‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 13 sur 168 · Voir traduction française (Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

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De son côté, en Allemagne, le Kaiser a basé sa diplomatie et sa stratégie sur l'espionnage.

Il a multiplié ses espions sur tous les points du globe : tel industriel et commerçant d'aspect honnête, bien accueilli par ses voisins, notait le soir toutes les particularités qui pouvaient servir à envahir le pays où il vivait, à installer des engins de destruction et à donner des points de repère pour les réquisitions. Ce patriotisme de police a été élevé au plus haut point par la Kultur allemande. 11 fait partie de l'éthique officielle qui consiste à faire l'apologie de tous les moyens qui ont pour fin la puissance agressive de l'empire.

Des officiers dans les bureaux de l'état-major étiquetaient, classaient, coordonnaient tous ces renseignements et se complaisaient dans cette minutieuse préparation. Ils pouvaient se dire, avec orgueil, qu'elle était sans précédent et sans rivale dans le monde.

Seulement l'espion, qu'il soit un misérable ou un puissant personnage, a toujours un grave défaut. Il cherche moins la vérité que le renseignement qui peut correspondre au3t sentiments et aux préjugés de celui à qui il les fournit; et enfin lui-même a son coefficient personnel d'erreur.

Les événements viennent de prouver la vanité des renseignements fournis par ce magnifique système d'espionnage. L'état-major savait sans doute qu'il pourrait placer des canons sur tel point, tracer des tranchées ailleurs, que M. X... avait une automobile et des chevaux, que M. Y... pouvait servir d'otage; et après P l'automobile et les chevaux de M. X... avaient été réquisitionnés. Les Allemands ont pu arrêter M. Y..., et après ? Ces procédés d'usurier de village ne peuvent donner que de misérables ressources que la défaite emportera au centuple dans sa rafale.

Tandis que le haut état-major s'appliquait à ces basses et misérables besognes, il était trompé et le gouvernement était trompé sur les conditions matérielles et morales, aussi bien de ses alliés que de ses adversaires possibles.

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! L'espion en chef, dans chaque pays, était l'ambassadeur allemand.

j On a cru à la Wilhelmstrasse, d'après les rapports que le icomte Pourtalès envoyait de Saint-Pétersbourg, que l'Aujtriche pouvait tout oser à l'égard de la Serbie ; que la Russie, (troublée par les grèves, céderait comme elle l'avait fait en 909; de là cette conséquence : elle perdrait son prestige non iseulement auprès des populations balkaniques, mais aussi auprès de la Grande-Bretagne et de la France; donc lapuisjsance de l'Allemagne serait sans contrepoids.

En même temps, les espions de l'état-major l'informaient que la réorganisation de l'armée russe ne serait prête que dans trois ans ; et ils en faisaient une telle description qu'elle était comptée à Berlin comme une quantité négligeable que l'armée d'Autriche-Hongrie et quelques corps de réserve allemands suffiraient à contenir avant l'écrasement final qui se produirait quand on pourrait ramener à l'Est les troupes qui auraient écrasé la France à l'Ouest.

« La France .î^ Ah! on va lui jouer une bonne farce. L'entrevue du czar et de M. Poincaré est fixée au 24 juillet. L'ultimatum sera envoyé le 28 et son mystère pèsera sur leur visite. La décision du gouvernement autrichien sera connue au moment où M. Poincaré quittera la Russie. Les deux alliés se sont congratulés réciproquement. Nous allons les placer en face des réalités. Si la Russie marche, la France la suivra-t-elle? Quoi.^ à propos d'une affaire serbe? qu'est-ce que ce petit peuple.^ est-ce qu'il intéresse les Français.»^ Jacques Bonhomme dira : — Gela ne me regarde pas. Panurge ajoutera : — J'ai horreur des coups et, si j'en reçois, je veux savoir pourquoi. Le congrès socialiste vient de voter l'ordre du jour présenté par Jaurès, en faveur de la grève générale en cas de guerre. Donc les socialistes seront des réfractaires.

« Le ministère est composé de pacifistes, qui ont voté contre la loi de trois ans. Les finances de la France sont en mauvais état. Son emprunt de 8o5 millions n'est pas encore classé. La France lâchera la Russie. Alors il n'y a plus ni double ni

triple entente. Elle ne compte plus parmi les puissances européennes. Que nous exigions d'elle ce que nous voudrons, personne ne lèvera le petil doigt pour la défendre contre nos exigences. Nous pourrons la piétiner à l'aise comme l'Autriche piétine la Serbie.

« Si elle se résigne à la guerre, nous n'en ferons qu'une bouchée. Gomme elle n'a pas osé prolonger d'un an le service de la classe qui était sous les drapeaux au mois d'octobre igiS, son armée compte deux classes de jeunes soldats, dont beaucoup n'ont que vingt ans. Ils fondront comme du beurre sous la pression de notre armée. Les officiers? On les a vus aux manœuvres du Sud-Ouest. La politique les sépare. Il y a des généraux qui veulent bien jouir de leurs galons et des avantages honorifiques et matériels qui y sont attachés, mais qui ne veulent pas se faire casser la tête pour la République. La plupart ne croient pas à la guerre. Nous avons dépensé I milliard de plus que les Français, avec la méthode qui nous caractérise : donc notre préparation est infiniment supérieure. L'état-major français s'est leurré de l'idée que nous attaquerons par la Lorraine, entre Toul et Belfort. Pendant qu'il accumulera ses forces de ce côté, nous passerons par la Belgique. Sauf Maubeuge, nous ne trouverons pas une forteresse en face de nous : et quinze jours après nous serons à Paris. Il n'y aura plus ni gouvernement, ni armée, ni finances ; et « l'ennemi héréditaire » sera réduit à n'être plus que notre satellite. Le triomphe est certain : car notre système d'espionnage est parfait.

c( Quant à la Belgique, elle ne compte pas. Gomment pourrait-elle s'opposera notre passage .^^ La loi sur la réorganisation de son armée ne date que de juillet igiS. Et elle a été appliquée sans conviction. Nous empêcher d'envahir la France? pourquoi donc? est-ce que dans les Flandres, elle n'est pas dénoncée comme une nation impie digne de tous les châtiments? est-ce que le parti flamingant n'a pas pour but de les préserver des idées françaises? Si elle nous livre passage, nous lui promettrons de la traiter en amie, quitte à

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uir ce que nous ferons d'Anvers après la guerre. Elle ne •oinpte pas.

Quaat à la Grande-Bretagne, nous y avons de nombreux bons amis. Est-ce que le Kaiser ne l'a pas conquise lors de i voyage de 1907? Est-ce que le Kronprinz n'y a pas été leilli comme un ami.î^ H y a bien eu Agadir; mais notre bassadeur nous assure que, grâce à ses bons dîners, tous lords sont pour lui.

Les libérauxsont ultra-pacifistes et quelques-uns de leurs

iinaux les plus influents sont dévoués h l'Allemagne.

[is évoquerons le spectre du tsarisme. Il suffira pour

pouvanter les anciens tories et pour indigner les membres

b] labour par ty.

Les affaires du continent ne regardent pas le labour parly. 11 est en dehors de toutes les idées sur lesquelles a vécu dans b passé la diplomatie britannique. Il a horreur des armeiii« nts. Il voudrait qu'on les économisât, pour qu'on en remît b prix aux œuvres auxquelles il. s'intéresse, ou qu'on enlevât tout impôt qui pèse encore sur l'alimentation. Le gou- \ t rnement libéral le compte comme l'appoint indispensable ^a majorité. Donc il ne bougera pas.

Les unionistes sont beaucoup trop occupés à préparer les [volontaires de l'Ulster pour se laisser distraire par des : 1 'occupations de politique extérieure : et quant à l'Irlande, -era une alliée.

Nous sommes les amis des Turcs ; les Anglais craindront i cippel à la guerre sainte : et si jamais la guerre éclate..., 'l'Inde sera en effervescence dès qu'elle saura que la Grande- Bretagne est engagée dans une guerre européenne. »

Le Kaiser a traité l'Italie avec dédain. Il avait aidé les ^Turcs dans la guerre de Tripoli contre son alliée. Ni Ja Wilhelmstrasse, ni le Ballplatz n'ont considéré qu'ils avaient h tenir l'Italie au courant de leurs intentions contre la Serbie. Le Kaiser estimait que l'armée de l'Italie était désorganisée, que ses finances étaient embarrassées. Il la nlna en dehors de la tri[)le Alliance; et tandis qu'il renon-

çait ainsi à l'intervention de son armée, évaluée à i million 260000 hommes, il provoquait l'intervention de l'armée belge qui, si mal préparée qu'elle fût, a prouvé que, grâce à son héroïsme, elle n'était pas à dédaigner.

En provoquant l'intervention de la Grande-Bretagne, l'empereur d'Allemagne était sûr de perdre tout concours de la part de l'Italie.

Tous les renseignements obtenus par l'espionnage officiel ou confidentiel ont abouti à pousser le Kaiser à engager l'Allemagne dans une guerre au moment le plus défavorable pour elle et en réunissant contre lui toutes les grandes nations, sauf l'Autriche-Hongrie.

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