M. PROUST
l’oblige à tenir la tête un peu haute, avec sa voix grave un tout petit peu nasonnée et son sourire bon enfant, un sourire à la fois aigu et indulgent de philosophe, M. le D" Proust , inspecteur général des services sanitaires au ministère de l’Intérieur, professeur d’hygiène à la Faculté, médecin de l’Hôtel-Dieu, membre de l’Académie de médecine, donne l’impression d’une intelligence exceptionnellement vive dans un corps un peu indolent. Disons plutôt — car cette séparation du corps et de l’esprit est vraiment bien superficielle — disons que M. Proust est , à coup sûr, doué des facultés les plus heureuses d’ingéniosité scientifique personnelle, de compréhension et d’assimilation, et qu’elles le dispensent de ces longs efforts d’énergie, de cette longue patience où d'autres trouvent leur génie.
Il sembla tout d’abord que sa carrière dût s’orienter vers la science du système nerveux central, vers la psychologie médicale, vers l’étude si passionnante des localisations. Ses travaux sur les différentes formes de ramollissement du cerveau (1866), sur la paralysie labio-glosso-laryngée (1870), sur Y aphasie (1872), sont encore à consulter aujourd’hui, après un quart de siècle de progrès incessants dans cette voie. Son étude des troubles du langage, faite avec une finesse d’analyse et une rigueur de dialectique tout à fait remarquables, est citée par tous les traités ; on dit encore « le signe de Proust » pour désigner une ingénieuse expérience clinique de son invention. Nous lui devons
LES TRIUMVIRS DE l’hYGIÈNE
encore une des meilleures observations de chirurgie du cerveau, de trépanation vérifiant avec une précision quasi-mathématique la doctrine des territoires moteurs de l’écorce.
Mais d’autre part, le D" Proust était l’élève de Fauvel, du grand Fauvel, l’hygiéniste; dès 1869, le jeune agrégé avait été chargé d’une mission sanitaire en Russie et en Perse ; puis sa vocation se précisant, il était devenu successivement secrétaire-adjoint du comité consultatif d’hygiène de France, secrétaire de la commission pour la révision des règlements sanitaires français.
De jour en jour, il prenait goût à cette science de l’hygiène, naguère dans l’enfance, et qui, tout d’un coup, se fécondait et prenait des proportions inattendues sous l’influence des doctrines pastoriennes. Inspecteur général adjoint des services sanitaires en 1883, titulaire l’année suivante, à la mort de Fauvel, le professeur Proust a été, tour à tour, membre du comité des épizooties, membre du comité d’hygiène publique au moment de sa réorganisation, membre de la commission supérieure de l’assainissement de Paris, président du jury de l’Exposition internationale de Londres, que sais-je encore? .Te n’en finirais pas d’énumérer ses titres et les noms de sociétés savantes ou de commissions officielles dont il a fait partie : qu’il me suffise de dire qu’il apporté partout ce don de voir clair tout de