LES COEFFICIENTS PARTICULARISTES
Résistance à la poussée militaire. — Fissures dans l'Empire allemand. — Les Guelfes. — « Le parti du droit ». — Illusion de la sécurité et orgueil du prestige. — La Prussification de l'Allemagne. — Effets psychologiques de la défaite. — Le particularisme germanique. — Les attributions des États. — La Confédération du Sud et du Rhin. — Chance de durée. — Opinion d'un Saxon sur l'influence prussienne. — La peur de la France. — Nécessité de la dissiper.
La dissolution de l'Empire allemand se heurtera-t-elle h une opposition forte et durable .^^
Une réponse nettement affirmative serait téméraire; mais on peut déterminer les conditions dans lesquelles elle se présente.
Nous nous imaginons que toute l'Allemagne est poussée d'un élan formidable contre la France ; nous la voyons en état de guerre.
Mais cette passion belliqueuse a rencontré souvent des résistances.
De 1862 à 1866, Bismarck gouverna sans budget. L;i victoire de Sadowa lui fit donner un bill d'indemnité.
La guerre de 1870 donne à la Prusse l'hégémonie de l'Allemagne. Les dépenses militaires, loin de diminuer, augmentent. Mais le Reichstag 0[)pose de la résistance aux lois militaires.
En i8g3, avaient voté contre : les démocrates, le centre, le parti libéral, le parti de l'Allemagne du Sud, les Alsaciens, les Danois et les Guelfes.
Avaient voté pour : les consorviih-m -. le- nation.ni \ lilM-
raux, les impérialistes, les Polonais, les antisémites, et les membres de l'association libre. ^^
Les adversaires représentaient dans le pays k 233 ooo voix ; % les partisans, 3 226 ooo. Ils avaient donc une majorité de I 097 000 voix.
Le Reichstag a voté les crédits pour l'application de la loi de 1913, sous la pression de la peur évoquée par le Kaiser et le chancelier; mais il y avait bien quelques hommes en Allemagne qui se faisaient des réflexions anxieuses sur la politique qui avait placé l'Empire allemand dans une situation périlleuse plus de quarante ans après Sedan.
Nous sommes hypnotisés par l'ensemble qu'offre l'Empire allemand, mais il a des fissures^
Au Bundesrat, le chancelier a, plus d'une fois, été obligé de reculer.
Bismarck dut renoncer à son projet de chemins de fer de l'Empire. Il voulut, en 1877, placer à Berlin le siège de la cour suprême. Le Bundesrat le maintint à Leipzig.
Les Guelfes ont refusé de reconnaître la légalité de TEmpire.
Comme soutiens du roi de Hanovre, ils ont perdu leur raison d'être. Depuis longtemps, ils avaient abandonné l'espoir d'une restauration monarchique; mais ils ont fondé, en 1889, « le parti du droit »; il s'est peu étendu. Cependant, il a rencontré des sympathies dans les autres États. En réalité, ce parti est le seul parti conservateur de l'Allemagne 2.
Quelle peut être demain son action et son influence .^^
L'autocratie du Kaiser avait donné aux Allemands l'illusion, de la sécurité et l'orgueil du prestige. Mais, destructeur de la sécurité de tous les peuples, il ne pouvait la donner à l'Allemagne. Ce sentiment, pas plus que le prestige, ne survivra à la défaite.