CHAPITRE VII
La Prusse et la Russie depuis 1772. — Bismarck et la Russie en 1877. — Le traité de Berlin. — Crainte d'une alliance franco-russe. — Alliance austro-allemande. — Haine des Russes contre les Allemands. — Bismarck. — Bismarck et Constantinople. — Le traité de contre-assurance de i884. — Le discours du 6 février 18S8. — Mesures contre les fonds russes. — L'emprunt russe à Paris du 10 décembre 1888. — L'avènement de Guillaume II. — La rupture de Bismarck d'après le prince de Ilohenlohe. — La Triple-Alliance en 1891. — Proposition de Guillaume II. — L'alliance franco-russe. — Conséquences de la diplomatie allemande.
Il est entendu que les diplomates allemands sont des hommes très forts : car les Allemands ayant affirmé leur supériorité en tout, nombre de badauds ont ajouté une foi aveugle à leurs affirmations. Il est également entendu que les Allemands, apportant dans tous leurs actes, une méthode supérieure, ils font bénéficier leur diplomatie de cette méthode. Nous allons comparer les faits à ces postulats.
En 1870-1871, Bismarck avait achevé « de faire par le fer et le sang l'Empire allemand », mais il n'avait plus qu'une préoccupation, le conserver.
Pour le conserver, il poursuivit une politique contradic-
ire : conclure une alliance avec l'Autriche-Hongrie et, en même temps, entretenir avec la Russie des rapports d'amitié, fh' manière que jamais l'Empire allemand n'eût rien à
I craindre.
Depuis la guerre de Sept Ans, la Prusse et la Russie avaient
ujours vécu en bons termes. Les partages de la Pologne
avaient pu provoquer des discussions entre elles, mais ces actes de brigandage les avaient solidarisées. Si la Prusse avait abandonné la Russie et l'Autriche au lendemain d'Austerlilz, la résistance à Napoléon les avait réunies de nouveau. Pendant la guerre de Grimée, la Prusse s'était mise du côté de la Russie; et en 1870-1871, la Russie l'avait appuyée contre la France par une neutralité sympathique.
Bismarck trouva le moyen de faire venir, en 1872, à Berlin, l'empereur François-Joseph, pour apporter son hommage à son vainqueur de Sadowa, l'empereur Guillaume, et pour se rencontrer avec l'empereur Alexandre II. Il fit l'union des trois empereurs contre la France.
Quand la Russie fît la guerre contre la Turquie en 1877, Bismarck considéra qu'il s'était acquitté envers elle en empêchant l'Autriche-Hongrie d'intervenir contre elle.
L'armée russe s'était avancée jusqu'à San-Stefano. La Russie conclut le traité qui porte ce nom : mais, paraît-il, ses stipulations étaient en contradiction avec un traité secret conclu avant la guerre à Saint-Pétersbourg avec l'Autriche, et des arrangements pris avec l'Angleterre à la fin de l'armistice.
Le Congrès de Berlin, de 1878, livra à l'Autriche l'administration de la Bosnie et de l'Herzégovine qui avaient pris l'initiative de la lutte. La Russie en sortit affaiblie. Le prince Gortscbakow quitta Berlin brouillé avec Bismarck. Pendant son séjour, il avait parlé à un journaliste français de la possibilité d'une alliance franco-russe.
Bismarck ^ raconte, qu'ayant rencontré à Gastein le ministre austro-hongrois, le comte Andrassy, le 27 août 1879, celui-ci lui dit : « Contre une alliance franco-russe, le coup qu'il faut jouer est une alliance austro-allemande. » Mais il n'admettait qu'une alliance purement défensive contre une attaque de la Russie dirigée contre l'une ou l'autre partie contractante.