‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 13 sur 69 · NT EU · texte numérisé non relu

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mentaire. De plus, tous les agents qui exaspèrent la causalgie, sont ceux que l’on fait agir « in loco », et non point à distance, sur la cicatrice. »

« L’affection cutarée que je vise en ce moment ne se présente jamais sans la sensation de douleur cuisante, et, habituellement, cette espèce de névralgie, apparaissant avant tout autre symptôme, permet de prédire à coup sûr l’éruption de la peau. Jamais elle ne se montre avant la deuxièrne semaire; elle précède ordinairement la guérison de la plaie.

La durée de la maladie varie de quelques semaines à quelques années Dans tous les cas que j'ai eu la possibilité de suivre, je l’ai vue guérir ou disparaître graduellement. »

« La peau affectée, dans les cas soumis à nos soins, était d’un rouge vif ou marbrée de taches rouges et blanches. L’épithélium semblait avoir disparu par places, de facon que le derme était à nu. Les tissus sousépidermiques étaient temdus, et il semblait qu’à la face palmaire ils fussent revenus sur eux-mêmes, plus fermes-et moins élastiques que d’habitude. Des crevasses se montraient en différents points, et il semblait que les téguments eussent été fortement serrés autour des tissus sousjacents. La surface était luisarwte, et comme recouverte d’une couche de vernis. Rien de plus singulier que cet aspect rouge et poli. Le plus souvent, aEsence complète de rides et de poils. La comparaison que fait Paget avec des engelures est une de celles que nous employons le plus souveirt pour rendre compte des apparences que nous rencontrons. Quelquefois cependant, il y avait une ressemblance frappante avec l’aspect de certaines cicatrices.

Lorsqu'un nerf seulement avait été 16sé, par exemple, le nerf cubhbitat,

l'affection cutanée se montrait seulement dans la région périphérique du nerf. Lorsque la lésion avait plus d’étendue, la paume tout entière, la face palmaire de tous les doigts, ou les deux faces de l’un d’eux, se trouvaient atteintes. D’autres fois, la face palmaire de la’ maïn ou des doigts était comme ponctuée de petifs ilots luisanis et rouges. Ea face dorsale, er: règle générale, est la moins sujette à cette espèce d’altération: Au pied, les choses se passent tout autrement, et c’est au contraire la face dorsale qui est le plus exposée. Ô * Ut trait constant de cet état de la peau, est l’apparition d’éruptions eczémateuses, sous forme de petites vésicules nées simultanément sur l’épiderme, ou sous forme de larges vésicules arrivant par poussées successives. Les unes et les autres sont disposées autour des parties altérées, et spécialement dans le voisinage du trajet nerveux.

Chez quelques malades, ce symptôme ne s’est pas présenté. Chez d’autres, sans manquer complètement, il s’est manifesté avec une intensité variable. Dans un petit nombre, il était irrégulier, apparaissant et disparaissant au bout de plusieurs semaines. Ces derniers cas permettemt d’apercevoir un rapport très net entre l’éruption et les symptômes douloureux. On constatait que la disparition de l’eczéma entraînait un affaiblissemert de la douleur. »

< On a observé qu’au cours de certaines lésions nerveuses, et spécial®ment pendant la durée des paroxysmes, les régions affectées se couvrent d’une sueur abondante. On a encore besoin de renseignements plus Complets sur les résultats comparés de la division partielle et de la division complète des troncs nerveux à ce point de vue. En règle générale, lorsque les lésions nerveuses somt très étendues, comme nous en avons vu des cas à Turner’s Lane Hospital, lorsque la perte de la fonction est complète, la peau reste sèche, même au fort de l’été; les glandes sudoripares, les glandes sébacées, cessent d’agir, frappées probablement d’atrophie.

Dans les cas de blessure partielle des troncs nerveux, au Coirtraire, j'ai trouvé une sudation excessive, quelquefois même, particulièrement lorsque la sensation de cuisson avec aspect luisant de la peau venait se

joindre aux autres symptômes, la sueur était, nom seulement abondante,

mais excessivement acide, et, parmi les malades, beaucoup se trahissaient

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à moi par cette odeur acide, analogue à celle du vinaigre, que leurs mains exhalaient toujours, malgré l’usage perpétuel qu’ils faisaient de l’eau. Une fois entre autres, l’exhalaison était insupportable, tout à fait arralogue à celle d’une eau croupie. »

« Lex déterminations thermométriques faites à l'hôpital des maladies rerveuses sont malheureusement beaucoup plus incomplètes que je ne l’eusse désiré. Néanmoins, elles suffisent à montrer une différence caractéristique entre les cas où la section du nerf a été complète, et ceux où il y a eu seulement blessure partielle avec irritation, sensation de cuissom et aspect luisant de la peau. Depuis lors, j’ai apporté une attention spéciale sur ce point, et j’ai vu se confirmer les premières conclusions auxqueiles j'étais parvenu.

Quelques semaines ou quelques mois après la section complète d’un nerf volumineux, on trouvait les régions affectées plus froides que celles qui n'avaient pas été atteintes. La différence s'élevait de un degré trois dixièmes, à huit degrés trois dixièmes M. Hutchinson a observé des différences. de trois à six degrés, et M. Erichsen a obtenu les mêmes résultats.

Lorsque le nerf a été simplement blessé, sans être divisé complètement, nous avons constaté dams les parties affectées un abaissement de température variant entre trois dixièmes de degré centigrade et un degré et demi. Toutefois, lorsqu'il existait une lésion, de nature irritante, entrainart la sensation de cuisson et un aspect luisant de la peau, la température restait au chiffre normal, ou bien, le plus souvent, remontait audessus de ce chiffre. »

A l’œuvre de Weir-Mitchell, on ne peut faire qu’une remarque, c’est d’avoir méconnu le rôle du sympathique dans la genèse de cette affection. Il faudra atten- -dre, en effet, encore plus d’un demi-siècle pour qu’au cours d’une guerre, non moins cruelle, un savant français, le Professeur Leriche, intervienne pour attribuer à l’irritation des fibres sympathiques le rôle du primum movens.

Mais à l’époque de 1864, pareille anticipation aurait constitué un acte de génie invraisemblable. « Il ne faut pas demander à l’homme plus qu’il ne peut don- ner », a dit le sage. Soyons, juste, et puisque le terme de causalgie prête à équivoque avec tant d’autres douleurs de brûlures ressenties dans maïints états pathologiques différents, puisque, d’autre part, il existe une seconde maladie portant également le nom de

Weir-Mitchell, lérythromélalgie, il ne reste plus qu’à

pie

appeler l’affection si douloureuse que nous avons en vue aujourd’hui, la « Causalgie de Weir-Mitchell ». En 1866, un médecin anglais du nom d’Annandale, rapporte une observation de causalgie du médian, qui mérite d’être citée, car c’est la première en date, où l’on voit des phénomènes algiques et circulatoires jouer dans la main symétrique, parallèlement à ceux

de la main traumatisée.

« Un individu se blessa l’index. Au moment de la cicatrisation, il ressentit des douleurs cuisantes dans le territoire cutané du nerf médian de la main correspondante et, fait curieux, dans la main symétrique également, laquelle présentait aussi un aspect rouge et luisant. Le chirurgien Syme pratiqua l’amputation du doigt traumatisé. Les symptômes . S’'amendèrent et disparurent à la main correspondante, mais persistèrent de l’autre côté. »

Après la guerre de Sécession, les années s’écoulèrent et on n’entendit plus parler de ces douleurs abominables. Cependant, les peuples continuaient à s’entredéchirer un peu partout, et les traumatismes accidentels se multipliaient. Peut-être qu’à l’époque célèbre de Charcot où florissait l’hystérie dans toute sa splendeur, non seulement à Ja Salpêtrière, mais aussi dans les autres nations, avait-on tendance à situer les causalgies, de même que tant d’autres troubles nerveux d’ordre réflexe, avec les mythomanies, avec la grande Simulatrice ?

Jusqu’au jour où intervint l’admirable bon sens de Babinski, il est fort probable, en effet, qu’on dut plus d’une fois faire rentrer une causalgie nettement carac-

térisée dans l’hystérie, qui constituait alors, suivant

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la très heureuse expression de Lasègue, « la corbeille à papiers dans laquelle on jetait les observations qu’on ne savait où classer ».

En effet, à partir de 1900, on assiste, comme par hasard, à une nouvelle éclosion de publications concernant la causalgie, et semblant lui redonner droit de cité dans le cadre nosographique. Ce sont les ouvrages de Remak en 1900, de Forgue en 1903, de Head et Sherren en 1905, et enfin, vers 1909, l’article de Lecène, Proust et Tixier dans le recueil classique des Neuf Agrégés.

Encore quelques années, et nous arrivons en 1914. On avait cru, pendant un temps, l’humanité meilleure ; on pensait qu’elle méritait, enfin, d’être appelée humaine. Vint la tourmente mondiale. « La guerre les fit alors renaître de leurs cendres ». Les causalgies reparurent, hélas ! et fréquentes.

Le perfectionnement des engins, la rapidité et la force des projectiles, l’usage des balles explosives, en un mot, le progrès mis au service de la barbarie, constitua le raffinement de la lutte. Les circonstances tragiques et émouvantes, les spectacles uniques où, sur des étendues sans fin, le ciel en feu bouillonnait de torches de flamme et d’épaisse fumée, l’ébranlement terrible dû aux détonations, un indescriptible effort de tension psychique, mirent durement à l’épreuve le sympathique des guerriers, dont la plupart avaient déjà un système nerveux affiné par le modernisme.

Ce fut du côté de l’ennemi que commencèrent les premières publications rapportant des observations de causalgies, dès novembre 1914, avec le travail d’Op-

penheim, puis au début de l’année suivante, ceux de Bruns, de Hannover, et de Kirschner, de Kænigsberg.

Mais si les neurologistes et les chirurgiens allemands ont d’abord eu le pas sur les Français, ils l’ont perdu ultérieurement, car, dans la suite, ils n’ont rien apporté d’original, ils n’ont fait que remanier la description princeps de Weir-Mitchell, et n’ont même pas pu faire bénéficier leurs blessés des nouvelles méthodes thérapeutiques inaugurées, en notre pays, par un Maitre parisien regretté, J.-A. Sicard, et par notre illustre compatriote, le Professeur René Leriche.

Cependant, du côté français, dès le mois de mars 1915, le Professeur Pierre Marie, Henry Meige et M°° Athanassio-Bénisty, publiaient d'excellentes descriptions sur les formes douloureuses des blessures des nerfs périphériques. Souques créait le mot de « synesthésalgie ». Le Professeur et M”° Déjerine, assistés de leur élève Mouzon, s’efforçaient d’éclairer l’anatomo-pathologie de cette affection.

Au mois de juillet 1915, le regretté Sicard préconisait, le premier, l’alcoolisation sus-lésionnelle des tronés nerveux, méthode qui devait rendre de si grands services, ainsi que la radiothérapie préconisée par Cestan, jusqu’au jour où Leriche fit mieux encore. Dans une heure lumineuse de génie, il découvrit, du même coup, et la pathogénie sympathique de cette affection et sa thérapeutique par la sympathectomie périartérielle.

A en juger d’après les travaux de langue germanique, la méthode préconisée par Sicard, des injections d’alcool dans les nerfs des membres atteints de

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