PRÉFACE. XXI
symétrique. La collection de l'Ére nouvelle offrirait peut-être, si on la lisait assidüment , une réponse à tous les desiderata sur cette matière. Mais ne serait-il pas injuste d'imputer au P. Lacordaire, comme définitives, les opinions émises dans un journal quotidien qui lui a donné tant de soucis, et qui a eu de son consentement, ou méme de son fait, une mort si précoce aprés une vie si précaire? Dira-t-on qu'on pouvait renouer les fils de son système au moyen de ses œuvres inédites dont M. l'abbé Henri Perreyve vient de commencer la publication par un volume qui porte ce titre : Lettres du P. Lacordaire à des jeunes gens? Mais cet héritier littéraire de l'immortel restaurateur de l'ordre de saint Dominique en France, s'il n'était pas l'héritier présomptif, n'est pas non plus un héritier présomptueux, et il serait le premier à regretter qu'on imputát à son glorieux ami les commentaires que sa plume élégante et légére met en téte des piéces du grand maître comme un filigrane destiné à sertir de précieuses reliques. Du moins c'est ainsi que nous jugeons son zéle filial, quoique nous ayons quelques reproches à lui faire.
C'était bien assez de recueillir les moindres feuilles volantes consacrées par la belle écriture du grand orateur, il ne fallait pas ramasser jusqu'aux paroles que l'improvisation avait risquées, et dont l'oubli effacerait un jour l'imprudence. Nous savions bien que les directeurs du Cercle catholique avaient cru pou-
XXII PRÉFA E.
voir considérer leur louable réunion comme une représentation au petit pied de la jeunesse française fidèle à la foi et aux lois de l'Église, et qu'en conséquence ils l'avaient présentée au P. Lacordaire afin de le complimenter de sa réception à l'Académie. On disait qu'à cette occasion, l'illustre récipiendaire, déjà malade et soucieux, fatigué d'une série interminable de visites où son rôle le plus attrayant avait été de s'offrir au suffrage des immortels, comme le trait d'union de la religion et de la liberté, on disait que le P. Lacordaire avait terminé sa réponse aux jeunes gens qui le saluaient, par ces mots : Je veux vivre en catholique pénitent et mourir en libéral impénitent. C'était vraisemblable. L'entrainement de la langue chez un orateur politique que les événements contrariaient, le plaisir d'une antithése chez un futur académicien qui était devenu précieux dans sa dernière maniére, tout explique cette boutade, tout, excepté la réflexion. En effet, pour peu que le P. Lacordaire se füt recueilli, comment aurait-il pu comparer le devoir imposé à tous les fidèles et surtout aux religieux, de vivre en catholiques pénitents, avec la fantaisie qui lui prenait de mourir en libéral impénitent? Un pareil vou n'était-il pas au moins téméraire, et Rome ne pouvait-elle pas l'en relever? Déjà il avait fait pénitence du libéralisme de l'Avenir; plus tard il avait eu des regrets, sinon des remords, du libéralisme de l'Ére nouvelle. Qui pouvait lui donner l'assurance que