M. BROUARDEL
deux ou trois que les internes médailles d’or recherchent, car ils savent trouver en lui non seulement un maître qui enseigne beaucoup de choses, mais un « patron » fidèle à ses fidèles, tout dévoué à ses élèves et à ses amis.
Peut-être peut-on reprocher à M. Brouardel de manquer un peu, dans ses délicates fonctions de médecinlégiste, de cette décision, de ces opinions catégoriques dont l’esprit fléchissant et souvent un peu lourd du jury a tant besoin pour y étayer son verdict.
Mais comme hygiéniste, il faut le louer sans réserve. Les services par lui rendus à la santé publique sont en grand nombre et de haute importance.
11 a présidé à toutes les études modernes sur le rôle de l’eau dans la propagation de la fièvre typhoïde et du choléra : lors des épidémies de Pierrefonds, de Clermont-Ferrand, de Lorient, du Havre, de Saint-Cloud, de Trouville, il a fait — avec la collaboration des docteurs Chantemesse et Thoinot, entre autres — de très concluantes enquêtes qui ont fixé définitivement la question, et qui lui ont permis de triompher, au congrès de Vienne, de la théorie jusque-là prépondérante de Peltenkoffer et de l’école de Munich.
On doit en grande partie à son initiative l’assainissement de Toulon, de Marseille, de Rouen, de Bourg, de Toulouse et de Boulogne-sur-Seine, sans compter Paris.
Au double point de vue de l’hygiène et de la méde-
LES TRIUMVIRS DE l'hYGIÈNE
cine légale, il a étudié la question des cimetières, des dépôts mortuaires et de la crémation.
Il me faut signaler encore ses travaux sur la variole, sur la suette, sur la trichine, sur la morve et le farcin de l’homme, ses recherches sur la consommation de l’alcool dans ses rapports avec l’hygiène, sur l’alcoolisation des vins, sur la fabrication des allumettes, sur le salicylage des produits alimentaires — et comment oublier son attitude à l’Académie de médecine lors de la discussion sur la rage en 1887.
Il a touché encore aux questions de surmenage intellectuel, d’hygiène des écoles, de protection de l’enfance, et l’on peut dire qu’il a été mêlé à toutes les réformes utiles accomplies depuis dix ans dans le domaine de l’assistance et de l’hygiène publiques.
Je ne suis pas un panégyriste de parti-pris ; je suis extrêmement jaloux de ma liberté de penser et d’écrire ce que je pense. M. Brouardel en a eu, comme beaucoup d’autres, la preuve. Mais je ne dis rien que de juste en reconnaissant en lui un homme d’intelligence supérieure, vraiment utile à son pays.
M. Proust
De bonne taille, — un rien trop gros pour un hygiéniste, avec sa barbe grise, ses traits réguliers et lins, le lorgnon posé bas à cheval sur le nez, et qui