‹ Les causes de la folie, prophylaxie et assistanceChapitre 23 sur 62 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1. — Les PAYS ont été étudiés au point de vue social. Il resterait à les envisager sous le rapport de leurs conditions physiques. On a peu de renseignements sur cette question, qui ne pourrait être éclairée que par des statistiques étendues et minutieuses.

D'ailleurs, les conditions d'un pays comprennent beaucoup d'éléments: la constitution géologique du sol, le climat, la nature de l'alimentation et des eaux potables, et surtout les institutions sociales dont les effets si puissants rendent le plus souvent presque impossible l'analyse des conditions propres au sol lui-même.

On sait que dans certains pays de montagne il y a plus d'idiots qu'ailleurs, à cause du goitre, dont les conditions étiologiques sont là réunies. On a dit (^) que dans les pays marécageux, la démence et l'imbécillité étaient plus fréquentes; peut-être à cause de l'impaludisme. qui est un élément dégénératif de la race. On sait, d'autre part, que la nostalgie est plus commune chez les montagnards et que la dégénérescence physique et intellectuelle atteint davantage les populations isolées au milieu d'une province, comme en Bretagne.

Lombroso(^) afTimie que dans les plaines, les génies sont rares, et Renan avait remarqué que l'Egypte en était très pauvre. D'après l'anthropologiste italien, les montagnards seraient plus géniaux, mais plus exposés à la folie .

2. Le CLIMAT est un des éléments du pays. Il semblerait {■') que

(1) EsQuiROL. Ouvr. cité, I, 2o.

(2) LoMBRoso. L'hoiiin\e de génie.

(3) EsnuiROL. Ouvr. cité, I, 24.

les climats chauds produisent moins de fous que les climats tempérés, sujets à de grandes variations atmosphériques, et qu'il y avait moins d'aliénés en Grèce, en Turquie, dans les Indes, que dans le nord de l'Europe. Mais c'est aussi dans ces régions que sont situés les pays les plus civilisés, et c'est d'autre part dans les pays chauds que l'assistance est le moins développée.

On attribue souvent les suicides fréquents en Angleterre au climat brumeux. 11 est bon aussi de remarquer (') que le suicide est très commun en Hollande, où le climat est celui des lies Britanniques. On croit que les aliénés sont plus bruyants dans la Midi et plus tranquilles dans le Nord.

3. Influences iMÉTÉOROLOGiouES. — Esquirol (^) disait que, au moment des équinoxes, les aliénés étaient plus bruyants. Dubuisson, son contemporain, avait observé un dément qui, pendant seize ans, était plus agité à ces périodes de l'année. Tout récemment M. Gouzer (') a appelé l'attention sur l'effet psychique des marées électriques, qui seraient plus intenses au moment des équinoxes.

Morel ('') pensait que certains vents chauds pouvaient pousser au suicide.

Selon Guislain C'), il y aurait certains rapports difficiles à préciser entre, d'une part, l'exacerbation et la rémission delà folie, et, d'autre part, les temps très humides, les vents, les orages et l'électricité atmosphérique.

M. Binet (^') a fait de curieuses recherches sur l'influence des conditions météorologiques sur les aliénés. Auparavant, Lombroso (')

(1) Esquirol. Ouvr. cité, f, 377.

(2) Esquirol. Ouvr. cilé, I, 26.

(3) Gouzer. Action des courants telluriques, du may;nétisme terrestre sur l'activité cérébrale, Arch. d'cntthrop. criminelle, 1891,361.

(4) MoREi,. Trailé des malad. nient., 1860, 94.

(5) GuisLAiN. Leçons orales, ouvr. cité, I, 4ol.

(6) BixET. Recherches au sujet de l'influence des conditions météorologiques sur les aliénés, Th. Paris, 1873, 92 et 93.

(7) Lombroso. De l'inlluence des phénomènes atmosphériques et de la lune sur les aliénés, iHH. niéd. psychnL, 1867, X, 503 et suiv. — Id. //>k/. 1868, Xll, 152.

146 LES CAUSES DE LA ^OLlE.

avait remarqué que, deux ou trois jours avant les grandes variations atmosphériques, certains aliénés, les stupides, les idiots, les déments et surtout les épileptiques, semblables en cela à beaucoup d'animaux, sont très agités . Une pression faible aurait une influence favorable sur la guérison des accès. Girard de Cailleux disait que c'était dans les jours de la plus grande élévation barométri que qu'il y avait le plus d'admissions. La diminution de la pesanteur atmosphérique produirait la congestion cérébrale (').

Le tonnerre aurait été cité quelquefois comme pouvant provoquer des troubles mentaux. Esquirol (■) rapporte un exemple de ce fait.

M. Féré ('*) a remarqué que, pendant et après les orages, les sujets nerveux éprouvent des phénomènes d'excitation et de dépression ; il compare ces phénomènes au rétablissement de la sensibilité et à l'augmentation de la force musculaire qui surviennent chez les hystériques sous l'influence de l'augmentation de la tension électrique. Le même auteur (') a montré par une observation que le coup de soleil électrique pouvait provoquer l'explosion de phénomènes nerveux, de l'hystérie.

Le degré hygrométrique de l'air, le spectacle des nuages et bien d'autres conditions météorologiques ont une influence mal déterminée encore sur l'état d'excitation et le délire des aliénés.

4. La Lune et d'autres astres ont longtemps été accusés d'exercer une action heureuse ou néfaste sur la vie des gens. L'expression de lunatiques, employée par les anciens et maintenant encore en Angleterre, pour désigner les fous, manifeste ces croyances populaires (•^). Galien croyait que la lune influait sur les retours périodiques des attaques d'épilepsie, et qu'elle pouvait agir sur les aliénés. (( Si, dans ce siècle, comme l'ont prétendu, disait Chomel,

(1) Grisolle. Traité de patholog . interne, 1865, I, 200.

(2) EsQtriROL. Ouv. ciié, J, 61.

(3) Féré. La pathol. des émoL, 1892. 16,

(4) Féré. La pathol. des éinot., 88 et. suiv. (o) in Esquirol. Ouv. cité, I, 28.

CAUSES PHYSIQLfES. 147

quel(|ues pliysÎGiens, les teinpôtes, la direcliori des vents étaient soumis aux phases lunaires, il serEiit possible que cet astre eût une intluence directe sur l'économie; il serait démontré qu'il pourrait agir directement sur elle (') ».

Mais ces influences sont difficiles à débrouiller, si tant est qu'elles ne sont pas chimériques. Esquirol (^) explique l'agitation des aliénés à la pleine lune par la lumière qui, pénétrant la nuit dans les dortoirs, excite les malades. Leuret et Métivier (^) se sont livrés à des recherches personnelles pour établir que la lune ne modifiait pas le pouls des aliénés. D'autre part, le célèbre Guislain (') dit avoir observé un aliéné qui avait ses accès de manie tous les 28 jours, à chaque révolution lunaire, et aussi une maniaque dont les troubles mentaux revenaient à chaque pleine lune. Enfin Lombroso (') a constaté une coïncidence habituelle entre la nouvelle lune et les exacerbations des maladies mentales, surtout des crises épileptiques. De son côté, Koster (") aurait observé que c'est à l'apogée ou au périgée que commencent ou finissent les accès de la folie circulaire.

5. Saisons. — On a souvent cherché à établir un rapport entre les saisons et la production des cas de folie. La plupart des anciens auteurs faisaient naître la mélancolie en automne et la démence en hiver. Esquirol (^) a dressé une table statistique portant sur 1,557 cas, répartis en huit années, et a trouvé que les admissions sont plus nombreuses dans le mois de juillet et dans le trimestre d'été ; qu'elles sont moins considérables pendant le mois de septembre et durant le trimestre d'hiver; enfin qu'elles suivent une marche progressive et régressive dans l'ordre des saisons du calendrier, augmentant au printemps et en été pour dimi-

(1) Chomel. Patliol. générale, 2""' édition, 1841, Hl,

(2) EsnuiRoi,. Ouv. cité, I, 28.

(3) Leuret et Métivier. De la fréquence du pouls elle t les aliénés, 1834.

(4) GuiSLAiN. Leç. orales^ ouv. cité, 452.

(o) LoMBKoso. De l'influence desphén. almosph'., ouvr. cité, oOb.

(6) Koster. Ann. méd. psychol., 1861, Vil, 618.

(7) Esquirol. Ouvr. cité, II, 671.

148 LES dAUSES BÉ LA FOLlË.

nuer en automne et en hiver. D'autre part Guislaiu (') avait observé que les admissions les plus nombreuses avaient lieu au printemps et à l'entrée de l'été. De son côté, M. Planés (^), opérant sur des chiffres plus élevés, trouvait, pour une période de 14 ans (1872-1885), que le deuxième trimestre de l'année était le plus chargé et le premier le moins.

M. Garnier (^), qui a repris cette question, a établi le graphique des admissions durant la période 1872-1888; on y voit que la ligne s'abaisse de janvier à février ; puis monte jusqu'en juin pour redescendre, assez brusquement d'abord, jusqu'en hiver. Ce n'est donc point les fortes chaleurs qui font monter cette ligne dès le mois de mars et la font s'abaisser en juillet et en août, c'est-à-dire dans les deux mois caniculaires.

Il est intéressant de faire remarquer que ces statistiques concordent assez avec d'autres relatives au suicide et aux attentats contre les personnes. On voit, en effet au printemps, la recrudescence annuelle des délits coïncider avec celle de la folie. C'est aussi en décembre qu'il y a le moins de suicides, et en juillet le plus; après ce mois il y a, pour les hommes tout au moins, une diminution brusque des cas, qui ne s'arrête qu'en novembre. La moyenne est dépassée de mars à août (Socquet).

M. Garnier (^) a aussi montré que c'est au printemps qu'il y a le plus d'admissions dues à la folie alcoolique et à la paralysie générale. Le printemps agirait donc par un trouble général de l'organisme, lequel rendrait les sujets prédisposés plus aptes à délirer à l'occasion d'autres causes qui, comme l'intoxication alcoolique, donneraient comme un coup de fouet aux lésions jusqu'alors latentes de la paralysie générale.

6. Température. — La chaleur prolongée excite les aliénés. On sait que lorsqu'ils traversent les tropiques, les marins sont sujets à de curieux accidents nerveux, qu'on appelle la calenture, et qui se

(1) GmsLAiN. Ouv. cité, II, 110.

(2) Planés. Quelques consid. sur la folie à Paris, 'ïh. Paris, 1886.

(3) Garnier. La folie à Paris. 1890, 18 etsuiv,

(4) Garnikr. La folie <t Paris, 35 et 4o.

manifestent par l'impulsion à se jeter à l'eau. J.-P. Falret (^) disait que cette impulsion n'est pas l'expression d'un penchant au suicide mais est déterminée par des hallucinations de la vue, qui font voir à ces malheureux, accablés par une chaleur exagérée, des plaines vertes et humides ou des bocages ombrageux.

Quelques professions, celles des cuisiniers, des chauffeurs, etc., sont mauvaises pour certains cerveaux, qui se congestionnent facilement sous des températures élevées.

Vinsolation cause quelquefois l'aliénation mentale. On a attribué à cet accident la folie de Charles VI ; on rapporte aussi que les habitants d'Abdère furent frappés d'aliénation mentale pour être restés très longtemps au soleil eu assistant à la représentation de ï Andromède d'Euripide. M. Dony (■), qui a fait sa thèse sur cette question, distingue avec d'autres auteurs, parmi lesquels M. Lacassagne, le coup de chaleur, dont l'action se porte sur tout l'organisme et détermine une hyperthermie parfois considérable, de l'insolation dont les eft'ets sont limités au point du corps exposé, au crâne par exemple, et qui ne s'accompagne ordinairement pas d'élévation de la température.

Eu lisant les observations publiées, on voit que souvent les phénomènes morbides consistent en un délire aigu, au milieu duquel apparaissent parfois des impulsions au suicide; la mort peut survenir. Mais les cas les plus intéressants sont ceux où, après les premiers accidents, les malades deviennent aliénés. Or ce qui est curieux, c'est que fréquemment ces troubles cérébraux consistent en de l'affaiblissement intellectuel, de l'embarras de la parole, de l'incoordination musculaire, c'est-à-dire tous les symptômes de la paralysie générale, ainsi que l'avait déjà constaté Esquirol ('). Skae ('), qui s'est occupé aussi des psychoses par insolation^ les rapproche avec raison de celles où la cause est un trau-

(1) J.-P. Falret. Du délire, 1839, 31.

(2) Dony. De la folie consécuUve à l'insolation, th. Paris, 1884.

(3) Esquirol. Ouv. cité, II, 188 et suiv.

(4) Francis Sk.ve. Folie traumatique,in«. méd. psychol., 1867, X,o68 et suiv.

matisme physique. Le mode d'action serait dans les deux cas analogue.

Il est probable que l'insolation, qui ne peut agir que par une congestion passagère du cerveau, stimule alors énergiquement la lé sion encéphalique, qui n'attendait qu'une occasion pour se révéler par un accès maniaque ou des convulsions épileptiformes. Il ne semble pas que cet accident soit capable d'une autre action pathogénique. Il est à remarquer, avec Hyslop ('), que souvent les psychoses les plus graves se manifestent, comme après les traumatismes, plusieurs mois et même plusieurs années après la secousse physique.

Le froid est tout aussi dangereux, et peut-être même davantage. Il excite, comme la chaleur,les aliénés dans les asiles, probablement parcequ'il les force à se tenir renfermés clans les salles. Durant la campagne de Russie, plusieurs soldats et officiers furent atteints de manie (') ; sur le nombre, beaucoup passèrent dans un état chronique. Calmeil (^) rapporte que 3 filles, voyageant en voiture par un grand froid, tombèrent, à leur arrivée, dans une stupeur profonde ; Bartholin fit couvrir leurs têtes de peaux de mouton, et leur esprit parut peu à peu s'éveiller. EUis ('') admet aussi cette étiologie.

Les températures extrêmes, le froid et la chaleur, ont en somme les mêmes effets : ils favorisent les congestions cérébrales, causes prochaines des accidents mentaux qu'on leur attribue.

7. Lumière. — Pour M. Gouzer (') c'est la lumière, et non la chaleur des pays méridionaux, qui donnerait à leurs habitants leur tempe rament spécial, car elle est un excitant physiologique. C'est la lumière aussi, l'excitant cérébral par excellence, qui causerait, d'après cet auteur, les plus grands chitïres annuels des cas de folie et

(1) Hyslop. In Ami. inéd. psychoL, 1893, XVIII, 302,

(2) EsQuiROL. Ouv. cité. 1,25.

(3) C.\LMEiL. De la folie, 1845, II, 225,

(4) Elus. Ouv. cité, 1840, 120.

(5) Gouzer. Action de la lumière sur l'activité cérébrale, Arch. d'AnUiropol. criiinnelle, 1891, 408.

de suicide, qui correspondent aux niaxima actiuométriques et non pas aux maxima thermiques. Enfin cet auteur a voulu expliquer de la même manière, par les oscillations et les acmés actinométriques, les courbes de la criminalité observées par M. Lacassagne. Le savant médecin de Lyon a en elïet remarqué que mai, juin, juillet et août sont les mois génésiques par excellence, et que les crimes, qui ont leur maximum en juin pour baisser régulièrement jusqu'en novembre, présentent une ascension en mars et une diminution en avril. Or M. Gouzer explique ce dernier fait par la grande montée de lumière qui a lieu eu mars (').

On sait d'ailleurs que le jour et la nuit exercent chacun une influence particulière sur l'aliénation mentale. Au début du jour, les mélancoliques sont plus inquiets (-), et les aliénés en général plus agités (') ; les suicides des vésaniques ont souvent lieu le matin. D'une façon générale, il y a dans la journée plus d'excitation, qui se manifeste chez certains sujets par des modifications de la force musculaire, de la circulation, de la respiration et de la sensibilité ('') . Beaucoup de fumeurs sentent moins le goût du tabac dans l'obscurité ; le goût, la sensibilité paraissent aussi diminués chez certains.

On s'est demandé s'il n'y avait pas une action spéciale à chaque couleur composante de la lumière. Certaines favoriseraient le travail intellectuel (^). Le rouge augmenterait l'activité et serait appelé pour cela catabolique; le violet favoriserait le développement et serait anabolique C'). Ces dernières propriétés ont été expérimentées par Béclard sur les larves des mouches. Un médecin italien, Ponza ('), a essayé de traiter les agités en les mettant dans

(1) GouzÉR. Action de la lumière sur l'activité cérébrale, Àrch. d'Anthropol. criminelle, 1891, 476.

(2) Marge. Trait? prat. des mal. ment., 1882, 328.

(3) EsQuiROL. Ouv. cité, I, 28.

(4) FÉRri, La pathol. des émotions, 1892, 25. (o) Féré. La pathol. des émotions, 23.

(6) Féré. La pathol. des émotions, 24.

(7) PoNz.v. De l'influence de la lumière colorée dans le traitement do la folie. inn. méd. psychoL, 1876, 5° série, XVI, 391.

des chambres où la lumière, modifiée par les carreaux des vitres, arrivait violette, et les déprimés, en les plaçant dans une atmosphère colorée eu rouge.

8. Nuit, — La nuit agit de différentes manières: par le froid, l'état hygrométrique de l'air, la fatigue accumulée de la journée et aussi l'obscurité. Celle-ci éveille chez certains névropathes des ter" reurs qui peuvent prendre une intensité extraordinaire, si la lumière ne vient pas les calmer.

M. Féré (') a connu un individu qui, en wagon, surpris par l'obscurité d'un tunnel, fut pris d'une sensation d'étoufïement si pénible qu'il se serait précipité par la fenêtre si on ne l'en eût empêché. Les enfants, candidats à la névropathie, sont particulièrement sujets à ces terreurs nocturnes.

On sait que la période intermédiaire entre la veille et le sommeil est le moment propice aux hallucinations hypnagogiques et à toutes les autres hallucinations qui peuvent parfois être chassées par la lumière ou la présence d'une personne étrangère. La nuit favorise aussi l'éclosion des délires (-), surtout de ceux dûs à l'alcool.

9. Le Traumatisme, que Ton peut ranger parmi les causes physiques, est souvent rencontré dans l'étiologie des psychoses, et son rôle est encore très discuté.

Esquirol (') avait observé que les chutes sur la tète prédisposaient à la folie et étaient parfois une cause excitante dont les effets pouvaient ne se montrer que plusieurs années après. Bayle ('') et Calmeil {■') avaient remarqué l'influence des traumatismes crâniens sur la production de la paralysie générale. Griesinger ('■) attachait une grande importance à toutes les plaies de tête, accompagnées de

(1) Fkixk. La paùhoL des émotions, 1892, 60.

(2) PoREL. Etude sur les aliénés au point de vue de la nuit, Th, Paris, ISfia.

(3) EsQimoL. Ouv. cité. I, 33.

(4)Bayli;. Maladies du cerceau et de ses nienthranes, 1820, 409. (o) Calmkil. Mal. inflammal. du cerveau, 1839, obs. 82, 114, etc. (C) GiuESiNGKii. Ouv. Cité, 211.

simple commotion cérébrale ou de fractures du crâue, d'épanchements sanguins, etc.. Cette opinion fut partagée par Morel, qui regrettait que les tendances scientifiques de son temps aient accordé aux causes morales une trop grande prédominance dans la patliogénie des maladies mentales (^).

Une statistique de Schlager ("-) établit que, sur 500 aliénés, 49 (42 hommes et 7 femmes) étaient atteints de folie traumatique. Ces psychoses auraient des caractères particuliers, par exemple une grande émotivité, une évidente tendance aux congestions; et quelquefois ces troubles mentaux décèleraient une paralysie générale. Skae (^) admet aussi une folie traumatique, qui se terminerait souvent par la démence, et range l'insolation parmi les traumatismes. Une classification de tous ces faits a été proposée par Krafït-Ebing(^), qui considère les cas où l'aliénation est la conséquence directe du traumatisme, ceux où elle ne survient qu'après une période prodromique caractérisée par des modifications du caractère, et ceux enfin où le choc ne crée qu'une prédisposition à la folie, qui peut éclater plus tard dans d'autres occasions morbides.

Lasègue a, dans une de ses généralisations brillantes, fait rentrer les traumatisés du cerveau dans la classe de ses cérébraux, qui sont des dégénérés acquis. « Lorsque, dit-il, la sauté cérébrale a été troublée, ne fût-ce qu'un moment, par une blessure, par une lésion encé phalique, par une malformation du crâne, la guérison n'est trop souvent qu'une suspension des accidents. Le malade, supposé guéri, a acquis une diathèse morbide, qui décidera du reste de son existence (') ».

Dans ces derniers temps ont paru le mémoire de M. Azam ("), et surtout le travail d'ensemble de M. Christian ('), qui résume la

(1) Morel. Trait, des maladies ment., 1860, 144 et 14;i.

(2) In Christian. Des traumatismes du crâne dans leurs rapports avec l'aliénation mentale. Arch. de neur., 1889, XVII, 9.

(3) Skae. Ouv. cité.

(4) In Christian. Des trauiiiat. du crâne, ouv. cité, 10. (o) Laségue. Etitd. iiiéd., 188i, I, 567 et suiv.

(6) Azam. Les troubles intellect, provoqués par les traumat. cérébraux, Arch. gén. de mei:/., 1881, 1,129et 191. — Voir aussi Rigal./Ihti. d'hygiène. 1894. XXXr2a4.

(7) Christian. Des traumat. du, crâne, ouv. cité.

question en adoptant la division de M. Diiret ('). Après un traumatisme crânien (plaie, contusion, bémorrhagie, fractures), on observe tout d'abord des symptômes primaires, qui consistent en douleurs, troubles visuels (étincelles, lueurs) et auditifs (bourdonnements et tintements d'oreilles), bémiplégies ou monoplégies passagères, convulsions, vertige, étourdissement et coma. C'est là, en somme, un ictus. Parfois, il peut survenir une amnésie portant sur l'accident seul, ou plus fréquemment sur la période antérieure (rétrograde), et même postérieure (antérograde) à l'accident. D'autres fois, lorsque la scission de la mémoire est complète, le patient accomplit divers actes dans un état d'automatisme inconscient {-). M. Christian fait remarquer que dans tous ces cas, où le traumatisme survient à l'improviste, l'émotion ne peut jouer aucun rôle, car le sujet n'a pas le temps de s'eiïrayer. Mais il faut avouer que souvent on n'en sait trop rien.

Parmi les accidents secondaires, on 'doit comprendre les phénomènes inflammatoires qui suivent le traumatisme : la méningite, l'encéphalite, les abcès cérébraux, qui peuvent s'accompagner de délire. Enfin, les accidents tertiaires se développent, quelquefois plusieurs années après, chez ceux qui ont tout d'abord paru sortir indemnes du traumatisme.

Les altérations encéphaliques sont le plus fréquemment la cause des troubles mentaux. Et lorsque l'accident ne laisse pas de cicatrice ni de déformation du crâne, rien ne prouve que la commotion cérébrale n'est pas accompagnée de ruptures des vaisseaux de l'encéphale (Duret).

Si le sujet est un enfant, les conséquences éloignées du choc peuvent être l'arrêt de l'évolution intellectuelle, l'idiotie. Chez l'adulte traumatisé, les facultés intellectuelles sont aussi parfois abolies d'une façon plus ou moins rapide. C'est alors les états démentiels, liés aux lésions circonscrites de l'encéphale, par exemple lorsqu'il s'est produit dans cet organe des lésions importantes du tissu nerveux, une perte de substance, une bémorrhagie cérébrale.

(1) Duret. Traumatismes cérébraux, Th. Paris, 1878.

(2) RouiLLAKu. Obs. d'amnésie traumatiq. avec automat. de la mémoire, Ann. méd. psychol., 1880, III, 39. — Moïiît, Ann. méd. psychol., 1886, III, 127,

Mais l'accident le plus redoutable des traumatismes crâniens est la paralysie générale ('). On trouvera les principaux cas publiés avant 1882 dans la thèse très documentée de M. Vallon (').

Ordinairement la paralysie n'apparaît que quelques mois, et même quelques années après l'accident. Cependant Baillarger (^) narre un fait où la maladie se manifesta par du délire, dès le lendemain d'une chute sur la tête ; mais la patiente mourut au bout de 28 jours, et l'observation manque d'évidence. M. Lafitte ('') et M. Vallon (") ont rapporté des exemples anologues peu contestables. Toutefois est-on bien en droit de dire que le début de la paralysie est survenu quelques heures après l'accident ? Ne pourrait-on pas admettre que ce dernier a permis à une lésion cérébrale, jusqu'alors latente, de se manifester subitement?

M. Vallon ne croit pas que la paralysie générale d'oiigine traumatique se distingue par sa marche ou par ses symptômes d'une manière bien apparente. Il est probable même que la plupart des cas de démence consécutifs à des traumatismes crâniens et publiés par divers auteurs, notamment par Skae, sont des observations de paralysie générale. Cependant il y a des observations d'états démentiels qui n'ont ni le tremblement de la parole, ni la marche rapide de la démence paralytique.

Au point de vue pathogénique, M. Vallon considère d'abord les cas où le traumatisme, qui a causé la paralysie générale, s'est accompagné de fracture des os avec blessure du cerveau ou de ses enveloppes; lorsque la maladie se montre rapidement, il faudrait la rattacher aux phénomènes inflammatoires traumatiques dont la méningo-encéphalite serait un développement. Mais si cette dernière apparaît tardivement, c'est qu'il est resté une lésion, véritable « épine plantée dans la masse nerveuse » qui, un jour ou l'autre, a, sous l'influence d'autres causes, provoqué l'évolution anatomique de la paralysie générale.

(1) Voisin. Traité de la paralysie générale des aliénés, 1879, 328.

(2) Vallon. De la paralysie générale et des traumatismes., Th. Paris, 1882.

(3) In Griesinger. Ouv. cité, Appendice, 714.

(4) Laffite. Paralysie générale produite par un coup sur la tête, .4»?). niéd. psychol.,Y], 1881, 233.

(5) Vallon, De la paralysie générale, ouv, cité, obs. 11, 111 et IV, 59. 60, 61,62-

Les traumatismes crâniens peuvent encore déterminer d'autres lésionset troubles cérébraux, notammentl'état mental particulier du dégénéré, ainsi que l'avait remarqué Lasègue. C'est surtout de ceuxlà qu'on peut dire qu'ils « héritent d'eux-mêmes». Des individus, apparemment normaux avant l'accident, deviennent quelque temps après bizarres, impulsifs, malhabiles au travail ou paresseux. Leur caractère et leur humeur sont changés ; et ils sont sujets à ces bouffées délirantes, qui surviennent si facilement chez les déséquilibrés de tous genres. Quelquefois le traumatisme développe l'appétence à l'alcool.

Enfin toutes les formes vésaniques banales, les accès maniaques, les états mélancoliques, les délires plus ou moins systématisés, ont été observées après des traumatismes crâniens. Un effet curieux, mais non sérieusement contrôlé, des traumatismes, serait de déterminer des aptitudes artistiques. On raconte que Grétry devait son génie à la chute d'une poutre sur la tête, et que Clément V attribuait sa mémoire prodigieuse à un coup reçu sur le crâne.

Tous les traumatismes autres que ceux dont l'action se localise sur le crâne peuvent provoquer des délires. Un des premiers aliénistes qui se soient occupés des faits de ce genre est Griesinger ('), qui rapporte des cas observés par lui ou par d'autres, de troubles mentaux survenus à la suite de blessures des yeux, du pied, etc- Mais il faut tenir compte dans ces faits de l'émotion du schock. Ainsi des morsures par un chien non enragé ont déterminé quelquefois des symptômes nerveux et psychiques qu'on a décrits sous le nom de fausse rage.

Les accidents de chemins de fer provoquent chez les victimes des troubles nerveux et psychiques (^), qui ont été considérés en Allemagne comme une maladie spéciale, où des lésions matérielles de l'axo-myélencéphalique joueraient souvent le rôle pathogénique principal. En France, ils ont été incorporés dans l'hystérie par Charcot et ses élèves ('). Il faut retenir ici que beaucoup de ces malades

(1) Griesi.\gi;r. Ouv. cité, 213.

(2) ViBERT. La névrose traiiniatique, 1893.

(3) Voir l'histoire de cette question dans Georges GurMON, Les agents provocalevrs de l'hystérie, 38 et suiv.

CAUSES PHYSIQUES. lo7

acquièrent, après l'accident, un état mental spécial, caractérisé par des idées mélancoliques et hypochondriaques et des crises d'anxiété. Des délires plus accentués ont été plus rarement observés. Dans tous les cas de névroses traumatiques l'émotion est un facteur des plus puissants.

Les tremblements de terre sont quelquefois aussi l'occasion de troubles psychiques, comme le prouve une malade de Charcot atteinte après l'incident de paraplégie hystérique avec phénomènes d'obsession (').

On peut sans inconvénient réunir, pour les étudier, les délires opératoires aux délires traumatiques, dont la pathogénie et l'expression symptomatique sont sensiblement les mêmes.

C'est Dupuytren qui, en 1832, attira l'attention sur le délire qui suit une fracture, une luxation, une blessure comme aussi une opération quelconque. Sou mérite fut de montrer que ces troubles mentaux devaient être séparés du ilelirium tremens qu'on observait dans des conditions analogues. Cette opinion fut adoptée par desaliénistes tels que Calmeil etDelasiauve. Maispar la suite on continua de confondre I3 délire traumatiqne avec le délire alcoolique, qu'il représentait fréquemment : c'est ce que prouve la lecture de la thèse de M. Festal (") qui expose les idées de M. Verneuil (').

Cependant on publiait des observations de psychoses survenues à l'occasion des traumatismes opératoires les plus divers, à la suite de la rhinoplastie (Billroth), de l'amputation de cuisse (Davidson ('), de la hernie étranglée, de la résection du genou (^), et surtout des ovariotomies C^), qui ne mettent d'ailleurs pas à l'abri de l'hystérie (') contre laquelle on les avait conseillées. On trouvera des faits

(1) Georges Guinon. Ouvr. cité, 56.

(2) Fest.u.. Étuie sur Is délire nero. Iraumat., Th. 1877.

(3) Verneuil. Mém. de chirurg., 1883, III, 144.

(i) Davidson. Aciite mania diiriiiglhe after-treatment of amputation. The Laiicet, 1875, I, 73.

(5) Dknt. The journal of ment. Se, 1893, XVII, 121.

(B). A. Voisin. Ann. niéd. psych., 1879. II, 41. — Régis. Folie et ovarosalpingectomie Soc. inéd. de Bordeaux. 2 juin 1893.

(7) Dkbovi':. Bull. Soc. méd. dea Hôpikiu.v, 1892, 800.

1o8 LES CAUSES DE LA I^OLIE.

nombreux du même genre dans les travaux de M. Denis ('), M. Mairet ('), M. Régis ('), M. Dubuisson(''), et M. Le Dentu {■').

Dans sa thèse iuaugurale, M. Vène (^) a recueilli douze faits nouveaux de délires post-opératoires et a essayé une étude d'ensemble. La forme clinique la plus fréquente de ces désordres intellectuels est l'accès de manie transitoire. Le malade est agité, parle sans cesse, se montre désordonné. La langue est sèche, l'anorexie complète, le pouls rapide et cependant la température — fait intéressant à noter — reste souvent normale ou presque normale. Ce délire s'accompagne ordinairement d'hallucinations. Au lieu de ces symptômes bruyants, il se montre parfois un état de dépression avec idées mélancoliques. En général, le début de ces accidents a lieu dans les premiers jours qui suivent l'opération, du deuxième au cinquième jour (Vène), mais il peut survenir immédiatement après (Denis), comme aussi au bout de plusieurs semaines. La durée est généralement courte, ne dépassant pas un mois, dans plus de la moitié des cas (33 fois sur 62 faits) ('). Ces délires, qui sont quelquefois et même rapidement mortels, passent rarement à l'état chronique.

Les conditions d'apparition de ces troubles mentaux prêtent à plusieurs considérations. Relativement aux genres d'opérations donnant lieu à des délires, M. Le Dentu (*) a trouvé, dans une statistique comprenant 68 cas, que plus de la moitié (38) avaient été pratiquées sur l'appareil génital de la femme etque, sur ce nombre, 14 étaient des ovariotomies. Dans les 30 autres cas, on trouve toutes sortes d'opérations (cataractes, ablation de cancers du sein, abcès par conges-

(1) Denls. Thèse de Montpellier, 1S88.

(2) Maiket. Folie post-opératoire. Bull, médical, 1889, 1073 et 1087. (.3) Régis. Aiin. inéd. j^sycho., 1890.

(i) DuBuissox. Congrès des médecins aliéiiistes (Session de Rouen, ISfJO).

(o) Le Dentu. Les délires post-opératoires, La médecine moderne. 1891, Îi3 et 73

(6) Vène. Etude sur les délire^- post-opératoires, Tli. Paris, 1891.

(7) Vène. /i/wr/p sur les délires post-opératoires, Th. Paris, 1891, 40. (Si Le Dentu. Ouvr. cité, 73.

CAUSKS PHYSIQUES. 1^9

Lion, etc.). Il iaut retenir le grand nombre de faits où il est ({uestion de manœuvres gynécologiques. Est ce que la privation d'organes importants comme l'ovaire, dont l'influence sur les fonctions générales de l'organisme paraît grande, quoique mal connue, ne serait pas en partie la cause des désordres psychiques ?

Mais on a invoqué pour les autres cas, d'autres facteurs pathogéniques, et notamment les intoxications. L'alcoolisme, qui a été le plus souvent incriminé, est pour beaucoup de médecins, la véritable cause du délire nerveux traumatique. On a essayé de différencier les troubles intellectuels dus à l'alcool par ses caractères habituels (hallucinations terrifiantes, tremblements) ; mais outre que l'intoxication par ce poison peut se révéler autrement, les accès de manie transitoire chez des gens sobres s'accompagnent aussi d'hallucinations qui peuvent égarer le diagnostic. Dans beaucoup de cas, seuls les antécédents du sujet indiqueront la cause prochaine de la maladie, S'il est alcoolique, il peut encore se présenter deux cas : ou bien le blessé était en état d'ivresse au moment de l'accident, et son délire est sous la dépendance étroite de l'alcool ; ou bien c'est un alcoolique chronique, et alors le choc a réveillé un délire, toujours prêt à se manifester à la moindre occasion.

Parmi les autres intoxications pouvant aider à l'éclosion des troubles intellectuels dans le cas de traumatisme, il faut citer les anesthésiques,lecli]oroforme, réther,leprotoxyded'azote(Savage)(') la morphine employée en injections sous-cutanées avant l'opération. L'iodoforme serait quelquefois le coupable, car il est capable de provoquer des accidents mentaux (-).

L'infection peut être enfin de nature microbienne. Mais le délire septicémique n'est pas en cause lorsqu'il n'y a pas de plaie ou qu'elle ne suppure pas. L'absence de fièvre n'a pas une signification absolue, car peut-être y a-t-il des infections apyrétiques. L'infection interne, l'auto-intoxication, est encore une pathogénie à vérifier. On sait que les réactions qui suivent un traumatisme sont nombreuses, et que les troubles de nutrition sont

(1) In Vène. Oiivr. cilé, 44.

(2) Rossignol. De l'ini')xicatio)i iodofor inique, Th. Paris, 1890.

quelquefois importants dans cet enchaînement de désordres morbides qu'entraîne une lésion de l'organisme. M. LeDentu a cilé (') aussi la possibilité d'une intoxication urémique, comme agent provocateur du délire dans le traumatisme.

Le choc nerveux déterminé par un traumatisme est aussi un élément étiologique dont il faut tenir compte. Dans la plupart des observations publiées, soit lacune dans les recherches, soit pour tout autre motif, les antécédents névropathiques ne sont pas fréquemment signalés.

En résumé, les traumatismes ont plusieurs manières d'agir. Tantôt ceux qui portent plus rudement sur le crâne provoquent une commotion cérébrale, comparable à celle causée par une insolation, un ictus, une très forte émotion. Dans ces cas, les troubles psychiques immédiats sont surtout la suspension de la pensée et quelquefois, dans les périodes de réaction, un délire d'excitation. D'autres fois ils déterminent des lésions organiques qui amènent des complications immédiates, souvent mortelles, ou éloignées. Parmi ces dernières, on rencontre des états démentiels, liés le plus souvent à des pachyméningites, à des hémorrhagies, etc.. et encore à la paralysie générale, plus ou moins rattachable à ces lésions. Comment faire de tous ces états morbides différents une unité symptomatique, qui constituerait la folie traumatique?

Parfois on ne trouve rien dans le cerveau, par exemple dans les traumatismes éloignés du crâne et après les opérations. Mais le choc a ébranlé l'organisme et a éveillé des tendances vésaniques latentes qui se manifestent dans des délires banals. Le cerveau est devenu un locus viinoris résistentiœ, tevramoiiYerl à toutes lesnévropathies, comme le poumon, ébranlé par une contusion tiioracique, est devenu plus sensible aux causes morbifiques et surtout aux infections (^). Enfin il peut arriver encore que l'accident crée lui-même la prédisposition névropathique. Mais dans tous ces cas la nécessité d'une certaine aptitude familiale ou autre à fabriquer des troubles nerveux est bien différente. Lorsque le blessé devient mélancolique ou persécuté après son accident, ou comprend que

(1) Lk Dkntu. Ouvr. cité, 75.

(2) Cii.MuiiN. L'i palh ilof/ie générale iiifectipvsp, ouvr. cité. o8.

les anléoédents héréditaires doivent être très chargés, et ils le sont en effet. De même on peut admettre que la paralysie générale, mise en évidence par un choc, était latente depuis quelque temps. Mais lorsque le traumatisme déséquilibre d'emblée l'individu, je crois qu'il faut penser que la prédisposition est alors réduite à son minimum.

Ce chapitre d'étiologie est très instructif. Il sert à illustrer par d'excellents exemples deux idées dont je poursuis la démonstration dans ce livre : la première, que les troubles mentaux étant subordonnés à un ou plusieurs des processus morbides d'une maladie, il est évident que toutes les classifications basées sur les grandes divisions nosologiques sont fausses parce que celles-ci sont trop compréhensives. Dans le traumatisme, comme dans la puerpéralité, il y a plusieurs processus, dont chaque groupe peut provoquer des troubles mentaux plus ou moins spéciaux à celui-là et non pas au traumatisme et à la puerpéralité, étiquettes énormes et sans précision. La seconde idée est que la prédisposition vésanique n'est pas toujours et nécessairement héréditaire, puisqu'il est des causes morbides qui, capables de la créer en quelque sorte de toutes pièces, paraissent pouvoir provoquer des troubles psychiques sans aucune autre aide.

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