‹ Les causes et les conséquences de la guerreChapitre 17 sur 168 · I. Pensées et Souvenirs. T. II, p. 3ii · texte numérisé non relu

I. Pensées et Souvenirs. T. II, p. 3ii

Ce traité n'offrait aucun avantage à la Russie. Bismarck se garde d'en parler dans ses Pensées et Souvenirs. ^ S'il Hait parvenu à le conclure, il ne parvint pas à le conserver, .a Bulgarie annexa la Roumélie-Orientale et pour prouver jon indépendance à l'égard de la Russie, Stambouloff fit îondamner à mort et exécuter neuf officiers russophiles. L'affaire Schnaîbelé montra à la Russie que Rismarck l'avait point renoncé à une nouvelle guerre contre la France. Mexandre III envoya une lettre autographe à l'empereur Guillaume, et le traité de Skiernewice conclu pour trois ans 3e fut pas renouvelé.

La politique de Rismarck fut pratiquement en contradicion avec la théorie qu'il a exposée: il craignait une entente ranco-russe et il la préparait. Si en novembre 1887, ^^ offrait lu cabinet de Saint-Pétersbourg l'appui de l'Allemagne dans e cas d'une attaque de l'Autriche contre la Russie, il détruisait l'effet de cette proposition par son discours tonitruant lu 6 février 1888, dans lequel il demandait un emprunt de >8 millions de marks pour acheter des munitions de guerre.

Nous devons remplir les desseins de la Providence... Sans ioute le malentendu actuel avec la Russie disparaîtra ; mais a presse russe ayant « fermé la porte au vieil et puissant imi que nous étions, nous n'y frapperons pas de nouveau... »

Lui-même indiquait à la France et à la Russie la nécessité le s'unir contre l'Allemagne : « On peut nous attaquer de rois côtés, tandis que la France peut être attaquée à l'Est leulement et la Russie à l'Ouest. Nous sommes mieux que oute autre nation, exposés aux coalitions. Le pressoir ranco-russe nous impose l'union. Si nous nous trouvions engagés dans une guerre russe, la guerre avec la France lerait absolument certaine. »

Au printemps, il ordonnait à la Reichsbank de ne plus )rendre les fonds russes en nantissement. Un empruntrusse le 5oo millions était souscrit à Paris le 10 décembre 1888. 1 préparait l'alliance franco-russe.

La politique de Bismarck à l'égard de la Russie se terminait donc par un échec.

Le i5 juin 1888, Guillaume II montait sur le trône. Ses deux premiers discours furent pour l'armée et la marine. Il ne s'adressa au peuple que trois jours plus tard. Il débarquait Bismarck en mars 1890.

D'après les notes quotidiennes du prince de Hohenhole, la véritable cause du départ de Bismarck était sa divergence de vues avec l'empereur sur la nécessité de choisir entre l'Autriche et la Russie au moment du conflit menaçant entre ces deux puissances. Bismarck aurait reconnu à ce moment que la subordination de la politique allemande à celle de l' Autriche-Hongrie était une erreur. Voici ce que dit le prince de Hohenhole :

Berlin, 26 mars 1890.

L'empereur avait l'idée que Bismarck entretenait le rêve de laisser là l'Autriche et la Triplice pour s'entendre avec la Russie.

Strasbourg, 3i mars 1890.

De plus en plus, il appert que c'est la divergence de vues entn l'Empereur et Bismarck au sujet des visées russes qui a conduit à h rupture. Bismarck voulait laisser l'Autriche en plan. L'Empereui marche avec l'Autriche fût-ce au risque d'une guerre avec la Russie e la France. Là est le point noir pour l'avenir.

La triple alliance fut renouvelée en 1891. On parlai d'une proposition d'accord de Guillaume II avec le roi Léo pold pour l'attaque de la France par la Belgique. Il aurai fait également la proposition à l'Angleterre et à la Turquie ds s'unir contre la France. Résultat : la visite de l'escadr» française sous le commandement de l'amiral Gervais, ; Cronstadt à la fin de juillet 1891. Alexandre III écoutait 1 tête découverte, la Marseillaise en même temps que VHymn russe ; une convention militaire et navale suivait et OJ aboutissait à une alliance en 1896.

Je faisais partie du ministère qui envoya la flotte à Gronstadt. Tous les hommes sérieux éprouvèrent un profond sentiment 1' soulagement en voyant disparaître l'isolement dangereux (le la France.

L'alliance franco-russe créa des illusions chez un certain nombre de Français naïfs : ils crurent que, du jour au lendemain, elle allait assurer la reprise de l'Alsace et de la Lorraine. La Russie ne s'était jamais engagée à soutenir la France dans une guerre de revanche. L'alliance franco-russe était une garantie de paix contre l'Allemagne.

M. de Bulow a raillé le désappointement des Français, st généraliser beaucoup que de prêter à tous les illuiis de Déroulède. Cette raillerie ne sert qu'à cacher le

sappointement éprouvé par les hommes d'État allemands cil voyant que l'alliance s'était maintenue.

Mais M. de Bulow et les autres chanceliers ont fait tout It nécessaire pour la maintenir. Professeurs, journalistes, plus ou moins officiels, n'ont pas cessé de dénoncer les Russes comme des barbares, ayant comme tels la haine de la haute civilisation germanique et l'ambition de l'écraser L

Les Allemands ont montré l'Allemagne comme le boulevard de la civilisation contre cette invasion. Pour justifier les augmentations d'armement de 1912 et de igiS, ils ont évoqué le spectre russe. Les peuples des Balkans affranchis retienidraient une partie des forces de l'Autriche-Hongrie dans l'attaque qu'elle devrait faire contre la Russie; donc, il faut augmenter les contingents allemands. Le discours du chancelier, du 7 mai igiS, a été l'expression de cette politique, <'t cette politique peut se résumer de la manière suivante :

« La Russie ne ferait pas la guerre pour donner satisfaction aux rancunes de la France : nous allons la forcer de faire la guerre : et ainsi nous allons provoquer nous-mêmes l'événement que nous devions empêcher. Notre politique

I. Si fêtais Vempereurl brochure publiée, en 19 12, qui a eu un grand »ucc«i8 en .\llemagnc.

devait avoir pour objet de ne pas nous troHver enserrés entre la Russie et la France et depuis plus de trente ans, nous faisons une politique destinée à rapprocher la Russie et la France. »

Le caractère de cette politique s'est accentué dans les dernières années; et la diplomatie allemande a montré toute l'habileté dont elle était capable quand, le i*'' août 191/i, elle s'est trouvée dans l'obligation de prendre elle-même l'initiative de la déclaration de guerre à la Russie.

Page 1