‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 113 sur 168 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Tentative de germanisation de Joseph II. — Politique de Metlernich et de François II. — Divide ut imperes, — i848. — Politique constitutionnelle et centraliste. — La diète de Kromeriz. — Gouvernement de Bach. — Allemands d'Autriche se solidarisant avec l'Empire allemand. — Les trois liens de la monarchie austro-hongroise. — L'Empereur. — Ses titres. — L'armée. — La bureaucratie. — Le recrutement des officiers. — La dissolution de la monarchie austro-hongroise. — Allemands et Hongrois en poursuivent le démembrement. — Le centralisme magyar.

Les efforts tentés par les ducs ou empereurs d'Autriche, rois de Bohême et de Hongrie, etc., pour germaniser les divers groupes ethniques qui se sont trouvés sous leur domination ont échoué. Joseph II qui, systématiquement, avait poursuivi l'unification du langage et des institutions, provoqua des émeutes et des résistances passionnées : et cependant il avait agi avec le désir d'engager ses divers peuples dans une voie de progrès. Sur son lit de mort, en 1790, il allégea ses successeurs du fardeau de ses réformes en les annulant.

Cependant François II imposa, en i8o3, un code pénal et, en 181 1, un code civil. Toutefois le code civil fut repoussé par la Hongrie et la Transylvanie. Quoique inspiré par les idées du dix-huitième siècle, il maintenait une législation spéciale pour l'Église, pour les juifs, pour la grande propriété ; sans aller jusqu'au servage, il soumettait les paysans à des sujétions féodales.

Au lendemain de i8i5, Metternich ne tenta pas l'œuvre d'unification. Il prit pour maxime Divide ut imperes. François II donnait de sa politique la définition suivante à l'ambassadeur de France :

Mes peuples sont étrangers les uns aux autres. Tant. mieux. Ils ne prennent pas les mêmes maladies en même temps. Je mets des Hongrois en Italie et des Italiens en Hongrie. Ils ne se comprennent pas, ils se détestent. De leurs antipathies naît l'ordre et de leur haine réciproque la paix générale.

Nous avons vu cependant la résistance des magyars, et lorsque éclata la Révolution de i848, tout sembla crouler.

Des hommes d'Etat intelligents auraient répondu aux vœux des diverses nationalités en adoptant le système du parti fédéral; mais les Allemands entendaient continuer d'avoir la direction de l'Empire.

Schwarzenberg leur opposa l'absolutisme ; mais Ferdinand IV fut obligé d'abdiquer en faveur de François-Joseph, l'empereur actuel, âgé alors de dix-huit ans et déclaré majeur pour la circonstance. Son ministre Stadion avait un programme constitutionnel et centraliste : « Réunir en un grand corps d'Etat tous les pays et toutes les races de la monarchie, avec un seul gouvernement à Vienne. » Mais il sentait si bien l'impossibilité de réaliser ce programme qu'il ne convoqua pas les représentants de la Hongrie à la Diète de Kromeriz; et il se servit de cet oubli, dont il était responsable, pour la déclarer incompétente et la dissoudre. L'Empereur regardait aussi du côté de Francfort; et les Allemands de Vienne voulaient conserver à la fois la direction de la Confédération germanique et de tous les pays de l'Empire d'Autriche.

L'Autriche fut déclarée Etat indépendant, indivisible, indissoluble. De i85o à 1860, Bach continua la tradition despotique de Metternich. Jusqu'en i854, il maintint l'état de siège. Ce fut un gouvernement de police et de cléricalisme,

hostile aux nationalités. En i856, un Concordat livra tout l'enseignement au clergé et aux jésuites. En dehors du caholicisme, l'exercice des autres religions devait être domesique. Le jury et la publicité des tribunaux furent supprimés. Il fut interdit de publier un journal en langue tchèque.

Le gouvernement allemand centraliste fut écrasé par les désastres de 1869 et de 1866. Les populations soumises à V'ienne n'ont été affranchies que par les victoires des étrangers. La défaite a été l'instrument du progrès politique en Autriche.

Mais le compromis de 1867 n'a satisfait que les Allemands de la Gisleithanie et les Magyars de la Transleithanic ; les uns et les autres menacent la monarchie hongroise de dissolution.

Les Allemands d'Autriche, ont comparé la Bohême au Sleswiget s'assimilantcomplètement aux Allemands de l'Empire, ils disaient en plein Reichsrath : « Nous n'avons pas vaincu à Sedan pour devenir les ilotes des Tchèques. »

Après l'établissement du dualisme, le premier ministère autrichien comptait huit Allemands et un Polonais.

Les peuples de l'Autriche-Hongrie sont les peuples do ''Empereur et Roi dans un sens presque féodal.

11 a raison des Hongrois dans l'affaire des commandements militaires quand il menace d'abdiquer. Le parti des indépendants les plus exaltés n'ose prendre la responsabilité de provoquer une pareille catastrophe. Au fond les Habsbourg n'ont eu qu'une foi politique : Volunias imperaioris siiprema \tx esto. La volonté de l'Empereur est la loi suprême. Mais andis que le Kaiser la brandit et en fait parade, les empeeurs d'Autriche se contentent de la mettre en pratique.

Les ministres, serviteurs publics, doivent concentrer leur )atriotisme dans la personne de

François-Joseph (Franz-Joseph) i*'-Charles empereur d'Autriche, oi apostolique de Hongrie, roi de Bohême, de Dalmatic, de Croatie, YVES cuYOT aa

d'Esclavonie, de Galicie, de Lodomérie et d'Illyrie, roi de Jérusalem, etc., archiduc d'Autriche, grand-duc de Toscane et de Cracovie, duc de Lorraine, de Salzbourg, de Styrie, de Carinthie, de Garniole et de Bukovine, grand prince de Transylvanie, margrave de Moravie, duc de la Haute-SilésiC; de la Basse-Silésie, de Modène, Parme, Plaisance etGuastalla, d'Auchwitz et Zator,de Teschen,Frioul, Raguse et Zara, comte princier de Habsbourg et Tyrol, de Kybourg, Goritz et Gradisca, prince de Trente et Brixen, margrave de la Haute et de la Basse-Lusace et en Istrie; comte de Hohenembs, Feldkirch, Brigance, Sonnenberg, etc., seigneur de Trieste, de Cattaro et de la Marche wende, grand-voyvode de la voyvovie de Serbie, etc., etc. Maj. Imp. et Roy. Apostolique*.

L'Empereur a deux moyens d'action: l'armée et la bureaucratie. La bureaucratie est l'Etat; les Universités préparent les fonctionnaires et les professeurs deviennent eux-mêmes ministres dans les cabinets autrichiens qui ne sont pas formés par des ministres parlementaires. Ils représentent la tradition de l'administration de Joseph IL Personnellement, ce sont en général des hommes fort aimables et connaissant bien leur spécialité; mais ils sont sans scrupules quant aux moyens de gouvernement et ont le plus profond mépris pour l'individu -.

L'autre moyen de gouvernement, c'est l'armée. Un poète viennois disait au général Radetzki en i848 : « C'est dans ton camp qu'est l'Autriche. »

Elle ne peut être nationale, puisque son ensemble ne représente pas une patrie, mais est composé de nationalités juxtaposées et plus ou moins hostiles les unes aux autres. L'unité en est constituée par la personne de l'Empereur et l'Etat-major général et par la caste d'officiers qui la coni^ mande. Beaucoup d'officiers, nobles et pauvres, ne comp-

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