‹ Les causeries de BianchonChapitre 22 sur 29 · M. BROUARDEL · texte numérisé non relu

M. BROUARDEL

hommes qui le composent inspirent la sympathie et méritent qu’on les connaisse. Essayons d’en donner un portrait ressemblant.

M. Bronarclel

Président du Comité d’hygiène publique, professeur de médecine légale et doyen de la Faculté, membre de l’Institut et de l’Académie de la rue des Saints- Pères, commissaire du Gouvernement devant la Chambre et le Sénat toutes les fois qu’il faut édifier le Parlement sur quelque sujet médical, commandeur de la Légion d’honneur et d’un grand nombre d’autres ordres, il a tous les panaches, tous les titres officiels — qu’il porte, il faut le dire, avec infiniment de bonhomie et de simplicité.

Le teint coloré, la barbe en pointe qui grisonne, une longue moustache jaune, une moustache d’homme du Nord, qui semble faite pour s’emperler à la mousse des bocks, l’œil qui ne sait quel parti prendre entre la plus incontestable droiture et la finesse la plus déliée — l’une et l’autre de ces qualités font partie de son caractère — un œil clair et sagace, d’une lucidité parfaite, dont la paupière papillotte d’une fort amusante sorte dans ces moments où il s’agit de ne pas laisser échapper un mot de trop, de tout dire sans rien compromettre, et de promettre sans engager outre

LES TRIUMVIRS DE l'hYGIÈNE

mesure l’avenir, — ainsi vous apparaît cet homme, au total plein de charme et de séduction pour quiconque a la bonne fortune de causer un peu longuement avec lui.

Qualités précieuses, bien plutôt pour un diplomate que pour un savant, direz-vous ?

C’est qu’il faut être diplomate pour faire un bon doyen, un bon président du Comité d’hygiène publique, un bon commissaire du Gouvernement, pour résoudre à la satisfaction générale les problèmes les [plus enchevêtrés, concilier les intérêts rivaux, aplanir les difficultés, contraindre la science et l’administration à faire bon ménage. Un dogmatique, un caractère d’une pièce ne tiendrait pas six mois à chacun de ces difficiles emplois où M. Brouardel excelle, et il faut lui savoir grand gré de son habileté qui le perpétue à son poste et nous évite ces perpétuels changements de direction si nuisibles au vrai progrès.

Il a, du reste, un autre don de premier ordre, celui de la lucidité.

On dit de lui dans les salles de garde, qu’il a avalé un filtre Pasteur, façon pittoresque de faire entendre que les questions les plus troubles au moment où on les lui pose sortent de son cerveau clarifiées, limpides et nettes comme le cristal. Grand travailleur, son cerveau abat de fortes besognes sans qu’il connaisse la fatigue : le « filtre » ne s’encrasse pas.

Clinicien de haute valeur, son serviee est un des

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