L- ÉGLISE ET I.E 1, 1 B É H A 1. 1 S \I E . I(i
La Présideuce décennale avait laissé Monlalembert entrer au Corps législatif, l'Empire restauré Ty j)Oursuivail bientôt devant ses tribunaux pour lui en Icrnier la porte aux prochaines élections. L'orateur catbolique ne pouvait avoir de place sous un régime qui s'annonçait comme le règne du silence. Si sa voix retentit encore en dehors d'une assemblée dont les murs étaient calfeutrés de façon qu'aucun écho n'en arrivai au public, ce fut à l'étranger, à Matines.
Pendant que Monlalembert descendait de la tribune pour n'y plus remonter, le compagnon de SCS premières lutles, Lacordaire, abandonnait le chaire de \olre-Dame el, bientôt aj)rès, Paris et la prédication. S'il devait un jour reprendre ses conférences, c'était à l'extrémité de la France, à Toulouse, Il sentait, lui aussi, sans qu'on lui eût formeilement interdit la parole, que sa voix avait quelque chose de trop vibrant pour le voisinage des Tuileries, de trop strident pour la nouvelle ère impériale ' .
' Voyez la lettre à madame Saelchine du 6 mai 1852 et la lettre à madame de Favencoiirt du S" juin 1852. — « Le P. Iacordaire ue fera pas celle année ses conférences , écrivait H. Perreyve le 6 février 1852. Aiusi, de tout ce qui était libre et pur, rien ne reste. Ce n'est pas sans quelque consolation que je pense à la colère dont mon âme a été remplie aui premiers jours où j'ai pressenti toutes ces hontes. »
Le nouveau régime se piquait de protéger la religion, mais cette protection même inspirait peu de confiance à la plupart de ceux qui se souvenaient de la Restauration et des périls d'une étroite alliance du trône et de l'autel. Dès le 3 décembre 1852 , dans un mandement épiscopal, Mgr Dupanloup, un de ces hommes auxquels aucun régime n'eût pu fermer la bouche, demandait pour l'Eglise « la seule chose qui ne la compromit jamais, la liberté ^ , ajoutant, non sans intention, qu'il n'y avait pas moins d'honneur pour elle « à garder sa liberté sous Constantin, qui la protégeait, qu'à se montrer héroïque sous Dioclétien, qui la persécutait » .
Les laïques, à plus forte raison, sous la direction de MM. de Falloux et de Montalembert, ne dissimulaient pas qu'ils n'avaient de confiance dans la liberté religieuse que lorsqu'elle était assurée par les libertés générales. Les anciens chefs du parti catholique se trouvaient ainsi, comme sous Louis-Philippe, mais en de bien autres conditions, rejetés dans l'opposition et, comme sous la République, enchaînés à l'alliance deslibéraux, dont rZ7;i/t7ers leur faisait, dès 1849, un crime.