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CHAPITRE VII

Données et évolution thérapeutiques

« souffre et abstiens-toi,

«< Douleur, tu n’es pas un mal. »,

a dit le poète. Mais on se fatigue de souffrir et nous ne sommes plus au temps où l’humanité n’avait d’autres

armes, contre la douleur, que Patience et Résignation.

Pendant longtemps, nombre de causalgiques, après avoir essayé plus ou moins vainement les remèdes les plus variés, après avoir épuisé leur espoir dans les pansements à l’eau froide, ne trouvaient un soulagement que dans ce poison à la fois terrible et bienfaisant qui porte le nom de Morphée, perfide auquel lhumanité doit de ne plus connaître la torture des grandes souffrances ou les affres de l’agonie, mais auquel elle

doit aussi une de ses plus lamentables misères.

Depuis quelques années, d’illustres et savants bien-

faiteurs ont déchiré le voile de ces calamités. Ils ont

apporté chacun leur pierre, — joyau précieux, — à un monument que nous allons maintenant admirer.

Nous envisagerons successivement :

1° Le traitement médical et symptômatique; 2° Les procédés de physiothérapie; 3° La cure hydro-minérale; 4° Les interventions chirurgicales;

5° La psychothérapie.

Traitement médical et symptomatique

Le traitement médical de la causalgie de Weir- Mitchell est, à peu de chose près, un traitement symptomatique.

Nous citerons d’abord, pour mémoire, certains moyens employés par Weir-Mitchell (6), devenus aujourd’hui des moyens surannés : application de vésicatoires, de sangsues, de cataplasmes à base de bicarbonate de soude et de vinaigre...

Quant aux médicaments absorbés par l’intérieur ou par voie hypodermique, ce sont presque tous des analgésiques et, pour la plupart, pour ainsi dire, inactifs : aspirine, antipyrine, quinine, pyramidon.…. seuls, lP'allonal, la morphine, le pantopon et autres dérivés opiacés, apportent un soulagement net, au moins dans le début.

Tous les médicaments régulateurs du système végétatif, ou ayant une action sympathicotonique ou vagotonique : cratoegus, passiflore, gardénal, jusquiame,

valériane, atropine, -belladone, adrénaline, pilocarpine.. sont voués à un échec à peu près complet.

Seuls, parmi les substances pharmaceutiques, l’io-

dure de potassium, recommandé par Tinel (107) et la thiosinamine, préconisée par Pierre Cazamian (36), — c’est-à-dire des corps fibrolytiques, -— procurent une amélioration variable, d’ailleurs, suivant l’intensité de la causalgie.

‘ Nous en arrivons maintenant à une thérapeutique qui a été découverte instinctivement, pourrait-on dire, par les causalgiques, ce sont les fameuses compresses d’eau froide, les bains locaux d’eau froide ou tiède, les douches locales. les bains locaux et les pulvérisations d'alcool mentholé, d’éther, de chlorure d’éthyle; ce sont les gants mouillés des malades de Weir-Mitchell (6) et le gant de caoutchouc du causalgique rapporté par Souques (24).

Reste à éclaircir comment agit cette thérapeutique. Peu d’hypothèses ont été faites. D'abord, est-ce le froid ou l'humidité qui soulage les causalgiques? C’est la Clinique qui va nous répondre. Il est certain que l'humidité à elle seule peut soulager les causalgiques, ainsi qu’en témoignent les compresses d’eau tiède, les gants de caoutchouc et lhumidité atmosphérique, voire même les climats à la fois chauds et humides. Mais il semble bien que l'humidité ne les soulage tout de même pas tant que les applications froides locales, car dans les causalgies intenses, les malades demandent qu’on leur change fréquemment l’eau de leurs compresses ou de leur bain, qu’on mette dans ceux-ci

des morceaux de glace. Certains même n’éprouvent un

soulagement qu'avec les pulvérisations d’éther ou de chlorure d’éthyle. Le malade de notre observation XXXVI n’éprouve une sédation de ses douleurs qu'avec des bains d’alcool mentholé, à condition de n’y pas laisser son membre, mais de le tremper et de le retirer fréquemment, afin de provoquer lévaporation sur celui-ci. |

Mais comment expliquer, par ailleurs, que les temps froids augmentent ou réveillent les douleurs d’un bon nombre de causalgiques? Le paradoxe n’est qu'apparent. En effet, on peut légitimement supposer que le froid atmosphérique a pour effet d’exciter le sympathique, et qu’un froid local assez accentué inhibe, en quelque sorte, la sensibilité des fibres sympathiques. On peut expliquer ces différences d’action par les considérations suivantes. Le froid atmosphérique augmente les douleurs des causalgiques, d’une part, par son action sympathicotonique, et, d'autre part, par un rapprochement, presque inappréciable mais suffisant cependant, des fibres amyéliniques contre les fibres sclérosées contenues dans le même nerf. Quant au froid local, il agirait dans le même sens que le froid atmosphérique, mais à un degré beaucoup plus accentué, de telle sorte que le resserrement des fibres intranerveuses aboutirait à une inhibition sensitive du nerf, pareille à celle provoquée par Lortat-Jacob avec sa ligature du nerf au catgut, ou plus simplement par lenfant qui, ayant mal aux dents, applique sa main contre son maxillaire.

Ne sait-on pas, d’ailleurs, que par les temps froids, on est maladroit de ses mains, et qu’une anesthésie

locale au chlorure d’éthyle peut suffire pour inciser un abcès? Et l’on peut même pousser les choses plus loin, on peut expliquer l’inhibition particulière des fibres sympathiques par une question de coefficient spécial de dilatation ou de contraction des fibres amyéliniques. Il serait intéressant, et d’ailleurs facile, de vérifier expérimentalement cette hypothèse.

Enfin, dans les cas à forme hyperhémique, le froid local agit encore par deux autres mécanismes : il réduit le calibre des vaisseaux, par conséquent l’hyperhémie des extrémités; il rend le nerf sensitivo-moteur moins excitable, par conséquent moins vaso-dilatateur.

Avant de terminer ce chapitre du traitement médical des causalgies de Weir-Mitchell, il nous reste à dire au moins un mot du traitement hygiénique. Le causalgique devra être surveillé au point de vue.de la constipation, à cause de son hyperhydrose. Le causalgique devra être réconforté, tenu dans la tranquilité la plus parfaite, à l’abri des émotions et des bruits émotifs, afin de le soustraire au cercle vicieux inévitable qui se produit lorsqu’on laisse un causalgique à Ia merci des émotions.

Procédés physiothérapiques Au point de vue physiothérapique, trois méthodes seulement entrent en ligne de compte : l’ionisation électrolytique, la diathermie et la radiothérapie. Tous les autres procédés, mécanothérapie, électrisation

faradique ou galvanique, rayons ultra-violets, air chaud... sont inopérants ou dangereux.

L’IONISATION ÉLECTROLYTIQUE, Plicque (87), Giraudeau (151), Foucher (106), est en droit d'améliorer les causalgies. C’est une méthode qui consiste à faire pénétrer, dans l'intimité des tissus, des ions de substances fibrolytiques ou de substances analgésiques. Les corps tels que l’iodure de potassium, ayant une action fibrolytique, agissent sur les néoformations scléreuses; les substances telles que le salicylate de soude et l’aconitine agissent sur l’élément douloureux.

Si l’on se propose de faire agir l'ion salicylique, l’électrode imbibée de salicylate de soude à 2 %, doit être mise en rapport avec le pôle négatif.

Si l’on veut faire agir l’ion aconit, l’électrode imbibée d’une solution de nitrate d’aconitine au millième, doit être mise en rapport avec le pôle positif.

L'autre électrode, mouillée avec de l’eau distillée, est placée sur la colonne vertébrale, cervicale, lombaire ou sacrée, suivant les cas. Le courant galvanique doit être établi lentement, progressivement, jusqu’à dix milliampères. Les séances sont d’une demi-heure environ et peuvent être renouvelées tous les jours, lorsqu'elles sont bien tolérées.

Mais il arrive parfois qu’après les premières séances d’ionisation électrolytique, de même qu’après les premières séances de radiothérapie, les causalgies soient exacerbées passagèrement. Et ceci n’est pas fait pour nous étonner, car, d’après une loi de biologie générale,

la cause qui doit détruire une fonction, commence

d’abord par l'exalter. Telle loi régit, pourrait-on dire, l'excitation génésique de Ia période prémonitoire du tabes ou de la tuberculose épididymo-testiculaire, l’excitation psychique du début de la paralysie générale, et parfois de la période prodromique de certaines hémiplégies. Rien d'étonnant donc que, dans les causalgies, avant de perdre leur vitalité, les cellules conjonctives des tissus de néoformation présentent une sorte de réaction de défense, au début de l'attaque pharmacodynamique.

Quoiqu'il en soit, ce qu’il faut retenir ici, c’est que l’ionisation électrolytique, procédé intéressant au point de vue scientifique, est surtout efficace dans les névralgies et dans les névrites ordinaires, mais, dans les formes causalgiques, elle doit céder le pas à deux méthodes physiothérapiques de premier ordre : la dia-

thermie, d’une part; la radiothérapie, d’autre part.

LES APPLICATIONS DE DIATHERMIE aux causalgies de Weir-Mitchell remontent aux publications de E. Stein (23), Boschi et Tanfani (100). Depuis, son usage s’est presque universellement répandu, et on peut dire qu’elle montre son efficacité chaque fois qu’il s’agit de lésions fibro-scléreuses cicatricielles pas trop accentuées. La diathermie a, en effet, par son action endohyperhémique et par des actions électro-eutrophiques, un pouvoir nettement fibrolytique sur lequel on est bien fixé, puisqu'on fait agir, avec succes, les courants de haute fréquence jusque sur les adhérences viscérales post-infectieuses ou post-opératoires.

Dans la causalgie de Weir-Mitchell à forme isché-

mique, elle réalise, pourrait-on dire, à chaque séance, un côté de la sympathectomie périartérielle de Leriche. Dans la forme à prédominance hyperhémique, son action, au premier abord, paraît paradoxale, mais elle agit néanmoins par son action fibrolytique.

LA RADIOTHÉRAPIE est une méthode, dont les premiers essais, chez les causalgiques, remontent aux publications du Professeur Cestan et de Paul Descomps (37), puis du Professeur Pierre Marie et de Mlle Grunspan de Brancas.

Ainsi que ces différents auteurs l’ont montré, l’efficacité de la radiothérapie daus les causalgies de Weir- Mitchell, tient à deux facteurs : à la légèreté de la lésion, et à la précocité du traitement. Les lésions fibreuses jeunes et légères sont celles qui ont le plus de chances de disparaître. Avec les névromes, aucun espoir par cette méthode.

La technique en a été réglée par les Docteurs Constantin et Delherm. Nous en donnons les principales caractéristiques : un milliampère avec un tube dur (la dureté du tube étant capitale), rayons VIII, IX, filtre d'aluminium de un millimètre d’épaisseur. Distance de l’anticathode à la peau : vingt centimètres. Une séance hebdomadaire d’un quart d'heure.

Ce sont les causalgies du médian et celles du cubital, qui sont les plus sensibles aux effets sédatifs des rayons X. Le nerf sciatique paraît moins sensible ou moins accessible.

La guérison ou l'amélioration peuvent être obtenues parfois très rapidement, après une seule séance, tantôt,

au contraire, la sédation des douleurs est tardive et ne survient qu'au bout de plusieurs semaines.

La raison de cette différence de rapidité d’actinn, tient, avans-nous déjà vu, à la nature de la lésion et à la précocité de la mise en œuvre du traitement. Le tissu conjonctif, organisé définitivement, est, en effet, moins sensible aux irradiations X que les tissus embryonnaires de souche récente.

I faut savoir également que des rechutes sont possibles, surtout si le traitement a été interrompu trop tôt. Dans ce cas,des séances complémentaires sont nécessaires.

Il faut savoir enfin que les premières séances sont fréquemment suivies d’une exacerbation passagère des douleurs, d’où nécessité absolue de prévenir à l'avance le patient. Et ceci n’est pas fait pour nous surprendre, car si nos illustres compatriotes CI. Regaud et Jean Lacassagne ont montré que les rayons X détruisent les cellules en voie de karyokinèse, particulièrement les cellules cancéreuses et les cellules génitales, il est aussi un fait acquis, c’est que les rayons X, à petite dose, excitent l’activité cytologique.

Traitement hydro-minéral

Quant à la cure hydro-minérale, thérapeutique aux gammes riches et variées à l'infini dans notre pays, quelques stations, d’ailleurs peu nombreuses ici, peuvent entrer en ligne de compte.

Aix-les-Bains, qui jouit, à juste titre, d’une vogue célèbre dans les affections douloureuses des membres, ne répond pas aux causalgies de Weir-Mitchell. Les quelques malades que nous avons connus, atteints de cette affection, et qui sont allés, comme en une sorte de pèlerinage sacré, à la source des Thermes antiques, n’ont pas obtenu le soulagement espéré.

La Malou, qui, dans la douce langue cévenole, signifie « la station de la douleur ». La Malou, si précieuse dans d’autres affections du système nerveux, n’a pas donné, hélas ! des résultats beaucoup plus démonstratifs.

Les eaux de Bourbonre-les-Baïins, par leur action fortement fibrolytique et antisclérosante, sont #°n droit d’apporter des améliorations plus ou moins sensibles.

Mais la station la plus nettement spécialisée scientifiquement et cliniquement, c’est Néris, dans lAllier ; « Aquæ Neriæ », les eaux de Néron, comme nos pères les appelaient, ont, en effet, une influence particulièrement sédative sur les algies et troubles divers dus à l’irritation des fibres sympathiques. La seule objection — d’ailleurs apparente — qui peut naître ici, c’est de rappeler que les eaux de Néris sont contre-indiquées chez les déprimés. Mais à cela, nous répondrons que le causalgique n’est pas un véritable déprimé. Ce n’est pas un mélancolique au sens psychiâtrique du mot. Nous n’avons jamais rencontré aucune observation de suicide accompli. Nous en faisons, beaucoup plus volontiers, un cyclothymique, passant alternativement par des phases de sympathicotonie et de vago-

tonie, phases assez rapprochées les unes des autres. C’est un sujet devenu essentiellement émotif. Enfin, les succès obtenus, dans les causalgies de la Grande Guerre, puis des traumatismes de la vie moderne, constituent l’inestimable bilan d’un certain nombre de guérisons et d'améliorations plus ou moins notables,

suivant l'intensité de la pertuabation sympathique.

Traitement chirurgical

En ce qui concerne le traitement chirurgical des causalgies de Weir-Mitchell, on nous pardonnera d’exposer rapidement les principales interventions, avec un minimum de détails techniques pour lesquels nous renverrons, en cours de route, aux sources bibliographiques.

Les différentes méthodes

La névrotomie au-dessus de la blessure — Weir- Mitchell (6), Malgaigne, Pitres — a pour résultat de supprimer généralement les douleurs, mais détermine une paralysie définitive.

Tinel (147), Jarkowski — qui a le même résultat moteur et

La névrotomie au-dessous de la blessure

qui, au point de vue algique, donne des résultats parfois supérieurs à la méthode précédente, surtout dans

les formes hyperhémiques.

La libération des nerfs et des paquets vasculo-nerveux de la gangue cicatricielle, opération qu’il faut faire, opération qui a été faite par un très grand nombre de chirurgiens, mais qui, en général, modifie peu l’évolution de la causalgie, et qui, lorsqu'elle a été incomplète, l’exacerbe parfois. L'idéal, c’est de la pratiquer simultanément avec une sympathectomie.

Le hersage du nerf, ou neurolyse des Anglo-Allemands (155), préconisé par Pierre Marie au début de la guerre, dans le traitement des causalgies, n’a pas donné des résultats bien brillants.

La névrotomie suivie immédiatement de suture consécutive — Bruns (14), Sicard (15), Tinel (84) — donne, au point de vue algique, des résultats variables, et, au point de vue moteur, une paralysie durant pour le moins de un an et demi à deux ans.

La ligature serrée du nerf au calgut numéro 5, audessus de la lésion — Lortat-Jacob, Hallez et Girou (85) — a donné de bons résultats au point de vue algique, mais cette méthode ne s'applique qu'aux causalgies avec troubles paralytiques graves. Ce traitement s'appuie sur un mécanisme analogue à celui que provoque la pression sur un nerf accessible, au cours d’une névralgie dentaire par exemple.

Le manchonnage du nerf avec des lannières de caoutchouc — Henri Claude (62), Delbet, Mauclaire, Odilon Platon (117) — ne donne guère de résultat que si on pratique simultanément une sympathectomie.

La ligature de l'artère correspondant au territoire causaälgique — Charles Foix, Mouchet et Rimette (94) — a donné d’excellents résultats aux auteurs, mais,

à notre avis, ne s’applique qu’aux formes à prédominance hyperhémique.

Les injections intranerveuses d'alcool sus-lésionnelles — J.-A. Sicard (29, 51, 95). — Ces injections se font après découverte chirurgicale du nerf, à trois centimètres au-dessus de la lésion, avec une aiguille aussi fine que possible, avec deux centimètres cubes d'alcool à 60°, conservé dans des ampoules fermées, stérilisées par tyndallisation. Il vaut mieux opérer sous anesthésie générale. Le nerf ayant été découvert, on le soulève légèrement avec un catgut qu’on passe dessous lui, puis on pique obliquement l’aiguille de la seringue dans le névrilème, en dirigeant sa pointe de bas en haut. On l'enfonce délicatement, à une profondeur d’au moins un centimètre, dans la partie centrale du cordon nerveux. On pousse lentement le liquide. Sous l'influence de l’injection, le nerf se distend ; son volume double ou triple ; il prend une teinte blanc nacré. Quand on retire l’aiguille, il est utile d’appliquer pendant deux minutes un doigt sur le point de la piqûre, afin d’éviter le reflux rapide du liquide injecté.

Sicvard insistait, avec raison, sur la nécessité d’obtenir une bonne distension œdémateuse du tronc injecté. Pour la réaliser au sciatique, il faut piquer en plusieurs points, et sur un segment d’au moins trois centimètres de hauteur. Tous les troncs tributaires de lalgie doivent être injectés.

Résultats de cette méthode : au point de vue algique, disparition des douleurs dès le lendemain de l’opération. Les échecs et les rechutes ne se font que

dans deux conditions : premièrement, lorsque lalcoolisation a été pratiquée au-dessous ou au niveau même de la lésion, ou bien tout simplement lorsqu'elle a été mal pratiquée ; deuxièmement, lorsqu'on s’est adressé à des causalgies extensives, avec arthralgies associées de voisinage.

Au point de vue moteur, on produit une paralysie motrice qui, avec l’alcool à 60°, dure de cinq à huit mois. On note une R. D. variable de degré et de durée. Toutefois, certains opérés, quelques jours après l’intervention, récupèrent, d’une façon en apparence paradoxale, une partie des mouvements qu’ils avaient perdus.

Les injections intranerveuses de cocaïne, pratiquées à travers les téguments — Henri Français et François Moutier (60), Tinel (107) — ne donnent que des résultats passagers.

Nous en arrivons maintenant à /a sympathectomie périartérielle de Leriche (39, 44, 77, 96, 118, 144, 145, 152). — Cette intervention tient, dans la thérapeutique chirurgicale des causalgies de Weir-Mitchell, une place si importante, que nous sommes moralement obligés de préciser particulièrement ce en quoi elle consiste.

Dénudation artérielle et sympathectomie périartérielle ne sont pas synonymes. En 1889, Jaboulay (188) a décrit une opération consistant à découvrir une artère, la fémorale par exemple, au niveau du triangle de Scarpa, à « l’isoler comme pour une ligature sur toute sa périphérie, et à arracher les nerfs vasculaires qui passent sur elle à ce niveau ».

À la Société de Chirurgie de Lyon, à la fin d’une

étude sur le rôle du sympathique dans les névralgies, Jaboulay communiqua la note suivante :

« Pour le membre supérieur, en cas de névralgies rebelles, on pourrait, ou bien décoller tout le paquet vasculo-nerveux carotidien, y compris le sympathique cervical dans sa partie supérieure, et le rejeter en avant. De la sorte, on détruit les rami communicantes qui vont aux branches antérieures des cinquième, sixième, septième et huitième paires cervicales, et première dorsale ; ou bien dénuder l'artère sous-clavière qui reçoit un réseau de fibres sympathiques ».

Cette phrase montre bien que Jaboulay n'avait jamais songé à s'adresser aux plexus adventitiels. D'ailleurs, dans la seule observation qu’il ait publiée, il écrit : « L'opération avait consisté dans la dénudation de l’artère fémorale, et l’arrachement des deux nerfs, qui vinrent sur une longueur de quinze centimètres environ ».

Ces deux nerfs, ce sont Île saphène interne et son accessoire. Les quatre observations que l’on trouve dans la thèse de Lescuyer, et qui appartiennent en propre à Jaboulay et à Patel, ne disent rien de plus que cela.

En somme, l'opération à visée tronculaire, imaginée par Jaboulay, avait pour objectif de rompre les attaches nerveuses de la gaine vasculaire, de sectionner tous les filets nerveux pénétrant à un certain niveau dans la gaine des vaisseaux, et d’arracher les nerfs visibles, « les deux nerfs ».

Leriche comprit tout ce que cette intervention avait

d’'imprécis, d’empirique et d’aléatoire, et il en vint

à penser qu'il serait préférable d’atteindre directement les plexus sympathiques artériels, c’est-à-dire de pratiquer une excision de l’adventice sur une certaine longueur.

Il pratiqua dès 1914, avec succès, cette intervention, pour un mal perforant plantaire. Puis, la seconde fois, ce fut à la fin de 1915, pour une causalgie de guerre (39).

Il y a donc bien une différence entre le procédé de Jaboulay et l’opération de Leriche. Celui-là consiste en une simple dénudation artérielle, avec arrachement tronculaire des nerfs ; celle-ci est une excision de l’adventice artériel, une sympathectomie plexique.

Des expériences que Leriche pratiqua, soit avec J. Heïtz, au laboratoire du Professeur Charles Richet, soit avec J. Haour, dans le laboratoire du Professeur Policard, il dut conclure que c’est chez l’homme seulement, que doivent être étudiés le sympathique périartériel et les effets de la sympathectomie périartérielle.

Dans une autre publication (118), où il rapporte les succès que sa méthode a obtenus un peu partout, il conseille, à juste titre, d’être prudent dans les cas où l'artère paraît malade. Dans ces cas, il faut, ou s’abstenir, ou se reporter plus haut, si à un autre niveau, l'artère paraît saine ; ou bien, se borner, à la façon de . Sampson-Handley (113), à injecter de l’alcool dans la gaine artérielle, à l’aide d’une fine aiguille obliquement introduite dans l’adventice.

Dans une autre publication (96), Leriche ‘nsiste, avec raison, sur ce que la sympathectomie doit être prati-

quée au-dessus de la lésion, et il critique la conception

de certains chirurgiens qui, quel que soit le sièæ de la lésion, ne font que des sympathectomies fémorales ou humérales. Leriche rapporte enfin une fort belle observation, puisqu'il s’agit d’une sympathectomie iliaque.

Dans un autre travail (145), Leriche précise le point suivant : Lorsqu'on se trouve en face d’une artère oblitérée, la résection du cordon oblitéré, entre deux ligatures, doit remplacer la sympathectomie adventitielle, insuffisante dans ce cas.

Voyons maintenant très brièvement, quelle est la technique de la sympathectomie périartérielle de Leriche (77), qui, suivant l’artère sur laquelle elle est pratiquée, est désignée : sympathectomie axillaire, humérale, iliaque, fémorale, poplitée..

« Il faut découvrir l’artère par le procédé classique, ouvrir au bistouri la gaine celluleuse, isoler l’artère sur dix centimètres, fixer la gaine propre directement sur la paroi vasculaire, l’inciser, tirer sur une des lèvres ainsi faites, avec une pince, la décoller, soit au bistouri, soit à la sonde cannelée, en dépouillant complètement l’artère de tout le tissu celluleux qui y adhère ; il faut s’y reprendre en plusieurs fois, et avec persévérance, repincer la gaine, enlever de minces toiles, et ne s’arrêter que pand on a vraiment le sentiment d’avoir tout enlevé ».

La sympathectomie- périartérielle étant, suivant l'expression de Leriche, une « opération essentiellement physiologique », doit être suivie de réactions physiologiques également.

Premièrement : signe primaire.

« L'artère entre en contraction, dès que l’on touche la gaine sympathique; le pouls disparaît, puis, au bout de quelques heures (de trois à quinze heures) apparaissent des signes secondaires ».

Deuxièmement : signes secondaires.

Vaso-dilatation, élévation thermique locale, augmentation de l'amplitude des oscillations artérielles. Cette vaso-dilatation dure environ un mois et concorde avec l'expérience mémorable de Claude Bernard (163) sur la section du sympathique cervical chez le lapin.

Voyons maintenant quels sont les résultats de Popération de Leriche.

D'abord, au point de vue moteur, il est bien évident qu'elle n’entrave aucune fonction, d’où son avantage sur la méthode de Sicard et sur celle de Lortat-Jacob. Et même plus, elle semble améliorer les troubles paralytiques préexistants, par suite de la disparition des douleurs et de son action eutrophique.

Au point de vue algique, il faut reconnaître, avec impartialité, que toutes les causalgies de Weir-Mitchell ne guérissent pas par la sympathectomie périartérielle, même parfaitement exécutée. Dans un certain nombre de cas, on n’observe qu’une légère amélioration, parfois aucun soulagement. Dans d’autres cas, on assiste à des réveils à plus ou moins longue échéance. Néanmoins, il faut bien le dire — et Îles chirurgiens du monde entier l’ont proclamé — la sympathectomie périartérielle est une opération faite pour la causalgie.

De même que la statistique personnelle d’Odilon

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