‹ Les catholiques libérauxChapitre 3 sur 34 · PRÉFACE. . IX · texte numérisé non relu

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une volonté chrétienne comme pape et une volonté rationaliste comme roi, la religion dans le cœur et la philosophie dans la téte. L'absurdité de ces deux sœurs immortelles, souvent en guerre et rarement en trève, éclate à tous les yeux, dés qu'on pense à les loger dans la personne du Pape. On permet donc à Pie IX de voir tous les cas de conscience politique d'un œil chrétien. Mais alors où lui trouver des sujets qui consentent à vivre sous le despotisme d'un gouvernement qui se confesse? On répond à cela qu'on lui en laissera le moins possible, la foi aux bons effets du catholicisme dans ses rapports avec la civilisation étant rare parmi les hommes du xix* siècle. On désespére méme d'en trouver en dehors de la caste cléncale, et l'on ne craint pas d'annoncer aux Romains de la ville éternelle et du patrimoine de saint Pierre, qu'ils, sont sacrifiés comme citoyens, afin de sauver une institution nécessaire à deux cents millions d'âmes, moyennant une indemnité consistant en contemplation dans les cloitres; en réverie dans les ruines, en dilettantisme dans les musées et en billets de premiére place dans les pompes du catholicisme. Mais les catholiques libéraux, quelqu'amoureux qu'ils soient du siècle, doivent avoir pudeur de pareilles conséquencés. Il répugne trop au dernier vestige de la dignité baptismale, de considérer la qualité de sujets de saint Pierre comme une servitude passive par la force des choses, et de croire que Jésus-Christ veuille

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que son vicaire soit roi pour faire le malheur et la décadence des citoyens romains. |

Que les catholiques libéraux adoptent cette opinion sur la condition des papalins ou qu'ils la rejettent, que ceux-ci leur semblent dignes de compassion ou dignes d'envie, du moment qu'ils croient à la liberté de la presse et à la liberté des cultes dans le reste de l'Italie, ils n'en rendent pas moins la question romaine insoluble. En effet, quand personne ne pensait à ces libertés comme à des droits inamissibles et originaires de tout homme constitué en société, les Romains n'y pensaient pas plus que les autres, ils ne se faisaient pas plus de pitié à eux-mémes qu'ils n'en recevaient des autres peuples. Au contraire, quand ces libertés envahirent plus ou moins le nord de l'Europe, le midi conserva une civilisation encore assez splendide pour donner aux papalins bonne idée de leur sort, et le régne temporel des papes ne perdit rien de sa félicité et de son éclat. Mais peu à peu la réforme et la révolution s'approchérent des Alpes, sans les franchir, etalors le gouvernement pontifical éprouva des embarras qui augmentérent à mesure que les chemins de fer et les bateaux à vapeur soumirent la péninsule à des affusions périodiques de l'esprit révolutionnaire qui infestait le reste du continent. Néanmoins fant que les principes constitutionnels, qui n'ont rien de commun avec la forme représentative, soit dit en passant, ne parlérent pas italien, il y eut encore

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moyen de maintenir sur la tiare du Pape la couronne temporelle. La législation civile, inspirée par l'Évangile tel que l'Église l'interpréte, régnait jusqu'aux frontières naturelles que les montagnes et la mer ont dessinées. Mais si vous, catholiques libéraux, vous laissez franchir de votre aveu les Alpes aux droits de l'homme, à la liberté de la presse, et à la liberté des cultes, si vous les implantez en Italie au-dessus et au-dessous des États de l'Église, si ces libertés parlent la méme langue que le sénat et le peuple romain, si elles ne sont plus séparées d'eux que par une ligne de démarcation qu'on reconnait sur la carte à sa couleur, et qui est purement nominale sur le terrain, alors vous qui prétendez que l'infiltration de ces libertés ne passera pas la frontière romaine, vous espérez que la verge d'un nouveau Moise frappera les flots de la mer Rouge et les laissera indéfiniment suspendus autour du patrimoine de saint Pierre. Vous comptez sur le plus surnaturel des miracles, pour rendre possible la moins surnaturelle des fonctions pontificales. Comment les écailles ne tombent-elles pas des yeux sous le choc électrique de pareilles absurdités!

À ces raisonnements si simples qui démolissent le système des catholiques libéraux comme un château de cartes, l'histoire contemporaine s'adjoint pour leur envoyer les mortifications de l'expérience les plus inattendues. Quand on a songé à appliquer le libéralisme à toutes les plaies de l'Église, comme un

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remède envoyé par la Providence à une maladie humainement désespérée, on a répondu aux hésitations des hommes graves qui doutaient de la nouvelle médication et qui voulaient des exemples, par la liberté comme en Belgique. Mais la petite Belgique, enclavée dans la population de l'Europe la plus dense, assu- Jettie à des répercussions continuelles de la politique internationale, quelque séduisante qu'elle füt d'abord, a bien pu paraitre un champ-clos d'expérimentation mal choisi et peu concluant. Du reste la Belgique n'a pas tardé à se gáter méme au milieu de conditions exceptionnelles, et aprés qu'on a entendu les doléances du parti catholique belge pendant quinze ans, la liberté comme en Belgique a exercé beaucoup moins d'attraction. Mais il existait une terre transatlantique dont on parlait moins et à laquelle on révait davantage, un vaste continent où la liberté moderne, loin d'être implantée d'une manière plus ou moins artificielle, était née avec la civilisation, où elle avait produit une grande république dont on racontait des merveilles de courage, de richesse, d'industrie, de patriotisme, prés desquelles l'Europe chrétienne pâlissait et pâlirait de plus en plus, à moins qu’elle ne se hâtät de copier les nouvelles méthodes de self-government. Sans cette transformation, l'Europe rivale de l'Amérique devaitsubir la mémeinfériorité que de deux armées s'avangant sur un champ de bataille, celle qui garderait des fusilsà méche vis à vis de l'autre qui aurait

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des fusils rayés. Les nations du vieux monde, encore un peu christianisées dans leur expression politique, grâce aux concordats que la sollicitude des papes leur a ménagés quand elles n'étaient plus capables de porter le droit canonique intégralement, ces nations devaient être devant les citoyens gigantesques du Nouveau Monde comme des Chinois en face des Européens.

Il est certain que le prestige était puissant, et que des esprits supérieurs, pour peu qu'ils s'écartassent des données de la foi, pouvaient s'y tromper. L'Église en particulier semblait n'avoir qu'à se louer de cet état de choses. Elle cireulait au milieu de cette fourmilliére humaine presque sans entraves, pourvu qu'elle empruntát un costume déguisé. L'avenir était peutétre là en germe. On avait donc trouvé sur l'autre rivage de l'Océan, la solution de ce nœud gordien qui avait épuisé la patience du Moyen Age et que le génie moderne plus indompté menagait d'un coup d'épée : les rapports de l'Église et de l'État. Il ne s'agissait que de les supprimer tous! Quant aux lois sur la presse que l'Europe avait faites, défaites et refaites, rien n'était plus aisé que la rédaction de ce code, il suffisait de faire une loi qui défendit d'en faire aueune. Tout cela était simple comme une idée de M. Émile de Girardin, hélas! et vide comme elle! Cette apparence de peuple, cette ombre de civilisation s'est évanouie dans l'espace de deux ans; ces États-

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Unis recelaient des ferments de discorde pires que les haines européennes dans les plus mauvais temps de notre histoire. La guerre a pris là des proportions de colére et de massacre qu'il faut comparer aux collisions des Impériaux et de Taipings qui nous arrivent en méme temps de l'autre bout du monde, et la supériorité incontestable de ces fréres féroces d'Amérique dans la banque, la marine et l'industrie, ne leur a donné que la liberté de tuer à grande vitesse autant d'hommes que les guerres de religion en avaient consommé en cent ans, et que l'épopée militaire de l'Empire en avait rassemblé pour jouer son drame en cinq actes et vingt tableaux. o.

Cette expérience si bien commencée a si mal fini, qu'elle devrait désillusionner tout le monde; on avait báti en quelques mois des villes admirables d'architecture, et tout s'est écroulé en quelques heures. C'était si beau! D'où pouvait venir une catastrophe si incompréhensible? Une enquête est votée qui amène la découverte d'un léger vice de construction ; pour aller plus vite et dépenser moins on avait omis partout de faire des fondements! Et les courages s'équilibrent tellement, la rage du duel est si atroce, que si les vieilles nations européennes qui vivent encore de la tradition chrétienne, tout altérée qu'elle soit, que si la France, l'Angleterre et la Russie ne s'interposent pas, les États-Unis d'hier vont se dévorer aujourd'hui,

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