LA RUSSIE
Le même professeur* a dénoncé la diplomatie russe, comme aussi admirable que dangereuse, bien supérieure à celle qu'enseigne Machiavel. Rome, dit-il, commençait par conquérir puis « amalgamait». La Prusse a pris un morceau de la Pologne, puis a essayé d'amalgamer, et loin d'y être parvenue, elle a provoqué, par ses procédés de germanisation dans la Pologne prussienne un courant russophile dans la Pologne russe.
La faiblesse des Turcs vient de ce qu'ils ont conquis, mais n'ont jamais essayé « d'amalgamer » les vaincus.
Les Russes, dit-il, pratiquent la méthode inverse. Ils commencent par l'amalgamation spirituelle, Pierre le Grand s'est déclaré le pape de l'Eglise grecque. Tout membre de l'Eglise grecque doit obéissance au tsar. La Russie ajoute à la pression spirituelle des subventions temporelles en faveur du clergé grec. La similitude des langues slaves facilite la pénétration. La conquête morale précède la conquête armée.
M. Gumplowitz exagère en généralisant cette méthode russe; mais il explique l'insuccès relatif qu'ils ont rencontré en Pologne par ce motif qu'elle représentait une civilisation supérieure à celle de la Russie. Les Russes ont commencé par aller à Tachkent et à Samarkand avant d'y envoyer des popes; ils n'ont pas essayé de convertir les musulmans de l'Asie à l'Eglise grecque. iMais il y a un fait certain, c'est qu'ils ont su les assimiler facilement, tandis que jamais les Allemands ni les Magyars n'ont su assimiler les populations qu'ils ont la prétention de gouverner.
Les Russes ont-ils la passion guerrière des Prussiens?
' iix qui les connaissent représentent les paysans russes
iiime les plus doux etles moins querelleurs des hommes.
Les socialistes allemands, suivant l'inspiration de la Wil-
helmstrasse, ont voulu expliquer leurattitude belliqueuse en
I. La LuHe des races. (F. Alcan.) Sociologie et Politique, i vol. (tJiard
el Hricre.)
YVKi QUYOT. 2^
dénonçant le péril slave. Ils le voient, c'est possible ; mai nous, nous sentons depuis un demi-siècle le péril germain et il s'est aggravé tous les jours. Ils ont bien essayé de faire croire aux Belges, aux Français, aux Anglais qu'il n'existe pas! Mais les actes de leurs compatriotes dont ils se sont rendus solidaires prouvent qu'il revêt le caractère le plus barbare en même temps que les combinaisons et les mensonges de leur diplomatie, son mépris pour les engagements pris, prouvent qu'il est dépourvu de toute notion morale. Si on compare les actes des Allemands en Belgique, en France et en Pologne à ceux des Russes dans la Galicie, ces derniers semblent mériter des prix de vertu.
On n'a pas manqué de dénoncer le péril slave aux Italiens, en provoquant des conflits d'intérêts sur la côte de l'Adriatique.
Mais M. Rodolico,rappelait, le 8 novembre, dans le Mazocco de Florence une lettre de Mazzini dans laquelle il disait :
Le véritable objectif de la vie internationale italienne, le chemin le plus direct de sa grandeur future, c'est l'alliance avec la famille slave. L'Empire turc et l'Empire autrichien sont irrévocablement condamnés à mort. Et la poignée du fer qui doit les tuer se trouve dans la main des Slaves.