‹ Les catholiques libérauxChapitre 35 sur 52 · I.KGI.ISE ET I.E I.IIIK IMI.ISUE · texte numérisé non relu

I.KGI.ISE ET I.E I.IIIK IMI.ISUE

t'iirétieiis ; l'un, diTiaiit dci> iiiuov allons modernes, contempteur (les assemblées et du réjjime parlementaire, apolojjisle convaincu des pouvoirs forts; l'autre, apôtre du libéralisme et pionnier infati'jable de Tère dém()(Tali(|ue : M. de Bismarck et M. (îladstone, ex[)ritner publi(|uement |)ar la parole ou !a ()lume les apprcliensions suscitées cliez eux par le do«{me nouvellement inscrit au Credo catboli(pie '. A plus Inrle raison en a-t-il été ainsi chez les masses po|)ulaires, sur lesquelles les mots et les formules ont tant de prise. L'inlaillibililé a, sous ce raj)port, ravive l'impression du Syllabus, Auirni aux railleries banales et aux sarcasmes populaires un Irait de plus. Mlle n'a pas été étran<jère à la recrudescence de haines contre l'Kjflise, et à la campajpie anticléricale qui, en .Allemaj(ne, en Suisse, en France, en Bel'jique, en Autriche même, a presqjie partout signalé la lin du long pontifical de IMe IX.

Tout cela est incontestable : sur tous ces points, l'événement a jusiilié les craintes de la minorité du concile, et néanmoins les pnuuoteurs de la définition seraient en droit de soutenir qu'elle n'a pas attiré sur l'Eglise tous les maux ou les périls qu'en redoutaient leurs adversaires.

* M. de Bismarck dans ses dépêclies et ses discours ; M. Gladstone daas son Valicanisme.

2fS-2 LES CATHOLIQUES LIBER A LX.

Il a suffi de quelques années pour en affaiblir sin<|ulièrement l'effet, au dehors comme au dedans du sanctuaire. Les hommes d'État qui s'en étaient montrés les plus inquiets en ont vite pris leur j)arli, et l'on a vu les Bismarck et les Gladstone, après avoir affiché les craintes que leur iiLspirait l'autocratie pontificale, chercher à faire tourner au profit de leur j)olitique, en Allemajjue ou en Irlande, cette omnipotence papale dont ils avaient dénoncé les périls pour le pouvoir civil, lîien plus, les infaillibilistes peuvent se vanter d'avoir ralfermi la charjxmle séculaire de l'Église, consolidé (ont le vieil édifice catholique eu fortifiant la papauté, qui en est la clef de voûte et la maîtresse pièce. Au moment où le successeur de Pierre allait perdre sou sceptre temporel, ils lui ont assuré une; couronne que ni révolution, ni conquérant ne lui sauraient arracher. A l'heure oii l'Église, dépouillée de ses Étals territoriaux, ayant cessé de régner en souveraine sur sa capitale, pouvait sembler exposée aux divisions iuteslines et aux schismes nationaux, ils en ont étroitement resserré et pour ainsi dire vissé Tunilé, si bien que l'Église n'a jamais été plus papale et plus romaine que depuis le jour où Rome a cessé d'appartenir au Saint-Siège. C'est une chose en effet digne de remarque, que l'an-

née où le Pape a été oflicielleiiieut reconnu infaillible a été Tannée où le Saint-Siéjje a perdu sa royauté di\ fois séculaire. Dans la concordance de ces deux faits, dont Tun atténue singulièrement les conséquences de l'autre, les ultraniontains sont libres de montrer le doigt de la ProvidciRC, qui n'a laissé tomber la petite monarchie ilalicnue des papes qu'après avoir assuré leur monarcliie spirituelle et affermi leur empire dans l'Église. Il est vrai que les promoteurs de la définition, loin de s'attendre à la chute du trône temporel de Pie I\, s'imaginaient le fortifier et relayer avec l'inlaillibilité; mais n'est-ce pas ainsi d'ordinaire, en aveugles inconscients de l'œuvre à laquelle leurs mains travaillent, que les hommes sont les instruments des desseins de la Providence?

Toujours est-il (et tel est au point de vuepolitique le fait capital) que c'est au moment où les papes ont cessé de compter parmi les princes qu'ils sont devenus monarques absolus de l'Église; c'est la veille du jour où ils ont perdu leurs minces États temporels, que d'un bout à l'autre du monde catholique ils ont vu toutes les vieilles résistances nationales abdiquer solennellement à leurs pieds, de façon qu'en réalité jamais le Saint-Siège n'a été plus puissant

26i LES CATHOLIQUES LIBÉRAUX.

dans l'Eglise, jamais il n'a plus régné sur les âmes que depuis qu'il a cesse de donner des lois aux bords du Tibre et que le Pape vit eu prisonnier au Vatican. Telle est, en somme, pour qui regarde les choses de haut, la principale conséquence du dernier concile, et c'est là un fait que les hommes d'Etat ne sauraient perdre de vue; si, depuis le mois de septembre 1870, les papes, frustrés de leur ancienne souveraineté, restent humainement et politiquement désarmés, jamais dans le domaine religieux ils ne se sont trouvés mieux équipés pour la lutte.

En deiiors de là, en dehors du prestige et de l'ascendant qu'elle assure au Pape, l'érection de rinfaillibilité pontificale en dogme a peu modifié la situation intérieure et la constitution actuelle de l'Eglise. Contrairement à la thèse des vieux catholiques allemands ou suisses, on pourrait soutenir que le concile n'y a en réalité rien changé. Il n'y a guère, en somme, qu'un articlede foi de plus au Credo catholique, et cet arlide de de foi, jadis tant contesté, était dans la pratique accepté de presque tous les croyants, longtemps avant d'avoir été solennellement promulgué dans le transept de Saint-Pierre. Le concile s'est borné à convertir le fait en droit.

La définition de l'inlàillibilité a encore moins

LÉ G LISE ET LE LIUK 11 A Ll S M E. 2^0

modifié les rt'lalious de l'Eglise avec l'État et la société laïque. Kiuisafje-t-on les questions débattues parmi le elerjjé et les fidèles avant 1870, on trouve ainsi que le eoncile du Vatican n'y a presque rien ehanjjé. 11 n'a pas sulïi de la proclamation de l'infaillibilité romaine pour mettre fin aux divisions ou aux dissentiments des ealholiques.

Quant au pouvoir même du Pape, devant lequel tous s'ajjenouillaient d'avance, lediflcrend, déjà en 1870 plus tliéorique que pratique, soulevé entre les inlaillibilistes et leurs adversaires, a seulement été reculé et reporté plus loin. En proclamant le Souverain Pontife infaillible, le concile n'a pas rijjoureuseraent précisé les conditions dans lesquelles s'exerce cette infaillibilité. Le Pape est infaillible eu matière d'enseignement doctrinal sur la loi et les mœurs ; mais où finit la morale et où commence la politique? Il est infaillible quand il parle ex cathedra, c'est-àdire comme pasteur et docteur suprême; mais les conditions ou les signes de Ye.r cathedra n'ont pas été définis avec une parfaite netteté'. A cet égard, se retrouvent parmi les catholiques

' Sur la portée et les conditions de l'inruillibilité, voyez M. Emile Ollivikr, rEglise et l'Ktnt an concile du Vatican, i II, p. 359, 371. — Cf. t. I, p. 186, 199.

les deux teudances qui les divisaient avant 1870. Les uns, de tout temps jaloux défaire intervenir le Borna locuta est, sont portés h étendre démesurément la sphère de l'infaillibilité pontificale; les autres restent enclins à la renfermer dans certaines limites. Ces divergences de vues ou de sentiment n'ont du reste que peu d'importance pratique, tous les catholiques étant d'accord pour s'en remettre à l'autorité des chefs de l'Église . A en juger par les quinze dernières années, l'infaillibilité reste une souveraine prérogative dont, loin d'abuser, la sagesse pontificale semble peu disposée à ttiire un fréquent usage.

Aussi ne saurait-on s'étonner si le dogme promulgué en 1870 n'a pas mis un terme aux dissensions des calhcdiques français ou belges, si, pas plus que le SijUahus, rinfaillibilitén'a résolu la question des rap|)orts de l'Kglise et de la société moderne, c'est-à-dire le point sur lequel portent aujourd'hui et porteront longtemps encore les dissentiments des catholiques. Les controverses doctrinales, qui, durant des siècles, ont tenu l'Eglise plus ou moins divisée, ont cessé. Les querelles parallèles des jansénistes et des molinisles, des gallicans et des ultramontains ont été les dernières, mais l'unité absolue, la concorde pariîiite n'est pas de ce monde. L'es-

Page 1