XIII
Alors, dira-t-on , que proposez-vous? Nous le dirons hardiment : de sacrifier les Italiens au Pape, tant que la religion catholique restera une grande confession religieuse dans le monde. (avait été évidemment le plan d'Henri IV, pour le temps où le protestantisme aurait pris, comme il le prévoyait, son assiette en Europe. Ce doit être aussi le plan d’un congrès, après que la sécularisation s’est installée dans les lois et dans les mœurs de presque toute la société moderne. Que ce sacrifice soit un bien ou un mal pour les Italiens, là n’est pas la question. Il est clair qu'aux yeux des catholiques qui connaissent la portée de leur religion, le sort des Italiens sera trésdigne d'envie, et il est clair également que pour les partisans de l'anglicanisme et des conquêtes de 89, les Italiens supporteront un donimage notable ; mais, encore un coup, ce n'est pas la question. Comme il est impossible de faire vivre ensemble la révolution, l'hérésie, l'indifférentisme d'une part, et la papauté de l'autre, sur un espace aussi étroit que la péninsule, et comme on ne peut non plus ni exiler ni supprimer la papauté , force est bien d'abandonner l'Italie à son influence.
Pourquoi les libres-penseurs et les constitutionnels ne s'en consoleraient-ils pas par les mémes motifs qui rassuraient Henri IV à la veille de son abjuration? Ses ministres lui disaient que la religion protestante était la
plus parfaite, mais ils convenaient qu'on pouvait se sauver dans la vieille religion romaine. De méme les publicistes de la sécularisativn disent que l'indépendance absolue de l’État est la perfection du droit public et le dernier terme du progrès politique, mais ils conviennent qu'aprés tout la civilisation catholique a produit d'assez beaux résultats quand l'Europe était encore mineure, et que de grands hommes (pour le temps) y ont fort applaudi. Ainsi, par exemple, Pepin, Charlemagne, saint Louis, saint Étienne de Hongrie, saint Henri d'Allemagne, Huniade, Scanderberg, Isabelle la Catholique, Gonzalve de Cordoue, Christophe Colomb, Sobieski. C'est cette méme civilisation chrétienne qui a donné à la péninsule cette primauté que l'abbé Gioberti fait sonner trop haut, et dont la brochure a dit, en mettant un mot de Tacite dans la bouche des Italiens : « Nous aurions perdu la parole avec la mémoire, s’il était en notre pouvoir d'oublier ou de nous taire. »
Sans doute, d’après notre projet, les Italiens ne pourront contrefaire ni les Anglais de 1688, ni les Américains de 1775, ni les Français de 1789, mais ils seront libres de rester eux-mémes. Ne peut-on pas demander ce léger sacrifice à ceux qui n'ont conservé de leur ancienne grandeur que l'orgueil de l'avoir justifiée, et l'espérance d'en retrouver un jour quelques débris ?
Mais nous disons trop peu. À Dieu ne plaise que nous ayons envie d'enserrer toute l'activité du peuple italien, au risque de la faire éclater, dans le cercle inflexible de sa gloire historique et de sa grandeur passée ! Il n'est pas du tout prouvé que l'ancienne civilisation de l'Italie ait
épuisé toute la sève du principe catholique, et qu’elle ne puisse pas commencer une carrière de progrès inconnus, une ère nouvelle, comme on dit aujourd’hui, sans sortir du fondement qu’elle avait choisi, le règne perpétuel de Jésus-Christ, solennellement décrété par la république de Florence, et sans s'adapter un autre moteur que la papauté. Le contraire est méme positivement prouvé. Pour ne toucher ici que le cóté qui préoccupe le plus, le progrés matériel, certainement si les grands Italiens ressuscitent dans leur postérité, les Médicis consacreront un palais de cristal à l'exposition universelle des beauxarts, Giannibelli construira des chemins de fer, André Doria aura une flotte à vapeur, Marc-Antoine Colonna y ajoutera l'hélice, Alexandre Farnése donnera à son infanterie la carabine rayée, et Alphonse d'Este, au lieu de conserver les canons victorieux de Ravenne, adoptera l'artillerie de la garde impériale. |
Il est vrai, encore une fois, que cette transformation de l'Italie fidéle à elle-méme ne serait pas une révolution, mais une simple évolution, ce qui n'a pas, nous le savons, le méme charme, méme pour ceux qui caressent le plus discrètement les Espérances de l'Italie. Mais enfin ce serait un spectacle original, et qui aurait bien son prix aux yeux de l'Europe, de voir les Italiens, profitant de l'expérience accumulée par leurs ancétres et des découvertes industrielles dues à l'esprit contemporain, élever la civilisation catholique à un épanouissement sans comparaison dans l'histoire. Car si l'Europe, qui est bien loin, elle aussi, d'avoir tiré les dernières conséquences des principes révolutionnaires, se trouvait acculée à des abimes,
emportée qu'elle est par la grande vitesse de la logique, ce tableau de la civilisation chrétienne qu'elle aurait conservé dans ce vaste musée vivant qui s'appelle l'Italie, pourrait appeler ses regards et ses regrets et devenir le théme de ses espérances. Serait-ce acheter trop cher cette ressource 2n extremis que de sacrifier à cette fin les espérances de cette école Jeune et virile, qui depuis quinze ans résume et dirige tout le mouvement national du Piémont ? Une virilité de quinze ans, n'est-ce pas l'enfance, quand il s'agit de diriger un mouvement national qui date bientót de deux mille ans!
Les meilleures raisons militent donc en faveur d'une nouvelle expérience catholique de l'Italie. Mais, nous l'avons dit, l'Italie, abandonnée à elle-méme, sera trop déchirée par les partis que l'Angleterre et les nations libérales ont fait germer sur son sol, pour tenter sérieusement cette expérience et la rendre décisive. Le gouvernement sarde, à lui seul, suffirait à rendre toute tentative en ce genre absolument impossible. Dévoyé des traditions de la maison catholique de Savoie dans les sentiers de la révolution, pris au mot de toutes les avances qu'il lui a faites et de tous les engagements qu'il a contractés avec elle, il ne peut plus rentrer dans la voie historique de la nationalité italienne, dont sa position géographique le constituait la sentinelle, sans l'aide d'une main plus puissante que lui et que la révolution
qui le domine. Gouverner, c'est prévoir, on ne saurait trop le répéter. L'Europe conservatrice, et surtout les grandes nations catholiques, doivent envisager directement cette question piémontaise, si elles veulent assurer l'équilibre du monde : on ne peut pas l'endormir par des défaites ni l'étouffer par des victoires. Nous souhaitons ardemment que la diplomatie fasse, la veille ou le lendemain d'une lutte, ce qu'elle fera infailliblement quand l'anarchie, fruit nécessaire d'éléments inconciliables et vivaces, évlatera. | Nous proposons donc de mettre en tutelle la péninsule italique sous la garde dévouée et sympathique de la France et de l'Autriche, qui s'imposeraient à elle, sans changer d'ailleurs ses frontiéres, sans déplacer les limites intérieures de ses États, sans déposer les pouvoirs qui n'opposeraient pas à cette restauration catholique une rébellion insurmontable. Nous avouons que cette tutelle armée altére bien à première vue l'indépendance des peuples ; mais le catholicisme comme la révolution, et plus qu'elle, a un but général devant lequel les intéréts de nationalité ne sont que secondaires. La partie de l'Europe moderne issue de la réforme et de la révolution, est liguée contre les principes qui avaient triomphé jadis en Italie sous les pontificats vraiments générateurs de saint Léon le Grand, de saint Grégoirele Grand, de saint Grégoire VII, d'Innocent III, de Grégoire IX, de Paul IV, de saint Pie V et de Sixte-Quint. La France et l'Autriche sont condamnées, pour longtemps peut-être, à lutter seules contre les grands empires du schisme, de l’hérésie et du rationalisme, dans un double intérêt de conser-
vation territoriale et d'expansion morale, au profit du peuple choisi de Dieu, pour assurer à leur confession religieuse sa majesté. Les motifs de la protection austrofrançaise en Italie s'expliquent donc très-facilement. La vieille confédération italienne, réalisée dés la première phase de son développement social, est rompue. L'unité de principe et de législation, celle de penser et de sentir, ce ciment assuré, infaillible des agglomérations humaines que les siècles avaient mûri, toutes ces vénérables murailles de l'Église latine sont tombées au bruit des trompettes révolutionnaires, et la manie du plagiat dont sont atteints ceux qui se croient patriotes les empéchera indéfiniment de remettre pierre sur pierre.
Dans ces conjonctures, la loi suprême du salut européen commande la suzeraineté morale de la France sur le Piémont et de l'Autriche sur la Lombardie; mais qu'il soit bien entendu que ces moyens de tutelle ne sont que temporaires dans notre pensée et n'ont d'autre but que de surveiller, de garantir et avancer l'éducation nationale des Italiens. Les deux grandes puissances catholiques ne doivent partager cette couronne de protectorat et la garder qu'aussi longtemps que l'intérét de la péninsule papale l'exigera. Leur intention doit toujours étre de créer libre et indépendante la nationalité italienne aussitót qu'elles le pourront.
Maintenant qu'arrivera-t-il de cette restauration de la civilisation catholique que nous convions la diplomatie à
entreprendre en Italie, si elle ne veut pas soulever dans un temps donné les intéréts conservateurs et religieux du monde? D'abord, nul doute qu'elle ne réussisse. Quand les Italiens anglais, voltairiens, américains, seront parfaitement, irrévocablement certains qu'ils sont sacrifiós au repos de l'Europe, le vrai patriotisme s'emparera d'un plus grand nombre qu'on ne pense. Aidé des grands travaux qui ont illustré dans ce siècle les problémes du christianisme, le clergé ramènera la génération suivante à l'autonomie italienne ; le reste s'expatriera de lui-méme. C'est là un bon cóté des longs courriers à vapeur et des chemins de fer.
Enfin qu'adviendra-t-il de la papauté ? Ou son importance confessionnelle dépérira pendant les trois siècles de vie dure que l'éclectisme lui reconnait encore ; alors, mais seulement alors, le temps sera venu d'émanciper, de séculariser les Italiens à leur tour, c'est-à-dire de les émanciper et de les séculariser les derniers de tous les Européens. Le bon sens le dit, et cet écrit n'a d'autre but que de le démontrer. À moins toutefois que l'Italie, qui est la garde noble de la papauté, ne puisse pas supporter la déchéance d'un si glorieux empire, et qu'elle aime mieux mourir que de se rendre aux innovations.
Ou bien la papauté franchira cette limite assignée par les astrologues de la philosophie aux funérailles d'un grand culte, et les Italiens, plus fiers que jamais de leur civilisation catholique, auront ramené dans le grand courant national toutes les fuites d'eau qui le tarissaient. Alors il sera temps de reprendre l’œuvre entreprise par Jules IT, si ingratement calomnié, entrevue par Paul IV
et saint Pie V, et jugée par Pie IX comme désirable et impossible; car les barbares, aux yeux des Italiens pur sang, sont bien moins les Allemands, les Français et les Espagnols, que les hérétiques, les indifférents et les rationalistes... Mais quand ces sectes anti-chrétiennes auront disparu du sol de la terre sainte qui forme la première zône de sûreté autour du donjon de Saint-Pierre, il est permis de penser et de dire que les grandes nations catholiques du patriarchat d'Occident deviendront ellesmémes des barbares par rapport à la primatie d'Italie. Inutiles à la sécurité du père de leur famille religieuse, elles n'auraient plus qu'à se retirer avec sa reconnaissance et ses bénédictions. Si cependant vous supposiez que l'ambition leur soufflát de mauvais conseils, le Pape, àla téte d'une confédération dont aucun dissentiment impie n'affaiblirait le lien, pourrait crier: Fwor? : Barbari, et la justice, partout où elle se trouverait armée dans le monde, répondrait à son appel.
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Avant de clore ce travail, nous devons signaler deux publications relatives à notre thèse, et fort importantes assurément, qui se sont produites pendant le cours de l'impression. La première est la brochure intitulée : Accord de la Religion et de la Liberté, que M*' Cruice, évéque de Marseille, a fait parattre au commencement de cette année. Nous l'avons lue avec l'empressement et l'intérêt que provoque toujours la plume savante de l'ancien supérieur de l'École ecclésiastique des Carmes , école dont elle nous a paru reproduire le programme, en ce qui concerne les études historiques sur le moyen áge et les temps modernes. L'esprit de ce cours d'histoire se rapproche beaucoup du livre de Mer de Ketteler, et cette ressemblance nous dispense d'une discussion approfondie, si nous.avons réussi à faire prévaloir nos convictions sur celles de l'illustre prélat allemand. Cependant nous pouvons toucher, sans
craindre les redites, à certains faits allégués par M5" l'évêque de Marseille. Sa Grandeur nous permettra sans doute de lui présenter nos hésitations et nos objections, puisqu'elle reconnaît les droits de la liberté dans les discussions entre écrivains de bonne foi, liberté au reste qui, loin de diminuer le respect dà à sa personne, augmente au contraire l'autorité qui s'attache à sa réputation.
M*' Cruice soutient naturellement cette opinion si chére aux catholiques libéraux, et si rebelle à l'histoire à mesure qu'on l'approfondit, que l'Église a toujours été intolérante pour les hérésies et tolérante pour les hérétiques. « L'Église veut régner dans le sanctuaire le plus intime de l'àme, et elle n'y peut pénétrer que par la foi et l'amour. Elle veut soumettre à son autorité notre volonté et notre liberté, et elle ne peut nous faire accepter cet empire que par les seules forces de la vérité et de la charité. — Combien sont injustes ceux qui accusent l’Église de persécuter ses adversaires et de vouloir enchatner leur liberté! — Quels sont les évéques et les prétres que l’on pourrait accuser d'intolérance? » Suit une chaîne de tradition patristique, dont les anneaux s'appellent saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Augustin, saint Hilaire, saint Optat de Miléve. Nous tromponsnous de beaucoup en devinant que Monseigneur a découvert ce trésor de citations, enfoui dans le IV* volume
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de l'Histoire critique de l'Inquisition. d'Espagne , par Llorente, au chapitre xrv ? Mais la réputation de l'auteur et la qualité du livre qui pourrit à l'Index depuis tant d'années, n'auraient-elles pas dà lui inspirer des soupcons sur la valeur de ces textes, et lui donner à craindre que le contexte ne répondit pas à la verve passagére d'une phrase, qui visait plus au mouvement oratoire qu'à la définition doctrinale? |
Nous lui proposons d'en juger lui-méme en remettant sous ses yeux la conduite de saint Martin de Tours, dans l'affaire des Priscillianistes, pendant son séjour à la cour impériale de Trèves. Le docte prélat la raconte ainsi :
« Cependant , en l'année 384, pour la première fois, «un acte d'intolérance affligea toute l'Église. Deux évé- « ques, Ithace et Idace, portèrent des plaintes au tribu- « nal de l'empereur Maxime contre Priscillien et ses « adhérents. A cette nouvelle, la chrétienté entière s'in- « digna; saint Ambroise et saint Martin de Tours pro- « testérent, car jamais, jusqu'alors, un évêque ne s'était « fait accusateur. Priscillien ayant avoué ses crimes, fut « condamné à mort, et en méme temps Ithace et Idace «furent excommuniés; et la douleur de saint Martin « s'exhala par des plaintes améres : il était sans exemple, « dit-il, qu'un évêque eût fait verser le sang d'un crimi- : « nel : Nondum de episcopo aliquo auditum in Ecclesiá « Dei erat de sontibus ponam sanguinis exegisse. » (Sulp. Sev.)
Est-il bien exact de prétendre qu'à l'époque de saint Martin, pendant le rv° siècle, jamais un évêque ne s'était fait accusateur de sectaires au tribunal de César? Nous
en connaissons deux entr'autres , dont le nom n'est pas terrible, saint Jean Chrysostóme et saint Porphyre, évêque de Gaze , à qui l'anecdote suivante n'en est pas moins arrivée :
« À Gaza en Palestine, il se passa quelque chose de « semblable par les soins de l'évéque saint Porphyre. Né «à Thessalonique de parents nobles et riches, il avait « passé en Égypte vers l'an 378, et pris l'habit monas- « tique dans le désert de Scété. Cinq ans aprés, il se re- « tira à Jérusalem , vendit son patrimoine, le distribua « aux pauvres, et apprit à faire des souliers pour vivre « de son travail. Tous les jours il visitait les saints lieux. « L'évéque de Jérusalem l'ordonna prétre malgré lui, et « lui confia la garde de la sainte croix. Il fut encore or- « donné malgré lui évêque de Gaza vers l'an 396 ; maisil « continua de pratiquer la vie monastique, ne mangeant « que du pain et des légumes, et aprés le soleil couché. « La ville de Gaza était remplie de paiens qui avaient « jusqu'à huit temples d'idoles , et comme il en conver- « tissait un grand nombre, ils s'élevérent avec fureur « contre lui et contre son troupeau.
« Pour se mettre à couvert de leurs insultes, i] envoya « son diacre Marc à Constantinople, demander à l'empe- « reur la démolition des temples, principalement celui de « Marnas. C'était lorsque Eutrope était encore en crédit, « etsaint Chrysostóme déjà évéque, parconséquenten398. « Mare obtint un ordre de fermer les temples ; mais les « officiers envoyés pour l'exécution se laissérent corrom- « pre par argent, en sorte qu'aprés avoir abattu des «idoles et fermé des temples, ils permettaient de con-
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« sulter en secret l’idole de Marnas. Les idolâtres persé- « cutant les chrétiens de plus en plus, saint Porphyre « alla trouver son métropolitain, Jean de Césarée, et le « conjura de le décharger de cette Église et lui permettre « de se retirer. Jean le consola et l'exhorta à demeu- « rer. Alors Porphyre le conjura de venir donc avec lui à « Constantinople. Y étant arrivés, ils s'adressérent à « saint Chrysostóme , qui les reçut avec joie et reconnut «le diacre Marc, qui les accompagnait, et qui a écrit « avec beaucoup de fidélité la vie de saint Porphyre. Il « les recommanda à l'eunuque Amantius, qui avait beau- « coup de crédit auprés de l'impératrice , et était grand « serviteur de Dieu.
« Amantius les introduisit en effet chez l'impératrice, « qu'ils trouvèrent couchée sur un lit d'or. Elle les salua « la première, leur demandant leur bénédiction , et leur « fit excuse de ce qu'elle ne se levait pas à cause de sa « grossesse. Ils lui racontérent la persécution des idolá- «tres, qui ne laissaient pas méme aux chrétiens la li- « berté de cultiver leurs terres pour pouvoir payer les « tributs à l'empereur. L'impératrice leur dit : Ne vous « inquiétez point, mes Péres ; j'espére que Dieu me fera «la gráce de persuader l'empereur de vous contenter ; « allez vous reposer, et priez Dieu pour moi. — Ensuite « elle se fit apporter de l'argent et leur en donna environ «trois poignées , disant : Prenez toujours ceci pour « votre dépense. — Ils le prirent, et, en sortant, ils en « donnérent la plus grande partie aux officiers qui te- « naient les portes.
« L'impératrice proposa la chose à l'empereur, qui en
«fit difficulté, craignant de diminuer ses revenus s'il « traitait mal les habitants de Gaza. Les évêques étant . «revenus la voir, elle leur en rendit compte, les exhor- « tant toutefois à ne pas se décourager. Alors saint Por- « phyre se souvint de ce que leur avait dit un saint ana- « choréte, nommé Procope, qu'ils avaient vu en passant «à l’île de Rhodes; et suivant son: instruction, il dit « à l'impératrice : Travaillez pour Jésus-Christ, et il « vous donnera un fils. — L'impératrice rougit et tres- « saillit de joie, et dit : Priez Dieu, mes Pères, que «j'aie un fils, comme vous dites, et je vous promets de « faire tout ce que vous désirez, et de plus de bátir une « église au milieu de la ville de Gaza. Peu de jours aprés, « l'impératrice accoucha de Théodose le Jeune ; la joie « fut grande : l'empereur le déclara dés-lors César. L'im- « pératrice conseilla aux évéques de dresser une requéte « et de la mettre entre les mains de son fils lorsqu'il sor- « tirait des fonts de baptême. La cérémonie se fit avec « une grande pompe. Les deux évéques ayant présenté « leur requéte à l'enfant, suivant l'avis de l'impératrice, « un des principaux de la cour, qui le tenait entre ses « bras, lui fit pencher la tête et dit : Sa Majesté ac- « corde la requête. — Ce jeu réussit auprès d’Arcades. « Sollicité en méme temps par Eudoxie, il consentit à « tout, disant que, pour le premier ordre que donnait « son fils, il ne voulait pas le dédire. L'impératrice fit « aussitót expédier la commission. Un chrétien zélé, « nommé Cynégius, qui en fut chargé, s'en acquitta avec « vigueur malgré les cris des idolâtres. Les troupes qu'on « fit entrer dans la ville les tinrent en respect. Toutes les
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«idoles furent brisées, tous les temples abattus. On « brüla celui de Marnas et l'on bâtit sur la place une « église qu'on dit avoir été la plus grande qui fût alors. « L'impératrice fournit à la dépense, et fit aussi cons- « truire un hópital pour les voyageurs. Saint Chrysos- « tóme envoya des moines dans le reste de la Phénicie, « pour y effacer toutes les traces du paganisme. Ces mis- «sions ne coûtèrent à l'empereur que son consentement. « Le saint prélat engagea des femmes chrétiennes à con- « sacrer à cette pieuse entreprise une partie de leurs ri- « chesses. Les missionnaires eurent beaucoup à souffrir «de l'opiniátreté des peuples, mais leur zèle et leur « constance triomphérent de tous les obstacles. Alors « furent détruits le fameux temple d'Astarté à Sidon, « celui de Vénus à Byblos ; et ce pays si renommé dans «les annales de l'idolátrie, et qui se vantait d'étre le « berceau de tant de divinités, fut entièrement purgé de « ses anciennes superstitions. »
Il nous semble difficile de ne pas voir dans ce trait de la vie de saint Jean Chrysostóme et de saint Porphyre, que nous empruntons à l'Histoire de l'Église de Rorhbacher, qui l'a pris lui-méme dans les Bollandistes, au 26 février, une preuve certaine que lés meilleurs évêques ne craignaient pas de se porter accusateurs au tribunal de César, quand les circonstances l'exigeaient, et que le respect de la liberté des cultes ne les effrayait pas autant qu'aujourd'hui. Comment convient-il donc d'apprécier la conduite de saint Martin dans le cas en question, maintenant surtout qu'à l'honneur de notre siécle il est question de rétablir sa basilique égalée au sol par la révolution triom-
phante, ni plus ni moins qu'un temple d'idoles rasé par le christianisme victorieux, et qu'il est urgent de bien définir la signification du nouveau monument?
D'abord Sulpice Sévére , traduit de mot à mot , ne dit pas du tout que jusqu'à saint Ambroise et à saint Martin, aucun évêque ne s'était fait accusateur. Il dit que jusqu'à Ithace et Idace, évéques de l'Espagne septentrionale , il était sans exemple qu'un évêque eût demandé le sang d'un criminel : ce qui est bien différent. L'Église n'a jamais fait d'utopie socialiste. Elle n'en est pas moins la bonté par excellence, et quelquefois par excès. Elle n'a jamais demandé à grands cris la suppression de la peine de mort, mais elle a toujours tendu à rendre cette affreuse peine aussi rare que possible; de méme qu'elle ne s'est jamais déclarée abolitioniste, quoiqu'elle ait tout fait à elle seule pour rendre toutes les races humaines susceptibles dela liberté personnelle. Mais pour nous en teniràla peine de mort, quoiqu'elle ait reconnu sa nécessité dans le Code impérial, elle n'a jamais voulu l'admettre dans son droit canon, d'oü résulte la haute inconvenance d'Ithace et de ses partisans , leur défaut de sens chrétien , défaut trop commun dans tous les siécles chez les prélats courtisans, quand ils vinrent demander à l'empereur Maxime, avec une obstination qui aggravait encore le scandale de leur faux zèle, la mise à mort des Priscillianistes. Ils avaient déjà excité l'horreur de tous les gens de bien en Espagne, par lintempérance avec laquelle ils avaient commencé ce procés. Qui devait en étre plus choqué que saint Martin de Tours, qu'un zéle bien différent et tout à fait apostolique amenait à la cour de Trèves!
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Aussi ne voulut-il pas communiquer avec les Ithaciens, qui semblaient voir dans le bras séculier et la peine de mort, l'unique moyen de conviction et de conversion des sectaires; et quand il l'eut fait, par une condescendance que la gráce de malheureux diocésains mise à ce prix par l'empereur explique sans la justifier, il s'en repentit au point d'attribuer à cette faute la suspension des gráces miraculeuses qu'il avait coutume de distribuer. Cette délicatesse de conscience était bien digne d'un éléve de saint Hilaire, dont la sainteté future devait donner la mesure de celle du maitre, du grand docteur de l'Aquitaine, qui sans méconnaitre en rien les devoirs du bras séculier , exhalait dans les termes les plus éloquents son indignation contre ceux qui entendaient réduire toute la controverse chrétienne à la faveur de César.
Mais parce que saint Martin réprouvait les excès d'Ithace qui tenait à se repaître du sang des Priscillianistes, faut-il en conclure qu'il n'admettait contre cette branche généalogique des Manichéens que le recours à la persuasion , et qu'à son sens « le moyen le plus sûr de calmer «les esprits troublés, était de permettre à chacun de « suivre le genre de vie qui lui convenait? » Nullement : saint Martin regardait que le bras séculier avait beaucoup à faire avec les Priscillianistes, qu'il fallait les dépouiler de leurs évéchés, car Priscillien était évéque d'Avila, la cité de sainte Thérése, et reléguer tous les obstinés en exil. Fleury en convient lui-même, comme on peut le voir au livre XVIII de son histoire. Mais ce qu'il y a de pius curieux dans les recherches que nous
avons faites à ce sujet, c'est que, à la page 12 de son premier volume, page que nous signalons à M*' l'évéque de Marseille, parce que nous supposons qu'elle a échappé à son attention, Llorente prétend qu'on ne doit citer Sulpice Sévére pour établir la tolérance de saint Martin, qu'autant qu'il s'agisse uniquement de disculper le grand thaumaturge des Gaules de l'application de la peine de mort aux hérétiques ; et du moins à cet endroit de son livre , Llorente lui-méme parait se contenter de cet abaissement de la pénalité. Mais si la déposition et l'exil étaient une peine suffisante pour réprimer la perversité hérétique au 1v* siècle, nous croyons également qu'ils sont au xix* siècle une peine suffisante pour faire refuser à saint Martin le brevet de libéralisme qu'on essaie aujourd'hui de lui décerner, par un grand effort rétrospectif.
Maintenant comment finit le procès ecclésiastique des Priscillianistes? La cause était trop majeure pour qu'elle n'arrivát pas en dernier ressort à la barre du Saint-Siége. Le pape saint Sirice, aprés avoir examiné longtemps cette affaire, prononça la sentence définitive, et fit la part des torts de chacun. En ce qui regarde les Ithaciens, ils furent déclarés coupables d'avoir transporté au tribunal de César une cause cléricale, d'avoir eu pour mobile l'ambition, la cruauté et toutes les passions les plus indignes de l'épiscopat. Les Priscillianistes , plus odieux , furent plus chargés encore; le Pape les déclara hérétiques, excommuniés et infámes. Néanmoins ils survécurent à cette sentence, et comme toutes les sectes manichéennes, il fallut la plus grande vigilance pour les extirper, sans que les efforts réunis du Pape et de
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l'Empereur aient toujours pu y parvenir. L'histoire nous montre un demi-siècle plus tard saint Léon le Grand aux prises avec les rejetons de Priscillien. Ces abominables et opiniátres sectaires étaient arrivés à de tels excès, que le plus grand pontife du v* siécle ne craignit pas d'approuver, non sans doute les mobiles honteux qui avaient dicté les démarches des Ithaciens, mais la peine de mort que les empereurs avaient appliquée aux chefs du Priscillianisme. L'expérience venait de démontrer que le chátiment estimé trop rigoureux par saint Martin, n'avait pas excédé les besoins de l'ordre social. Voici ce trait remarquable de la vie de saint Léon, que nous emprunterons encóre à l'Histoire de l'Église de Rohrbacher.
« Entre ceux que la désolation de l'Afrique etla crainte « des Vandales firent passer en Italie, il y eut un grand « nombre de manichéens qui se réfugièrent à Rome et s'y « cachèrent quelque temps. Mais saint Léon les découvrit « et en avertit son peuple en plusieurs de ses sermons, « les exhortant à les dénoncer partout à leurs prétres, au- « trement à leurs curés. Car, dit-il, c'est une grande « piété de dévoiler les retraites des impies, et de terrasser « en eux le diable qu'ils servent. Il faut s'en donner de « garde, de peur qu'ils ne nuisent à quelqu'un; il faut les « dénoncer, de peur qu'ils ne s'arrétent en quelque partie « de notre ville. Ce que nous vous ordonnons, ce dont « nous vous prions, vous sera utile au tribunal du Seigneur. « Ils donnent ces deux marques pour les connattre: qu'ils « jeünent le dimanche en l'honneur du soleil et au mépris « dela résurrection de Jésus-Christ, et le lundi en l'hon- « neur de la lune, et que, recevant la communion avec les
« tous leurs droits de la société civile, ordonnant à tous « les magistrats de les poursuivre, et permettant à toute « personne de les accuser.
« Les Priscillianistes, qui ne différaient guère des « Manichéens , dont ils étaient sortis, se multipliaient de « nouveau en Espagne, à la faveur des troubles. Saint « Turibius, évéque d' Astorga en Galice, en ayant décou- « vert dans sa ville, les convainquit juridiquement avec « l'évêque Idace. Ils dressèrent les actes de cette procé- « dure, et firent un extrait des blasphémes qu'ils avaient «trouvés dans les livres de ces hérétiques. Turibius « ayant réduit ces blasphémes sous seize chapitres, en fit « une réfutation, qu'il envoya au méme Idace, ainsi qu'à «un autre évêque, avec une lettre où il disait: J'ai « voyagé en beaucoup de provinces, et partout j'ai trouvé «la méme foi; mais étant revenu dans mon pays, j'ai « reconnu avec douleur les erreurs que l'Église catho- « lique a condamnées il y a longtemps, et que Je croyais « abolies, pulluler encore tous les jours, par le malheur « de notre temps qui a fait cesser les conciles. Ainsi, on « s’assemble au méme autel avec une créance bien dif- « férente ; car, quand on presse ces hérétiques, ils nient « leurs erreurs et les cachent de mauvaise foi. Ils ont « plusieurs livres apocryphes, qu'ils préférent aux Ecri- « tures canoniques ; mais ils enseignent encore des choses « qui ne sont point dans ceux que j'ai pu lire, soit qu'ils « les en tirent par interprétation, ou qu'elles soient écri- « tes dans d'autres livres plus secrets. Turibius engageait «les évéques à tout examiner et à condamner tout ce « qu'ils trouveraient contraire à la foi. Cette lettre était
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«s’il n'est pas ému de voir séduire les autres. Contre « des ennemis communs et pour le commun salut, la « vigilance de tous doit étre une, de peur que la plaie « d'un membre ne corrompe les autres, et que ceux qui « s'imaginent ne devoir pas dénoncer de pareilles gens ne « se trouvent, au Jugement du Christ, coupables de s'étre «tus, lors méme qu'ils ne le seraient point d'y avoir « consenti. Dieu nous a dévoilé une partie de ces hom- « mes pernicieux, afin que, le péril étant connu, nos « précautions soient plus grandes. Ce qui a été fait ne suf- « fit pas ; il faut que l'inquisition continue, afin que, non- « seulement les bons persévèrent, mais que ceux qui ont « été séduits soient ramenés de l'erreur. Il en parla « encore le jour de l'Epiphanie, 6 de janvier 444.
« Plusieurs s'enfuirent de Rome, principalement des « plus coupables, ce qui obligea le pape d'écrire, le 30 « janvier 444, à tous les évêques d'Italie, de peur qu'ils «n’en regussent quelques-uns sans les connaître, qui « infectassent leurs églises. Il les instruit donc de ce qui « s'était passé, comment on les avait découverts à Rome: « les uns ayant abjuré dans l'église, publiquement et par « écrit, ont été reçus à pénitence ; d'autres, demeurés « opiniâtres, ont été condamnés par les juges séculiers « au bannissement perpétuel, suivant les lois des empe- « reurs. Enfin, il leur envoie les actes de leur conviction, «les exhortant à les rechercher soigneusement et à se « tenir sur leurs gardes. Par suite de ces découvertes, «l'empereur Valentinien, par un édit du 19 juin 445, « renouvela contre les manichéens toutes les lois précé- « dentes, les assimilant aux sacriléges, les privant de
« tous leurs droits de la société civile, ordonnant à tous « les magistrats de les poursuivre, et permettant à toute « personne de les accuser.
« Les Priscillianistes, qui ne différaient guére des « Manichéens, dont ils étaient sortis, se multipliaient de « nouveau en Espagne, à la faveur des troubles. Saint « Turibius, évéque d'Astorga en Galice, en ayant décou- « vert dans sa ville, les convainquit juridiquement avec « l'évéque Idace. Ils dressérent les actes de cette procé- « dure, et firent un extrait des blasphémes qu'ils avaient «trouvés dans les livres de ces hérétiques. Turibius « ayant réduit ces blasphèmes sous seize chapitres, en fit «une réfutation, qu'il envoya au méme Idace, ainsi qu'à «un autre évêque, avec une lettre où il disait: J'ai « voyagé en beaucoup de provinces, et partout j'ai trouvé «la méme foi; mais étant revenu dans mon pays, j'ai « reconnu avec douleur les erreurs que l'Église catho- « lique a condamnées il y a longtemps, et que je croyais « abolies, pulluler encore tous les jours, par le malheur « de notre temps qui a fait cesser les conciles. Ainsi, on « s'assemble au méme autel avec une créance bien dif- « férente ; car, quand on presse ces hérétiques, ils nient « leurs erreurs et les cachent de mauvaise foi. Ils ont « plusieurs livres apocryphes, qu'ils préférent aux Ecri- « tures canoniques ; mais ils enseignent encore des choses « qui ne sont point dans ceux que j'ai pu lire, soit qu'ils « les en tirent par interprétation, ou qu'elles soient écri- « tes dans d'autres livres plus secrets. Turibius engageait «les évéques à tout examiner et à condamner tout ce « qu'ils trouveraient contraire à la foi. Cette lettre était
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« accompagnée d'un mémoire que nous n'avons plus.
« Le saint évéque d'Astorga n'ayant pas été secondé « par quelques-uns de ses collègues, en écrivit au pape, «et lui envoya toutes les piéces. Saint Léon lui ré- « pondit par une longue lettre du 21 juillet 447. Il « y représente l'hérésie des Priscillianistes comme la «sentine de toutes les hérésies antérieures; il insiste « particulièrement sur ce qu'ils niaient le libre arbitre « de l'homme, et attribuaient toutes ses actions à une « nécessité fatale, l'influence des astres. C'est donc à « bon droit, que, dés son origine, nos péres ont mis tout « en œuvre et partout pour bannir cette fureur impie de « toute l'Église ; d'autant plus que les princes du siàcle « eux-mémes ont eu tant d'horreur pour cette sacrilége « démence, qu'ils en ont abattu l'auteur et plusieurs de « ses disciples avec le glaive des lois publiques. Car ils « voyaient bien que c'était ruiner tout zéle pour l'honné- « teté, dissoudre toutes les unions conjugales, renverser « de fond en comble toutes les lois divines et humaines, « que de jamais permettre à de pareilles gens de vivre en « professant de pareils principes. Cette sévérité a été « longtemps utile à la douceur de l'Église ; car, encore « que l'Église, contente du jugement de ses pontifes, « évite les exécutions sanglantes, elle ne laisse pas d'étre « aidée par les lois sévéres des princes chrétiens , attendu « que, bien des fois, la crainte du supplice corporel fait « recourir au reméde spirituel.
«Mais, depuis que les incursions des ennemis ont « empéché l'exécution des lois, et que la difficulté des che- « minsa rendu les conciles rares, l'erreur cachée a trouvé
«la &berté au milieu des calamités publiques. On peut « juger de la quantité du peuple qui en est infecté, puis- « que, comme votre dilection l'indique, il y a des évéques « qui l'enseignent.
« Saint Léon répond ensuite aux seize articles qui ren- « fermaient les principales erreurs des Priscillianistes, « opposant à chaque erreur la vérité catholique et l'au- « torité de l'Écriture. Il marque la conformité des Pris- «cillianistes avec les Manichéens, et envoie à saint « Turibius les actes de la procédure qu'il avait faite à « Rome contre eux. Il conclut en ordonnant que l'on « tienne un concile, qu'on examine s'il y a quelques évé- « ques infectés de cette hérésie, et qu'on les sépare de la « communion s'ils ne la condamnent. »
Il suit de ces divers passages et de toute cette procédure contre les Priscillianistes, que l'Inquisition a commencé en germe dans le premier siécle de la paix de l'Église, et qu'au commencement du second, elle a reçu du plus grand et du plus saint Pape, à peu près l’organisation que l'Eglise a complétée par la délégation aux ordres religieux, au xnr et au xvr* siècles. Que l'Europe vieillisse encore de quelques lustres, et l'histoire dira quel est le plus grand service que saint Léon ait rendu à l'Italie : en arrétant Attila à la frontière des Alpes, ou en arrétant l'hérésie à la frontiére de la chrétienté?
M*' Cruice ne fait pas remonter si haut l'idée de l'Inquisition dans l'Église. Il regarde Innocent III comme son auteur, ce qui est exact, s'il veut limiter son assertion à l'Inquisition déléguée. Mais il ne nous semble pas conserver la méme exactitude quand il ajoute sans res-
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triction que les souverains firent servir ce tribunal à leurs intéréts , « et que quand ils prirent le glaive pour « défendre la religion et venger ses injures, ce furent « des considérations plutót politiques que religieuses qui « armérent leur bras.» Á-t-il pensé en traçant cette accusation que saint Louis avait établi l'Inquisition en France et saint Ferdinand en Espagne? S'est-il souvenu plus particuliérement que le vainqueur de Séville était loué de son zèle à ce sujet dans sa légende au bréviaire romain, pro aliquibus locis?
« In eo, adjunctis regni curis, regie virtutes emi- « cuere : magnanimitas, clementia, justitia, et præ cæte- « ris catholice fidei zelus ejusque religiosi cultus tuendi « ac propugnandi ardens studium. Id prestitit imprimis « hereticos insectando , quos nullibi regnorum suorum « consistere passus, propriis ipse manibus ligna combu- « rendis damnatis ad rogum advehebat. » |
La grande admiration que l'ancien supérieur de l'École des Carmes professe pour Galilée, au point de regarder son systéme comme aussi certain que les axiomes de géométrie, nous aurait fait croire qu'il eût évité de prononcer le nom d'Urbain VIII en matière d'Inquisition. Sans doute Galilée a été traité avec tous les égards dus au génie, sans doute le Pape n'a pas donné au décret de l'Inquisition romaine et universelle l'approbation ez cathedrá qui en fait un article de foi, mais il est incontestable qu'il a fait enseigner le système astronomique opposé à celui de Galilée dans les universités d'Italie pendant quelques années, et qu'il a fait interner le grand astronome dans une villa délicieuse, à laquelle il ne
«fit difficulté, craignant de diminuer ses revenus s'il « traitait mal les habitants de Gaza. Les évêques étant . «revenus la voir, elle leur en rendit compte, les exhor- « tant toutefois à ne pas se décourager. Alors saint Por- « phyre se souvint de ce que leur avait dit un saint ana- « choréte, nommé Procope, qu'ils avaient vu en passant « à l'ile de Rhodes; et suivant son: instruction, il dit « à l'impératrice : Travaillez pour Jésus-Christ, et il « vous donnera un fils. — L'impératrice rougit et tres- «saillit de joie, et dit : Priez Dieu, mes Pères, que «j'aie un fils, comme vous dites, et je vous promets de « faire tout ce que vous désirez, et de plus de bátir une « église au milieu de la ville de Gaza. Peu de jours aprés, « l'impératrice accoucha de Théodose le Jeune ; la joie « fut grande : l'empereur le déclara dès-lors César. L'im- « pératrice conseilla aux évéques de dresser une requéte « et de la mettre entre les mains de son fils lorsqu'il sor- « tirait des fonts de baptéme. La cérémonie se fit avec « une grande pompe. Les deux évéques ayant présenté « leur requéte à l'enfant, suivant l'avis de l'impératrice, « un des principaux de la cour, qui le tenait entre ses « bras, lui fit pencher la tête et dit : Sa Majesté ac- « corde la requête. — Ce jeu réussit auprès d'Arcades. « Sollicité en même temps par Eudoxie, il consentit à «tout, disant que, pour le premier ordre que donnait « son fils, il ne voulait pas le dédire. L'impératrice fit « aussitôt expédier la commission. Un chrétien zélé, « nommé Cynégius, qui en fut chargé, s'en acquitta avec « vigueur malgré les cris des idolátres. Les troupes qu'on « fit entrer dans la ville les tinrent en respect. Toutes les
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«idoles furent brisées, tous les temples abattus. On « brûla celui de Marnas et l'on bâtit sur la place une « église qu'on dit avoir été la plus grande qui fût alors. « L'impératrice fournit à la dépense, et fit aussi cons- «truire un hópital pour les voyageurs. Saint Chrysos- « tóme envoya des moines dans le reste de la Phénicie, « pour y effacer toutes les traces du paganisme. Ces mis- « sions ne coütérent à l'empereur que son consentement. « Le saint prélat engagea des femmes chrétiennes à con- « sacrer à cette pieuse entreprise une partie de leurs ri- « chesses. Les missionnaires eurent beaucoup à souffrir « de l'opiniátreté des peuples, mais leur zèle et leur « constance triomphérent de tous les obstacles. Alors « furent détruits le fameux temple d'Astarté à Sidon, . « celui de Vénus à Byblos ; et ce pays si renommé dans «les annales de l'idolátrie, et qui se vantait d'étre le « berceau de tant de divinités, fut entièrement purgé de « ses anciennes superstitions. »
Il nous semble difficile de ne pas voir dans ce trait de la vie de saint Jean Chrysostóme et de saint Porphyre, que nous empruntons à l'Histoire de l'Église de Rorhbacher, qui l'a pris lui-méme dans les Bollandistes, au 26 février, une preuve certaine que lés meilleurs évéques ne craignaient pas de se porter accusateurs au tribunal de César, quand les circonstances l'exigeaient, et que le respect de la liberté des cultes ne les effrayait pas autant qu'aujourd'hui. Comment convient-il donc d'apprécier la conduite de saint Martin dans le cas en question, maintenant surtout qu'à l'honneur de notre siécle il est question de rétablir sa basilique égalée au sol par la révolution triom-
phante, ni plus ni moins qu'un temple d'idoles rasé par le christianisme victorieux, et qu'il est urgent de bien définir la signification du nouveau monument?
D'abord Sulpice Sévére, traduit de mot à mot, ne dit pas du tout que jusqu'à saint Ambroise et à saint Martin, aucun évêque ne s'était fait accusateur. Il dit que jusqu'à Ithace et Idace, évêques de l'Espagne septentrionale , il était sans exemple qu'un évéque eüt demandé le sang d'un criminel : ce qui est bien différent. L'Église n'a jamais fait d'utopie socialiste. Elle n'en est pas moins la bonté par excellence, et quelquefois par excés. Elle n'a jamais demandé à grands cris la suppression de la peine de mort, mais elle a toujours tendu à rendre cette affreuse peine aussi rare que possible; de méme qu'elle ne s'est jamais déclarée abolitioniste, quoiqu'elle ait tout faità elle seule pour rendre toutes les races humaines susceptibles dela liberté personnelle. Mais pour nous en teniràla peine de mort, quoiqu'elle ait reconnu sa nécessité dans le Code impérial, elle n'a jamais voulu l'admettre dans son droit canon, d’où résulte la haute inconvenance d'Ithace et de ses partisans , leur défaut de sens chrétien , défaut trop commun dans tous les siécles chez les prélats courtisans, quand ils vinrent demander à l'empereur Maxime, avec une obstination qui aggravait encore le scandale de leur faux zèle, la mise à mort des Priscillianistes. Ils avaient déjà excité l'horreur de tous les gens de bien en Espagne, par lintempérance avec laquelle ils avaient commencé ce procès. Qui devait en être plus choqué que saint Martin de Tours, qu'un zéle bien différent et tout à fait apostolique amenait à la cour de Trèves !
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Aussi ne voulut-il pas communiquer avec les Ithaciens, qui semblaient voir dans le bras séculier et la peine de mort, l'unique moyen de conviction et de conversion des sectaires; et quand il l'eut fait, par une condescendance que la gráce de malheureux diocésains mise à ce prix par l'empereur explique sans la justifier, il s'en repentit au point d'attribuer à cette faute la suspension des gráces miraculeuses qu'il avait coutume de distribuer. Cette délicatesse de conscience était bien digne d'un éléve de saint Hilaire, dont la sainteté future devait donner la mesure de celle du maitre, du grand docteur de l’Aquitaine, qui sans méconnaître en rien les devoirs du bras séculier, exhalait dans les termes les plus éloquents son indignation contre ceux qui entendaient réduire toute la controverse chrétienne à la faveur de César.
Mais parce que saint Martin réprouvait les excès d'Ithace qui tenait à se repaître du sang des Priscillianistes, faut-il en conclure qu'il n'admettait contre cette branche généalogique des Manichéens que le recours à la persuasion , et qu'à son sens «le moyen le plus sür de calmer «les esprits troublés, était de permettre à chacun de « suivre le genre de vie qui lui convenait?» Nullement : saint Martin regardait que le bras séculier avait beaucoup à faire avec les Priscillianistes, qu'il fallait les dépouiller de leurs évéchés, car Priscillien était évéque d'Avila, la cité de sainte Thérése, et reléguer tous les obstinés en exil. Fleury en convient lui-même, comme on peut le voir au livre XVIIT de son histoire. Mais ce qu'il y a de pius curieux dans les recherches que nous
avons faites à ce sujet, c’est que, à la page 12 de son premier volume, page que nous signalons à M*' l’évêque de Marseille, parce que nous supposons qu'elle a échappé à son attention, Llorente prétend qu'on ne doit citer Sulpice Sévère pour établir la tolérance de saint Martin, qu'autant qu'il s'agisse uniquement de disculper le grand thaumaturge des Gaules de l'application de la peine de mort aux hérétiques ; et du moins à cet endroit de son livre , Llorente lui-même paraît se contenter de cet abaissement de la pénalité. Mais si la déposition et l'exil étaient une peine suffisante pour réprimer la perversité hérétique au 1v* siècle, nous croyons également qu'ils sont au xix* siècle une peine suffisante pour faire refuser à saint Martin le brevet de libéralisme qu'on essaie aujourd'hui de lui décerner, par un grand effort rétrospectif.
Maintenant comment finit le procès ecclésiastique des Priscillianistes? La cause était trop majeure pour qu'elle n'arrivát pas en dernier ressort à la barre du Saint-Siége. Le pape saint Sirice, aprés avoir examiné longtemps cette affaire, prononga la sentence définitive, et fit la part des torts de chacun. En ce qui regarde les Ithaciens, ils furent déclarés coupables d'avoir transporté au tribunal de César une cause cléricale, d'avoir eu pour mobile l'ambition, la cruauté et toutes les passions les plus indignes de l'épiscopat. Les Priscillianistes , plus odieux , furent plus chargés encore; le Pape les déclara hérétiques, excommuniés et infámes. Néanmoins ils survécurent à cette sentence, et comme toutes les sectes manichéennes, il fallut la plus grande vigilance pour les extirper, sans que les efforts réunis du Pape et de
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l'Empereur aient toujours pu y parvenir. L'histoire nous montre un demi-siècle plus tard saint Léon le Grand aux prises avec les rejetons de Priscillien. Ces abominables et opiniátres sectaires étaient arrivés à de tels excés, que le plus grand pontife du v* siécle ne craignit pas d'approuver, non sans doute les mobiles honteux qui avaient dicté les démarches des Ithaciens, mais la peine de mort que les empereurs avaient appliquée aux chefs du Priscillianisme. L'expérience venait de démontrer que le châtiment estimé trop rigoureux par saint Martin, n'avait pas excédé les besoins de l'ordre social. Voici ce trait remarquable de la vie de saint Léon, que nous emprunterons encore à l'Histoire de PÉglise de Rohrbacher.
« Entre ceux que la désolation de l'Afrique et la crainte « des Vandales firent passer en Italie, il y eut un grand « nombre de manichéens qui se réfugièrent à Rome et s'y « cachérent quelque temps. Mais saint Léon les découvrit « et en avertit son peuple en plusieurs de ses sermons, « les exhortant à les dénoncer partout à leurs prétres, au- « trement à leurs curés. Car, dit-il, c'est une grande « piété de dévoiler les retraites des impies, et de terrasser « en eux le diable qu'ils servent. Il faut s'en donner de « garde, de peur qu'ils ne nuisent à quelqu'un ; il faut les « dénoncer, de peur qu'ils ne s'arrétent en quelque partie « de notre ville. Ce que nous vous ordonnons, ce dont « nous vous prions, vous sera utile au tribunal du Seigneur. « Ils donnent ces deux marques pour les connattre: qu'ils « jeünent le dimanche en l'honneur du soleil et au mépris « dela résurrection de Jésus-Christ, et le lundi en l'hon- « neur de la lune, et que, recevant la communion avec les
« fidèles, ils ne prennent que le corps de Notre-Seigneur, « et non point le sang, parce qu'ils abhorrent le vin.
« Mais, pour mieux faire connaitre au peuple leurs « erreurs et leurs infamies, le pape saint Léon en fit une « inquisition juridique. Il assembla plusieurs évêques et « plusieurs prétres, avec un grand nombre de citoyens, « des personnes illustres et une partie du sónat. En cette « assemblée, il fit amener leurs élus, c'est-à-dire ceux et « celles d'entre eux qui étaient initiés à leurs mystères « les plus secrets. On leur fit découvrir plusieurs choses « de leurs dogmes et des cérémonies de leurs fétes, et « on prouva clairement l'infamie de leurs mystères, pour « ne laisser rien de douteux aux moins crédules ni aux « calomniateurs. Toutes les personnes qui avaient com- « mis cette abomination étaient présentes: une jeune « fille de dix ans, deux femmes qui l'avaient nourrie et « préparée au crime, un jeune homme qui l'avait cor- « rompue, et l'évéque manichéen qni avait présidé à la « cérémonie. Toutes leurs confessions furent conformes « et si détestables, que les oreilles des assistants avaient « peine à les souffrir. On en dressa des actes authenti- «ques. Aussitôt aprés, saint Léon rendit compte à son « peuple de cette procédure, dans un sermon des Quatre- « Temps de décembre 443, exhortant particuliérement «es femmes à fuir ces hérétiques, sans méme leur par- «ler, de peur de se laisser surprendre par la curiosité « d'entendre leurs fables. Il avertit et conjure tout le « monde de les dénoncer, et de déclarer où ils logent, « où ils enseignent et ceux qu'ils fréquentent ; car, « dit-il, c'est peu à quelqu'un de n'en être pas séduit
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« s’il n’est pas ému de voir séduire les autres. Contre « des ennemis communs et pour le commun salut, la « vigilance de tous doit être une, de peur que la plaie « d'un membre ne corrompe les autres, et que ceux qui « s'imaginent ne devoir pas dénoncer de pareilles gens ne « se trouvent, au Jugement du Christ, coupables de s'étre «tus, lors méme qu'ils ne le seraient point d'y avoir « consenti. Dieu nous a dévoilé une partie de ces hom- «mes pernicieux, afin que, le péril étant connu, nos « précautions soient plus grandes. Ce qui a été fait ne suf- « fit pas ; il faut que l'inquisition continue, afin que, non- « seulement les bons persévèrent, mais que ceux qui ont «été séduits soient ramenés de l'erreur. Il en parla « encore le jour de l'Epiphanie, 6 de janvier 444.
« Plusieurs s'enfuirent de Rome, principalement des « plus coupables, ce qui obligea le pape d'écrire, le 30 « janvier 444, à tous les évêques d'Italie, de peur qu'ils « n'en regussent quelques-uns sans les connaitre, qui « infectassent leurs églises. Il les instruit donc de ce qui « S'était passé, comment on les avait découverts à Rome: « les uns ayant abjuré dans l'église, publiquement et par «écrit, ont été reçus à pénitence ; d'autres, demeurés « opiniátres, ont été condamnés par les juges séculiers « au bannissement perpétuel, suivant les lois des empe- « reurs. Enfin, il leur envoie les actes de leur conviction, «les exhortant à les rechercher soigneusement et à se « tenir sur leurs gardes. Par suite de ces découvertes, « l'empereur Valentinien, par un édit du 19 juin 448, « renouvela contre les manichéens toutes les lois précé- « dentes, les assimilant aux sacriléges, les privant de
« tous leurs droits de la société civile, ordonnant à tous « les magistrats de les poursuivre, et permettant à toute « personne de les accuser.
« Les Priscillianistes, qui ne différaient guère des « Manichéens, dont ils étaient sortis, se multipliaient de « nouveau en Espagne, à la faveur des troubles. Saint « Turibius, évéque d'Astorga en Galice, en ayant décou- « vert dans sa ville, les convainquit juridiquement avec « l'évéque Idace. Ils dressérent les actes de cette procé- « dure, et firent un extrait des blasphémes qu'ils avaient «trouvés dans les livres de ces hérétiques. Turibius « ayant réduit ces blasphèmes sous seize chapitres, en fit « une réfutation, qu'il envoya au méme Idace, ainsi qu'à «un autre évéque, avec une lettre oü il disait: J'ai « voyagé en beaucoup de provinces, et partout j'ai trouvé «la méme foi; mais étant revenu dans mon pays, j'ai « reconnu avec douleur les erreurs que l'Église catho- « lique a condamnées il y a longtemps, et que Je croyais « abolies, pulluler encore tous les jours, par le malheur « de notre temps qui a fait cesser les conciles. Ainsi, on « s'assemble au méme autel avec une créance bien dif- « férente ; car, quand on presse ces hérétiques, ils nient « leurs erreurs et les cachent de mauvaise foi. Ils ont « plusieurs livres apocryphes, qu'ils préfèrent aux Ecri- « tures canoniques ; mais ils enseignent encore des choses « qui ne sont point dans ceux que j'ai pu lire, soit qu'ils « les en tirent par interprétation, ou qu'elles soient écri- « tes dans d'autres livres plus secrets. Turibius engageait «les évéques à tout examiner et à condamner tout ce « qu'ils trouveraient contraire à la foi. Cette lettre était
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« accompagnée d'un mémoire que nous n'avons plus.
« Le saint évêque d'Astorga n'ayant pas été secondé « par quelques-uns de ses collégues, en écrivit au pape , «et lui envoya toutes les piéces. Saint Léon lui ré- « pondit par une longue lettre du 21 juillet 447. Il « y représente l'hérésie des Priscillianistes comme la «sentine de toutes les hérésies antérieures; il insiste « particulièrement sur ce qu'ils niaient le libre arbitre « de l'homme, et attribuaient toutes ses actions à une « nécessité fatale, l'influence des astres. C'est donc à « bon droit, que, dés son origine, nos pères ont mis tout « en œuvre et partout pour bannir cette fureur impie de « toute l'Église ; d'autant plus que les princes du siècle « eux-mémes ont eu tant d'horreur pour cette sacrilége « démence, qu'ils en ont abattu l'auteur et plusieurs de « ses disciples avec le glaive des lois publiques. Car ils « voyaient bien que c'était ruiner tout zèle pour l'honné- « teté, dissoudre toutes les unions conjugales, renverser « de fond en comble toutes les lois divines et humaines, « que de jamais permettre à de pareilles gens de vivre en « professant de pareils principes. Cette sévérité a été « longtemps utile à la douceur de l'Église ; car, encore « que l'Église, contente du jugement de ses pontifes, « évite les exécutions sanglantes, elle ne laisse pas d'étre « aidée par les lois sévères des princes chrétiens , attendu « que, bien des fois, la crainte du supplice corporel fait « recourir au reméde spirituel.
« Mais, depuis que les incursions des ennemis ont « empéché l'exécution des lois, et que la difficulté des che- « minsa rendu les conciles rares, l'erreur cachée a trouvé
« la Zberté au milieu des calamités publiques. On peut « juger de la quantité du peuple qui en est infecté, puis- « que, comme votre dilection l'indique, il y a des évéques « qui l'enseignent.
« Saint Léon répond ensuite aux seize articles qui ren- « fermaient les principales erreurs des Priscillianistes, « opposant à chaque erreur la vérité catholique et l'au- « torité de l'Écriture. Il marque la conformité des Pris- «cillianistes avec les Manichéens, et envoie à saint « Turibius les actes de la procédure qu'il avait faite à « Rome contre eux. Il conclut en ordonnant que l'on « tienne un concile, qu'on examine s'il y a quelques évé- « ques infectés de cette hérésie, et qu'on les sépare de la « communion s'ils ne la condamnent. »
Il suit de ces divers passages et de toute cette procédure contre les Priscillianistes, que l'Inquisition a commencé en germe dans le premier siécle de la paix de l'Église, et qu'au commencement du second, elle a reçu du plus grand et du plus saint Pape, à peu prés l'organisation que l'Eglise a complétée par la délégation aux ordres religieux, au xnr et au xv?* siècles. Que l'Europe vieillisse encore de quelques lustres, et l'histoire dira quel est le plus grand service que saint Léon ait rendu à l'Italie : en arrétant Attila à la frontière des Alpes, ou en arrétant l'hérésie à la frontière de la chrétienté ? |
M*' Cruice ne fait pas remonter si haut l'idée de l'Inquisition dans l'Église. Il regarde Innocent III comme son auteur, ce qui est exact, s'il veut limiter son assertion à l'Inquisition déléguée. Mais il ne nous semble pas conserver la méme exactitude quand il ajoute sans res-
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triction que les souverains firent servir ce tribunal à leurs intéréts , « et que quand ils prirent le glaive pour « défendre la religion et venger ses injures, ce furent « des considérations plutót politiques que religieuses qui « armérent leur bras.» A-t-il pensé en tragant cette accusation que saint Louis avait établi l'Inquisition en France et saint Ferdinand en Espagne? S'est-il souvenu plus particuliérement que le vainqueur de Séville était loué de son zèle à ce sujet dans sa légende au bréviaire romain, pro aliquibus locis?
«In eo, adjunctis regni curis, regie virtutes emi- « cuere : magnanimitas, clementia, justitia, et præ cæte- « ris catholice fidei zelus ejusque religiosi cultus tuendi « ac propugnandi ardens studium. Id prestitit imprimis « hereticos insectando , quos nullibi regnorum suorum « consistere passus , propriis ipse manibus ligna combu- « rendis damnatis ad rogum advehebat. »
La grande admiration que l'ancien supérieur de l'École des Carmes professe pour Galilée, au point de regarder son systéme comme aussi certain que les axiomes de géométrie, nous aurait fait croire qu'il eüt évitó de prononcer le nom d'Urbain VIII en matière d'Inquisition. Sans doute Galilée a été traitó avec tous les égards dus au génie, sans doute le Pape n'a pas donné au décret de l’Inquisition romaine et universelle l'approbation ex cathedrá qui en fait un article de foi, mais il est incontestable qu'il a fait enseigner le systéme astronomique opposé à celui de Galilée dans les universités d'Italie pendant quelques années, et qu'il a fait interner le grand astronome dans une villa délicieuse, à laquelle il ne
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