier que si, depuis le milieu du siècle, les champions de l'église étaient divisés, ce n'étaient pas les j)arlisans de la liberté qui avaient modifié leurs voies etchanjjé les couleurs du camp catholique. A ceux qui les en accusaient, Montalendjert répondait en renvoyant à ses discours de la Chambre des pairs. Sur ce point, en effet, aucun doute : les lettres privées confirment, nous l'avons vu, les documeuls publics. Cette scission, qui, en réalité, dure encore, a été le fait des intransigeants qui, après s'être, durant quinze ans, réclamés des libertés modernes, se sont tout à coup avisés qu'elles étaient contraires aux principes sociaux et au dojjme chrétien. Pour comprendre les ardentes controverses des deux factions durant |)lus de trente ans et les débats auxquels leur rivalité a condamné l'Eglise , il ne faut pas perdre de vue ce point de départ '.
• On s'ctonne qu'un écrivain d'ordinaire aussi bien informé et aussi soucieux de la vérilé que M. Ém. Ollivier, ait p:i prendre le change à cet égard et écrire que Montalembert et
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Dès le lendemain de la scission, les divergences entre ces frères ennemis s'accentuèrent sur le terrain scolaire et politique, pour bientôt s'étendre au domaine religieux. Une fois émancipé de la tutelle des politiques, l'esprit excessif et intolérant de la presse catholique se donna partout carrière. A peine VUnivers avait-il, sur l'injonction de Rome, suspendu sa campagne contre la loi de 1850, qu'il en entreprenait une autre contre l'enseignement classique et les auteurs païens. C'était une manière délournée de revenir, malgré l'intcrvenlion du nonce, sur la loi de l'enseignement, qui reconnaissait au gouvernement le droit de fixer les programmes. Dans sa répulsion pour la libre antiquité grecque et romaine , la feuille ultramonlainc semblait vouloir proscrire tout ce qui n'était pas l'Ecriture et les Pères, de même que le calife de la légende condamnait au feu tout ce qui n'était pas le Coran '.
le P. Lacordaire s'étaient séparés de leurs amis pour former le parti des catholiques libéraux. [L'Kcjllse et l'Klat au concile du Vatican, t. I, p. 303.)
' Les adiersaircs des classiques ont, il est vrai, prétendu depuis lors qu'ils désiraient simplement une plus sévère expurgation des auteurs païens et l'inlroduction des Pères de l'Eglise dans l'enseignement. A les croire, ils auraient plaidé le plus pour obtenir le moins.
Les Grecs et les Latins ont de tout temps été suspects aux ennemis de la liberté ; V Univers les accusait de corrompre le cœur aussi bien que l'esprit de la jeunesse. Comme le juge irrité, aperçu en songe par saint Jérôme, il eût volontiers reprocbé aux partisans des anciens d'être tt cicéroniens et non cbrétiens » . A l'entendre, Homère et Virgile n'étaient bons qu'à paganiser les générations chrétiennes, (hélait toucher à l'un des points sensibles Tévéque d'Orléans, qui prenait plaisir à faire jouer par les .élèves de son jtetit séminaire Sophocle en grec. En vain ce défenseur des classiques se retranchait-il derrière l'autorité de saint Basile et des Pères de l'Eglise; en vain rappelait-il que les humanités avaient été l'honneur du clergé français et des congrégations enseignantes. Pour mettre fin à cette controverse, il ne fallut rien moins qu'une nouvelle intervention de la nonciature et l'encyclique pontificale I/iter multipUces. Dans l'intervalle, tout le clergé en avait été ému. La question se liait à la direction des séminaires, et la presse catholique avait pour la première fois laissé percer la prétention de régenter l'épiscopat. L'Eglise n'était pas encore accoutumée à de pareilles façons ; Mgr Dupanloup avait lancé un mandement contre ï Univers, et quarante-six
évêques avaient signé une déclaration portant que les actes épiscopaux n'étaient pas justiciables des journaux '.
C'était de la politique qu'étaient nés les dissentiments des catholiques, c'était dans la politique surtout qu'ils devaient se manifester et s'envenimer. Le coup d'Etat de 1851 et la constitution de 1852 avaient consommé la scission. Le principal organe catholique, qui, selon le mot d'un de ses adversaires, changeait de drapeau sans changer de caractère, avait tour à tour été orléaniste, républicain, fusionniste, bonapartiste, se montrant disposé à soutenir les régimes les plus divers, sans doute parce qu'il n'était dévoué qu'à l'ultramontanisnie. Il semblait alors avoir pour devise le Victrix causa dits j)iocuit du pointe païen. Faisant bon marché des libertés publiques et de la parole jurée, il avait, au nom de l'Kglise, salué le coup d'Etat et applaudi au rétablissement de l'Empire.
Non content d'acclamer la dictature subrepticement relevée en France, V Univers s'était plu à railler les vaincus, à les conspuer et à les bafouer, piétinant avec joie sur les libertés et les libéraux. « La France, disait-il quelques jours
• Grâce à la modération des uns, à la timidité des autres, celte déclaration ne fut, du reste, pas publiée.
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après le premier plébiscite, la France rejettera le parlementarisme comme elle a rejeté le protestantisme, ou elle périra en essayant de le vomir. . . Le peuple a dit à un homme : Mes orateurs me fatiguent, débarrasse-uioi , gouverne-moi'. '^ A cette époque où le pays, si longtemps enclin à l'idolâtrie de la parole, se montrait dédaigneux, des joutes oratoires, les pieux panégyristes de l'absolutisme allaient jusqu'à faire l'apologie du silence au nom de l'Kvangile, qui proscrit les paroles inutiles. Ces nouveaux adej)tes du culte de la force et de la fortune condamnaient le tond comme la forme des revendications libérales ; ils ne craignaient pas de nier la notion même du droit humain, interdisant le mot droit à la bouche des peuples comme aux lèvres des individus, sous le prétexte erroné que ce mot ne se rencontre point dans l'Ecriture.
On vit ainsi durant des années l'oracle, religieusement écouté de la majorité du clergé, prêcher quotidiennement, au nom de Dieu et au nom du peuple, l'absolutisme spirituel et temj)0rel, se complaisant à faire l'éloge de l'inquisition, de la Saint-Barthélémy, de la révocation de l'édit de Xantes, de tous les crimes et de toutes
' L'nicers du 26 décembre 1852.
les fautes dont l'Eglise avait le plus d'intérêt à se laver; se faisant, au profit du nouveau césarisme, le théoricien de la force et du despotisme militaire ; enseignant, suivant un sophisme que, par une significative rencontre, j'ai retrouvé à l'autre extrémité de l'Europe chrétienne, — chez les slavophiles moscovites, — que toute constitution rompait l'unité sociale et établissait un dualisme dont le résultat était d'annuler l'un par l'autre les deux termes du régime constitutionnel.
Or, parmi les vaincus du coup d'Etat et de l'Empire, parmi les orateurs dont V Univers se réjouissait de voir les lèvres closes, se trouvaient les j)lus vaillants champions de l'Eglise, notamment les auteurs de la loi de 1850. Ils étaient tombés avec la tribune, d'où leur voix avait si fortement retenti pour la défense de la religion et de la papauté. L'un d'eux, il est vrai, leur premier chef, Montalembert, s'était, durant quelques jours, en partie sous l'influence de Y Univers, en partie sous l'empire d'illusions que la conduite du prétendant devait bien vite dissiper, rallié, lui aussi, au coup d'Etat; ce fut la tache et le remords de sa vie. Lui qui, dès sa jeunesse, s'était fait gloire d'être l'amant de la liberté, il avait, depuis les journées de Juin, devant les
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excès commis en son nom, oublié que, selon la belle image empruntée à l'Ariosle par Macaulay, celui qui adore vraiment la liberté doit savoir lui garder sa foi sous quelque déguisement qu'elle se présente. Lorsque celle qu'il s'était babitué à vénérer comme une fée bienfaisante lui avait apparu sous la forme d'un serpent, il l'avait reniée et l'avait laissé écraser. Ce jour-là , Montalembert, pourrait-on dire, avait montré le côté faible des libéraux catboliques, et, par mallieur aussi, de bien d'autres, car le crime le moins pardonnable de l'anarchie, c'est, en la défigurant, de rendre la libeité odieuse. L'amour de MontakMnbert pour elle n'allait pas sans une certaine dose d'illusion, et il avait eu peine à lui pardonner ses déceptions, u Les rois sont remontés sur leurs trônes, s'écriait-il avec amertume le 19 octobre 1849 ; la liberté n'est pas remontée sur le sien, elle n'est pas remontée sur le trône qu'elle avait dans nos cœurs, n
Cette défaillance ne fut pas de longue durée ; quelques jours de dictature suffirent à le désabuser. Avant même que l'Empire fût officiellement rétabli, Monlalembert protestait avec une fougue indignée contre l'avilissement des doctrines hardiment serviles qui, au nom de l'Evangile, prétendaient vouer la France à l'absolutisme. S'il
avait paru lui-même admettre le renversement de la tribune, ce n'élait, affirmait -il, que comme une punition temporaire des fautes passées , comme une courte diète de malade , jamais comme un régime normal et dénnitit. Aussi mettait-il, dès 1852, une sorte de passion à flétrir ce qu'il appelait l'éphémère coalition du corps de garde et de la sacristie, et, d'une plume brûlante comme un fer rouge, il marquait sans pitié le front de ces pontifes de la force, de ces chantres du succès qui, après s'être prosternés devant la démocratie de 1848, avaient déjà rallumé leurs encensoirs pour de nouvelles idoles ' .
' Des intérêts catholiques au dix~?ieucième siècle. 1852. Dans le clergé même, plus d'un cœur éprouvait les mêmes sentimenls d'iiidignatioa. » Les hommes que je croyais dévoués à la liberté, et que je voyais dans une auréole de courage et de martyre, ont épouvanté mou âme d'enfant et de chrétien par ces hideux emportements que vous savez » , écriiait à Lacordaire Henri Perreyve, le 27 décembre 1S51. — Et quelques mois plus tard, le même noble jeune homme conûait ses découra<[emeuts au P. Adolphe Perraud, depuis évêque d'Autun. 0 II me semble, disait-il, que la liberté est morte. Trop d'applaudissements, trop de hourras ont accueilli de toutes les extrémités de notre malheureuse France ce que j'oserai appeler le viol de la patrie. Il semble qu'il n'y ait plus rien à faire, rien à espérer, mais que la honte seule et l'humiliation soient promises en de tels abaissements... Il est trop pénible de voir que les idées généreuses n'ont pas même trouvé de refuge auprès des âmes honnêtes amies de Dieu... La contagion du servilisme n'a-t-elle pas pénétré partout? Cela passe la mesure. »