PRÉFACE. XXIII
le libéralisme incohérent auquel il s'était abonné en fin de compte, neserait pas plus l'objet d'une condamnation de la Cour de Rome, que la nécessité monastique de vivre en pénitent? Il n'y avait donc là qu'une bravade excusable par la précipitation, quoiqu'une langue plus mortifiée y eût échappé. Mais fixer sur le papier qui reste, et sous la presse qui multiplie, cette parole mal sonnante que le vent ne demandait qu'à emporter, la donner à la jeunesse frangaiseà qui M. l'abbé Perreyve confie la garde de la gloire du P. Lacordaire, comme une maxime fondamentale, comme une devise héraldique, comme un mot testamentaire, novissima verba, i| y a là un abus de zèle que nous déplorons et que nous traiterons avec indulgence en l'appelant un enfantillage.
Toutes ces considérations nous ont fait abandonner le projet de discuter les théories libérales du P. Lacordaire et de son disciple favori, l'abbé Perreyve. Nous avons préféré à cette réputation consommée et à cette renommée débutante, un autre nom qui n'a aucun rayon de soleil couchant ou de soleil levant comme on disait à Sorréze, mais qu'une importance sérieuse dans la propagande libérale désignait à notre attention. Avant sa mise à l'index, il est certain que la brochure de M. l'abbé Léon Godard pouvait faire beaucoup de mal. L'auteur, professeur dans un grand séminaire de France, exerçait sur le jeune clergé de son diocése, un véritable ascendant. Cette influence a pu
XXIV PRÉFACE
diminuer par suite des longues absences qu'il a dû faire en Afrique, en Espagne et en Italie, où l'envoyaient des commissions du gouvernement. Néanmoins il faut convenir qu'il avait travaillé son livre avec soin, qu'il avait étudié la matière dans des auteurs que la plupart des écrivains politiques n'ont guère la patience de consulter, et que s'il remplit les autres missions dont il peut être chargé, comme il s'est acquitté de celle qu'il s'était sans doute imposée à lui-méme en défendant d'office les principes libéraux, les honoraires qui sont attachés à ces travaux scientifiques lui sont bien légitimement acquis. Sans la censure de la S. Congrégation romaine, son volume avait chance de devenir un manuel à l'usage du jeune clergé frangais sur les principes du droit nouveau, à peu prés comme celui que M. Dupin avait écrit autrefois dans la méme intention, à la méme adresse et avec le méme insuccès, sur le droit ecclésiastique moderne.
La condamnation de l'Index, beaucoup plus définitive sans aucun doute que des journaux trop complaisants envers l'infortune de M. l'abbé Godard n'ont voulu en convenir, a pour jamais retiré son livre des mains du clergé. Mais les arguments, les méprises qu'il invoquait à l'appui de ses erreurs, sont-ils également écartés de la circulation? Nous n'osons l'espérer, car il faut bien l'avouer, le livre du professeur de Langres a eu un moment une vogue presque com-