‹ Les catholiques libérauxChapitre 4 sur 34 · PRÉFACE. XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XV

et refaire un désert sanglant du désert verdoyant qu'ils avaient défriché il n'y a pas un siècle.

Nous ne nions pas que les libertés de l'Amérique du Nord, que les lois de Washington et de Franklin n'aient servi l'Église, comme tant d'autres causes occasionnelles, et sous ce rapport nous ne leur refusons pas une part de notre reconnaissance, mais il est évident ajourd'hui qu'elles n'ont apporté au monde ni une lumiére pour déméler les problémes de l'ordre social, ni un élément pour augmenter le bonheur humanitaire. Il. n'y a pas le moindre doute qu'il ne soit fort commode de pouvoir tout penser, tout dire, tout imprimer, tout précher, tout adorer dans un nouvel essai de civilisation. Cependant si l'ordre social doit perdre en solidité ce qu'il acquiert en facilité, si la société qui est le substratum de l'Église s'abime sous les pas des missionnaires, au moment où ces nouveaux apôtres trop infatués du droit nouveau et trop peu doués du don de prophétie s'y attendaient le moins, alors ils devront regretter la législation européenne au lieu de nous donner la leur à envier. Ne vaut-il pas mieux en effet subir la persécution etles tracasseriesauxquellesl'Église est tour à tour assujettie en Europe au sein d'une société qui ne peut ni lui donner sa confiance ni la lui retirer, et à qui cette ambiguité suffit, Ô miséricorde de Dieu! pour rester la premiére race du monde; que d'aller chercher dans un autre hémisphére l'accueil et les sourires de la liberté, en marchant sur un ter-

XIV PRÉFACE

rain miné par l'absence politique du Christ rédempteur?

À des raisons aussi péremploires que peuvent opposer les partisans du eatholieisme libéral? C'est par la réfütation de leurs objeetions que notre démonstration doit se compléter. Nous avons recherché de bonne foi les plus spéciouses, présentées par les éenvains les plus autorisés du parti, Nous nous sommes arrètés à quatre catégories : un prélat, un prètre, un homme d'État de l'opposition et un publiciste du gouvernement,

Parmi les prélals qui ont éerit sur le libéralisme moderne, notre ehoix a eu de la peine à se fixer, Mar Parisis, évèque d'Arras, élait de l'aveu de ses émules l'auteur le plus renommé sur ees matières. Cependant nous avons du l'éearter, C'est que l'ancien éveque de Langres n'a jamais aeeepté le libéralisme en prineipe, qu'il l'a pris comme la législation des temps et des lieux le donnait, et qu'il a simplement enseigné le parti eatholique À manier cet argument «d hominem eomme une arme défensive, ll est vrai que dans les Ces de conscience. politiques, l'illustre éenvain avail pensé que, méme avee son viee originel,

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le libéralisme moderne pourrait encore rendre d'éminents services à la société, et qu'il avait tiré à ce sujet des horoscopes qui sont restés à l'état d'utopie. Mais il est juste d'ajouter que les événements généraux dans les deux mondes ont eonsidérablement refroidi les espérances du vénérable auteur, et amendé ses premières opinions, On sait d'ailleurs que l'édition des (as de conscience politiques est depuis longtemps épuisée, et qu'il n'a pas permis qu'elle fût renouvelée.

Au contraire, Mar l'évêque d'Orléans est resté un fervent admirateur des principes libéraux, à l'instar de ses collègues de l'Acadéinie, et s'il est vrai, comme la lettre de Mur l'évêque de Montauban le donne à penser, qu'une phrase en faveur de ces principes avait été proposée dans la rédaetion de l'adresse des 300 évêques réunis à Rome pour les fêtes du mois de juin 1862, il est permis d'auguree que Myr Dupanloup n'eüt pas voté contre elle, i| ne serait même pas téméraire de supposer que l'initiative de cette proposition ne lui revint en tout ou en partie. Cependant nous n'ayons pas jugé à propos d'entreprendre l'examen eritique de son livre de la Pacification religieuse, par celle raison qu'il a été écrit à une époque où le célèbre prélat n'était pas revêtu de la dignité épiscopale, et que de ee chef, il ne rentrait pas suffisaminent dans les catégories que nous nous étions tracées,

Myr Maret, évêque de Rura et doyen de la Sorbonne,

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est peut-étre le dernier dans l'ordre des temps qui ait eu le courage de soutenir les principes libéraux, comme on peut le voir dans le discours Sur la situation de l'Église qu'il a prononcé devant le plus imposant auditoire, pour l'inauguration des cours de la Faculté de théologie, à la rentrée qui suivit de prés son sacre. Mais i| est nécessaire d'observer qu'un discours de rentrée, s'il est prononcé en chaire au milieu du Saint-Sacrifice, ne peut pas être considéré comme faisant partie des cours, et que sous ce rapport il échappe à la critique d'un inférieur dans la hiérarchie, comme tout ce qui dans la vie d'un évéque est couvert par limmunité de son ministére. Les quelques infractions qui ont été signalées à cette régle que le droit canon a tracée, et que les convenances indiqueraient seules, ne nous ont pas beaucoup tentés d'en devenir les imitateurs.

Ces noms écartés, notre choix s'est fixé sur le dernier ouvrage de Mgr de Ketteler, évêque de Mayence, qui a pour titre : LIBERTÉ, AUTORITÉ, ÉGLISE, Considération sur les grands problèmes de notre époque, et voici pourquoi : sans parler des éminentes qualités du vertueux prélat d'outre-Rhin, il suffit de dire que les catholiques libéraux de France se sont réunis à donner sa brochure comme le manuel classique de leur système. Ils l'ont fait traduire en français avec un empressement auquel n'a pas répondu, dit-on, celui des lecteurs. Mais il est impossible de s'en prendre

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