‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 26 sur 69 · PES · texte numérisé non relu

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A Gettysburg, le 2 juillet 1863, tandis qu’il visait, fl reçut une balle à deux centimètres et demi de la ligne médiane à gauche et à deux centimètres au-dessus de l'extrémité sternale de la clavicule. La balle sortit à la partie postérieure du bras droit, à cinq centimètres au-dessous de l’aisselle. Le projectile avait passé en avant de la trachée, avait brisé l’extrémité interne de la clavicule droite, avait continué son trajet en avant des vaisseaux du cou et de l’artère sous-clavière, en avant de: l'artère axillaire, puis au-dessous de l’humérus, perdant que le bras était levé et dans l‘abduction. Quand il fut frappé, il pensa que son bras avait été emporté, son fusil lui tomba des mains, il chancela en criant qu’il était mort. Il perdit du sang en abondance, et bientôt après, il tomba sans connaissance. Lorsque, un peu plus tard, il revint à lui et releva la tête, une seconde balle vint le frapper dans la fosse temporale du côté droit, et sortit par l’œil droit. Il se leva, marcha quelque temps et tomba ermrcore une fois. Au moment Où il avait été frappé, son bras était devenu incapable de mouvement, engourdi. Mais il n'avait pas éprouvé de douleur. Deux semaines plus tard, la motilité reparut graduellement dans l'épaule, le bras et le coude; au bout de deux mois, elle revint dans le poignet et la main.

Le traitement cormsista dans des pansements à l’eau froide et dans les moyens ordinairement employés contre la douleur de cuisson; mais ce fut inutilement. Les articulations devinrent rapidement venflées, et le bras se fléchit à angle droit; la main déclive resta croisée sur la poiirine pendant longtemps. Le blessé fit quelques tentatives de rnouvements passifs lorsqu'il commença à sentir que sa main se raidissait, mais il n’en tira pas grand avantage. Lorsque les comtractures se produisirent et que les articulations devinrent plus malades, le poignet s’incurva en se moulant sur la poitrine cortre laquelle il était appliqué.

Vers le dixième jour, la sensation de cuisson commença à se montrer à la paume de la main et dans les doigts, particulièrement à la pulpe. Elle atteignit so» maximum d'intensité au bout d’un mois, puis commença à diminuer. Les bruits, les vibrations, le contact des corps secs réveillaient ses souffrances; le frottement de ses bottes sur le plancher lui produisait une sensation insupportable, à laquelle il remédiait ex mouillant ses bas. Depuis le mois d’octobre, qui était le quatrième à partir de la blessure, la situation était restée la même, la sensibilité légèrement affectée au côté externe, n’avalt plus éprouvé de changement. Les mouvements volortaires qui s’étalent améliorés pendant un temps, s’altéralent de nouveau et de plus en plus, à mesure que les désordres de nutrition s’accentuaient. 11 fut impossible de déterminer le premier moment de leur apparition. k

Voici quelle est la situation au 17 décembre 1863 : du côté de la nutritior, on observe que le bras blessé est devenu plus grêle; il y à atrophie évidente du sus-épineux, du sous-épineux, du deltoïde, du biceps, ces deux derniers muscles étant réduits à la moitié de leur volume. Pas d’altération dans le triceps; le long supinateur et les radiaux sont réduits des deux tiers. Les muscles du pouce ont presque entièrement disparu. Les interosseux et les muscles du petit doigt n’ont pas éprouvé de changement. \

Le cubital antérieur, le long palmaire, le fléchisseur radial, sont fortement contracturés; le poignet est fléchi à angle droit sur le bras et incliné du côté du cubitus. Les extenseurs aussi sont contracturés, et les premières phalanges violemment étendues, tandis que le poignet fléchit, ont subi une véritable subluxation.

La couleur des bras et de la main à la partie dorsale est naturelle, depuis les articulations jusqu’à l'extrémité des doigts, la peau est tendue, luisante, dépourvue de poils, marbrée de rouge et de bleu, enlevée par places; les ongles sont fortement courbés. Les articulations enflées et très sensibles; la face palmaire du poignet a gardé sor aspect ordinaire. Mais à la main et aux doigts, elle est polie, d’un vif écarlate, enlevée par places, et eczémateuse à un haut degré. A en croire le récit du malade, l’éruption s’est manifestée six semaines après la sensation de cuisson. La face palmaire de la main gauche est presque

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aussi eczémateuse que du côté blessé; elle aurait été envahie un mois après l’autre. Le sous-épineux, le biceps et les fléchisseurs des doigts sont sensibles à la pression,

Quant aux mouvements volontaires, ils existent tous dans l’épaule, quoiqu’un peu affaiblis. Le coude me possède plus la faculté de la flexion ou de l'extension complète : ses excursions sont réduites au tiers de leur valeur. Le poignet est à angle droit avec l’avant-bras; il peut être ramené par les extenseurs, tout au plus à quarante-cinq degrés de cette position. Le pouce fixé dans l’adduction dès le début, peut exécuter des mouvements très limités dans toutes les directions. Les doigts étendus en arrière peuvent être fléchis de façon à se mettre en ligne droite avec le métacarpe, les fléchisseurs ont des mouvemeirrts dont l’amplitude n’a que le quart de sa valeur pour la seconde et la troisième phalanges; l'induction et l’abauction se font bien.

La sensibilité tactile est à peu près normale. La faculté de localisation n’est altérée que dans les parties de la main .innervées par le radial.

La douleur de cuisson dans Ja main droite est continue et très vive. La chaleur, l'exposition à l'air, la sécheresse et la position déclive l’aggravent. Depuis le mois d’août 1863, l’extrémité du membre n’a cessé c'êètre enveloppée el hunrectée. La main gauche, affectée aussi d’eczéma, est douloureuse à ja pression ou au simple contact, particulièrement à la face palmaire. Il est incontestable que cette main est affectée de douleurs, et que celles-ci se rapportent à la causalgie.

Le malade fait usage de gants ouatés qu’il humecte fréquemment. Il craint par-dessus tout qu'on imprime le moindre heurt à sa main droite, et il manifeste un neérvosisme et des dispositions hystériques telles, que les personnes ‘en relation avec lui le croiemt atteint de folie. Sa pusillanimité rend l’examen très difficile. Son aspect trahit les ravages @e la souffrance et le manque de repos.

On institue dès lors ur traitement général en même temps qu’un traitement local. Le retour de la santé et la disparition de la douleur sont assez facilement obtenus. Quant aux moyens ultérieurement employés pour apporter remède aux difformités et à la paralysie, leur succès a été incomplet. ‘

Urr jour, au mois d’aoûf 1864, le malade s’apercut que son gant était see et que pourtant les mouvements n'étaient pas douloureux. La souffrance n'avait pas définitivement disparu, et l’homme continua encore à humecter ses mains pendarrt queiques mois, mais Je mieux s’accentua ae plus en plus. Aujourd'hui, les impressions doulcuréusez se réveillent encore d'une facon légère jorsqu’on exerce des frottements sur la face palmaire de lä main ou des doigts a1v?£ un corps sec, lorsqu'il se produit un grard bruit, par exemple le passage d’un train, lorsqu'une émotion vive S'enmipare du patient, comme cela lui est arrivé en voyant tomber une personne. La main gauche est débarrassée de Ia douleur.

La main gauche esi aussi parfaitement normale comme apparence. L’ec- ZGina à disparu. Quant à la main droite, sa Coloration est normale ; il n'y à plus d’eczéma. Celui-ci a persisté plûs longtemps que pour la main gauche, mais il a disparu égarement avant la suppression des pratiques qhumectation. Les poils se sont reproduits à la face dorsale de la main et des doigts Les ongles sont normaux. La deuxième et la troisième phalanges ont subi des Gésordres de nutrition, sauf le court fléchisseur du pouce, qui à conservé son volume normal: Jes autres muscles ont été réduits considérablement : environ des deux tiers.

OBSERVATION IX Observation de Weir-Mitchell

Causalgie du sciatique, apparue un Mois après une contusion de l’ar-' ticulation tibio-tarsienne. PME à

A. J. M.., Agé de trente aus, enrôlé au mois d’août 1862 dans la cavalerie de la Transylvanie. A l'exception d’une prédisposilion au rhümatisme musculaire, cet hommré jouissait d’une bonne santé. Le 13 février: 1863, son cheval s’abat, et le pied gauche se trouve pris entre le sol' et la selle. Le pied recut une forte contusion; cépendant, jusqu’à ‘la ‘cinquième semaine, il avait conservé 16us ses mouvements: c’est seulement alors qu’it les perdit. En même temps, des douleurs lancinamies couraient: autcur du genou et de la cuisse, et le picd était devenu froid, quoiqu'il! occasionnât au malade une sensation de chaleur. Le 18 avril 4864, lorsque je pratiquai mon premier examen, je trouvai le nerf sciatique très serr- Sible, e' ses branches encore davantage. Alors, le pied élit chaud et congestionné; la flexion et l’exténsion n’obéissaient pas à la volonté, les muscles du mollet et de la partie antérieure de la jambe étaient excitables aux moindres courants électriques; la douleur était peu intense. Le pied et la régiom malléolaire étaient rouges avec des plaques de congestioli plus vives çà et lŸ. Le malade était soulagé par des bains de pied d'eau froide. Le premier juin de la même année, après vingt applications d'électricité, le maiade recouvre tous ses mouvements. Le pied r’Ctait plus Soumis aux sensations de cuisson, l’éruptiom avait disparu.

OBSERVATION X Observation de Souques.

Le sGldat BR: fut blessé lé 12 octobre 1914, par un éclat d’obus à la partie moyenne de l’avant-bras droit. En novembre, quand je lexaminai, je corrstatai les signes d'une névrile du médian droit, caractérisée par des douleurs très vives dans Ja main. Voyant sa main gauche gantée de caoutchGuc (gants de Chaput), je ini en demandai 1e motif. 11] me répondit que quand cette main était dégartée, il ne pouvait riem palper sans éprouver des douleurs dans la muin droile. Pour éviter cette répercussion douloureuse, il avait essayé de porter à la main gauche d’abord un gant de fil, puis un galt de peau, qui n'avaient rien empêché, enfin un gant de caoutchouc qui, quand la main restait ganice, empCchait le phénomène synesthésique. Depuis cette époque, le phénomène s’est progressivément aätténué, mais Il est encore très net aujourd’hui. Il est déterminé exclusivement par le frottement modéré et le frôlement de Ja main seche, que l'objet frôie la peau du malade, ou que le sujet frôle lui-même l’objet (autrement dit, que Ie frôlemerrt soit passif ou actif), que l'ohjet soit chaud ou froid, pointu ou mousse; il est déterminé non seulement par le frôlement de la main saine, mais encore par celui d’une région quelconque de Ja surface cularmce. Toutefois, lè phénomène est plus nei el plus vif pour l’excilation tactile de la peau de la face palmaire des doigts, organe primordial du tact. Le contact pur et simple ne sufft pas; ii est nécéssaire qu'il y ait déplacement de l'objet, c'est-à-dire frottement où frôlement; encore faut-il que le frottement re soit pas fort, car le frottement fort empêche ja synesthésie de se produire. Muis la condition essentielle est fa sécheresse de Ja peau: son humidité, en effet, empêche la synesthésalgie. Si on trempe err effet Ja main saine (main gauche) du blessé dans l’eau froide ou chaude, de manière à la bien mouiller, .on constate que le frottement ou-le frôlement de cette main mouillée, ne produit plus de douleur dans la main malade. Le frôlemernt d’une région sèche de la surface cutanée (avant-bras, cou, facé), continue au contraire à produire la synesthésalgie douloureuse de Ja main droite. Tant que la main gauéhe reste humide, elle peut exercer ou subir un frôlement -sans inconvénient, mais dès qu'élle est redevenue sèche, le phénomène svnesthésalgique redevient possible. L

[1 esc à remarquer que chez ce soldat, la douleur synesthésique ne se produit päs dans tout le territoire cutané du nerf médian blessé, mais seulement à la face dorsale des deux dernières phalanges de l’index, du: médius ei de l’annulaire.

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