‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 22 sur 69 · SEAT · texte numérisé non relu

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sont caractérisés, en plus des douleurs cuisantes, des troubles vaso-moteurs et trophiques, par l’exagération des oscillations du cycle vago-sympathique. Chez le causalgique, en effet, le sommet de la courbe figure au début du paroxysme douloureux ; alors, c’est la descente, c’est la période de vagotonie, avec un cortège plus ou moins riche, dont les degrés peuvent varier de la simple pâleur à l’hémoptysie.

L'étude mentale du causalgique

Un éminent et regretté maître de la psychiatrie, Ernest Dupré, éminemment célèbre parce qu’il portait en lui, à un degré excessivement développé, les qualités du clinicien français, pensait, avec raison, que, dans maints états morbides, une sémiologie psychiqe, poussée assez loin, permettait à elle seule d’établir le diagnostic de la maladie.

Si la conception de Dupré a déjà trouvé grâce auprès d’un certain nombre d’affections plus ou moins classiques, elle peut non moins s'appliquer excellemment à la Causalgie de Weir-Mitchell.

Du point de vue pathologie générale, l’influence de l'émotion sur la douleur est assez variable. Tantôt, celle-là fait disparaître momentanément celle-ci. Tantôt au contraire, dans les affections où intervient spécialement un facteur sympathique, le malade présente un paroxysme algique dont la durée, très variable, peut se prolonger au delà de la phase émotive. Mais dans. aucune autre maladie cette exacerbation, — tant

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par sa durée que par son intensité, — n’est aussi manifeste que chez certains causalgiques.

De par l’irritation des fibres amyéliniques contenues dans leur nerf lésé, ces sujets arrivent rapidement à acquérir un sympathique hypersensible. C’est la notion que nous nous sommes efforcé de faire ressortir au cours. de l’étude objective. Ils deviennent donc plus sensibles aux émotions, et tout se passe comme si cet ébranlement du sympathique venait encore augmenter l’irritation des fibres amyéliniques intranerveuses.

Ce sont les émotions, et quelle que soit leur cause, particulièrement les émotions-chocs, bruits inattendus, annonce d’une mauvaise nouvelle qui déclenchent les paroxysmes les plus douloureux.

En ce qui concerne l'influence des bruits sur l’état sensitif, il y a lieu d’envisager certaines considérations. Les bruits continus, tels que celui qu’un causalgique entend lorsqu'il voyage en chemin de fer, — roulement du wagon sur les rails du chemin de fer, — le laissent indifférent, tandis que les bruits à surprise, klaxon d’une automobile, claquement d’une porte, ou même des bruits discontinus tels que ceux d’une machine à écrire, ou ceux d’un menuisier qui enfonce des clous, contribuent à accroître l’acuité de ses douleurs.

Il en est de même de la musique dont le rythme profond et les élans soudains savent parfois éveiller, en nos âmes affinées, « les sources éternelles des plus divines émotions ». Malheureusement, l'émotion n’ap-

porte rien de divin au causalgique, et les plus beaux

pre

accents d’un opéra le font cruellement souffrir. Encore faut-il préciser un point, ce sont particulièrement les airs nouveaux qui le torturent, mais peu à peu il s’y habitue, commence par prévoir les changements de ton des instruments et finit par trouver du plaisir à les entendre. Le caractère triste ou gai, en un mot, la couleur de la symphonie, ne lui est pas non plus indifférent. Les morceaux gais lui sont agréagles. La musique triste, au contraire, telle une marche funèbre, le remue d’abord, lui déclenche ensuite le paroxysme douloureux. Nous nous permettons ici de souligner un trait d’analogie avec les thalamiques dont Head, à propos d’un de ses malades, nous rapporte le passage suivant: « Il allait rarement à l’église, parce qu'il ne pouvait supporter les hymnes dans son côté malade. Un jour, assistant au service funèbre du roi Edouard VII, il fut pris, dès que le chœur chanta, d’une horrible sensation dans la main ».

Découvrons maintenant le cercle vicieux, qui se dévoile à mesure que le causalgique reste à la merci des paroxysmes émotifs. En effet, chaque émotion augmentant l’irritabilité du sympathique, celui-ci devient de plus en plus sensible et finit par présenter une sorte d’anaphylaxie émotive. C’est la raison pour laquelle, instinctivement, le causalgique se retirera de ses collègues, de ses amis, de sa famille, de la société tout entière, vivant claustré dans une chambre obscure ou dans une mäison de campagne, isolé du reste du monde. Il passera, à tort, pour un mélancolique,

un misanthrope, un déséquilibré, un fou.

Il fuira toutes les consultations médicales, appréhendant particulièrement les propos d'opération. Pareille existence pourra ainsi durer, suivant les cas, des mois, des années, parfois au long d’une vie.

L'émotivité pourra, dans certains cas, prendre un tel empire sur l’éclosion de ses douleurs, qu’il ne pourra même plus avoir de rapports avec son épouse, L’émotion normale qui prélude à l’acte générateur, le fait même de désirer sa femme, suffira à lui déclencher des paroxysmes douloureux. Ainsi il en était de notre malade de l'observation XXXVI. Sur ce point, Ducosté (33) a signalé des faits peut-être encore plus typiques. Un de ses malades, fiancé, poussait des hurlements de douleur lorsqu'il évoquait les charmes de sa future femme. Un autre ressentait également des douleurs particulièrement vives, dès que son regard venait se poser, involontairement, sur certaines gravures plus ou moins libidineuses des catalogues de nouveautés. En outre, Ducosté signale un fait curieux, digne d’être noté, à savoir qu’un sujet, atteint de causalgie légère et qui ne présente pas de paroxysme algique à l’occasion du désir sexuel, voit disparaître complètement ses douleurs au moment même de l’orgasme.

De par son sympathique hypersensible, de par ses émotions fréquemment répétées, le causalgique reçoit des afflux sanguins cérébraux qui aboutissent à une véritable excitation cérébrale, laquelle contribue encore à accroître lhyperémotivité.

Car le causalgique est caractérisé non seulement

par le fait que la répercussivité des émotions sur son

sympathique est beaucoup plus manifeste que normalement, mais aussi, en outre, par un état presque permanent d’hyperémotivité. C’est ainsi que la vue d’un chat couché tranquillement dans un vestibule obscur, le récit d’une femme abandonnée à la rue avec des jeunes enfants, une lutte représentée sur un écran cinématographique, — toutes choses qui peuvent à la rigueur, chez un individu ordinaire, susciter une légère émotion. — provoquent chez le causalgique, en plus des douleurs, une émotion considérablement démesurée comme intensité et comme durée. Le causalgique n’ose même plus traverser une rue, et, s’il y est obligé, il la traverse d’abord très prudemment jusqu’au milieu de la chaussée, puis, à ce moment, même s’il n’y a ni bruit ni voiture, il prend peur et se met à courir, comme un enfant, jusqu’au trottoir le plus proche. C’est ainsi que plusieurs officiers atteints de causalgie, maintes fois cités antérieurement pour leur courage et leur sang-froid, durent s’avouer semblables à l’enfant.

Cet état d’hyperémotivité, acquis assez rapidement, s’explique encore, si on veut bien admettre que, d’une façon générale, l'émotion résulte de la combinaison de trois éléments psychiques : un sentiment d’infériorité ou un manque de confiance en soi momentané, un état d’excitation cérébrale et un certain sentiment égocentrique. Trois tendances que nous comprenons aisément dans l’âme du causalgique.

Tous ces faits ne doivent pas nous amener à considérer tel malade comme un sympathicotonique pro-

prement dit, semblable à ces excités constitutionnels,

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