‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 25 sur 69 · ARRET · texte numérisé non relu

ARRET

aucune intervention thérapeutique, et après quatre mois, l’homme était rétabli; il ne présentait plus d’autres symptômes, qu’une vive susceptibilité du pied, avec un léger œdème.

OBSERVATION II Observation de Weir-Mitchell.

Coup de feu dans l’espace poplité du côté gauche, lésion du nerf sciatique, paralysie des extenseurs, perte de la sensibilité, causalgie, rétablissement graduel, phénomènes du côté de la nutrition, compression probable de la cicatrice. Guérison.

H. M., dù 26e des Volontaires de Pensylvanie. Fut blessé.le 3 mai 1863, par un coup de feu de dehors en dedans, à travers l’espace poplité, au-dessus de larticulation, entre le tendon du biceps et la tète du fémur; à sa sortie, la balle touche le bord supérieur du tendon d’Achille. La plaie guérit en quatre semaines. Au moment du Coup, le blessé ressentit urre vive douleur à la partie inférieure de la jambe, et il perdit toute faculté de mouvement et de sensibilité. C’était probablement le résultat du phénomène que nous avons appelé choc ou commotion. Vers le 7 juin, la sensibilité et Ja motivite commencaient à reparaître Te 48 jnin 186?, au moment de son entrée dans motre hôpital, le malade avait recouvré tous ses mouvements; il avait cependant encore un peu de faiblesse. La sensibilité ne faisait défaut nulle part. Le rétablissement semblait domc tout à fait remarquable.

Depuis que la blessure avait commencé à guérir, une douleur constante et un engourdissement notable avaient ervahi le pied. Le point de départ paraissait être la blessure elle-même, et les irradiations s’étendalent vers les orteils. La douleur était aiguë, lancinante, c'était dans le pied urre sensation de cuisson, avec rougeur et œdème, s’exaspérant sous l’influence de la chaleur, de la position déclive, etc.

Il y a des plaques d’eczéma; la cicatrice est dure, et la pression exercée sur elle réveille des douleurs dans toute la jambe. Lorsqu'on fléchit la jambe sur la cuisse, et qu’on fait exécuter une rotation en dedans, la douleur disparaît; il ne paraît pas y avoir eu d’altération notable de la nutrition.

Cet état de choses fut combattu par des mouvements passifs fréquemment répétés, par le massage de la cicatrice, par des douches froides et chaudes, et enfin par l’électrisation pour raffermir les muscles affaiblis. Sous l'influence de ces procédés thérapeutiques la douleur cessa, et le malade était en état de reprendre ses fomctions le 29 octobre 1863.

OBSERVATION III Observation de A. Bittorf.

I s’agit d’un blessé qui, le 25 octobre 1914, reçut une balle au milieu du bras gauche. Quelques jours après, il ressentit des douleurs cuisantes dans je domaine du médian. Peau rouge, mince, lisse et luisañte; sudation localisée, peu d’atrophie musculaire, pas de troubles musculaires, seulemert pour l’opposition du pouce. Douleur calmée par l’immersion de la main dans l’eau froide. Jusqu'à la fin du mois de mars 1915, état stationnaire. Fin du mois d’avril, grosse diminution des douleurs, et au milieu du mois de mai, il ne persistait plus que de très légers troubles yaso-moteurs.

OBSERVATION IV Observation personnelle.

Il s’agit d’une femme âgée de cinquante-sept ans, qui n’a pas d’antécédents particuliers. Le 13 septembre dernier (13 septembre 1929), en- 10rse de la cheville gauche. Quelques jours après, sensation de brûlure localisée au territoire du nerf sciatique poplité externe. Les premiers jours, Ile ressentait la sensation d’un fer rougl, puis ensuite la sensation d’un bain de pieds très chaud, et par la suite, les douleurs ont toujours été en dimiruant.

Pas de troubies moteurs jusqu’en janvier, pied froid et cyanosé. A partir de cette époque, le pied devient chaud et rouge dans le domaine du sciatique poplité externe.

Du 15 janvier au 15 février, la malade présenta des trémulations musculaires du pied.

Le 1er avril 1930, elle présente une grarde amélioration. Disparition des troubles vaso-moteurs et de la causalgie. toutefois, les réflexes rotulien ei achilléen sont plus vifs du côté gauche que du côté droit.

Actueliement, la guérison persiste.

OBSERVATION V Observation de Weir-Mitchell.

Coup de feu dans le plexus brachial du côté gauche, paralysie de la sensibilité et äu mouvement, hyperesthésie musculaire, sensation de cuissor intense dans la main et dans le bras, désordres de nutrition, atrophie, contracture des extenseurs. Guérison. Sortie de l'hôpital.

A. Marks, sergent dans le 3e bataillon des Volontaires du Maryland, âgé de quérante-trois ans, enrôlé au mois d'août 1861, avait joui jusqu’à ce moment d’une bonnre santé. Le 3 mai 1863, à Chancellorsville, il reçut deux blessures, une dans le cou, l’autre dans la poitrine. La première balle atteignit le bord antérieur de l’aisselle gauche, traversant le grand pectoral à sa partie la plus inférieure, tandis que le bras était levé, le projectile glissa sur le col de l’humérus et sortit em avant de l’apophyse coracoïde, en blessant le plexus brachial. Au moment où l’homme se retournait pour quitter le champ de bataille, il reçut une seconde balle dans le côté droit du dos, à droite de la huitième vertèbre dorsale. Celleci, après avoir passé en arrière de la colonne vertébrale, pénétra dans la poitrine du côté gauche.

La première blessure produisit ure paralysie du mouvement et de la sensihilité dans le bras gauche. La seconde détermina des crachements de sang, de la toux, de la dysphagie, et finalement une pleurésie avec crachements purulents. Le 4 juillet 1863, la plaie était fermée, mais Il y avait une induratior de la moitié inférieure du poumon.

Le second coup de feu l’avait jeté à terre; il fut fait prisonnier, exposé pendant assez longtemps aux intempéries, finalement échangé et envoyé à l'hôpital général Saterlee, à Philadelphie, le 10 juin 1863.

Pendant la première semaine, le bras, quoique paralysé, était indolore. C’est alors qu’apparurent au-dessus de la blessure des douleurs pareilles à des coups de canif, s’irradiant en dedans et en avant, jusqu’au milieu de l’avant-bras. En même temps, se momtrèrent des picotements et une sensation de cuisson analogues à ceux qui marquent le retour du sang dans les membres engourdis. Cet état s’étendit bientôt après jusqu’à la main, qui, em même temps, redevint sensible aux impressions des corps étrangers. | e

Etat des choses au 5 juillet 1863 : le malade est étendu sur le dos, le regard anxieux, avec tous les caractères de la cachexie douloureuse. Le

DR ONER

bras gauche repose sur un coussin; il est froid, marbré, enflé; la peau de la main est amincie, très rouge mais sans éruption.

Le sens qu toucher ne fait défaut nulle part; il est obtus sur je dos de la main et des doigts. Sauf cette restriction, le sens de la localisation est en bon 6étal. Le bras tout entier et la main, à l’exception de la partie postérieure, sont le siège de sensations de cuisson qui s’exagèrent par la chaleur et la déclivité au membre, et puis diminuent sous l'influence au froid et de l’humidité. I se produit des exaspérations quotidiennes vers le milicu de la journée.

Les muscles de l'épaule agissent normalement. Le deltoïde est faible. Les mouveimerrts du coude n'existent pas au-dessous du coude; les doigts sont à demi-fléchis et leurs articulations enflées, douloureuses et Congestionnées. Le deltoïde est à moitié atrophié; les extenseurs sont flasques dans l’avant-bras, mais l’œdème général qui à gagné le membre empêche de dire si les muscles sont ou rron atrophiés. La pression sur la cicatrice n'est pas douloureuse. É

A j'hôpital Saterlee, le Docteur F. Atlee employa les applications de glace avec vésicatoire sur l’épaule, pansements à la morphine; ces moyens Gpt amené la guérison du bras, mais sans soulager la main.

Des injectiorrs hypodermiques de quinze milligrammes de sulfate de morphine, furent pratiquées deux fois par jour dans le voisinage de la cicatrice, La guérison du bras fut ainsi obtenue, mais l’état de la maim empira chaque jour, et la glace n’apportant aucun soulagement, le malade reciamait constamment l’amputation.

Le 7 juillet, un érysipèle se déclare au Siège des piqûres. Celles-ci sont discontinuées pendant quelque temps: la morphine est employée à l’intéreur. On fait usage d’irrigations froides sur la main malade.

Le 9 juillet, l'affection intercurrerte à disparu; et on injecte deux gouttes d’aconit dans l’épaule. L’injection est répétée trois fois sans succès. On essaie l’atropine en trois doses de trois milligrammes à deux heures d'intervalle. Ïl y a comme résultats dilatation des pupilles, sécheresse de la langue, vertiges. Le seul bénéfice que l’on obtient est le relâchement des fNéchisseurs des doigts qui s'étaient contracturés et qui par la suite ne reprirent jamais une rigidté comparable à celle qu’ils avaient eue. Le malañe appela lui-même l'attention sur cet'effet singulier. La morphine fui de nouveau injectée à dose de deux centigrammes, sans résultat favorable pour la main.

Lu 15 au 20 juillet, des injections de morphine sont faites dans les tissus de la main deux fois par jour. L'amélioration fut telle qu’on renonça à l'usage de la glace.

Le 21 juillet, pour la première fois, il mous fut pôssiblie de soumettre le membre à l’examen par l'électricité. La sensibilité tactile était bonne dans le bras, mais elle faisait défaut dans la sphère de distribution dau cubital. Partout ailleurs, elle existait à la main Comme au bras. Dans les régions où elle ‘tait absente, les fortes pressions, les pansements provoquaient une douleur très vive, mais le patient étail incapable de les localiser convenablement.

La contractilité électro-musculaire faisait défaut dans toute la main et l’avant-bras. Le passage du courant provoquait une douleur tellement vive, qu'il Gtait impossible de discerner si elle devait ou non être rapportée aux muscles. Ceux-ci avaient probablement conservé une certaine sensibilité, puisque les fortes pressions réveillaient de vives douleurs. Chacun de ces essais par lélectricité obligeait à des injections de morpaine immédiates.

Le 14 août, les chäleurs de l’été ont exaspéré les douleurs, le :aalade se plaint et gémit continuellement. Le 9 septembre, on recourt à différents moyens thérapeutiques. Les injections ont été si nombreuses que la parlie malade est ponctuée de piqûres, dont l'irritation augmente les souffrances, à tel point qu'on est obligé d’avoir perpétuellement recours aux narcotiques administrés à l’intérieur: Comme agents locaux, nous employons le laudanum, les irrigations d’eau, la glace, les cataplasmes

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simpies, avec la soude et le bicarbonate de soude, arrosés de vinaigre pour dégager du gaz carbonique. C’est le cataplasme sodé qui a donné les meilleurs résultats. Mais le soulagement ne persistait pas plus d’un jour ou deux. En désespoir de cause, des sargsues furent posées autour de la cicatrice, des vésicatoires permanents appliqués sur elle et sur le trajet àes nerfs sensibles à ia pression: rien n’y flt.

Pendant ce temps-là, ies douleurs s’aggravaient, tout en restant limitées à la pautne de la mar et aux doigts, ainsi qu’à la partie inférieure de lavant-bras, avec des irradiations lancinantés dans le bras. Le tact avait reparu, et la sensibilité musculaire diminuait. L'œdème gérérul S’étant dissipé, on vit que l’atrophie était extrème, tandis que les articulations des doigts étaient enflées et douloureuses; chaque mouvement, chaque vibralion, réveillaient les douleurs.

Le 18 octobre, un vésicatoire appliqué sur la paume de la main ne prend pas, un vésicatoire sur le dos de la main agit au contraire très énergiquement et apporte une amélioratiom marquée. On continue les vésicatoires à l’ammoniaque sur la face palmaire et sur le bras; on termine par le vésicatoire à la cantharide. Pour la première fois, le soulageméent fut complet. Les vésicutoires, intensément appliqués, amenèrent: urre gucrison graduelle. Au bout de-deux mois de ce régime, la sensation de cuisson avait cessé tout à fait. Le malade sentait à tel point le bénétice de ce traitement, qu’il voulait encore le continuer.

Le 1er décembre, pneumonie légère du poumon droit.

Le 10 décembre, l’électrisation est prescrite. La douleur reparaît immédiatement et oblige à susperdre l'emploi de cet agent. Le bras et la nain sont frictionnés chaque jour; on leur imprime des mouvements passifs. Le malade est assis sur son séant et commence à prendre quelque exercice.

Le 6 janvier 1864, le malade est de nouveau soumis à ur examen attentif, ie bras a repris un peu de volume, la cicatrice se rétracte, atrophie générale plus marquée dans lé groupe des muscles extenseurs à l’avantbras, sensibilité un peu émoussée, mais existant partout. Quant aux mouvemenis volontaires, ils sont conservés dans l'épaule, sauf l’abduction, qui n’a que le tiers de son amplitude ordinaire. L'extension du coude est complète. La flexion opérée par Je biceps seule n’a que les deux tiers de son amplitude. La supination n'est effectuée que par le biceps; la proration n’a que le tiers de son étendue. L’exfension et la flexion du poignet sont réduites au sixième de leur valeur. L’exterrsion passive ne peut amener Ja main qu'au niveau de l’avant-bras, les fléchisseurs contracturés interdisant un mouvement plus étendu. Le pouce est renversé et aplati comme celui d’un singe. La flexion et l’abduction sont peu étendues; les muscles sont atrophiés. Les articulations des doigts ne sont plus enflées, mais elles sont raides et immobiles. ;

Examen par l’électricité: au-dessous de l’épaule, les muscles ne répondent pas aux excitations électriques; la sensibilité sous lPaction des courants d’induction est également diminuée. Cet essai fait reparaître la sensation de cuisson; on est obligé d’y renomcer: on prescrit l’éthérisation chaque jour, et les mouvements passifs imprimés aux doigts. On continue les frictions, les douches deux fois par jour, et des vésicatoires par occasion. Le 29 janvier 1864, l’électricité me fait pas reparaitre la causalgie. Elle est mise en usage quotidiennement: l'amélioration est rapide. La faculté de fléchir les doigts reparaît,; l'extension et les mouvernents du pouce sont toujours impossibles.

Le 23 février, la Supination et la prorration sont restaurées, l’atrophie dujinuce.

Le 10 avril 1864, le malade nous quitte débarrassé de ses douleurs, pouvant fléchir les doigts aux trois quarts, mais sans pouvoir les étendre; tous les autres mouvements sont rétablis. Les muscles du pouce comrencent à obéir aux sollicitations de la volonté; la sensibilité est parfaite. $ ]

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OBSERVATION VI Observation de Cayla.

I s’agit d’un sujet qui, à 22 ans, fut blessé en Champagne, le 22 septembre 1915, par une balle Ge fusil dans la partie interne et postérieur® du bras droit. Le médiar et le cubital furent touchés. Dix jours après la blessure, le blessé ressentit des douleurs cuisantes dans les territoires des nerfs biessés. Dans la suite, il présenta de l’atrophie musculaire et cutanée. Les ongles de la main droite devinrent incurvés; ils présentaient une parésie de la main droite; la sensibilité objective était conservée.

Le malade pouvait marcher sans douleur, mais il souffrait quand il lui fallait enfiler ses chaussettes. Alors, il les moutllait avant de les enfiler. Les douleurs étaient augmentées par les émotions et les odeurs. On notait l’abollition du réflexe cubito-pronateur.

Hypoexcitabilité faradique des fléchisseurs, des thénariens, hypothépariens et des interosseux.

On fit un traitement symptomatique et un an après sa blessure, on nota la disparition complète de la causalgie et des douleurs répercutives, et la disparition presque complète des troubles vaso-moteurs.

OBSERVATION.VII Observation d'André Thomas

I1 s’agit d’urm sujet qui, à vingt-neuf ans, fut blessé le 4 mal 1916 par de multiples éclats d’obus. Dans les jours qui suivirent, causalgle du médian gauche : main et doigt rouges et chauds, aspect lisse et luisant; ongles incurvés; sudation localisée au territoire du médian. Vésicules, hyperkératose sur le bord interne de la main, douleur calmée par l’eau froide, différence thermique de huit degrés à l’avamtage de la main gauche, oscillations artérielles plus amples à gauche qu’à droite; le pied gauche est également plus chaud que l’autre. Les vibrations du diapason sont désagréables. Le moindre contact des régions douloureuses fait paraître une chair de poule extrêmement intemse sur le bras et l’avant-bras gauches, tandis qu’elle est plus tardive et moins marquée sur le côté droit: Les excitations à distance (refroidissement ou picoteïnents du dos), sont suivies du même résultat.

Atrophie musculaire.

L’épreuve à la pilocarpine fait transpirer la main gauche davantage que la main drolte (injection d’un centigramme et demi de pilocarpine dans la fesse).

A partir de l’hiver, les douleurs s’atténuent.

En avril 1617, il restait encore une hyperesthésie de la paume de la main gauche et les émotions et les bruits inattendus faisaient réapparaître les douleurs d’une façon légère.

OBSERVATION VIII Observation de Weir-Mitchell

Blessure par un coup de feu des nerfs de l’aisselle. Paralysie du mouvement, perte légère de la sensation, causalgie le dixième jour, atrophie considérable et contracture des muscles, subluxation des doigts, désordres de nutrition, eczéma à la face palmaire des deux mains. Grande amélioration, départ du malade.

Daviïi Schifeley, âgé de dix-sept ans, sans profession, s’enrôla au mois d’août 186$, dans ie quatorzième régiment des Volontaires de Pensylvanie. Avant et après l’enrôlement, la santé était bonne, sauf une légère fièvre typhoïde.

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