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La distillation des vins se fait surtout dans les départements vinicoles, mais dans certains de ceux-là on pratique actuellement la
(1) Claude (des Vosges). Ouvr. cité, 92.
(2) Ministère des finances. Bulletin de ^statistique et de ligi^lalion comparée, 18' année, mai 1894, ;)16 et 517.
(3) kl. 516 et 517.
distillation des marcs de raisin, qui donnent des alcools chargés d'acide caproïque et d'éther œuanthylique très malsains.
En Normandie, on fabrique des eaux-de-vie avec le cidre et le poiré, dans l'Est avec les cerises et les prunes (kirsch et couetsche), les baies de genièvre (gin), dont l'arôme est du à l'acide cyanhydrique. C'est dans les pays du Nord qu'a pris naissance la distillation des grains (riz, maïs, sarrasin, blé, seigle, orge, avoine, haricots, pois, lentilles, glands verts), préalablement livrés à la fermentation. En France, la maladis de la pomme de terre a donné une vive impulsion à cette industrie, et la production de ces alcools a, de 1876 à 1885, plus quequatruplé. L'emploi de pommes de terre elles-mêmes dans la distillation, ne date guère chez nous que de 60 ans et ne s'est jamais beaucoup généralisé. La betterave est surtout employée dans le Nord, ainsi que les mélasses.
c) Consommation. — La consommation moyenne de l'alcool, par tète d'habitant (hommes* et femmes, adultes et enfants), était en 1830 de 1 litre 12; elle est actuellement de plus de 4 litres. Elle a donc plus que triplé en un demi-siècle. Si, en outre, l'on considère d'une part la production des bouilleurs de crû, exempte d'impôt, celle qui se fait frauduleusement et qui peut s'évaluer à 1 ou 2 millions d'hectolitres par an et, d'autre part, ce fait que les femmes et les enfants, comptant comme tètes d'habitants, prennent qu'exceptionnellement de l'alcool, et que parmi les hommes adultes la moitié au plus use habituellement des liqueurs alcooliques, on doit admettre que la consommation est huit fois plus considérable, et qu'en réalité elle atteint le chiffre de 24 litres, soit par mois 2 litres d'alcool ou 6 litres d'eau-de-vie pour ceux qui boivent. Les causes de cette progression ont été : la loi du 12 décembre 1830 qui, abaissant les droits de 32 °/o a favorisé la vente de l'alcool, et la révolution économique qui, vers 1835, lança sur. le marché des alcools nouveaux et moins chers, tirés des substances farineuses, des mélasses et des betteraves .
La consommation de l'alcool varie d'un département à un autre dans de très grandes proportions. « Plus une région récolte de vin, et par conséquent en consomme, moins elle absorbe d'alcool. Dans celles au contraire, qui sont privées de vin et qui ont recours à la
bière ou au cidre, boissons moins alcooliques, la consommation de l'alcool acquiert une grande importance. On pourrait dire que l'homme cherche dans Teau-de-vie la quantité d'alcool qu'il n'a pu trouver dans la bière et le cidre, et qu'il aurait rencontrée dans le vin )) ('). Il en résulte que, exception faite de Paris et de quelques grandes villes, la consommation de l'alcool est en rapport inverse de celle du vin, et que la première augmente si la consommation de ce dernier diminue.
Les tableaux (no« 7 et 8) de Claude (des Vosges), dressés pour l'année 1885, montrent en efiet que sur les côtes de la Manche on boit le moins de vin et le plus d'alcool, et que dans le Midi il se passe un phénomène inverse.
Dans les départements de l'Oise, du Pas-de-Calais, de l'Aisne, du Calvados, de l'Eure, de la Somme et de la Seine-Inférieure, chaque habitant boit par an de 7 à 13 litres d'alcool et de 10 à 50 litres de vin. La Seine consomme de 6 à7 litres^d'alcool et 200 litres de vin. Si l'on calcule le nombre total de la contenance en alcool de toutes les boissons consommées (eaux-de-vie, vin, bière, cidre), on trouve que les départements qui en absorbent le moins, sont: la Corrèze et la Haute-Savoie (4 litres 85), les Basses x^lpes, l'Ardèche, l'Ariège, la Dordogne, la Lozère (5 litres), et que ceux qui en consomment le plus sont: le Gard (17), le Rhône (18), les Bouches-du-Rhône, la Seine-Inférieure, la Seine-et-Oise (19), l'x^ude, la Gironde, l'Hérault et la Marne (20), le Calvados (23), la Seine (27).
Les villes où l'on boit le plus de vin, sont : Nice 298 litres), Tou louse (229), Grenoble (227), Clermont-Ferrand (225), Tours (224), Bordeaux (223\ Versailles (216), Lyon (215), Dijon et Paris (207), Troyes (203), Saint- Etienne (202), Marseille (193). Celles où on en boit le moins sont: Roubaix (14), Tourcoing (17), Dunkerque (30), Caen ;30), Lille (31), Le Havre et Amiens (43), Rouen et Lorient (53). Le cidre est surtout consommé à Rennes (584 lit.), à Caen (290), au Mans (248), à Lorient (208), à Rouen (164) et au Havre (104); la bière (tableau n° 15): à Lille (312 1.), à Saint-Quentin (236), à Tourcoing (206), à Roubaix (198), à Dunkerque (177). Enfin les alcools : à Rouen (161. 6), Caen (16,4), Le Havre (15.3), Boulogne .13,1). Les
(1) Claude (des Vosges). Ouvr. cité, 110.
GAUSKS PATHOLOGIQUES. 171
très grandes villes présentent à peu près les mômes consommations : Paris (6,7), Lyon (5,2). Marseille (6,8), Bordeaux (4,8), Lille (7,3). Celles qui en consomment le moins sont : Nîmes (0,8), Béziers (0,9), Toulouse (2,4), Montpellier (3,3), Nice (3.8).
Les statistiques pour l'année 1893 (') donnent des chifïres comparables. Parmi les villes qui consomment le plus de vin, nous retrouvons: Nice (243 litres), Saint-Etienne (234), Grenoble (228), Clermond-Ferrand (213), Bordeaux (207), Toulouse (201). Ce sont celles où l'on boit le moins de vin qui consomment le plus de cidre: Bouen (42 1. de vin et 197 1. de cidre), Caen (30 et 284), Bennes (34 et 486) ; le plus de bière : Calais Saint-Pierre (14 1. de vin et 106 1. de bière), Boubaix(19 et 207), Dunkerque (25 et 237), Tourcoing- (17 et 256), Lille (32 et 376), et aussi le plus d'alcool: Amiens (41 1. de vin et 111.5 d'alcool), Caen (30 et 15,8), Le Havre (39 et 16,2), Rouen (42 et 16,8), etc.
Voilà donc brièvement énumérées les conditions économiques où se développe l'alcoolisme qui atteint principalement la classe ouvrière et lui prend en certains endroits jusqu'à la moitié de ses ressources, La consommation en 18')3 était de 2,476,387 hectolitres d'alcool pur, correspondant à 5 ou 6 millions d'hectolitres d'eau-de-vie ordinaire. Le litre d'eau de-vie coûtant 4 francs, c'est plus de 2 milliards de francs que payent les consommateurs français représentés, en majorité, par les ouvriers. Si l'on ajoutait les frais de maladie et les pertes de salaires occasionnés par l'alcoolisme, à quel chiffre monterait ce budget formidable de l'alcool? M. Rochard l'a évalué ainsi il y a déjà quelques années :
Prix de l'alcool consommé 128.298.384 fr.
Journées de travail perdues 1 .340.147.500
Frais de traitement et de cliômage. . 70.842.000
Frais de traitement pour les aliénés. . 2.652.912
Frais de répression pour les crimes. . 8.894.500
Suicides. Morts accidentelles 4.922.000
Total 1.555.757.296 fr.
Parmi les causes générales de l'alcoolisme, il faut d'abord placer
(1) Ministère des finances, ouvr. cité, fi34.
le paupérisme qui, quoi qu'on dise, est un des facteurs importants de cette maladie sociale. Le misérable n'est pas assez riche pour ne boire que de l'eau, disait M. Jofïroy dans une de ses leçons C). Et c'est vrai, pour être abstinent, il faut bien se nourrir. Le pauvre remplace les aliments plus chers à préparer que l'alcool, nourriture toute prête et apaisant immédiatement l'appétit sous un petit volume. Le mauvais exemple et l'ignorance des classes ouvrières à l'égard des effets terribles de lalcool aident singulièrement à la propagation du vice.
Mais l'extension de l'alcoolisme tient surtout à deux ordres de faits : la licence. des bouilleurs décru et la multiplicité des débits de boissons. Depuis la loi du 14 décembre 1875, les propriétaires et fermiers, qui distillent les vins, marcs, cidres, prunes et cerises provenant exclusivement de leurs récoltes, sont dispensés de toute déclaration préalable et sont dispensés de l'exercice ('). Ce sont les bouilleurs de crû qui, la plupart, achètent des fruits et même des graines et des racines, et les distillent d'une façon imparfaite. Vendus clandestinement, ces produits malsains diminuent le chiffre réel de la consommation alcoolique taxée et font une concurrence désastreuse aux eaux-de-vie du commerce qu'ils ne valent pas. Il y avait en 1875 en France, 241. "21 bouilleurs de crû produisant moins de 40 litres par an auxquels la loi nouvelle allait s'appliquer. Il y en avait en 1884, 473.817 dont les produits pouvaient être évalués au minimum — car ils ont de la tendance à dissimuler leurs opérations — à 6 1 ,930 hectolitres d'alcool par an. En 1893, les bouilleurs de crû étaient au nombre de 678.131 et ont distillé le chiffre approximatif de 159.000 hectolitres d'alcool.
« Si les bouilleurs de crû sont le fléau des campagnes, dit Claude (des Vosges) C), les débitants sont sans contredit le fléau des villes. )) De 1875 à 1885, il s'est créé en France près de 60,000 débits nouveaux. Il y en avait un pour 94 habitants, ou, si l'on excepte de ceux-là les femmes et les enfants, 1 pour 30 à 40 personnes. A Paris il y en avait 30.000, soit 1 pour 75 habitants, dans le département
(1) JoKFROY. Leçon faite à l'asile Sainte-Anne, 1895.
(2) Claude (des Vosges). Ouvr. cité, 144.
(3) Iil. 194.
du Nord 1 pour 40 habilaiiLs ou 15 adultes, et dans la Seiue-In[crieure 1 pour 06 habitants ou pour 22 adultes! Là, comme le décrit M. TourdotC'), l'ouvrier est en quelque sorte domicilié au cabaret, il y vit, il y mange, et l'eaii-de-vie est non-seulement sa boisson principale, mais quelquefois le plus clair de ses aliments. Un adulte normand absorberait, d'après Claude (des Vosges) (*), 501itres d'alcool par an, soit 150 litres de mixture vendue comme eau-de-vie à 33° environ.
d) Effets sociaux et biologiques. — La consommation de l'alcool a des conséquences sociales et biologiques. En 1873, il y a eu 59.347 contraventions pour ivresse. En 1884, 68.072. Il est à remarquer que le nombre de ces poursuites est en rapport avec celui de la consommation des spiritueux. C'est dans les régions non vinicoles que l'ivresse fait le plus de ravages. Ainsi dans le Nord-Ouest et le Nord où chaque habitant boit 6 litres d'alcool, se rencontrent les 29 et 34 o/o des contraventions établies. Dans le Sud et le Sud-Ouest, où la consommation est de 2 et 1 litre, les contraventions sont de
4et5 Vo.
Ce sont encore les départements les plus adonnés à l'eau-de-vie qui fournissent le plus de délinquants. Mais les tableaux établis par Claude (des Vosges) ne permettent pas une conclusion aussi absolue. D'autres facteurs que l'alcoolisme doivent intervenir dans la criminalité : le tempérament, les tendances agressives des races les conditions sociales des grandes villes. C'est ainsi que les populations les plus délinquantes appartiennent à la Corse, aux Bouches-du-Rhône, à la Seine, aux Alpes-Maritiuies, à l'Hérault, et les plus sages à la Vendée, aux Deux Sèvres, aux Côtes-du-Nord. Toutefois les viols et les attentats à la pudeur paraîtraient bien eu rapport avec la consommation de l'alcool.
Cette marche parallèle entre la criminalité et l'alcoolisme a été constatée à l'étranger. En Irlande, l'influence du père Mathew faisait, dans l'espace de 5 années (1838-1842), diminuer de 5 % la consommation de l'eau-de-vie; or, le chiffre des délits graves tomba
(1) TouRDOT. Alcoolisme dans la Seine-Inférieure, Th. Paris, 1SS6.
(2) Claude (des Vosges). Oiivr. cité, 204.
64.000 à 47.000; et au lieu de 59 exécutions capitales, il n'y en eut plus qu'une seule C). On lira dans le beau livre de M. Peeters des faits analogues pour les autres pays.
D'une façon générale, l'augmentation de la population serait en rapport inverse de la consommation de l'alcool (Claude des Vosges). Le fait serait surtout évident pour la Normandie et le Maine.
L'alcoolisme ne parait pas avoir eu d'influence bien sensible sur la taille des conscrits. Mais son action semble s'être portée sur la vitalité des habitants des régions adonnées à l'alcool et notamment sur ceux de la Seine-Inférieure et de l'Ille-et- Vilaine, où l'on a constaté, de 1873 à 1888, un accroissement de cas d'exemptions. Les morts accidentelles dues à l'alcoolisme sont relativement assez fréquentes dans les départements alcoolisés et rares dans ceux qui consomment le plus de vin. De même les suicides dus à l'alcoolisme paraissent plus nombreux dans les régions adonnées à l'eau-de-vie; l'ivrognerie entrerait pour 1/iO (hommes) et 1/25 (femmes) de leurs causes (Socquet).
e) Statistique de la folie alcoolique. — Arrivons maintenant à la folie. Une enquête, faite dans les 46 asiles départementaux et embrassant une période d'un quart de siècle, a été publiée par Claude (des Vosges). 11 faut noter que les chiffres sont trop faibles de près de moitié, car ils ne comprennent pas les asiles privés, les quartiers d'hospices, etc. . Il résulte de ces recherches que les cas de folie dûs à l'alcoolisme vont nettement en augmentant depuis 1860 ; de 8 à 9 0/0 ils se sont élevés à 16 0/0.
Les asiles, dans lesquels la proportion des alcooliques était la plus forte en 1884-85, étaient ceux de Quatre-Mares (Seine-Inférieure), du Finistère, du Jura, de la Marne, de la Gôte-d'Or. Ceux, dans lesquels cette proportion était la plus faible, étaient ceux de l'Allier, des Basses-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de la Lozère, du Gers, de la Haute- Vienne et d'Armentières (Nord). A part le Nord, ce sont les départements où la consommation alcoolique est la plus forte qui contiennent le plus de fous par alcoolisme.
(1) Peeters. L'Alcool, Bruxelles.
Limier (i) avait constaté en 1872 que dans les départements qui ne récoltent pas de vin ni de cidre, mais produisent de l'alcool, la consommation alcoolique s'accroît et, avec elle, le nombre des folies par intoxication. Il en est à peu près de même pour les départements qui, sans récolter du vin, produisent à la fois, du cidre et de l'alcool. Dans ceux qui ne produisent ni vin, ni alcool, mais récoltentdu cidre, la proportion des cas de folies alcooliques a atteint le chiffre le plus élevé. Dans ceux qui récoltent à la fois du vin et de l'alcool de vin, la consommation et le nombre des folies alcooliques ne se sont guère accrus. D'une façon générale, la consommation de l'alcool et le nombre de folies alcooliques ont surtout augmenté dans les départements qui récoltent et consomment le cidre. Là où l'on boit du vin blanc et peu de liqueurs spiritueuses (Vendée), les folies alcooliques sont aussi fréquentes que dans les pays où la consommation alcoolique est très élevée. Le mal est surtout grand à Paris. M. Garnier (-) a relevé que durant la période triennale 1874-1876, la moyenne annuelle des délirants alcooliques admis a été de 367,33; et, durant la période de 1886-1888, cette moyenne s'est élevée à 729,64, c'est-à-dire a doublé. Sur 8.139 cas d'aliénation mentale, il y aurait 2,189 folies alcooliques, les plus nombreuses de toutes. Les hommes alcooliques figurent pour 1.813 sujets sur 4.831 aliénés, les femmes pour 576 sur 3.308 aliénées et ne viennent qu'au quatrième rang. Les chiffres prouvent aussi que les cas d'alcoolisme féminin sont de plus eu plus fréquents.
Une toute récente stafistique, que j'emprunte à l'excellent livre de M. Legrain {■') et qui a été dressée par M. Magnan au bureau de l'Admission de Sainte-Anne, montre que la proportion des alcooliques s'est élevée en quatre ans (de 1887 à 1890), pour les hommes, de 24 % à 28 o/o,. et, pour les femmes, de 3 % à 8 %• En 1890 plus du tiers (35,51% des entrants) avaient des antécédents alcooliques, lesquels étaient moins fréquents chez les femmes (11,61 Vo).
(1) LuMEH. Da rôle que joueal les boissons alcooliques dans l'augmealalion des cas de folie et de suicide. Àn:i. niéd. psych., 1872, VII, 3jo et suiv.
(2.) G.vHNiER. La folie à Paris, 1890, 29.
(3) Legr.vin. Dégénérescence sociale et alcoolisme, 1895.
M. Jofïroy (')adonné, dans une dernière et intéressante leçon sur l'alcoolisme, le résultat de quelques recherches statistiques poursuivies dans le service de la Clinique à Sainte-Anne. En ne retenant que les malades dénommés alcooliques sur les certificats d'entrée, c'est à-dire en négligeant ceux qui sont reconnus pour tels après leur admission, il a trouvé que, du le'- janvier 1893, au l-^i' janvier 1S94, il avait été séquestré 61 alcooliques sur 182 aliénés, soit une proportion de 33^0.
Il paraît donc évident que les folies alcooliques sont de plus en plus nombreuses et que le nombre s'accroît surtout dans les grands centres et principalement à Paris. Toutefois il est bon de faire remarquer que les statisques fournies par les différents auteurs ne doivent pas être acceptées à l'aveugle. Chez certains sujets, l'ivresse délirante peut durer, deux, trois, cinq jours et plus, et, selon qu'elle se prolonge plus ou moins, elle est ou non considérée comme de l'aliénation mentale et le malade est ou n'est pas séquestré. A partir de combien de jours de délire ce malade sera-t-il considéré comme aliéné? Chaque médecin a là dessus son opinion. De plus, l'organisation administrative n'est pas partout la même. Il entre dans les asiles de la Seine des individus qui, en province, purgent leur délire au violon.
/') Conditions étiologiques diverses. — Les grandes comotions politiques peuvent jouer un rôle dans la consommation de l'alcool et la production des folies toxiques. Ainsi la proportion des alcooliques admis à Sainte-xlnne, en mai 1871 (-), a été de 48 o/o du chiffre total des aliénés, — alors qu'elle n'est, durant le mois correspondant de 1870 que de 26,92 «/o, et tandis que en 1872 ces chiffres tombaient à 24.09 % d'hommes et 4,57 % de femmes. En outre, durant la- Commune, les cas du délire alcoolique étaientle plus souvent le deUrium tremens .
On a vu que l'alcoolisme frappe beaucoup plus les hommes que les femmes dans la proportion, qui était de 1 à o en 1874-1876 et qui est actuellement de 1 à6 environ, d'après les chiffres de M.Gar-
(1) JoFFROY. Leçon faite à l'asile SLe-Anne.
(2) BouciiKRKAu et Magn.vn. Statistique des alcooliques entrés au Bureau d'Admission, à Saiute-Anne, etc. Ann. niéd. pxych., 1872, VII, 53.
Hier (') qui explique cette progression par ce fait que la femme tend de plus en plus à imiter riiomiilc dans son genre de vie. Si l'adulte est plus souvent la proie de l'alcoolisme, à cause de ses excès plus nomhreux, les enfants et les vjeillards surtout ne sont pas complètement indemnes. Les nouv tissons peuvent aussi être intoxiqués par le lait de leurs n(rarricts, amsi que le prouvent les observations cliniques deCharjicnlier doA crnay et de moi-même (■). La profession n'est pas inditft rente dans l'étiologie Oe l'alcoolisme. 11 est certain que les ]jittier& p^niblos portent à boire. Il y a beaucoup d'alcooliques parmi le^ marchands de vin, les courtiers en spiritueux, les dégustateurs qui sons atteints même lorsqu'ds n'avalent pas les liquides ('), mais surloiU lorsqu'ils goi tent 1rs boissons alcooliques ('). Les cuisiniers, les ûochej:slournisseiit aussi beaucoup de sujets à l'intoxication éthyliquo. L.^s simples sapeurs d'alcool peuvent rendre malades les fabricants de vernis, les parfumeurs, les marchands de couleurs et les éventaillistes (Lancereaux ('). Des accidents graves ont atteint des médecins et des garçons de laboratoire, où l'on manipulait des essences et des alcools. Laborde,le savant physiologiste, a été une de ces vicliriies; Jans sa communication à l'Académie ("), il a narré la dramatique observation de son empoisonnement survenu à la suite de ses célèbres expériences. Les accidents dont il a souffert ont été des plus inquiétants, et son rétablissement complet a demandé plus d'une année à s'afTirmer. L'alcoolisme est de plus en plus rare dans larmée, depuis l'abaissement du service à 3 ans, ainsi que parmi les olTiciers plus instruits, faisant moins souvent campagne et la plupart mariés. Chez les femmes, lesalcooliques les plus nombreuses
(1) Garni i:r. Oiivr. cilé, 29.
(2) Eu. Toulouse. Convulsions infant, par alcoolisme de la noun'ice. Gaz. deS Hôpitaux, 1891, 914.
(.3) DoNNiîT. De l'intoxication pi'olessionnelle des dégustateurs de vins et de liqueurs. .4/)//. ii>éd. psych., 1887, V, 70.
(4) Mauaxdox Di: MoNTYix. De la dégustation des vins de Bourgogne. Ann. inéd' psijch., 1887, V, 79. '
(o) Laxcicrkaux. Gaz. inéd. de Pari.'<, 186o.
(G) Laburdf. et Magnan. L'alconl pI sa lo.ricité, ouvr. cité.
sont les prostituées qui fréquemment n'ont pas mangé quand elles sont obligées de boire.
La saison la plus propice à l'éclosion des folies alcooliques serait, d'après les recherches de M. Garnier ('), le printemps qui agirait par cette « effervescence » spéciale qui rend cette période de l'année si dangereuse pour l'exacerbation de toutes les maladies générales.
L'alcool, pris à jeun ou par des personnes qui se nourrissent peu et mal, est d'autant plus funeste. Il n'est pas nécessaire de se griser pour avoir un accès de délire. Une petite dose journalière apparemment bien supportée par le sujet est la meilleure recette. Et Lasègue a pu dire, sous une forme paradoxale : « L'alcoolique est un homnKe qui ne s'enivre pas » (^).
Mais la meilleure condition pour que le poison agisse sur le cerveau, c'est la prédisposition vésanique. Tous les observateurs sont d'accord là-dessus (^). Tel est sensible à l'alcool par sonsystème nerveux, comme tel autre le sera par son foie ou par ses reins. Lasègue 0 disait que pour devenir alcoolique, il fallait être un héréditaire ou un cérébral, c'est-à-dire alcoolisable ('). On sait qu'un des stigmates morbides que présentent les enfants d'aliénés et surtout ceux d'alcooliques, c'est l'appétence à l'alcool C') .
g) Formes de l'intoxication alcoolique. — L'intoxication alcoolique se manifeste de plusieurs façons. Tout le monde connaît le phénomène de l'ivresse avec ses trois périodes : excitation initiale, ébriété avec langage incohérent, ataxie et faiblesse musculaire, et enfin période comateuse. Dans quelques cas cette ivresse, au lieu de se dissiper enunenuit, se prolonge ets'accompagne d'excitation maniaque
-'^^fs (Percv;, ou des halluci-
le plus souvent, mais non pas nécessairement, que le sujet soit imbibé par le poison et présente des troubles digestifs, des trem blements et autres lésions somatiques. Dans ce cas, un jour, a l'occasion d'un excès nouveau ou de la suppression de la dose habituelle d'alcool, d'un refroidissement, d'une maladie fébrile, d'un traumatisme, d'une émotion, il peut être pri"? de deUrium tremens qui est un délire suraigu hallucinatoire avec inconscience, gestes désordonnés, paroles incohérentes et parfois fièvre d'un mauvais pronostic (Magnan).
Mais les troubles mentaux n'ont pas toujours cette acuité. Alors c'est le délire alcoolique subaigu, avec ses caractères bien connus. Les hallucinations delà vue et de l'ouïe sont à peu près constantes; mais celles desautres sens ne sont pas rares.Les premières sont d'une grande mobilité. Les personnages, souvent des animaux, vont, viennent d'un bout de la pièce à l'autre, traversant les murs, grandissant, diminuant, tout cela avec une grande rapidité. C'est surtout en cela que ces troubles psychiques se rapprochent du rêve (Lasègue) et l'on pourrait dire du cauchemar, car en général les scènes auxquelles assiste le malade ne sont pas gaies. Ce sont des insectes qui courent sur sa peau ou des fauves qui veulentle dévorer, des assassins qui se précipitent sur lui, tirant des coups de pistolet ou le menaçant du couteau.
L'actualité et les idées professionnelles du malade fournissent les détails du délire. Ainsi, après chaque crime retentissant, plusieurs alcooliques s'accusent de l'avoir commis ou racontent y avoir assisté, formant ainsi une classe importante parmi les aliénés auto-accusateurs (Jofïroy (^). Les marchands de vin servent à boire aux clients, les cochers fouettent leurs chevaux et se querellent avec eux et bien souvent les maris accusent leurs femmes de leur être infidèles. Un autre caractère de ces troubles mentaux et de ces hallucinations c'est de revenir le soir avec une nouvelle intensité. Enfin ce délire peut parfois provoquer de l'excitation comme des périodes de dépression mélancolique où les hallucinations de l'ouïe jouent souvent un rôle pathogénique. Ajoutons
(1) JoFFROY. Les récits imaginaires, Leçon faite à l'asile Sainte-Anne, le 11 cléc.
encore que parfois les alcooliques subaigus touibent clans unétatde stupeur que M. Garnier (') a décrit et dont j'ai rapporté une observation (-).
En général, ces phénomènes morbides durent quelques jours et se dissipent assez rapidement. Mais l'alcool, qui jusqu'ici a été assez reconnaissable, peut aussi provoquer des troubles mentaux où sa signature est absolument illisible. C'est ainsi qaeles prédisposés (') manifestent parfois, à l'occasion d'un excès peu important et en dehors de toute longue intoxication, un délire plus ou moins systé" matisé et chronique, de persécution par exemple (Magnan). Mais dans ce cas, le malade tire tout de son propre fonds et l'alcool n'agit que comme une tasse de café qui exciterait son imagination délirante.
On ne doit pas non plus considérer la dipsomanie comme produite par l'alcoolisme. Elle est un penchant morbide à boire qui s'observe chez les dégénérés (Magnan (''). Cet appétit survient par crises, est plus ou moins irrésistible et ne rend pas ordinairement ivrogne. Les dipsomanes ont même parfois, en dehors de leurs accès, du dégoût pour les boissons alcooliques.
Tous les alcools sont susceptibles d3 provoquer des attaques dépilepsie chez les sujets prédisposés. Mais l'essence d'absinthe semble jouir de propriétés consulsivantes particulières, bien mises en lumière par M. Magnan (') et qui peuvent même se manifester en dehors de toute prédisposition particulière. D'autres liqueurs sont, comme on l'a vu plus haut, capables des mêmes méfaits, le bitter et le vermouth par l'acide salicylique et le salicylato de méthyle, la liqueur de noyau par la benzonitrile et l'^aldéhyde salicylique. Enfm certaines eaux-de-vie peuvent encore être incriminées : on sait en effet, depuis les belles expériences de
(1) Garnier. La folie à Pari<. 1S9?, 138
(2) Ed. Toulouse. Stupeur cataieptiforme dans le délire alcoolique aigu. Irilnme ■médicale, 1894, 108.
(3) Leguain. Hérédité et alcool i.sine, 1889.
^4) M.VGNAN. Leçoll:^ cliiiiq., sur ia dipsomanie. Leçons clin., ouvr cité. 1893, 87.
(.■j) Magnan. liecherclw^ .•iiir lex renires ncrceii.r, 1893, 23 et sniv.
CAUSES PAÏHOLOGIQUKS. 181
MM. Laborde et Magiian, que les alcools de i^rains contiennent l'aldéhyde salicylique et l'aldéhyde pyroraucique ou furfurol jouissant de propriétés très convulsivantes. Ces auteurs ont montré, les premiers, comment les alcools du commerce pouvaient produire des effets analogues, quoique moins intenses, à ceux de l'absinthe; et ils ont même trouvé le corps du délit, l'agent convulsivant. Dans des expériences inverses, ils ontprouvé que ces alcools, très dangereux à cause de certains éléments dont le furfurol est un des plus importants, pouvaient être, par des rectifications, débarrassés de ces agents toxiques et être en fin de compte ramenés au type chimique et physiologique de l'alcool éthylique. Ces produits complexes appelés alcools de grains n'étaient donc convulsivants que parce qu'ils contenaient du furfurol ou de l'aldéhyde salicylique.
D'après M. Klippel (') la pathogénie du délire alcoolique devrait être recherchée dans des lésions constantes de nature dégénérative produites par l'action de l'alcool, fond sur lequel se grefferaient d'autres lésions en rapport avec la forme du délire, qui deviendrait ninsi para-alcoolique. Dans certains cas de delirium tremens, il pourrait y avoir de l'auto-intoxication provenant de l'insuffisance hépatique C). Le délire subaigu éclaterait parfois aussi sous l'influence des troubles digestifs.
L'alcoolisme cJironique peut enfin aboutir progressivement à une déchéance intellectuelle qui est la démence.
/)). Pseudo-paralysie générale alcoolique. — Parfois l'alcoolisme simule la paralysie générale. Un malade présente de l'embarras de la parole, du tremblement des mains et de la langue, un affaiblissement psychique prononcé et a des idées absurdes de grandeur. On pense à la paralysie générale et puis, peu à peu, le malade revient à la santé mentale. Mais parfois aussi c'est de la vraie paralysie générale.
Cette question de l'étiologie alcoolique de la démence paralytique a été très agitée dans ces dernières années. On sait que l'alcoolisme
(1) Klippicl. B3 la •pathigénir, du délire alcnnliqu". 4'' Coagrès de méd. ment. Session de la llochelle.
;2) KuppEL. De l'origine hépatique de certains délires des alcooliques. Ann. méd. psyrh., m.H, XX, 2fi2.
était considéré au commencement de ce siècle, par Bayle et Calmeil, comme un des facteurs principaux de la paralysie générale. Esquirol (') disait aussi que la paralysie compliquant la folie était plus fréquente chez les aliénés livrés à des excès vénériens et adonnés aux boissons alcooliques. Marcé (-) plus tard indiqua nettement cette origine et montra que le diagnostic de ces cas n'est pas toujours facile, attendu que l'alcoolisme chronique détermine aussi des symptômes (aiîaiblissement intellectuel, 'tremblement des lèvres et des mains, embarras de la parole) qui peuvent se dissiper sous l'influence de l'abstinence.
Jusqu'à cette époque, la paralysie générale était envisagée par les élèves et les successeurs d'Esquirol, se séparant sur ce sujet du maître, comme une entité morbide nettement définie. Cependant, en 1853, M. J. Falret {') avait décrit à côté d'une paralysie générale type essentielle, des complexus symptomatiques d'apparence assez semblable — puisqu'il les appelait aussi des paralysies générales nerveuses, saturnines, mercurielles et alcooliques — mais en différant par certains symptômes et leur évolution. A la même époque, Lasègue ('') s'attachait à différencier l'alcoolisme chronique de la paralysie générale. Or, en 1870, Nasse décrivit ces faits d'alcoolisme chronique simulant la méningo encéphalite, mais s'en éloignant par certains caractères et surtout par la guérison possible ; il proposa de les appeler des pseudo paralij sis è potu.
Plus tard, en France, M. Moreaux (') s'occupa de ces états morbides qui se distinguaient des paralysies générales vraies par la rémission. A la même époque, M. Régis C) publiait un mémoire où il admettait l'existence d'une pseudo-paralysie générale alcoolique
(1) Esquirol. Des maladies ment., 1838, II, 212,.
(2) Marcé. Traité pratique des malad. me)it., 1862, 475.
(3) J. Falret. Rech. sur la folie paralyt. etc.. 1833.
(4) Lasèguk. Alcoolisme chronique, 1853, In. Études médicales, 1884, II, 114 et suiv.
(o) Moreaux. Marche de la paralysie générale cher, les alcoolique^ Th. Paris, 1881.
(6) Régis. Pseudo-paralysie générale alcoolique. .1////. nn'il. psych . 1881 VI 23G.
causée par des troubles fonctionuels (probablement circulatoires) de l'encéphale et curables, opinion qui fut développée par M. Lacaille (') et acceptée par Bail dans une de ses cliniques. L'exposition de ces idées provoqua diverses thèses (^) et enfin une discussion publique au Congrès de médecine mentale de Lyon, où M. Rousset lut sur l'histoire de cette question un rapport très complet que l'on consultera avec fruit pour la bibliographie, et à laquelle prirent part divers médecins, notamment MM. Magnan, Régis, Joiïroy, Charpentier; Mairet, Christian, etc.
Il est utile de dire quelques mots de chacune des opinions principales formulées sur ce sujet par les aliéuistes. La plus ancienne, exprimée par Bayle, Calmeil, Marcé, est que l'alcoolisme peut produire la paralysie générale. M. Magnan ('), qui a bien défendu cette manière de voir au Congrès de Lyon, faisait remarquer que, parmi les alcooliques pouvant, à un moment donné, simuler la paralysie générale par l'embarras de la parole, l'affaiblissement intellectuel et des conceptions délirantes absurdes de grandeur, deux groupes étaient surtout à considérer. Dans le premier, les sujets se remettaient en peu de temps, mais restaient toujours affaiblis et s'acheminaient lentement vers la démence. Dans le second, les malades présentaient des symptômes plus accentués et plus tenaces ; le retour à un état mental satisfaisant était plus rare; la paralysie générale était l'aboutissant final et ne se distinguait des autres démences paralytiques par aucun symptôme essentiel. Les hallucinations de la vue pouvaient persister et attester ainsi l'étiologie. M. Magnan ajoutait que les processus de l'alcoolisme chronique, aboutissant à la stéatose (démence) et à la sclérose (méningo-encéphalite-interstitielle diffuse), produisaient naturellement dans le cerveau les deux groupes de lésions qu'il provoque ailleurs.
(1) Lacaille. De lapseudo-paral. génér. alcool. Th. Paris, 1881.
(2) Blache. Étude sur les pseudo-pnral. génér. Th. Lyon, 1884. — Roques. De l'alcoolisme et de la panel, génér. dans leurs rapports réciproqiies. Th. Paris, 1891.
(3) Congrès annuel de méd. mentale (Session de Lyon), C. R., 1892.
(4) Congrès annuel. Sessian de Lyon 1891, etc. C. R. 1892, lOo et suiv. — Magnan et Sérieux, La paralysie générale [Encycl. des Aide-mémoire).
De son côté, M. Garnier (') avait montré que l'alcoolisme et la paralysie générale augmentaient de fréquence, à Paris, dans une marche absolument parallèle. A Rouen, M. Dubuisson (^) avait relevé ceci que, de 18o3 à 1889, il était entré à l'asile de Qualre- Mares 1574 paralytiques généraux, sur lesquels 745 l'étaient devenus grâce à l'alcoolisme, seule cause probable. Mais cette statistique, établie sur des renseignements étrangers et anciens, non contrô lés par son auteur, n'est pas à l'abri de toute critique.
Un élève de M. Magnan, M, Berbez ('), a apporté dernièrement à l'appui de l'opinion de son maître des arguments cliniques intéressants ; il a cherché sur un nombre considérable de cas tous ceux où, la paralysie générale étant certaine, il n'existait aucune autre cause probable de celte maladie que l'alcoolisme chronique, c'est-à-dire aucune prédisposition, névropathique ou congestive, apparente, ni traumatisme, ni syphilis ancienne. Dans ces observations, on voit les alcooliques tomber peu à peu dans la démence paralytique. Rappelons aussi que les expériences tentéesparMM.Mairet et Gombemale ('), d'une signification douteuse, sembleraient prouver que l'alcoolisme chez le chien est capable de provoquer une sorte de paralysie générale ?.Enfin il faut ajouter que, dans l'hypothèse de l'étiologie alcoolique de la paralysie générale, la prédisposition ne perdrait pas ses droits ; elle a été bien mise en relief parM. Joffroy ( ), qui pense que seuls les alcooliques prédisposés cérébralement versent dans la paralysie générale ou dans la démence. Dans une série deleçons,ce professeur s'est efforcé de prouver combien les tares héréditaires étaient nombreuses et fréquentes chez les paralytiques ; l'alcoolisme ne serait, en définitive, qu'un agent provocateur de la paralysie générale. M. Camuset (") croit aussi que l'alcoolisme n'est qu'une cause occasionnelle.
A tous ces faits, qui tendent à mettre en lumière le rôle étiologi-
(1) G.vivMEu. La folle a Paris, 189U, 49 et suiv.
(2) Congrès annuelde niédec. ment., (Session de Rouen) C. R. 1891, 18 et sulv.
(3) Bf.rbkz. De la parai, génér. due aux excès alcooliques, TIi. Paris. 1893. {'() Acadnine des sciences, 12 mars 1888.
(ij) .loFFROv. Conçjrès annuel, etc. C. R. 1892, 172. {(\) Ca.mi-set. Conrjri's annuel, etc. C. R. 1892, 1.S4.
que plus ou moius absolu de l'alcool, des coutradicteurs opposent d'autres arguments et une autre manière de voir. D'abord, disentils, l'alcoolisme ne niarcbe pas de pair avec la paralysie générale. Ainsi, les contrées où l'on boit le plus (la Suède, l'Ecosse, l'Irlande), seraient celles où les paralytiques seraient les moins nombreux (Bail) (?). Il est vrai aussi que les plus sobres, comme le midi de la France, l'Espagne, la Grèce, seraient réputées comme étant peu ravagées par la paralysie générale, et que, à l'asile d'Aix, M. Meilbon (') a trouvé sur 498 x4rabes, en général tempérants, seulement 13 paralyliques généraux, soit la proportion infime de 2.61 %• D'aprè M. Régis ('), un établissement privé de Bordeaux aurait reçu en 20 ans, 533 malades, dont 164 paralytiques généraux, soit 30,76 '7o, et seulement 27 alcooliques, soit 6,41 '^/o. En Suisse, après l'exécution de la loi sur le monopole fédéral des boissons spiritueuses, les alcooliques ont diminué de nombre, mais pas encore les paralytiques généraux ('). Donc si à Paris la paralysie générale marche de pair avec l'alcoolisme, cela ne paraît pas aussi évident ailleurs. Le rapport de cause à elïet entre les deux maladies, s'il n'est pas infirmé, n'est tout au moins pas absolument confirmé par les statistiques. Et cependant la clinique donne bien l'impression que ce rapport est étroit.
i\.u point de vue anatomo-pathologique, le rapport qui rattache à l'alcoolisme, maladie générale .sclérogène, la démence paralytique considérée jusqu'ici sans discussion comme une méningoeacéphalite interstitielle, a été mis en doute par MM. Jofïroy ('), Klippel (') Pierret (") (ce dernier surtout pour des raisons de physiologie pathologique), et Rendu ('), qui tous inclineraient à admettre que les lésions primitives, dans la paralysie générale, atteignent les cellules nerveuses et sont donc des processus initialement paren-
( l) Meilhox, Contrib. à l'étude de la paralysie générale considérée chez les Arabes. Ann. méd.psijch. 1891, XIII, 38o.
[i] Congrès annuel, etc. C. R. 1892, 111,
(3) Id. Ladame. 144.
(4) Congrès annuel etc., C. R. 1892, 171.
(o) Klippel et Azoulay. Àrch. de Neurol., 1894, 81 et sulv. (Ci) Congrès annuel, etc., C. R. 1892, 173. (7) So<\ m éd. des hnpit.. 10 juin 1892.
cliymateux, — ainsi qu'il résulte aussi de travaux déjà poursuivis en Allemagne sur ce point.
On sait encore que l'alcoolisme est parfois un symptôme de la paralysie générale et peut être pris pour la cause, attendu que le diagnostic syraptomatique de cette affection ne peut se faire que lorsque la lésion anatomique est déjà ancienne ('). On a dit encore que l'alcoolisme ne produisait pas (■), ou que rarement ('), la vraie paralysie générale. Il provoquerait des complexus symptomatiques qui s'en différencieraient par certains caractères, et principalement par la longue durée de la maladie, les rémissions fréquentes, les guérisons (Régis) ('), le début fréquent par un delirium tremens et des troubles paralytiques consécutifs aux attaques et plus ou moins durables (Mairet) (').
A cela les adversaires de ces pseudo- paralysies générales répondent : la plupart des caractères donnés de cette affection sont des symptômes de démence organique communs chez les alcooliques, et notamment les attaques congestives avec parésies musculaires, l'évolution de la maladie procédant par à-coups à mesure que des foyers d'hémorrhagie ou des ramollissements se créent dans l'encéphale. En somme, ces pseudo-paralysies générales seraient surtout des pseudo-diagnostics (Pierret). C) Il s'agirait là de démences organiques simulant plus ou moins bien la paralysie générale et comprenant toutes sortes de maladies et de lésions diverses, hémorrhagies, ramollissements cérébraux, dégénérescence mentale. Toutefois, dit M. Ballet ('), on pourrait garder cette étiquette, analogue à celle du pseudo-tabes alcoolique, comme étant utile à l'étude et pour mettre en garde les cliniciens contre les erreurs de diagnostic.
(1) A. Marie. Congrès annuel, etc., C.R., 1892, 124.
(2) A. Voisin. Leçon clin, sur les mal. ment., 1883.
(3) Christian. Recherch sur l'étiologie de la paral.géaér. chez l'homme, Arch.de .Vewr.,1887, XIV, 216. — Ritti. Etiologie delà paralysie géaérale, Gazette hehil. deméd. et de cliir., 1883, n" 43.
(4) Congrès annuel, etc. C. R. 1892, ouv. cité, llo (a) Congrès annuel, elc. C. R. 1892, ouv. cité, 128.
(6) PiF.RRF.T. Lyon médical, 1890, n" 24.
(7) Congrès annuel. C. 7?, 1892, 178.
CAU>E> PATHOLOGIQUES. 187
Mais voilà une troisième opinion formulée par M. Charpentier ('), qui pourrait arranger tout le monde ou du moins tous les faits, plus accommodants que les personnes. Ce médecin part de cette vérité clinique que certains malades ressemblent à des paralytiques généraux et cependant guérissent, échappant ainsi à l'observation du médecin qui ne peut pas dire si ce sont des alcooliques ou de^ paralytiques. Mais, à côté de ces sujets, il y en a d'autres qui, après un certain temps de maladie, meurent. A Tautopsie, on trouve tantôt des lésions viscérales (inflammation et stéatose) dues à l'alcoolisme, et tantôt les altérations caractéristiques de la paralysie générale, mais sans que les autres organes présentent les stigmates attribuables à lalcool ; et cependant tous sont morts assez rapidement, et durant leur vie il était impossible d'arrêter un diagnostic, soit sur l'alcoolisme, soit sur la paralysie générale. Il semble donc, d'après ces faits, que l'alcoolisme peut produire tantôt les lésions de la paralysie générale, sans d'autres altérations viscérales, et tantôt le complexus clinique de cette maladie, sans les altérations spéciales de l'encéphale. Il pourrait donc y avoir des syndromes cliniques semblables à celui de la paralysie générale à lésion et sans que les altérations connues de cette maladie soient constatées dans les centres nerveux. Or, diverses maladies infectieuses (syphilis), certaines intoxications (plomb), présentent aussi des syndromes paralytiques. Il faudrait peut-être admettre qu'il n'y a pas une paralysie générale, mais plusieurs, variables dan? leurs causes, leurs symptômes, leur évolution et leurs lésions encéphaliques.
Cette hypothèse a pour elle ce fait que plus on poursuit l'étude des lésions anatomiques de la paralysie générale, plus on se rend compte que les signes, donnés comme caractéristiques de cette maladie, ne se retrouvent pas constamment dans les cerveaux des paralytiques et se retrouvent par contre ailleurs ('). Peut-être même les lésions seraient différentes selon les variétés de paralysies générales (^). Mais s'il n'y avait pas une paralysie générale anatomi-
(1) Congrès annuel, C.R. 1S92, 129 et suiv.
(2) H. Dagonet. Traité des maladies mentales, 1894, 607 et suiv.
(3) Klippel. Caractères histologiques difiérentieJs de la paralysie trénérale, ircli. de médecine expér., l"septeinbre 1891, u^^ 5.
que essentielle et si, d'autre part, son syiirUonie pouvait être donné par d'autres états morbides qui évolueraient de diverses façons, il faudrait admettre que l'entité de cette maladie est fortement ébranlée. Cependant, avant de détruire un dogme d'apparence aussi solide, des arguments plus convaincants sont nécessaires.
2. Thé. — A coté de l'alcool doivent être rangés le ttié, le caté, la coca, et tous les autres aliments d'épargne. Ils créent a la longue un état de faiblesse irritable et ne réparent pas les désordres ana tomiques. On a rarement l'occasion d'observer des troubles mentaux nettement en rapport avec ces intoxications. Ils apparais sent souvent chez les dégustateurs professionnels de thé ('), qui n'existent pas chez nous. Eu Angleterre et en Amérique, le théisme chronique ferait des ravages inquiétants. 11 est des gens qui prennent 1 litre et plus de thé par jour. Parmi les symptômes décrits, il faut relever la dépression physique et psychique, l'insomnie, les cauchemars, les tremblements, la céphalalgie physique et des hallucinations surtout de l'ouïe, — c'est-à-dire les caractères ordinaires des intoxications chroniques.
3. Hachisch. — On n'a guère rocca^ion dans nos contrées d'étudier les elïets du hachisch. Aussi, depuis le remarquable mémoire de Moreau (de Tours) (-), la littérature médicale française nes'estguère enrichie de travaux nouveaux.
Ce poison est consommé surtout dans l'Inde, l'Egypte, et depuis quelque temps, en Amérique ('). On peut le fumer, et dans ce cas les phénomènes sont moins graves et consistent surtout dans l'apparition d'un état mélancolique ; ou le manger, sous la forme de dragées et de bonbons, et alors les troubles hallucinatoires surviennent facilement, et une variété de démence est à craindre. L'intoxication aiguë est comme toujours une ivresse hallucinatoire.
(1) Eloy. Union mrdicale, 1886, XLL 917.
(2) Morf.au {(le Tours) T)ii liacliisch. ri, de l'aliénation inenlale, 18i;j. i'3) Irp:l.\.\d. The alienisi and neurolor/iftl., iS\^3.
CAUSES PATHOLOGIQUES. I8i)
4. Talào. — Il n'est pas de question plus controverséii que celle de l'action du tabac sur l'intelligence. C'est que beaucoup sont dans ce débat juges et parties. A entendre certains médecins, plus moralistes qu'hommes de science, le tabac serait la cause de tous les maux, de l'augmentation des cas de folie, de la diminution des naissances, d'une déchéance physique et mentale de la race.
Mais voyons les iaits ('). Il est inutile de rappeler ici les troubles d'origine nicotinique des organes autres que le cerveau, par exemple l'angine de poitrine et les diverses affections du système nerveux. Au point de vue qui nous occupe, on considère Thabitude :■ nicotinisme selon qu'il est aigu ou chronique. ïoutic uiunde ou à peu près connait les symptômes de l'intoxication tabagiqoe : le mai de tète, la sensation de vertige, les nausées, les sueurs profuses qui suivent la première cigarette. Ce n'est que dans les cas très graves (-) qu'on observe du délire . mais alors la morL survient. Lorsque le sujet guérit, il tombe, ap'-és une période d'excitatlGn, dans une sorle de coma, dont il sort 1° plus souvent indemne au point de vue psychique. Il n'y a donc pa.ï à proprement parler de délire nicutiDique aigu ou subaigu, analogue à celui produit par l'alcool. Quand les personnes en font un usage habituel, le résultat ordinaire du tabac sur elles esl d'exciter les fonctions intellectuelles, comme le café, le thé ou le chanvre indien ('). Toutefois, l'etïet imrnmédiat est de provoquer une sorte d'ivresse légère, qui se manifeste par un certain trouble dans les idées, un état de torpeur, de calme, de sédation qui a fait attribuer au tabac le rôle d'excitant, qu'il joue certainement. Car après cette phase d'engourdissement, les idées paraissent s'éclaircir, et le travail intellectuel devient plus facile au point de provoquer le soir de Finsomnie. C'est du moins l'effet que j'ai constaté sur mes amis et moimême.
L'usage quotidien du tabac détermine, comme toutes les intoxi-
(1) RouiLLARu. E/fets du, tabac sar l'in'elliiience et en particulier sur la mémoire, Encéphale, 1886, 336.
(l) FoussAuu. EmpoLsoiiiiement par la nicotine etle tabac. Thèse de Pans, 1873.
i2) Cil. RicriKT, Les poisonF fie l'intf>liiy;enr,e. Revue de.< d'ur mairies, 1877, XIX. 823.
cations chroniques parles excitants du système nerveux, un état de faiblesse irritable chronique et même des délires (').
M. Kjellberg(^) a décrit une psychose nicotinique qui aurait une marche régulière. Elle se manifesterait principalement par un sentiment de faiblesse et d'impuissance et s'accompagnerait d'hallucinations, d'idées fixes et d'impulsions au suicide. Dans les descriptions de cet auteur, on ne trouve rien de bien caractéristique. Ce sont des troubles mentaux assez complexes, mais assez banals. Cet auteur insiste sur les hallucinations et sur la paresse des processus psychiques, phénomènes qui paraissent plus en rapport avec l'action nicotinique.
On accuse le tabac de produire à la longue de l'affaiblissement de la mémoire ('), qui se manifesterait souvent par une réduction progressive du vocabulaire Ballet {''). Mais il n'est pas commode do se faire une opinion sur ce point, tant les documents paraissent jetés dansle débat avec une ardeur de sectaire.La paralysie générale a été citée aussi comme pouvant être l'aboutissant du nicotinisme chro nique. Jolly (") faisait de ce dernier, avec quelque exagération, la cause essentielle de la paralysie générale ; il cite à l'appui de cette affirmation aventurée le cas d'un malade qui guérit par l'abstinence d'un affaiblissement intellectuel causé par le tabac, mais il ne semble pas que le sujet ait été atteint réellement de paralysie générale. M. Rouillard (") a fait des recherches pour trouver de nouvelles observations; il en reproduit une de Krafît-Ebing et uneiûédite de Vétault. Je vois toutefois que pour confirmer l'opinion de Jolly, il faut un supplément d'enquête.
Qu'est-ce qui agit dans le tabac? Est-ce la nicotine seule ou d'autres substances contenues dans les feuilles de cette solanée? M. Rouillard (') fait remarquer que les tabacs d'Orient et de la Havane, qui contiennent moins de nicotine (2 %) que le caporal français
(1) A. Voisin. Leçons cliniques, ouv. cité, 288.
(2) In Ann. méd. psychol., 1890, XII, 446 et suiv.
(3) RouiLLAKD. Essai sur les amnésies, th. Paris, 1885, 187 et suiv.
(4) Ballict. Le langage intérieur, 1886, 118.
(5) P. Jolly. Le tabac et l'absinthe, 187o
(6) RouiLLAUD. Effets du tabac, ouv. cité, 331.
(7) lu.Ibid., 35;).
CAUSES J'ATHOLOr.lQUES. 191
(7,36 %) sont pourlant plus dangereux ; mais cela n'est pas parfaitement établi. Il est probable que la nicotine n'est pas seule en cause; aussi la plupart des expériences, faites en vue d'établir l'action du tabac et pour lesquelles on ne s'est servi que de son alcaloïde, ont une signification d'une portée restreinte.
La manière dont on use du tabac a son importance. En fumant, ce sont principalement les produits de décomposition par le feu qui sont dangereux, la pyridine par exemple. L'habitude de priser qui est surtout féminine et sénile peut avoir les méuies effets que celle de fumer. Mais la chique est encore la plus dangereuse, car elle facilite l'absorption d'une plus grande 'quantité de tabac. Enfin, il semblerait que la suppression de. l'habitude nicotinique pourrait provoquer chez certains sujets quelques troubles nerveux, comme cela s'observe chez les sevrés de morphine.
On connaît la statistique de M. Bertillon ('), qui a relevé que, dans une promotion de Polytechnique, le nombre des élèves fumeurs, qui était de 6 dans les 20 premiers rangs, s'élevait jusqu'à 16 dans les 20 derniers. M. Coustan (-) a fait porter cette statistique sur plusieurs lycées et écoles supérieures (navale, normale, des ponts et chaussées, etc..) ; le rang moyen des élèves serait 14,7 pour ceux qui ne fument pas, 19,4 pour ceux qui fument peu et 22,3 pour ceux qui fument beaucoup. De même entre les classements d'entrée et de sortie, ce sont les fumeurs qui perdent le plus grand nombre de rangs.
Comme pour l'alcool, on a essayé (Bourdin) (') d'établir un rapport entre la consomuiation du tabac et l'augmentation des aliénés. On consommait en 1880 deux fois plus de tabac qu'en 1840 et dans la même période de temps les aliénés ont plus que triplé de nombre. Mais il est clair que l'on pourrait établir ce rapport de l'açcroissement des cas de folie avec celui de la plupart des objets de consommation (aliments, vêtements, chaussures, etc.), ce qui revient à dire que la richesse est aujourd'hui plus grande et que chacun dépense davantage.
'^ Bertillon. Bull, de la Soc. contre l'abus du tabac et ile.i hois^oiiK aIr,,oli- "9.
;',LAUL). Elfet>; du tabac, ouv. cité, 344 et 343. •D. Effets du, tabac, ouvr. cité, 346.
ivi LES CAUSES DE L\ FOLIE.
Dans l'iucuxiccitiuu nicotinique, il est un facteur individuel qu'il est nécessaire de mettre en lumière. On a cru remarquer que les rumeurs étaient inférieurs en puissance de travail et en intelligonceauxabstinents. Est-ce parce qu'ilsfumaient qu'ils étaient moin'bien doués, ou est-ce parce que leurs facultés intellectuelles étaieui moins brillantes qu'ils usaient et abusaient du tabac? La question cl son importance, et je ne sache pas qu'on l'ait résolue. Il est clair qa un individu dontrexercice mental est pénible cherchera à excier o.rtiiîciellorcent son système nerveux et aura de la tendance à . . 5ùri>er des substances ciut lui permettent d'atteindre ce but. Cela est Tiai de la morphine et de toutes les intoxications volontaires : cela Ê-t probablement vrai aussi du tabac. D'autre part, il est certain .] L le- professions, où l'on travaille surtout du cerveau, favori-eni le Jéveloppèment de ce besoin. Si les étudiants sont la plupai.t de giànds fervents du tabac et de la pipe, c'est peut-être cj[u'ils eu L-nt plus besoin que d'autres. Une vie oisive peut pourtant aussi ^ousiêr au tabac ; et dans ce cas la fille qui passe ses après-midi à fiiji'r ne peut prétexter un travi il intellectuel.
Le problème est, on le voit, complexe. Il faut en revenir à cette question : pourquoi fume-ton? 11 est certain que si dans le besoin du tabac l'appétence du sysL" me nerveux est une des causes, il y en a d'autres. Certains fument pour occuper leurs lèvres et leurs mains, ch^z eux l'habitude est purement musculaire, et elle peut être satisf.ite par le mâchonnement d'un cure-dents; d'autre:? fument — et j'étais de ce nombre quand j usais du tabac — pour les sensations gustatives et même tactiles que provocjue la fumée nicotinique sur la langue et le palais ; d'autres enfin pour l'excitation cérébrale qui survient après. Les besoins ne sont donc pas tous les mêmes en qualité ; ils ne le sont pas non plus en quantité. Quelques-uns se corrigent facilement de fumer, — ce qui était pour eux une simple occupation, qu'une autre fait aisément oublier. D'autres sont en tout comparables aux morphinomanes et ont une impulsion plus ou moinsirrésistible à fumer. Ceux-là sont très probablement des névropathes; on a même décrit une véritable dipsomanie tabagique.
Malheureusement ce point spécial de la constitution névropathi(. le du sujet n'a pas encore attir^^- ^i^aucoup l'attention des sta-
tisticieiis. Cependant M. Yenturi (') a cru remarquer que les aliénés et principalement les incurables, les imbéciles, les épileptiques, les déments, prisaient plus que les hommes raisonnables. Et M. Rouillard a observé, dans le servicede la Clinique à Sainte Anne, qu'il y avait proportionnellement plus d'aliénés fumeurs que d'hommes sains, mais qu'ils consommaient moins de tabac que la moyenne des gens en liberté, probablement à cause de leur manque d'argent .
o. MoRpmxE. — L'opium et la morphine sont, comme lalcool et aussi le tabac, des poisons sociaux. Du premier je ne dirai pas grand chose, car son usage est resté encore cantonné dans les pays de l'Extrême-Orient. Cependant les mangeurs d'opium ont été observés en Europe depuis longtemps, et l'on dit même que le cardinal de Richelieu était opiophage. Au commencement du siècle, le mal devait être assez répandu en Angleterre, comme le prouve le curieux livre de Thomas de Quincey (■), qui raconta ses impressions de mangeur d'opium et les luttes qu'il eut à soutenir contre sa passion. On peut ranger à côté des opiophages ceux qui, dans un but thérapeutique et pour se déshabituer de la morphine, se mettent à prendre de l'extrait thébaïque et du laudanum.
Les fumeurs d'opium ne se rencontrent guère qu'en Asie, Il existe bien à Paris c^uelques cercles où des fumeurs se réunissent ; mais ce vice ne s'est pas encore répandu dans le public. Ces deux manières de s'iutoxiquer, en mangeant et en fumant l'opium, ne nous intéressent guère, puisc[ue chez nous elles sont exceptionnellement la cause des troubles mentaux. D'ailleurs, d'après les voyageurs compétents (^), ces deux modes d'intoxication seraient les moins dangereux et leurs conséquences pathologiques ne seraient pas aussi funestes qu'on le croit généralement.
Je cite pour mémoire la morphinophagie. Un malade de Pichon^*),
(1) la Ànn. inéd. psijchol. 1886, 262.
(2) Th. t)E Quincey. Confession of a english opiùmeater, Trad. française, 189U.
(3) Martin. L'opium. 1893.
(4) PicHo.v. Morphinisme et diathèse, Ànn. inM. psychol., 1893. XVII, 213 et suiv.
absorba pendant plusieurs années 30 à 50 centigrammes de chlorhydrate de morphine, qu'il prenait en nature et mâchait.
C'est en 1853 que Wood fit la première injection de laudanum et de morphine, pratique qui fut imitée en France en 1859 par Béhier. Peu à peu cette thérapeutique se répandit et détermina chez certains sujets un véritable besoin artificiel. La morphinomanie était créée; et après la guerre de 1870, les mémoires sur cette question commencèrent à être publiés, de plus en plus nombreux, d'abord en Allemagne puis en France. On ne peut songer à citer même les principaux, mais il est juste de rappeler les travaux de Zambaco ('), Bail (^), Lancereaux ('), Marandon de Montyel (''), Magnan {'), Pichon C) et enfin le récent livre de Chambard ('), très documenté, auquel j'emprunte plusieurs renseignements.
Le morphinisme, c'est l'intoxication par la morphine. La mor phinomanie, c'est l'impulsion à s'intoxiquer. Bien que cette dernière, sous sa forme paroxystique et intermittente, n'ait pas encore été décrite, et que d'autre part tous les morphiniques succombent à des besoins plus ou moins irrésistibles, il est bon de garder le mot de morphinisme, semblable à celui d'alcoolisme, pour les sujets qui s'intoxiquent habituellement avec l'alcaloïde de l'opium. L'intoxication par la morphine peut être aiguë ou chronique. Aiguë, elle est ordinairement la conséquence d'un essai thérapeutique ; les symptômes délirants y sont rarement observés.
Quelles sont les causes de la morphinomanie? La première, c'est une constitution névropathique, qui rend tyranniquele besoin d'un jour. Chez les sujets déséquilibrés, de système nerveux facilement dépressible, l'excitation de la morphine devient rapidement une nécessité physiologique de premier ordre. Avec leur singulière
(1) Zambaco. De la morphinomanie, Encéphale, 1882.
(2) Ball. Leçons sur la morphinom. Revue scient., 1884.
(3) Lancereaux. Du morphinjsme chronique, Seni. rnéd., 1884.
(4) Marandon de Montvel. Contrib. à l'étude de la morphinomanie, Ann. méd. psychol., 1885, I, 4d.
(o) Magnan. Leçons sur la dipsomanle. Progrès )nédicul, 1886.
(6) PicHON. Le morphinisme, 1890.
(7) CnAMBAuu. Les morphinomanes, collection CharcotDcbove.
appétence pour toutes les intoxications et leur volonté faible, ils deviennent en peu de temps incapables de renoncer à un médicament qui les excite et les déprime, ce qui amène un nouveau besoin, enfermant ainsi les sujets dans un cercle vicieux. Les antécédents familiaux des morphinomanes sont en général assez chargés ; en consultant les divers recueils cj^ui contiennent des observations de ces malades, on s'en rendra facilement compte.
Les causes occasionnelles qui provoquent la première injection sont des plus diverses. Celle-ci est quelquefois faite dans un but thérapeutique. Il y a peu de temps encore les médecins, dont l'attention n'avait pas été éveillée, abusaient des piqûres dans les services hospitaliers et dans leur clientèle, rendant ainsi involontairement morphinomanes des malades qui demandaient un soulagement à leurs douleurs. C'était jadis l'étiologie la plus fréquente. Il est vrai que le pharmacien est, dans ces cas, souvent coupable de vendre de la morphine sans ordonnance ou sur une vieille ordonnance. D'autres fois c'est un conseil, l'exemple donné par un ami, une maitresse, un mari. Le morphinisme à deux, époux ou amants, est une forme, qui est aujourd'hui commune, de cette intoxication volontaire. Il est bien rare en effet qu'un morphinomane, qui vit avec une femme, ne lui communique pas son vice. On a vu un mari impuissant agir ainsi dans le but d'éteindre par la morphine les sens de sa compagne plus ardente pour la conserver toute à lui.
Une conversation, une lecture — car il y a déjà toute une littérature spéciale — , une curiosité enfin éveillée ouvre quelquefois la porte de la morphinomanie à des malheureux qu'une douleur physique ou morale, des soucis, une vie désœuvrée rendent une proie facile au poison. Chaque malade devient à son tour un foyer de contagion qui s'étend à deux, trois et plusieurs personnes, à tout un groupe, à une maison, à un cercle, à un atelier. Il existerait même, paraît-il, à Paris, des clubs de morphinomanes. Ce qui est certain, c'est que l'on trouve dans cette ville les facilités les plus grandes pour se procurer tout ce qui est nécessaire aux injections. Les pharmaciens sont d'une tolérance coupable ; on dit même que des médecins donnent à prix d'argent des ordonnances pour faire délivrer le poison. Dans un certain monde, les ravages seraient, assure-t-on, énormes; et les seringues de Pravaz seraient devenues
entre les mains de quelques moadaines, des bijoux luxueux. Toute une industrie spéciale s'est créée pour satisfaire à ce goiU du jour ; et, dans certains hôtels et cafés, il est facile de se procurer une seringue toute chargée, La morphine est donc bien un poison social, et d'autant plus redoutable qu'on peut en dissimuler les effets et que ses ravages peuvent s'étendre beaucoup sans qu'on sans doute.
Au début, c'étaient les classes aisées qui seules étaient atteintes par ce vice ; aujourd'hui ce dernier gagne les classes les plus misérables ; pour acheter de la morphine, des hommes se privent de manger et des femmes se prostituent. On a évalué le nombre des morphinomanes à 60,000 (Bail). Dans les statistiques de Pichon et Lewinstein (^), on voit que le monde médical et pharmaceutique, les diplômés et leurs femmes, les élèves et les garçons de laboratoire fournissent le plus fort contingent, près de la moitié des cas. Après eux viennent les rentiers, commerçants et employés, les domestiques, les militaires et les filles. L'armée coloniale est particulièrement éprouvée ; et il est regrettable que les chefs des troupes de la marine n'usent pas de leur autorité pour lutter avec la dernière énergie contre ce vice, qui menace de faire plus de victimes que le climat et les maladies des pays chauds.
M. Chambard (") divise la morphinomauie en plusieurs périodes. La première est celle de l'initiation ; le sujet acquiert, au prix des malaises inséparables de la première injection, la tolérance nécessaire à l'usage habituel de la morphine. C'est alors làge d'or, la période d'euphorie, de l'intoxication. Le morphinisé a un moyen commode d'endormir ses douleurs physiques et morales ; il se sent, après chaque piqûre, plus dispos, plus gai, plus libre d'esprit, plus actif. Mais, l'accoutumance se faisant peu à peu, le nombre des injections croît de mois en mois, de semaine en semaine ; ce n'est plus 1 ou 2 piqûres par jour, c'est 10,20, 30 et parfois plus. A chacun des moments où il faut retrouver du ressort, le professeur pour faire son cours, l'avocat pour plaider, la mondaine pour recevoir ses amies, l'écrivain pour s'entraîner à la copie. Ce n'est plus 3 à 4 centigrammes, qui sont nécessaires pour donner la volupté de
(1) In Chambard. Ouv. cité, 39.
(2) Chambard. Ouvr. cité, 4.') et suiv.
l'opium, c'est lo, 30, 50 centigrammes, c'est 1 gramme, chiffre atteint dans près de la moitié des cas, c'est même davantage, et jusqu'à 8 grammes et plus. Au prix de la morphine, cela fait annuellement des dépenses qui atteignent vite et dépassent souvent mille francs. A ce moment, la morphinomanie devient, pour le plus grand nomhre, une nécessité, un besoin vital ; et c'est aussi l'intoxication chronique, le morphinisme, avec son cortège somatique habituel, les abcès multiples des piqûres, la dénutrition profonde, la cachexie générale qui frappe tous les organes. Bien peu se corrigent alors de ce vice; et ce n'est jamais qu'au prix d'une lutte pénible, quelquefois terrible, et dont l'issue est toujours incertaine. Au cours des tentatives de sevrage les symptômes psychiques ont une intensité plus grande que durant l'état de satisfaction. Ils se caractérisent alors surtout par de l'angoisse, un état de dépression avec une grande excitabilité. Les malades ont un désir violent de la morphine et se montrent très agressifs. Quelquesuns manifestent, dans ces moments, des idées de suicide ou de persécution. On a même observé, mais exceptionnellement, la mort au cours de la convalescence ('). Parfois il existe un véritable état d'excitation maniaque avec hallucinations et même des crises convulsives, état qu'on a comparé au delirium Iremens alcoolique. Tous ces accidents se dissipent avec une injection ; mais ils s'apaisent aussi sans recourir à la morphine. Les désordres psychiques, rattachables au morphinisme chronique ou à son abstinence, sont cependant assez rares. C'est l'opinion de M. Garnier (^). Et certainement on ne peut comparer à ce point de vue la morphine à l'alcool. Les troubles délirants tiennent peu de place à coté des troubles somatiques causés par la morphine chez ceux qu'elle intoxique. Cependant on a décrit une démence cachectique terminale.
6. Cocaïne. — Le morphinisme chronique appelle d'autres intoxications. Parmi celles-là viennent d'abord les empoisonnements, par
(1) Ball. Un cas de morphinomanie se terminanl brusquement pai- la mort. Ànn. méd.psychoL, 188S, VII, 82.
(2) Garnier. Ànn. inéd. psychoL, 1889, IX, 430 et 451.
les substances opiacées, l'extrait thébaïque, le laudanum, substitués à la morphine. Les malades abusent quelquefois de l'alcool dans un but thérapeutique. Mais le plus souvent ils consomment de la cocaïne, que les médecins employèrent, il y a quelque temps, en injections hypodermiques, pour remplacer la morphine, ce qui a déterminé une intoxication nouvelle. C'est Erlenmeyer qui, le premier, la décrivit. Dans ces derniers temps, les observations publiées sont devenues nombreuses. iVu cours d'un premier travail communiqué à la Société de Biologie, MM. Ma gn an et Saury (') disaient que le signe prédominant dans le cocaïnisme était les hallucinations de la sensibilité générale, qui survenaient avant les autres troubles sensoriels, et que le délire était consécutif aux hallucinations. Ainsi un malade se plaignait de sentir sa luette tomber et obstruer la gorge ; un autre, tourmenté par un prurit incessant, s'arrachait la peau pour retirer les microbes qui s'y étaient logés; un troisième raclait sa langue pour enlever les cristaux de cocaïue éliminés par transsudation. Ces faits-là auraient été signalés par Erlenmeyer et d'autres auteurs allemands, comme le faisait remarquer M. Séglas (■). Pour M. Pichon ('), la cocaïne demanderait un appoint éthylique pour produire des hallucinations, qui pourraient encore se présenter dans le morphino-cocaïnisme, association toxique aboutissant à une véritable maladie nouvelle et plus grave. Les crises épileptiques se rencontreraient aussi dans le cocaïnisme, et l'on sait d'autre part que, dans des expériences physiologiques, M. Laborde (') a noté des phénomènes d'hyperexcitabilité neuro-musculaire très marqués.
Dans un travail de Mattison analysé par Jennings {'), on remarque que les troubles somatiques de l'intoxication aiguë se montrent aussi dans l'administration locale de la cocaïne (instillations ocu-
(1) Magnan et Sauuy. Trois cas de cocaïnisme chronique, Société de Biol., 26 janvier 1889.
(2) Ann. méd. inychol., 1889, IX, 4i7.
(3) .1////. méd. psychoL, 1889, IX, 451.
(4) Labordk, Etud. expérim. sur l'action physiolog. de la cocaine et de ses sels, Soc. de Biol., 12 nov. 1884 et 1.3 déc. 1885.
(5) Mattiso.n. L'intoxication par la cocaine, Iribun" médicale, 1888, 3.
laires, badigeonnages, pulvérisations, injections liypodermiqiies). Le danger de cet alcaloïde serait, comme le fait remarquer M. Chambard ('), que sou usage ne dispense pas de la morphine' dont les malades continuent à avoir besoin. Les efïets toxiques, l'ivresse et l'activité musculaire seraient plus intenses, plus durables, les hallucinations et les troubles délirants plus fréquents que dans le morphinisme simple.
7. Le Chloral a encore été absorbé comme un succédané de la morphine. Kirn et Pichon ont rapporté des cas de cette intoxication volontaire. Mais le chloral a causé des troubles psychiques chez d'autres personnes que chez des morphinomanes. Ces désordres mentaux sont encore peu connus et paraissent consister surtout en de l'affaiblissement intellectuel; il pourrait parfois simuler une attaque de deUrium tremens (^).
8. Éther. — L'éthéromanie sévit surtout en Irlande, où il est des individus qui boivent ce poison comme une liqueur spiritueuse. Cliez nous, c'est surtout en inhalations que certains sujets, des femmes surtout, en font usage; mais on observerait aussi des buveurs d'éther, surtout dans la classe élevée ('). Les eiîets de l'éther sont de déterminer une ivresse agréable, qui peut aller graduellement, si on n'y prend garde, à l'anesthésie générale et même à la mort. Parmi ceux qui font usage de ce poison, on trouve principalement des névropathes, ainsi que le prouvent les observations de MM. Christian (') etRitti '/'). C'est un vice trop peu répandu ici pour qu'on soit bien fixé sur ses dangers, ainsi que sur ceux de Vantipyrine, du chloroforme, du hiomure de potassium et d'autres toxiques dont on a fait quelquefois abus.
B. — Intoxications thérapeutiques.
Il est naturel de dire maintenant un mot des intoxications déter-
(1) Chambard. Ouvr. cité, lo4 et suiv.
(2) Ballet. Délire cliloralique, Société médic. des hôpitaux, 28 juillet 1893.
(3) Emile Gautier. Les buveurs d'éther. La Science française, 1895, 241.
(4) Christian. Ànn. méd. psychol , 1887, VJ, 285.
(5) RiTTi. Un cas cl'éthéromanie, An)i. méd. psychol., 1888, VIT, 55.
minées par une manœuvre nettement thérapeutique, ce qui les rapproche beaucoup de celles que je viens d'examiner brièvement. Mais ici l'élément volonté ne joue plus aucun rôle; et il s'agit d'une fausse manœuvre médicale.
1. La Digitale provoquerait assez souvent, dit Duroziez('), des délires qui, se produisant surtout la nuit, passeraient de la sorte inaperçus. Mais dans les cas de ce genre, il est difficile de démêler ce qui appartient à ce médicament et aux produits toxiques élaborés par les malades auxquels on prescrit la digitale,
2. Dans I'Arsénicisme chronique, des troubles mentaux pourraient se produire. On sait d'autre part qu'on a trouvé de l'arsenic dans le cerveau, après des intoxications prolongées.
3. La Quinine aurait aussi été accusée de produire de semblables méfaits. Kiernan (-) a publié le cas de 3 malades, à antécédents névropathiques, qui auraient présenté divers troubles psychiques après l'absorption de petites quantités de quinine.
4. L'IoDOFORME (^) est quelquefois cause de certains délires attribués au traumatisme. Ce poison peut, employé sans ménagement sur des plaies absorbantes de malades débiles ou àg^és, provoquer des troubles mentaux.
5. Le Sulfate d'atropine, injecté en poudre après une iridectomie, aurait occasionné un délire hallucinatoire (^), qui disparut en peu de jours. Un accident analogue serait arrivé à un individu qui avait absorbé 20 grammes de camphre employé contre un rliume(^). Quelquefois une anesthésie chirurgicale par le chloroforme, l'éther C') ou le protoxyde d'azote, a provoqué, chez des sujets prédisposés, des troubles mentaux plus ou moins durables.
(1) DuROziEz. Gazelle hebdom. de méd. et dechir., 1874, n° 49.
(2) Kiernan. The alienist aud Neurologist, 1883, jiUy, analysé in Ann. nicd- Psychol, 1888, VIII, 147.
(3) Rossignol, De iinloxicaiiou iodoforinique, th. Paris. 1890. (4)KowALE\vsKY. Aiin. méd. psychol., 1881, V, 329.
(5) Planât. Obs. d'accès hystér. somnambul. hallucinat., .itin.méd. psychol. 1885, I. 224.
(0) Awericnn Jonriiul of Inxnnity, 1890.