L’ALLUMEUSE
Comme elle était venue le consulter pour un bobo de rien du tout, l’ordonnance fut vite faite.
Par cette chaude après-midi d’août, il n’y avait personne, • ou presque, dans le salon d’attente, et ils causèrent longuement, en gens que rien ne presse, ayant l’impression que Paris dormait autour d’eux, et qu’il faisait vraiment très bon, dans ce grand cabinet resté frais grâce aux volets clos, où l’on n’entendait d’autre bruit que celui de leurs voix.
Après s’être vus tant de fois au chevet du mari, mort ataxique deux ans plus tôt, ils se connaissaient mal, curieux pourtant l’un de l’autre.
Jolie comme un joli polichinelle roux, aux joues roses et au nez courbe, aux beaux yeux un peu fous, madame Arthois avait infiniment d’esprit, de l’esprit prompt, hardi, aux réparties si vives, certains soirs, que c’était un ravissement. Elle gâtait à peine tout cela d’un rien de pédantisme — un peu trop de citations — et, parfois, de l’esprit voulu, aussi fâcheux que l’autre, le spontané, était charmant. Par-