‹ Les Causalgies Post-Traumatiques de Weir-Mitchell et Leur DevenirChapitre 45 sur 69 · FAUNE · texte numérisé non relu

FAUNE

En somme, la douleur d’origine sympathique a primé de beaucoup celle due au trauma. Après celui-ci, le moignon présenta un gros hématome qui passa par toutes les couleurs et qui mit deux mois à se résorber. Tant le malade redoutait les contacts et les effleurements, il se refusa à toute intervention: il faisait tremper plusieurs fois par jour son moignon dans des bains d’eau légèrement chaude, qui amenèrent la résorption de l’hématome, mais qui augmentaient plutôt ses douleurs.

En janvier 1929, alors qu’un de ses collègues de la Préfecture, dans un moment de délassement, s’amusa à faire partir le ressort d’une porte, le bruit qui en résulta provoqua chez notre malade une nouvelle douleur syncopale. Le collègue facétieux eut la charge de raccompagner l’ancien blessé à son domicile. |

Au mois de février de la même année, nouvelle douleur syncopale à l’occasion d’un bruit de pétards dans la rue. En mars, il en fut de même à la suite d’un bruit de moteur à explosions. Il repartit passer l’été en Savoie où la tranquillité l’améliora.

Il revint à Lyon à l’automne. En novembre, le bruit d’un déchargement de pierres sur une tôle métallique lui causa une nouvelle douleur syncopale.

A la fin de ce même mois, son état s’améliora sensiblement à la nouvelle qeu les commissions parisiennes avaient fini par lui accorder la tierce personne proposée, à très juste titre, par M. le Professeur J. Froment. Enfin, bien que bénin, on peut noter le fait suivant, sans qu’on puisse en tirer aucune conclusion nette, c’est qu'actuellement il présente un ongle incarné sur le gros orteil du côté droit.

Nous en arrivons maintenant à décrire son état actuel. Pour le représenter d’une façon claire et ordonnée, nous envisagerons successivement :

1° Tout ce qui concerne les douleurs du membre amputé.

2° Les manifestations d’irritation du sympathique, autres que la causalgie.

3° Les manifestations vagotoniques post-paroxystiques.

A propos du membre amputé, il nous faut d’abord décrire le moignon. La confection de celui-ci paraît excellente au point de vue chirurgical. Le moignon blanc et froid présente de l’atrophie musculaire, un tremblement ou une trémula-

Roue

tion pour ainsi dire continuelle, et, au moment des crises douloureuses, de véritables secousses myocloniques qui le portent en abduction.

L’aisselle droite présente un léger degré d’hypertrichose et d'autre part une hyperhydrose excessive, sécrétion sudorale extrêmement abondante, continuelle, hyperacide, à odeur désagréable, très irritante pour le creux axillaire et le moignon. Cette hyperhydrose entraine d’une part des phénomènes d’irritation cutanée, d’autre part, ainsi que le larmoiement fréquent de l’œil et l’hyper-sécrétion gastrique, un fait curieux à noter: l’hypoacidité des urines. Celles-ci en effet ne rougissent plus le papier de tournesol.

infin, avant de quitter le moignon, nous devons dire que sur Île trajet du médian on sent deux névromes très douloureux au moindre contact. Les douleurs ressenties par notre ancien blessé doivent être envisagées sous deux angles : les douleurs spontanées presque continuelles, et les douleurs provoquées ou.accentuées par des causes extérieures.

Parmi les premières, le malade accuse des lancées et de la chaieur dans tout le membre amputé, des décharges électriques dans les cinq doigts, principalement dans le pouce, l’index et la moitié du médius, des sensations de brülure dans toute la main et dans les doigts, une impression de chair vive particulièrement dans la paume de la main, sensations qui sont alténuées lorsque le malade trempe son moignon dans de l’eau froide, ou mieux dans de l’alcool mentholé, à condition de n’y pas laisser le moignon, mais de recommencer souven! l’immersion. Le soulagement semble donc être dû surtout à l’anesthésie locale produite par l’évaporation du liquide.

En ce qui concerne l’influence des causes extérieures sur l’état sensitif, il y a lieu d’envisager les contacts des champs causalgiques, l’émotion et les bruits émotifs.

Les champs causalgiques comprennent par ordre hyperesthésique ou d’hyperexcitabilité: le moignon, l’épaule, le creux axillaire, l’hémithorax droit, et la partie droite du cou et de la face, régions sur lesquelles les contacts produisent deux ordres de sensations (synesthésies): 1° des sensations normales indolores de contact localisées aux points touchés; 2° des douleurs répercutives extrêmement pénibles, locali-

sées dans le membre amputé et s’accompagnant souvent de tendances lipothymiques. ;

Ces douleurs répercutives sont représentées par l’accentuation des douleurs spontanées. Le malade a en outre l’impression d’un fil qui tirerait un objet tranchant dans les cinq doigts. Enfin il accuse des synalgies, des sensations pénibles dans les dents, analogues à celles produites par du jus de citron.

L'existence des champs causalgiques contribue à accroître J’acuité des douleurs à l’occasion de différents mouvements: toux, éternuements, inspirations profondes, flexion du tronc, rotation de celui-ci à gauche, rotation du cou également à gauche; l’acte de se raser constitue un supplice.

La nuit, le malade protège son hémithorax droit du contact du lit par un coussin pn°umatique spécial présentant en son milieu une large gouttière dans le sens longitudinal, gouttière destinée à recevoir l’épaule gauche. Avec ce dispositif ingénieux, l'hémithorax se trouve au-dessus du plan du lit.

Le malade reconnaît d’ailleurs que l’été, à la campagne, ses souffrances sont considérablement atténuées par le fait qu'il laisse son hémithorax droit dépourvu de vêtements.

La percussion du tendon rotulien droit suscite, — non pas constamment mais souvent, — une secousse abductrice du moignon.

Lorsque le malade déglutit des boissons, particulièrement des boissons froides, il lui semble que l’eau tombe dans le creux de la main; mais ce ne sont pas là, paraît-il, des sensations très douloureuses. L’instillation de gouttes d’argyrol dans l'œil droit produit le même effet, quoique parfois elle provoque des douleurs dans le creux de la main.

Nous en arrivons maintenant à parler de la répercussivité des émotions et des bruits émotifs sur l’état de ces douleurs.

Ce sont les émotions, et quelle que soit leur cause, — particulièrement les émotions-chocs, bruits inattendus, annonce d’une mauvaise nouvelle, — qui déclenchent les paroxysmes douloureux les plus pénibles. Le malade a, dit-il, l’impression très nette qu’une bombe éclate dans sa main. D’une façon générale, le paroxysme est proportionnel à l’intensité de l'émotion. Ces crises douloureuses survenant à l’occasion des émotions, s’accompagnent toujours de synalgie des dents

et fréquemment de tendance lipothymique. Durant ces paroxysmes, et parfois pendant plusieurs jours après, le malade présente des coliques intestinales avec diarrhée sanguinolente, et, en outre, fait caractéristique il éprouve, toutes les deux secondes, la sensation d’une goutte d’huile bouillante tombant dans son bras amputé et s’arrêtant dans le creux de la maiu. J

En raison des douleurs atroces occasionnées par les contacts des champs causalgiques, cet ancien blessé est presque dans l'impossibilité d’avoir des rapports avec sa femme. D'ailleurs, et il fallait s’y attendre, même l’émotion morale qui prélude à l’acte générateur, le fait même de désirer sa femme, suffit à lui déclencher des paroxysmes douloureux.

En ce qui concerne l'influence des bruits sur l’état sensitif, il y à lieu d’envisager certaines considérations. Les bruits continus, teis que celui qu’il entend lorsqu'il voyage en chemin de fer, — roulement du wagon sur les rails, — le laissent indifférent, tandis que les bruits à surprise, klaxon d’une automobile, claquement d'une porte. ou même les bruits discontinus tels que ceux d’une machine à écrire ou ceux du menuisicr qui enfonce des clous, — car entre chaque coup de marteau, le malade ressent une émotion, — contribuent à accroître lPacuité de ses douleurs.

En ce qui concerne la musique, notre ancien blessé ayant pour se distraire la téléphonie sans fil, les morceaux nouveaux le font souffrir, mais peu à peu il s’y habitue, car il connait par avance les changements de ton des instruments et il finit par trouver du plaisir à les entendre. Le caractère triste ou gai de la symphonie ne lui est pas non plus indifrérent; les morceaux gais lui sont agréables; la musique triste, au contraire, telle une marche funèbre, le remue et finit par déclencher les paroxysmes douloureux.

Considérations également intéressantes sont les manifestations d’irritation du sympathique, autres que la causalgie, présentées par ce malade.

Conséquence de l’irritation continuelle des fibres sympathiques en souffrance dans les nerfs altérés, le sympathique, tendu plus que normalement, éclaire la pathogénie de plusieurs symptômes.

1° L’hypothermie du moignon. Sans doute, il se produit, à

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