‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 106 sur 168 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

I. — Slaves et Teutons. — Civilisation tchèque. — Évêché de Prague. — Invasion pacifique allemande. — Relations avec la France. — Roi de Bohême électeur de l'Empire. — Lutle contre les influences allemandes. Jean IIus. — La langue tchèque. — L'Université de Prague. — Concile de Constance. — Résistance des Hussites. — Ferdinand de Habsbourg. — Confessio Bohemica. — Lettre de Majesté. — Défenestration de Prague.

— La défaite de la Montagne Blanche. — Réaction en Bohème.

JI. — Réveil de la nationalité. — Le jugement de Liboucha. —La solidarité slave. — Lettre de Palacky au comité des cinquante. — Le Congrès de Prague. ^- Les trois partis en Autriche : centralisme, dualisme, fédéralisme. — La Constitution de i849. — Réaction. — Politique allemande.

— Régime électoral. — Le dualisme. — Progrès des Tchèques. — Refoulement des Allemands. — Les Allemands et les Tchèques. — Le Wacht am Rhein et la Marseillaise.

Les Allemands prétendent que les territoires de la Bohême, d'abord conquis par les Teutons' furent envahis par les Slaves du cinquième au septième siècle. Cependant d'après Poseidonios les Cimbres dans leur marche contre Rome se heurtèrent aux Boïens, d'oii Bojohœmum, Bohême. Les luttes entre les Slaves et les Teutons, disent les historiens allemands, Ranke, Treitschke et Lamprecht, se sont déve-

I. Voir la Colonisation dans VEsl, par le professeur Richard Mayer, ap. Histoire du Monde du docteur H. F. Helmolt. T. VI. — Les Races et /es Nationalités en Autriche-Hongrie, par Bertrand Aucrbach. i vol. in-S (librairie F. Alcan). — Histoire de VAatriche- Hongrie depuis Marie-'lhérèse, par M. Asseline (librairie F. Alcan). — Louis Léger, Histoire de r Autriche- Hongrie, le Monde slave, etc. — Auslria-Hungary, by Geoffrey Drage.

loppées autour des frontières de la Bohême et de la Moravie, De là l'importance de l'histoire de la Bohême qui, de tous les groupes nationaux composant la monarchie austro-hongroise, est la plus complète. Dès 874, elle est gouvernée par un prince chrétien Borivoj ; mais son fils demanda la protection de la Germanie et remplaça la liturgie slave, qui employait la langue du pays, par la liturgie latine. Henri L'Oiseleur, de concert avec Arnulf de Bavière, envahit la Bohême et imposa un tribut au prince Vacslav que l'Eglise a canonisé et que nous connaissons sous son nom latin de saint Venceslas. L'évêché de Prague fut fondé à la fin du dixième siècle, mais rattaché à l'archevêché de Mayence. Il eut pour premier titulaire saint Adalbert qui baptisa le prêtre-roi saint Etienne de Hongrie, alla en Pologne et fut tué par les Prussiens (997) qu'il essayait de convertir.

Ayant aidé l'Empereur Henri IV dans ses expéditions en Italie, VratislavII en reçut le titre de roi en 1086.. La Bohême était une anarchie féodale déchirée par les querelles des princes, de la noblesse et de l'évêque de Prague. Les petits propriétaires, exploités par la noblesse, se groupèrent auprès de grands nobles auxquels ils demandaient protection et dont ils augmentaient la puissance.

Quand Prémysl Otokar II occupa le trône en 1260, la Bohême était un grand Etat. Sur l'invitation du pape Innocent IV, il envoya, dans la Prusse orientale, une expédition qui fonda Kœnigsberg, la future capitale du royaume de Prusse.

Au milieu d'agitations de toutes sortes, la Bohême était devenue le foyer de la civilisation de l'Europe centrale et Prague un de ses plus importants marchés. On y exploitait les mines d'argent de Kutua Hova et de Némecky Brod. La célébration du mariage de Vacslav II, en 1297, réunit vingthuit princes accompagnés de cortèges, évalués à autant de milliers de chevaux. Ce fut une des grandes cérémonies du moyen âge.

Pendant le douzième et le treizième siècle, les Allemands,

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ppelés par les rois de Bohême, étaient venus défricher des orêts. Ils firent du commerce, ils occupèrent l'évêché do frague et d'autres importantes dignités de l'Etat.

La dynastie des Premyslides s'éteignit en i3o6 avec Vacsav 111 qui, ayant forcé l'empereur Albert de s'engager à ne jdus intervenir dans les affaires entre la Bohême, la Pologne t la Hongrie, fut assassiné peu de temps après.

Jean, fils de l'empereur Henri de Luxembourg, aimait la 'Vance à ce point que, devenu aveugle, il se fit tuer à la )ataille de Crécy ; mais il avait fait élever en France son fils Charles; et ce qui prouve la supériorité, à cette époque, de 'administration française, il en rapporta des habitudes d'écolomie et d'ordre; en Bohême il rétablit les finances, il réori^anisa la justice, réprima le brigandage. Il fonda en i3/i8 Université de Prague qui réunit jusqu'à vingt miUe étuiiants et fut classée immédiatement après celle de Paris.

Il fit reconstruire la cathédrale de Saint-Vit par un Français, Mathias d'Arras. Il établit le grand pont de pierre de ?*rague, fit bâtir le château royal de Prague et fonda la preaiière école de peinture qui ait existé au moyen âge. La ittérature tchèque se développa sous son règne.

En i355, il réunit à la couronne de Bohême le duché de Silésie, le marquisat de Lusace et deux districts de la Poogne.

Empereur, sous le nom de Charles IV, il régla, en i356, parla Bulle d'or le droit public de l'Allemagne. Elle spécifie que le roi de Bohême est un des sept électeurs du Saintilmpire, mais que son royaume n'est pas un fief de l'Empire. Si la famille royale s'éteint, le roi de Bohême ne peut être élu que par les Etats et non pas imposé par l'empereur. Tout appel à l'extérieur est interdit à ses sujets.

Les influences allemandes qui pesaient sur le pays furent énergiquement combattues par un puissant mouvement national qui, sous des apparences religieuses, s'incarna dans Jean Hus. Doyen et prédicateur à la chapelle de Bethléem, en i4o2, il faisait ses sermons en langue tchèque. 11 la

réforma, en fixa l'orthographe, y adapta l'alphabet latin, e en élimina les germanismes. Ayant attaqué les abus d( l'Eglise, il fut accusé de soutenir les propositions de Wiclef

Soutenu par le roi, par les seigneurs de Bohême, qu étaient alléchés par la possibilité de sécularisation des biens du clergé, dont ils pouvaient avoir leur part, suivi par le peuple, dénonçant les Allemands qui l'avaientfait condamnei par l'université de Prague, il disait : « Les Tchèques doivent être les premiers dans le royaume de Bohême comme les Français dans le royaume de France, les Allemands en Allemagne. Les lois, la volonté divine, l'instinct naturel veulent qu'ils y occupent les premiers emplois. » Le roi Vacslav décréta que, désormais, à l'Université, la nation tchèque aurait trois voix et les étrangers une seule. Furieux de ne pas la dominer, les Allemands allèrent fonder l'Université de Leipzig, quittes à reprendre plus tard leur revanche. Jean Hus fut nommé recteur de l'Université de Prague : mais le pape Jean XXII mit en interdit toute ville oii il résiderait. Jean Hus continua sa propagande dans les châteaux et auprès des paysans.

Un concile se réunit à Constance. L'Empereur Sigismond invita Jean Hus à y comparaître et lui donna un sauf-conduit formel. Jean Hus s'y rendit, mais le comité, considérant que le sauf-conduit impérial était un empiétement du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel, emprisonna Jean Hus sous l'accusation d'hérésie; puis, après avoir refusé de l'entendre, il le remit, le 6 juillet i4i5, comme hérétique au bras séculier qui le brûla vif.

Ce supplice ne fit qu'exalter ses compatriotes. Sous le nom d'utraquistes, ils opposèrent la communion sous les deux espèces à la communion romaine. L'Université de Prague se dressa devant le concile. Les paysans se réunirent autour de chefs comme le vieux chevalier Jean Ziska, et prirent le nom de Taborites.

L'Empereur Sigismond leva une croisade contre eux. Ils le battirent et, en quelques mois, occupèrent toutes les villes

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de Bohême, sauf Pilsen et Budejovice. Partout les Allemands furent chassés et perdirent le bénéfice de cinq siècles i'cfforts pour établir leur domination en Bohême.

Les Hussites offrirent la couronne à Wladislaw de Pologne

qui eut le grand tort de la refuser sur les instances du pape

Uirtin V. Les princes allemands, avec Sigismond, prépa-

nt une nouvelle croisade. Les Hussites étaient tombés

ians l'anarchie. Une partie de la noblesse céda. Cependant

armée impériale fut encore écrasée par Ziska aveugle sur

s bords de la rivière Sazava (1422). Les troupes de Ziska

taient fanatisées par des conceptions religieuses dont nous

le pouvons comprendre l'importance ; mais en même temps,

e qu'elles défendaient, c'était la nationalité tchèque et slave

outre les Allemands.

Mais la guerre éclata entre Taborites et les partisans des ompactata, qui faisaient de grandes concessions aux utrauistes. Les Taborites furent écrasés le 3o mai i434 à Lipany. rocope fut tué avec seize mille de ses guerriers. « Les chèques n'avaient pu être vaincus que par eux-mêmes », onclut M. Louis Léger qui a fait connaître, en France, les ationalités slaves que tout le monde ignoraitL Cependant l'Empereur-roi Sigismond s'engagea à n'adlettre aucun étranger aux fonctions publiques, à accepter sa cour des prédicateurs hussites, à assurer la prospérité de Jniversité de Prague.

La nation était épuisée. La noblesse s'était enrichie au.v 3pens de l'Église et du domaine de la couronne. Le mouveent national de Jean IIus s'était effondré dans des chicanes >gmatiques. Avec la mort de Sigismond, en i/iSy, finit la gne masculine de la maison de Luxembourg, sans parvenir réaliser l'union de la Bohême et de la Hongrie. Les luttes de la Bohême contre les Allemands, conli»' 1< s Dngrois continuèrent avecdes succès divers. En i526, apris

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